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UNIVERSITY
LIBRARY
Treasure %oom
THE GUSTAVE LANSON
COLLECTION
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Dul<e University Libraries
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LA VIE
JD'E D M O N D
R I C H E R,
D OCTEUR
DE SORBONNE-
^ar M. Adrien Baillet, Biblio-
thécaire de Monjîêur le 'Préfident de
Lamoignon.
NOUVELLE EDITION,
A AMSTERDAM,
Chez Etienne Roger.
M. D C C. X VU
AU LECTEUR,
LlHifioîre que je vous pré fente , mon cher Lec^^
' teur , efl recommandable par fin Auteur , £5?
par fon ftijet.' Le célèbre M. Baïllet^ dont le nom
feul fait reloge , s'eft acquis une réputation fi uni'
ver /elle fjf fijufte dans la République des Lettres ,
qu'il fuffit qu'un Ouvrage porte fin nom , pour
mériter notre eftimc ^ (^ émouvoir notre curiofitê,
M compofa celui-ci dans les heures de fes délafifi"
mens , mais avec cette exactitude , cette précifion
£5? cette éloquence , qui brillent dans fis autres
Ecrits 5 y qui fe font fentir de tous ceux qui ont
quelque goût pour les Ouvrages d'efprit.
En travaillant à la Vie d^ Edmond Richer j
M. Baillet eut en vue le bien de VEglifi , les intérêts
de la Patrie , le falut des Rois ^13 la confervation du
dépôt de la Doctrine ancienne de la S or bonne. Tel"
les avoient toujours été celles de Richer , que ni k
déchaînement de la Nouveauté , ni la conjuration
de fes Confrères , ni les cenfiires des Evêques par^
tiels 5 ni les menaces des Ultr amont ains^ n'ont pu
lui faire abandonner. Ce grand Homme , vengeur
de la J)o6lrine de PEglife Gallicane , en foûtint
T orthodoxie aux dépens de fon repos , (3 ^^^ rifque
^e fa vie. Il fut , s'il efi permis de le dire , Je
i-7-3186
^ftaytyr de fa Partie y dont il éfoit Je défenfear.
tes perfecutions obfcurcirent alors la vérité qu^ik
foùîènoit avec zèle : les temps qui ont fuivi , ont
fait hommage à la pureté de fes fentimens : i^ fi
la Sorhome ^fa plus cruelle ennemie , entraînée
far des confideraîions politiques yeut lai fpihlejfe de
donner les mains à la conJpiration\elle a depuis
réparé Tinjure^ en confacrant par fes Décrets jjes
Dogmes qu'elle tenta d'opprimer.
Ces variations de la plus illuftrè Faculté du
monde fe remarqueront dans les cours de cette Hif
ioire. On y verra les rafinemens de la plus noire
Tnalignité ^ les détours artificieux de la politique
profane j les firatagêmes de F erreur joints à Vauto^
rite i3 à la multitude , concourir à la deftrudlioft
de la Doêfrine de Richer ^ (â à la ruine de foft
Auteur, 3/. Baillet a développé tous ces myftéres
avec cette liberté que V amour de la vérité infpirej
f^ que la vérité exige d'un Hiftorien. Il n'a ni
épargné ni dijfimulé aucune des circonftances qui
pouvoient mettre le Le6ieur en pojffejfton de la con-
noiffance exadie des faits £î? des perfonnes. Tout
eft ejfentiel 0 une naration intereffante 5 fc? Von
n'eft: en droit de fe plaindre dtt narrateur 5 que
quand il trahit la vérité .
Le Public eft redevable de cet Ouvrage pofthu'
me à un ami de cet illuftrè défunt. Il doit luifça*
voir gré du préfent qu'on lui fait, B ne pouvoit
être offert dans un temps plus convenable j 6? je
doute qu'on ait pu lui en faire un plus précieux.
LA VIE
DTDMOND RICHER,
DOCTEUR DE SORBONNE.
LIVRE PREMIER,
E p u I s que la politique feculié-»
re & le gcnie de l'iiuerct humain
fe forit inclez dans le gouverne-
incnt de rEglirc,il s'elt trouvé lî
peu de perfonnes capables de délivrer la
vérité de leurs vexations , qu'oa ne içau-
roit taire paroître trop d'emprefîement pour
connoître quels ont été ceux que Dieu a
fufcitez de tems en tems pour une fi fain-
te entrcprife. L'autorité de ceux qui veu-
lent qu'Edmond Richer , Docteur de Sor-
bonne, ait été du nombre de ces hommes
extraordinaires , m'a tait rechercher d'abord
avec le foinpolfible ce qu'il a fait , ce qu'il
a foufiert , bu ce qu'il a écrit pour la dé-
fenfe de la même vérité. La mcme auto-
rité m'a enfuite déterminé à communiquer
au Public ce que j'en ai pu remarquer , foit
pour i'tni inllruire j^foit pour luitaireju^et
A
173Î86
IL L A V I E
fi c'eft-àjufte titre que ce Dofleu? porteis'^
qualité de Défenfeur de la vérité.
y- Il étoit né à Chource , petite ville du
^^i r' ^'^^^^^ ^^ Langres , dans la Comté de
ce de Ri- Champagne , à cinq lieues de Troyes , le
^ ^^ ^^ dernier jour de Septembre de Tan 15-60.
• ^ °' fous le pontificat de Paul IV. & le règne
de François II. dans le tems que l'on brû-
loit les Huguenots à Paris fous le nom de
Luthériens.
Ses Parens étoient de famille fort hon-
nête dans le commun du peuple , & en ré-
putation de probité parmi les habitans du
Pays, mais peu accommoder, des biens' de
la fortune. Le grand nombre des enfans
qu'ils avoient de l'un & de l'autre fexe les
avoir réduits à fe contenter de les élever
auprès d'eux , ou à leur procurer une édu-
cation telle que les petites écoles du lieu
la pouvoient donner. Néanmoins la pieté
qui leur avoit infpiré d'en confacrer un par-
ticulièrement au fervicc de Dieu , leur avoit
fait trouver le moyen d'entretenir l'aîné de
leurs garçons aux études , efperant que dans
l'état ecceleiiaftique ou religieux il pour-
roit attirer la benediélion du Ciel fur leur
maifon.
Edmond , qui étoit celui d'après , n'avoit
pas lieu de prétendre qu'ils fiffent jamais
de femblables efforts en fa faveur ; mais
cette conlîderation ne fut pas affez forte
pour vaincre en lui l'inclination qu'il avoit
toujours eue pour l'étude : de forte que fe
voyant âgé de dix-huit ans , & prefle par
fes parens <ie fe déterminer fur le choix d'u-
ne vacation qui pût faire fon établifTemcut
d'E dmond Riche r. 5
^ fa fubfiflence , il fe fervit de la liberté
qu'ils lui donnoient de quitter la maifon
paternelle dans cette vûë , & s'en vint à
Paris.
Il entra fans délibérer dans un Collège II.
de rUniverlîté : & jugeant qu'il ne pour- ^^^ ^^u*
roit parvenir à la jouilfance de la fagefTe, ^^^*
que -par un affujettHrement fcmblable à ce-
lui auquel Jacob fe reduifoît pour obtenir
RacheJ , il mit fa vie en fur té contre la
faim par quelques fervices qu'il rendit au
Collège , & donna tout le refte de fon
tems à l'étude. Ainfi , fans attendre d'au-
cun autre endroit que du Ciel les fecours
neceffaires à une iî grande entreprife ; il
s'appliqua premièrement à la connoilTan-
ce des deux langues fçavantcs avec un tra-
vail (i opiniâtre & li heureux , qu'en moins
de trois ans il fe vit en état de pafTer en
Philolbpliie, & fut reçu Maître - es - Arts
deux ans après.
De là il fut admis dans les Ecoles de ^^l^- ^
Théologie , où il eut pour compagnons ^P^^^^
ceux qui avoicnt été fes Maîtres dans les ^'^^"'
ClalTes d'Humanitez. Ce fut pour lors que J^^^** P^t
la fortune, dont il avoir fupporté les rnau- ^^'
vais traitemens pendant cinq ans avec un
courage invincible , fe lafTa de le perfecu-
ter , & fe laifTa vaincre à la réputation que * r» a
fon mcrire lui avoit déjà acquife dans tou- ^j^^ ^y^
te rUniverlité :car un Dodeur de Théo- s'apeiioû
logie nommé Etienne Roze,* Vicaire de 3)01.5 Jq
faine Yves , le retira chez lui , le traita ciiape-
comme un perc feroit un tils , & l'aflilla lain do
dans tout ce qui lui étoit neceffaire pour cette
. mener une vie un peu plus commode , & Eglif^
Aij
4 La Vie ' " '
fournît aux dcpenfes que Ton fait dans lei^
Ecoles pour les Thefes & les Adions pu-
bliques. Richer ufa toujours frugalement
de la table & de la bourfe de fon bien-
faiteur ; mais il n'en fit pas de même de fa
Bibliothèque : il ne fe contenta pas de don-
ner à la Icdure de fes Livres toutes les
heures du jour qu'il ne de voit pas abfolu-
ment aux Clalfcs de Sorbonne ; il y paf-
foit encore les nuits, fur lefquelle^ il ne
prennoit que deux heures pour fon repos,
profitant des avantages d'une complexion
robufte qu'il avoit apportée en nailfant , &
que la dureté de la vie qu'il avoit menée
dans le Collège n'avoit fait que fortifier.
Il fut choih quelque temps après pour
profeifer dans l'Univerfité , & il fut ravi
que Dieu lui procura cette occalîon , pour
cefîer d'être à charge à fon bienfaiteur.
Après avoir enfeigné les Hurnanitez pen-
dant deux ans, il fit la Rhétorique, où il
fe diftingua principalement par le nouveau
De opt, moyen qu'il fournit pour peife6lionner cet
^ca.ftat. Art , & pour en prévenir le mauvais ufa-
'f,i77* ge. Il apprit fur-tout la manière de ne point
donner prife à fes Adverfaires , &de pren-
dre toujours fiirement fou avantage. G'eft
ce qu'il continua de faire encore plus fen-
fiblement dans la Logique, qu'il enfeigna
l'année fuivante.
Sesenga- Après avoir di6lé un cours de Philofo-
gemens phie , il fe remit fur les bancs de Theolo-
dans la gie pour finir fa Licence. La Faculté fe
Ligue. trouvoit alors entièrement déréglée par les
defordres que les fureurs de la Ligue eau-
foient dans la ville de Paris , révoltée con*
d'Edmond Ri cher. f
tre fon Roi. Depuis quelques mois elle Le 7;
avoit donné un Décret en Sorbonne, par Janvicc
lequel elle avoit eu l'infolence de decla- 1586*
rer tous les fujets du Roi difpenfez du fer-
ment de fidélité qu'ils lui dévoient, & les
avoient excité à prendre les armes contre
lui , fous prétexte de conferver la Reli-
gion. Cet horrible Décret avoit été publié
dans toutes les Eglifes , & dans pluiieurs
Provinces , par les Prédicateurs Mendians,
& par la plupart des Curez mêmes. On
refufoit déjà tout communément Tabfolu- Traite de
tion & la Communion , & même la fepul- ^^ ?^^^<^
ture eccleiiaftique , a quiconque refufoit de ^^^ ^^'
fe départir de l'obciliance d'Henri III., J'J^j^ P^
qu'on n'appelloit plus autrement que l'A- j^g.^ç*!- *
poftat & le Tyran. Enfin il n'y avoit pas ^
quinzejDurs que ce Prince ^fortuné avoit ^'
perdu la vie avec la Couronne par un par-
ricide, que pluiieurs regardoient comme le
fruit du Décret de la Sorbonne, lorfque A^ i"oî^
Richer fefitinfcrire en la Faculté pour le d'Aoult
Doélorat. Ainli , fc trouvant enveloppé ^^89*
dans les malheurs de la Théologie dutems,
il continua dans le préjugé où il avoit été
élevé , fans que Dieu permît qu'il rencon-
trât quelque perfonne éclairée pour lui def-
lîUer les yeux. Son peu d'expérience, la
mauvaife conjondure des temps, & la na-
ture des études qui lui étoient préfcrites,
fuivant la difcipline fcholaltique, lui ôtoient
la connoillance des anciens Pères & des
Conciles, qui auroient pu d'ailleurs pro-
duire en lui un bon eftét : de forte que
toute la palfion qu'il faifoit paroître pour
appiejidre les veritei de U Religion , &
A iij
Ihid,
De jujia
Henrici
Abdicat.
Synod.
Richer.
Son châ-
gemem*
De opiim
Acad.
fiat.pag.
173.
« L A V I E
pour fe rendre le plus habile de faLicen*
ce , le détermina pour lors aux Ecrits de
ProfefTeurs , & au Traité que Bellarmin,
Jefuite , depuis Cardinal , avoit publié, de^
puis touchant l'autorité du fouverain Pon.-
tife , qu'on lui faifoit refpeâer comme un
cinquième Evangile, s'il eft permis de re-
peter fes exprefTions.
Il fallut foûtenir des Thefes conformes
à la do6trine de fcs Maîtres ,& il s'en- ac-
quitta avec tout le zèle d'un jeune Ligueur
difpofé à jurer fur les Ecrits desEfpagnols
& des Italiens, & infedé des maximes du
Doâeur Boucher , Curé de faint Benoit,
le plus féditieux boutte-feu de la Ligue,
qui dans la fuite des temps fe rendit l'un
de fes plus, implacables ennemis.
Il fe lailïa emporter au torrent qui ra-
vageoit alors toute la Sorbonne , & le mau-
vais exemple l'engaga comme plulieurs au-
tres à louer le parricide de Jacques Clé-
ment comme une aâion héroïque qui de-
voit procurer la liberté de l'Etat & de i'E-
glife de France.
Mais Dieu ne permit pas qu'il demeu-
rât long-temps dans fon aveuglement. Per-
fonne ne put l'empccher de faire connoî-
tre dans fes dernières Thefes combien il
étoit oppofé à ceux qui parloient de faire
venir l'Infante d'Efpagne en France , pour
la mettre fur le Trône au préjudice du
Roi de Navarre. Il fit valoir dans la dif-
pute le droit de la Couronne avec une li-
berté qui penfa lui être funefte:il fit voir
combien il eft plus avantageux à un Etat
d'avoir des Rois par fuccelilon heredit^i-
d'Edmond Rîcher. 7
re, que par éledion , & de quelle impor-
tance il elt pour la Monarchie que les fem-
mes foient exclues du Gouvernement. La
crainte d'être refufé au Doélorat l'empê-
cha alors d'aller plus loin ; mais il n'eut
pas plutôt reçu le Bonnet , qu'il fc porta
ouvertement pour Henri iV. & travailla
puiiiamment dans la Faculté à ramener les
efprits , & à les faire rentrer peu à peu dans
leur devoir. Il fe fervoit (i utilement du
crédit que lui donnoicnt les charges & les
emplois par où on le faifoit palfcr dans
rUniverlitéôc dans la Maifon de Sorbon-
ne, qu'il fe. rendit bientôt redoutable aux
Ligueurs & à ceux qui cherchoient à pro-
fiter des defordres publics , & du relâche-
ment de la difcipline.
Il porta le même fentiment & le même ,, J ""
efprit dans la prédication de la parole de . "
Dieu , à laquelle il s'appliqua tres-fcrieu- V^^l -^
fement depuis qu'il fut Doéleur. Mais au ^^Jj. '^
lieu qu'il avoit l'air fcvere dans les aflcm-
blées de l'Univerlité , & dans toutes les
occalions où il s'agilîbit de rétablir la dif-
cipline fcholaftique ; il fe donna un carac-
tère doux & pacifique dans la chaire, s'é-
tudiant à tenir toujours le jufle milieu
d'une gravité modérée cSc digne de la gra-
vité de l'Evangile , pour éviter les deux
extrémitcz de la badinerie & de l'empor-
tement , où tomboit la plupart des Prédi-
cateurs de fon temps.
Quoi que fa manière de prêcher fût ex- Jùi^. p^
trémemcnt goûtée , & qu'il fût l'un des 176.
plus fuivis , on no laiffa pas de lui don-
per ^vis de divers endroits qu'il devien-
A iiij
8 La Vie
droit encore plus agréable au peuple, s'il
vouloit fe rendre plus moral, & s'il s'ap-
pliquoit fortement à déclamer contre les
vices. Mais la crainte de fe voir confon-
dre avec certains efprits turbuîens de fon
temps, qlii fembloiènt ne monter en chai-
re q^e pour détruire la charité chrétien-
ne , fit qu'il s'excufa fur fon peu d'habi-
tude qu'il avoit à faire des portraits & des
defcriptions , & fur ce qu'il fe trouvoit
mieux difpolé à expliquer les myfteres de
îa Religion , qu'à débiter de la morale.
• En etfet fon application principale étoît
de donner à fes auditeurs une intelligen-
ce parfaite de l'Ecriture : ce que la plus
grande partie des Prédicateurs fembioient
avoir beaucoup négligé depuis le liecle de
Jhià.pag. S. Thomas, & l'introdudion de la Scho-
V7' laftique dans J'Eglife. Il en recherchoit
fur-tout le fens littéral & hiftorique, l'ex-
pofoit fidèlement après l'avoir trouvé , fans
jamais s'en écarter : & il le faifoit tou-
jours fervir de fondement aux maximes
qu'il avoit deffein d'établir. Il prérendoit
que le fens littéral de l'Ecriture fùffit feul
pour la connoilfance & l'établifTement des
dogmes , & qu'il n'y a que ce fens qui
puifle fervir à le trouver , à quoi il elH-
inoit que tous les fens fpirituels & allé-
goriques étoient entièrement inutiles : il
ne faifoit pas même difficulté d'avancer
que toute la doélrine des mœurs ,. & tou-
tes les règles de la vie chrétienne tirent
Jeur force , & tout ce qu'elles ont de fo-
lide du fens littéral ; que toutes les expli-
cations morales & fpirituelles ne font pas
d'Edmond Richer. p
recevables , & ne doivent jamais même
être propofées , ii les veritex qu'elles con-
tiennent ne font établies littéralement dans
quelqu'endroit de l'Ecriture , à moins qu'el-
les ne foient évidentes par elles-mêmes.
Les fuccés dont le Ciel bénit cette mé-
thode de prêcher attirèrent fur Richer la
jaloufie de plulicurs envieux , qui tâchè-
rent de le décrier ,ôc de le faire palfer pour
un Prédicateur fans onâion. Mais jamais
leur inquiétude & leur chagrin ne furent
capables de lui faire changer de conduite:
les grands fruits que fes Prédications pro-
duilirent parmi le peuple , fervirent plus
que toutes autres chofes à démentir leurs
médifances.
il continua pendant plufieurs années de ""^
prêcher des Avents & des Carêmes , des ^>94'
Dominicales & des Fêtes particulières dans
la plupart des Paroilfcs , & dans diverfes
Egiifcs de la Ville , ce qu'il ht toujours
avec beaucoup de réputation , fans fe dé-
partir de la méthode ordinaire.
La converiion du Roi Henri IV. qui fe
fit Catholi.que l'an i5'93, ^^ rendit encore
plus hardi qu'auparavant à prêcher la foû-
niiffion & la fidélité que lui doivent fes
fujets. Non content d'agir fur l'efprit des
.peuples par la prédication , il fe joignit jy^
encore à René Benoît & à ceux des au- Ihravail-
tres Docteurs qu'il eftimoit les mieux in- le à foû-
tentionnez pour la paix de l'Eglife & le mettre
repos du Royaume : ils firent li bien par l'i^nivec-
leurs exhortations & leur crédit^ que tou- ^*^^. -iw
te l'Univerfité fe trouva enfin difpofée à ^°'»
rcconnoîirc le Roi , lorfqu'aprcs s'ctre fait
ÏO L A V I E
facrer à Chartres , il entra dans Paris le
22. de Mars de l'année faivante. Ils ne
travaillèrent pas moins heureufement au-
près des Religieux , fur-tout desMendians
qui font du Corps de TUniverfité en la
Faculté de Théologie , & des Moines qui
ont des Collèges dans l'Univerfité : de
forte qu'après les délibérations d'une Af-
femblée célèbre tenue aux Mathurins le
i8. d'Avril , fous le Re6teur Jacques d'Am-
boife , tous les Membres de l'Univerfité
prêtèrent ferment au Roi , & dreflerent un
aâ:c public de leur foûmiffion , qu'ils foû-
fcrivirent le 22. du même mois.
L'exemple de l'Univerlîté fut fuivî in-
continent par les Ordres Religieux & le$
autres Communautez Régulières. Il n'y
eut que les Jefuites & les Capucins qui re-
fuferent alors de prier pour le Roi , & .de
lui promettre fidélité. Sur les inltances qui
leur furent faites, ils alléguèrent que com-
me ils étoient fournis au Pape , ils dévoient
attendre les ordres de la Cour de Rome
pour cela ; qu'ils prétendoient fur tout être
exempts de la jurifdidion royale, & qu'ils
neferoientriende ce qu'on exigeoit d'eux,
li le Pape ne leur commandoit expreffé-
ment.
BuU.Hîfl. Ce refus fervît de prétexte à l'Univcr-
Umverf. fité pour recom.mencer le procès qu'elle
Parlf, to. avoit intenté contre les Jefuites depuis plu»-
6. /. ùï-j. fieurs années , & que les troubles du Royau-
me lui avoient fait interrompre. Elle n'ac-
^ cufoit leur Compagnie entière de rien moins
que d'être ennemie de la France; de favo-
tifer la Faâion Efpagnolle ; dç voulo;r
d'Edmond Riche r. ii
rendre la puîflance des Papes abfoluc fur
k temporel des Royaumes de la terre ;&
d'enfeigner des maximes féditieules con-
tre la puifTance royale, & la furctc de la
vie des Rois : & elle demandoit qu'on leur
interdit les Ecoles publiques, c^c l'inllruc-
don de la jeuncflc dans la Ville & dans
le Royaume. Les Curez de Paris intervin-
rent à la caufe de TUniverlité , pour tâ-
cher de faire ôter aux Jcfuitcs f adminif-
tration des Sacremens , & les exclure fur-
tout des Confeifionnaux & de la chaire.
Mais l'attentat de Jean Chatel , Ecolier de
ces Pères , qui furvint vers la fin de la
même année, termina pour lors cette af-
faire d'une manière peu favorable aux Je-
fuites : & ils furent tous challez du Royau- ,
me après le fupplice de l'Ecolier parrici-
de qui avoit blelié le Roi,& celui du Pè-
re Jean Guignart fon Maître , dans les
Ecrits duquel on avoit découvert la doc-
trine meutriere que l'Univcrlité imputoit
à la Société.
La part que Richer avoit eue au fuc- . ^' .
ces de l'Univcrlité , lit connoîtrc qu'il étoit Jl ^^^^^^
capable des emplois les plus difficiles : de ^^^^ .
forte que le Dodeur Etienne Lafilé , Grand pc^n^jp,!
Maître & Principal du Collège du Cardi- ^j^ q^j,
nal-le-Moine , étant mort quelque temps i^:,re du
après, on jetta les yeux fur lui pour rem- Cardinal
plir ces deux places, qui fe trouvoient va- le Moine,
cantes. C'étoit de tous les Collèges de
rUniveriité que la guerre avoit défolez ,
celui qui paroilfoit le plus abandonné : la
commodité de fa iituation à l'entrée de la
Ville avoit dçnné lieu aux foldats de s'y
li L A V I E
loger , & d'y introduire toutes fortes de
defordres, dont le moindre fembloit être
l'interruption de la plupart des exercices,
& la défertion des Ecoliers. Les Bourfiers
mêmes qui s'etoient maintenus dans leur
établiflement durant les troubles , fem-
bloient avoir oublié leur Inftitut , & vi-
voient dans un dérèglement qui ne difFe-
roit gueres de la vie oilîve des foldat^ en
quartier d'hyver. fiÇ'
Il réduit Richer comprit d'abord l'obligation que
ics Bour- lui impofoit ce nouvel emploi : & fes com-
ijers qui mencemens furent pour les Bourfiers des
sctoient pi-éfjjges d'un renouvellement, qui ne de-
&^rér^' voit pas être favorable aux defordres de
blitladîf- ^^^^ Communauté. Son air naturellement
ciplinc. f^v^r^ ^^^^ ^^ juger qu'il n'auroit pas pour
eux la complaifance ou la foibleilë de fes
prédéceffeurs. Ils commencèrent à le re-
garder comme un Reformateur importun,
qui fe voyant l'autorité en main , ne maii-
queroit pas d'exécuter dans fon Collège ce
^.— qu'il avoit confeilié de faire dans toute
1595. rUniverfité, dont il étoit déjà tout com-
munément appelle le Caton. Ils cherchè-
rent donc de bonne heure les moyens de
traverfer fes deffeins : & ne pouvant em-
pêcher qu'il foit Grand Maître, ils tâchè-
rent de lui ôter la Principalit^é , fous pré-
texte qu'ils ne l'avoient pas choifi eux-
mêmes , prétendant que- rien n'étoit capa-
ble de les frulirer du droit d'élire un Prin-
cipal , qui leur appartenoit de droit. Ils
voulurent procéder juridiquement contre
lui ,& formèrent oppolition non feulement
à fa réception , mais encore .à tout ce qu'il
d'Edmond Ri cher, ij
^ourroit entreprendre en qualité de Grand
Maître pour tout ce qui les regardoit. L'af-
faire fut portée au Parlement , où ils tâ-
chèrent de prévenir les Juges contre luf
par la foUicitation de leurs amis , & par
tous les artifices de la chicane 'dont ils
purent s'avifer. Le Grand Maître fe fou- Beopt.
venant que Caton avoit été cité quaran- Aca.flst^
te-quatrc fois par les Tribunaux , & ab- à p. 187.
fous autant de fois ; crut devoir fe rcpo- ad pag,
fer fur la bonté de fa caufe , & fur Tin- ^04.
tegrité de fes Juges. Il obtint des provî-
iîons fuffifantes pour agir dans toute re-
tendue de l'autorité que lui' donnoit fa
Charge :& tous les délais que fes Parties
obtinrent dans la décifion de cette alTaire,
ne cauferent aucun retardement à la re-
formation de fon Collège.
Mais l'approbation qu'il reçut des Ma-
gîftrats & des gens de bien , quoique ca-
pable de le foûtenir&de l'animer, ne fer-
TÎt prefque de rien pour diminuer les dif-
ficultez qui fe rencontrèrent dans fon en-
treprife. Les plus anciens d'entre fesBour-
fiers étoient les plus intraitables : & depuis
que le calme étoit rentré dans la Ville par
la réception du Roi , ils ne s'étudioient
qu'à reparer les pertes que les malheurs
publics de prés de trente années leur avoient
fait fouftrir. Mais comme ils prétendoient
fe dédommager fur le Collège même , &
qu'ils ne fembloient fonder le rétablilFe-
jnent de leurs affaires que fur fes ruines;
Richer crut devoir employer d'abord les
voyes de douceur, pour les avertir de fe
Conformer aux Statuts de la Communau-
î4 L A V I E
té, & de ne point facrifier le bien public
a leurs intérêts particuliers.
Ces moyens n'eurent point la force de
les ramener : & toures les raifons qu'il
put leur al léguer, ne fervirent qu'à les ir-
riter davantage. Il fallut employer des re-
mèdes plus efficaces, & interpofer l'auto- \
rite du Magiltrat pour les réduire. Ils ne \
purent oppofcr à fes pourfuites que des
libelles diffamatoires, & quelques vers fa-
tyriques pour déchirer fa réputation. La
Cour reconnut & condamna les calom-
nies dont ils avoient rempli un fa£tum ,
& une requête qu'ils lui avoient préfentée
contre Richcr. Ceux qui pofledoient des
bourfcs depuis 27. ans , contre les regle-
mens de leur Fondation , les perdirent par
un Arrêt du Parlement , & furent chalfez
du Collège. Cet exemple de fcverité ne
lit pas rentrer les autres dans leur devoir :
ils demeurèrent dans cette haine irrécon-
ciliable qu'ils avoient reçue de leurs an-
ciens, & qui depuis l'établillement de leur
Communauté fembloit avoir été prefque
continuelle & héréditaire parmi les Bour-
iîers contre leurs Grands Maîtres. Ils eu-
rent grand foin de la faire palier aux nou-
veaux venus , de crainte de la laillèr pé-
rir ;& la palliant du beau prétexte de c©n-
ferver leurs droits & leurs privilèges , ils
la leur firent regarder prefque comme un
de leurs Status , & comme une des prin-
cipales conditions aufquelles ils les ad-
mettoient dans la Communauté : en forte
<îue la qualité la plus requife parmi eux
pour recevoir un Bourfier , étoit d'apprca-
d'Edmond Rîcher. if
are à plaider contre fon Grand Maître.
Richer fe moqua de toutes leurs caba-
les : & quoiqu'il témoignât fouvent qu'il
lui auroit été plus facile de dompter les
I montres d'Hercule que de gouverner ces
I Bourfiers , ou qu'il lui auroit été plus doux
I de vivre avec des Cyclopes & des Har-
I "pies ; il ne voulut néanmoins rien rabat-
: tre de cette fermeté inflexible & inexora-
I ble avec laquelle il avoit entrepris de les
remettre dans l'ancienne difciplinc de leur
règle. Il en vint à bout par une perfeve-
rance de plufieurs années , durant lefquel-
les ils lui fufciterent mille traverfes , 6c
lui firent efTuyer beaucoup de méchans
Procès, dont les ifTués lui furent toujours
glorieufes.
Il ne s'appliquoit pas tellement au bien VI.
fpirituel de la Maifon , qu'il ne prît aulîî H répara
foin du temporel qui avoit été diflîpé ou ^e CoUc-
mal maintenu durant les Guerres Civiles. Ç^ .<!"»
Dans le temps qu'il en banniiToit les vi- <^to»tpref-
CCS , il entreprit de faire défricher la coiir qu'entie.
<lu Collège, toute herilfée de ronces &de "^^^.^enc
chardons , où les couleuvres & les lézards ^^^^^
trouvoient une retraite aulfi commode que
dans les deferts les plus affreux. Il réta-
blit l'Eglife <5c les autres édifices qui étoienc
prefque tous tombez en ruine. Il fit re-
venir la plus grande partie des biens qui
avoient été aliénez par la facilité ou la
négligence de fes prédécelfeurs. Il revit
tous les comptes que l'on trouva qui s'é-
toient rendus depuis le premier établifTe-
ment du Collège : il examina de nouveau
tous les ticicj , & remit tous les droits de
\6 L A V I E
la Maifon en leur entier. Il apprît par CQ
moyen en combien de manières lesBour-
iïcrs avoient fçû attirer jufques-là les biens
du Collège qui ne leur appartenoient pas,
& il remédia furcment à ces defordres , en
coupant toute relfource à leurs uiurpa*
tions & à leurs friponcrîes.
Entre les plus récentes de ces fripone*
ries, il découvrit qu'i]s avoient diftrait &
vendu la vailîelle d'argent aux armes da
Cardinal Fondateur, appartenante au Col-
lège, & qu'ils avoient détruit un corps de
logis de trente -huit chambres à chemi-
Eéps,dont ils avoient partage l'argent en-
tre quatre ou cinq d'entre eux.
Ces conliderations l'obligèrent de veilr
1er continuellement fur la conduite de ces
Bouriîers , qu'il regardoit comme autant
d'efpions qui ne fervoient qu'à l'obferver
lui-même, & comme autant d'ennemis qui
ne s'étudioient qu'à lui tendre des pièges
par-tout. 11 régla leur dépenfe fuivant l'a-
bondance ou la cherté des vivres : & il
leur fit voir , malgré leurs murmures ,
qu'en cela comme dans le refle , le Grand
Maître étuit l'unique interprète des inten-
tions du Fondateur. Il porta la retbrmation
jufques dans leurs exercices particuliers, &
les obligea de lui rendre compte de leur
travail ; alléguant que pour fuivre la vo-
lonté du Cardinal leur Fondateur , ce n'é-
toit pas allez qu'ils fulfcnt exempts de cri-
mes greffiers , mais qu'ils dévoient fuir
l'oifiveté dans toutes les heures du jour;
à. que la bourfe n'étoit que pour ceux qui
cmployeroient leur temps à l'étude &.aa
fervice divin. Il
t)'E D M o N D Ri c"h e r. i-f
Il fit de nouveaux Reglemens , par Tun
defquels il fut refolu qu'on ne pourroic
plus recevoir aucun Bourlier, qu'il n'étu-
diât aâuellcment en Théologie , & qu'iî
n'afîlftât à tous les Exercices : refolutîon
qu'il rit autoriier par un Arrêt du Parle-
ment , & qu'il exécuta toujours inviola-
blement depuis ce temps-là. Il en obtint
un autre, par lequel il lui étoit permis de
çhalîer les vicieux, les rebelles & les fcan-
daleux : ce qui fit que lu Communauté fe
renouvella en peu de temps.
Apres avoir purgé le Collège, & avoir
fuffilamment pourvu à fa fureté & à fou
repos par une bonne clôture, il fit ouvrir
les Claliès , que les deibrdres de la Ville
avoient fait fermer , les remit au même
nombre qu'elles avoient été avant les Guer-
res Civiles ; il y fit fur-tout refleurir la
Rhétorique & la Philofophie , dont il y
avoit eu interruption , à caufp que les Bour-
liers, profitans des malheurs publics , s'é-
toient emparez des revenus deftinez pour
les gages des Profefîcurs.
Ses foins s'étendoient aulTi fur les de-
hors du Collège, & même fur le quartier
des environs , par l'inclination qu'il avoit
de fervir le Public , & de faire du bien à
tout le mondt'. Il détruifit près de S. Ni-
colas duChardonet une cloaque infuppor-
table appellée le trou punais, qui infedoit
tout le voifinage. Il vint à bout de la dé-
tourner dans la Seine par de grands tra-
vaux qu'il fit faire; ce qui rendit depuis le
quartier fort fain , & mieux peuplé qu'au-
paravant : en quoi il travailla aulîî pour les
i8 L A V I E
Religieux de l'Abbaye de S. Vi£tor, dont
ils lui rendirent des témoignages publics
de leur reconnoiflance , aunî-bien que le
Prcvot de Paris , & les Magidrats de la
Ville. 11 remédia aufîi aux inondations fré-
quentes de la Seine , qui regorgeoit fous
terre tous les hivers dans le grand Jardin
de fon Collège, & dans ceux des Bernar»
dins. Pour en garantir les uns & les autres,
il fit élever des terraffes & des chauffées
jufqu'auQuay de la Porte de S.Bernard.
Il n'étoit pas aifé de comprendre que
l'exécution de tant de grands ouvrages
étoient de l'entreprife d'un (impie particu-
lier, & l'on aimoit mieux fe perfuader que
quelque main fupericure le gouvernoit avec
l'alfiflance de la Cour & de la Ville : mais
ces faux bruits étoient encore les fruits de
la jaloulie & de la médifance des ennemis
deRicher. L'épuife^iient où étoient encore
le fifc du Prince.& l'épargne d,e la Ville, ne
permettoit pas de recourrir ti-tôt à ces four-
ces. Richer fe contenta pour toutes ces
dépenfes de ménager les fonds qu'il avoir
fait revenir , & d'y employer genereufement
les revenus de la Maîtrife. L'économie ad-
mirable qu'il y apporta fut prefque toute
la relfource qu'il crut devoir chercher à fes
befoins. C'elt ce qui fit remarquer en lui
un defintereflèment , une generofité , & une
grandeur d'ame que l'on ne trouve guéres
dans les perfonnes à qui la nailfance & la
fortune ont refufé le fecours d'une bonne
éducation. Il étoit très - facile pour lui de
s'enrichir dans tous les établiflèmens qu'il
lit pour renouveller fon Collège; 6c il au-
d'Edmond Rîcher. ip
toit pu s'autorifer de certaines âmes baffes
& intereffées , qui avant lui & de fon temps
cherchoient à profiter des occafions fem-
blables : mais Join de croire qu'il lui fût
permis de pécher par imitation , ou d'agir
même dans des chofes indifférentes ieuie-
ment par le motif d'en avoir vu d'autres
que lui agir de la même manière; il fe re-
garda comme un homme obligé par fa pro-
t'eflion & par fon rang à faire un exemple
<le fa conduite pour les autres. Dans le
temps même qu'on le croyoit accable de
befoin \j il relâcha une portion confidera-
ble de fes gages , pour être moins à char-
ge au Collège ; & fans s'arrêter à la con-
lideration des Grands Maîtres qui en avoient
joiii avant lui , il fit remettre les chofes où
le Parlement les avoit fixées en I5'44 : en
quoi l'envie ne manqua pas de publier qu'il
y avoit plus de vanité &d'indifcretion que
de véritable definterelTemcnt , & que c'é-
toft moins à lui qu'à fes fucceffeurs que
cette remife portoit préjudice. Mais elle
eut beau le fuivre par-toui pour le décrier
& pour tâcher de ternir l'écluc de fes ac-
tions ; fans elle nous aurions ignore une
grande partie de Ion mérite.
Après le rètabliflèment du Collège & ^]^' .
de fes Exercices , Richer entrant dans la ^^ ^^'^ ^*"
confideration de tous les devoirs de la
charge de Grand Maître & d'un Prin-
cipal , fe crut obligé de travailler en par-
ticulier pour les Regens & ks Ecoliers ;
il chercha tous les moyens de faciliter
aux premiers la véritable méthode d'en-
Xeigner , & aux autres la manière d'étudier yraye
^
vers
ou-
vragcj
pour
for-
mer
l'cf-
j-rit ,
&
pour
ncr
û6*
la
10 L A V I E
metliode fondement. Il n'eut pas honte de fe rc*
de l'étude nicttre lui-même à la Grammaire pour cet
desfcien- effet; & il ne fit nulle difficulté de parta-
ces. gej. fo2i temps entre la Théologie & les
De opt. Humanitez , quoique la Théologie depuis
jîca.fijiî. pluiieurs années lemblât faire toute fon
f. 12 8. étude. Quand il n'y auroit pas eu l'exem-
ple de plulicurs grands Hommes de l'An-
"7" tiquité, tant ecclefiaflique que prophane ^
■'^^^* pourjullifier fa conduite contre les repro-
ches injurtes que lui en firent quelques-
** George uns -de fes envieux , * la vûë feule de fes
Critton? obligations étoit plus que fuffifante pour
le confoler. Il ne croyoit pas qu'il y eût
rien de bas pour nous dans tout ce quieft
de la protellion que nous avons une fois
embrafiée ; outre qu'il n'y a rien que de
grand &-de noble dans l'art de former l'ef-
prit de l'homme, & de donner entrée à la
vraye fcience, qui eil ce qu'il envifageoit
principalement dans ce qu'il avoit entre-
pris de faire en faveur des Regens & des
Ecoliers de fon Collège.
Après avoir beaucoup médité fur ce fu-
jet, il trouva que tous ceux qui l'avoient
traité avant lui , n'avoient pas tellement
épuifé la matière qu'il ne reftât toujours
quelque chofe de nouveau à produire , ou
du moins qu'il y auroit toujours lieu de
donner un nouveau jour, ou une nouvel-
le méthode à ce qu'ils en avoient dit. Pour
en faire l'épreuve, il propofa fon Livre de
l'Analogie , qui étoit proprement un extrait
laifonné d'un autre ouvrage de Grammai-
re qu'il avoit compofé peu de temps au-
paravant. Les moyens qu'il ydonnoitpour
D^EdMOND RliiHER.' it
apprendre à parler purement, & d'une ma-
nière toujours corrcde , pour enrichir les
langues maternelles , & pour trouver les.
véritables caufes de l'éloquence, lui paru-
rent {l nouveaux & C\ faciles , qu'il ne crai-
gnit point de laillcr comparer fon ouvra-
ge à ceux de Varron , & des Auteurs qui
avoient écrit de l'Analogie avant lui : en
quoi on peut dire que le Public lui a ren-
du toute la juftice qu'il pouvoit attendre.
Quand à ce qui regarde l'ouvrage qu'il
donna enfuite fous le titre de De Gram-
matica ohftetrict ^\\ crut devoir y employer
par-tout le raifonnement ou la dcmonilra-
tion,& l'analyfe pour lier les caufes & les
principes avec les règles les plus courtes
& les plus faciles de la Grammaire , que
les enfans peuvent ailcment apprendre en
(îx mois. En quoi il fit voir qu'il nefiiffit
pasd'ctrc bon Grammairien pour bien trair
ter de la Grammaire , mais qu'il faut en-
core polfeder cette fcience générale que
les Auteurs appellent Mathejis , pour fça-
voir expliquer les vrais principes de tous
les Arts & de toutes les Sciences particu-
lières. On fçait aifément faire la ditferen-
ce d'un Géomètre d'avec un lîmple Ma-
çon , dans la manière de parler du triangle
& du quarré ; un Géographe difcourt au-
trement des parties du monde qu'un Mar-
chand qui a voyagé : ainli le Philofophe
fe fait bientôt diliinguer d'avec le (impie
Grammairien par ta manière de traiter d^î
la Grammaire. Richcr avoit bien vu qu'il
ne fuffifoit pas d'écrire comme avoit fait
Piifcien , Feltus , Nonius , Chariiius , Dio.'?
B iij
I
St L A V I E
mede, Donat, & les autres Grammaîneni^ '
du commun , qui ne Tont fait que corn-!-
ine de fimples Maîtres d'Ecole : mais il
prit pour modèle Ariftote , Jules Scaliger,
& les autres grands Hommes qui ont ta"
ché de ramener cet Art aux premiers prin-
cipes de la nature , & de le réduire fous
les loix de la raifon & de la fcience ; &
qui ont fait voir par leurs excellens Ou-
vrages qu'il faut êtrePhilofophe pour fça-
voir rechercher , & pouvoir découvrir la
fcience , l'ordre /& la méthode de toutes
chofes.
Richer fe fervit des mêmes moyens pour
çcrire enfuite de la Rhétorique : & fans le
contenter d'expliquer les caufes de cet Art^
il voulut encore donner la méthode d'en
réduire les maximes à l'ufage de la vie ci-
vile. Mais aucun des Ouvrages qu'il fit
alors pour les Etudians , <5c pour les Maî-
tres qui dévoient les inftruire , ne parut
avec plus d'e'clat que celui que l'on publia
depuis fous le titre d'OhJieirix an'tmorum.
Tout fou deifein étoit de former Tefprit
de l'homme , de le perfeélionncr , & de le
rendre capable de tout. L'Auteur avec f^
méthode ordinaire entreprenoit d'y décou-
vrir la véritable manière d'enfeigner , d'é-
tudier, de converfer , d'imiter, de juger ^
de raifonner , & de compofer.
G'eft ainlî que pour fatisfaire aux de^-
voirs de fa Charge, il voulut employer au
profit de la jeuneiie les grands talens qu'il
àvoit reçus de Dieu , & qu'il avoit culti-
vez par l'étude des fciences les plus fubli-
zïies. Il fallut pour cela fe priver de to.Ur i
d'Edmond Ri cher. 25
tes les douceurs qu'il trouvoit dans l'Ecri-
ture , dans les livres des anciens Pères de
l'Églife, & dans les Auteurs Eccleliafti-
ques , & renoncer au plailir que lui don-
noient les exercices & les études convena-
bles à un Théologien. Ce ne fut pas le feul
facrifice qu'il nt à Dieu dans cette occa-
iîon : cet engagement à des travaux de
Grammaire lui tit encore abandonner plu-
iieurs intérêts particuliers , que tout autre
en fa place auroit eu grand foin de ména-
ger, & le porta même à interelTer fouvent
la famé dans la vue de l'utilité publique.
Mais il ne s'employa pas tellement à for-
mer l'efprit des jeunes gens, qu'il ne s'ap-
pliquât aulfi particulièrement à leur cœur. Il
avoit fait un point capital de fa difcipline
de les élever dans la pieté , & les inftruire
des maximes les plus pures de la Religion,
& de leur procurer en même temps une
éducation plus polie qu'on avoit encore
fait jufqu'alors dans l'Univerlité. Il veil-
loit par lui-même fur tous les particuliers,
fans perdre jamais perfonne de vue , & fans
s'en rapporter trop facilement aux foins de
ceux qui étoient commis fous lui pour le
foulager.
Autant qu'il avoit paru fevere aux Bour-
fiers qu'il avoit fallu retirer du libertinage
& de l'indépendance ; autant étoit-il affa-
ble & carelîànt envers les Ecoliers , à qui
il tâchoit de rendre la vertu aimable. Il
avoit pour tous les Regens de ion Collè-
ge des manières d'agir toujours honnêtes
àc officieufes ; il entroit le premier dans
leurs peines ; il les prévenoit dans les bc-
B iiij
z4 L A V I Ê
foins qu'ils pouvoient avoir de lui ; leut
faifoit rendre un refpeét & une obéillànce
parfaite par les Ecoliers; les protegeoit &
les louoit toujours en public , pour con-
ferver leur autorité , refervant pour le fe-
cret & le particulier les remontrances qu'il
avoit^. à leur faire ; & leur apprenant par
fon exemple à joindre toujours la pruden-
ce avec Texaètitudc dans toute leur con-
duite. 11 maintenoit entre eux une union
tres-étroite, dontilétoit lui-même le lien,
& il tiroit des avantages merveilleux de
leur correfpondance réciproque pour le
bien de Ion Collège. Mais comme il étoit
incapable de foiblefle , & de quelque lâ-
che complaifance pour le vice, il étoit en
même temps la terreur des Ecoliers & des
Regens déréglez ; de forte que ne pouvant
fupporter long -temps fa prefence & fon
autorité en cet état, ils étoient obligez de
quitter fans délai ou leurs vices ou foii
Collège , qui devint par ce moyen le mieux
difcipliné , & le plus florilTant de toute
rUniverlité. C'eft ce qui donna aux per-
fonnes de qualité beaucoup d'emprelfe-
nient poui mettre leurs enfans fous facon-
^M.Bou- duite. On a dillingué long -temps depuis
cherar fes élevés , par les fervices qu'ils ont ren-
Chance- dus à l'Eglife & à l'Etat, & on en a vu
îier de q^f ont exercé avec beaucoup de dignité
Trance. les premières Magillraturcs "^ du Royaume.
VIII Pendant que Richer travailloit au réta-
11 eft fait bliffement de fon Collège , le Roi dormoit
Çenfeur P^^^r 1^ réparation entière de toute l'Uni-
de r[Jni- verlité des ordres , dont l'exécution lui
yerfitc fut auffi commife. Ce grand Prince infoii-^
d'Edmond Ri cher, if
hic de l'état pitoyable où elle étoit, lorf- pour ""^
^u'il fit fon entrée dans Paris ,avoit com- vaiiler a
pris d'abord la neceflîîé qu'il y avoit dç ^'^ \^^^^'
rétablir promptement cette ancienne hco- ^
le du Royaume , où fe devoit apprendre
la Religion , les Loix , les Sciences & les
beaux Arts , d'où femble dépendre la fé-
licité des peuples. Il avoit nommé pour
travailler à ce grand ouvrage les perfon-
nés les plus confiderables du Royaume
par leur capacité , leur içavoir , leur cré-
dit , & leur expérience ; fçavoir Renaud
de Beaune , Archevêque de Bourges , grand
Aumônier de France; Achilles deHarlay,
premier Préfîdent au Parlement ; Jacques
Augufte de Thou , Prélident à Mortier ;
Lazare Coqueley & Edouiird Mole , Con-
feillers de la Grand'-Chambre ; Jacques
de la Guelle , Procureur General ; & Louis
Servin, Avocat General , auxquels on joi-
gnit depuis MelTieurs Seguicr , Lieutenant
de Police, & Faucon de Ris , premier Pré-
lident au Parlement de Bretagne.
Les Commiffaircs ayant commencé la
Reformation par la vifite des lieux , n'a-
voient trouvé par-tout que des objets d'hor-
reur & de compafTion : ces lieux qui avoient B'ù'.HiJf..
été 11 long -temps le fejour agréable des ^cad. to.
Mufes ,étoient devenus la retraite des fol- 6. /. 916,
dats , des voleurs & des bêtes ; on n'y voyoit
que de triftes relies de la défolation que
la fureur des Guerres civiles y avoit bif-
fée. Les ClafTes&les Sales derti nées pour t/av.ïw^
les Exercices publics , n'étoient plus que H'tft. l.
des étables,&des écuries toutes rompues, izi.ad
mais qui regorgoient encore de l'ordure <î^. 1600*
i6 La Vie
des chevaux , & des troupeaux qu'on y
avoit retirez ; ce qui reûoit d'apartemeos
que le feu ou la brutalité du foldat n'a-
voient pas entièrement détruits , étoit oc-
cupé par des étrangers , qui y entretenoient
leurs femmes & leurs ménages.
La vue d'un fpedaclc fi affreux porta
les Commiffaires à tenir fouvent des Af-
femblées dans TUniverlité avec les Rec-
teurs , les Procureurs des quatre Nations,
les Principaux des Collèges , & les Doyens
des trois Faculté?^ fuperieures , pour agir
avec eux de concert dans cette entreprife.
On fe reprcfenta d'abord l'état où on avoit
remis l'Univeriîté après l'expulfion des
Anglois fous Charles VIL On remit alors
les Reglemens que le Cardinal d'Eftoute-
ville avoit faits pour le rètabliffement de
la difcipline. On jugea qu'il étoit necef-
faire d'y retoucher, pour les mettre dans
une plus grande perfedion ; & on le fit
principalement fous les lumières du Pré-
iident de Thou , & de l'Avocat General
Servin , qui pafToient pour les Magiftrats
les plus éclairex , & les mieux initruits des
affaires de l'Eglife , & du Royaume , des
Hiftoires des liecles paffez , & des droits
de l'une & de l'autre Puilfance.
Ihua», On fit de nouvelles Conflitutions , qui
/?{/?. ibid. furent autorifées par un Edit du Roi , &
é publiées par les ordres du Parlement, qui
donna enfuite un Arreft pour en remet-
tre l'exécution aux foins du Prélîdent de
Thou & des Confeillers Coqueley&Mo-
• îé. Ces Magiftrats , accompagnez de Ser-
vin , les firent recevoir dans rAffemblée
d'Edmond Riche r. 17
de rUniverfité tenue aux Mathurins le
18. Septembre de Tannée 1600. Servin,
après une belle harangue prononcée par
deThou,<&la ledure des Statuts pour les
quatre Facultez , marqua tout ce que les
ProfefTeurs feroient obligez de faire pour
maintenir l'autorité du Roi contre les mau-
vaifes dodrinesqui avoient caule une par-
tie des troubles. Mais parce que le plus
grand mal étoit venu de la Facilite de
Théologie , où les Ultramontains & les au-
tres perfonnes mal intentionnées avoient
toujours entretenu des intelligences pré-
judiciables à la liberté de l'Eglile Gallica-
ne , <5c au repos de la Monarchie ; il fut
arrêté que tous les Externes qui voudroient
y entrer , comme dans les autres Facul-
tcz, s'obligeroient par ferment, avant que
d'y prendre aucun degré , à vivre félon les
loix du Royaume, à rendre une obéifTan-
ce parfaite au Roi & aux Magiftrats , & à
ne jamais parler ou écrire contre la Re-
ligion Catholique , les Libertez de l'Egli-
fe Gallicane , qui ne font autre chofe que
les anciens Canons , le gouvernement de
l'Etat , & la Puilfance royale.
Tous ces Reglcmens furent reçus avec
beaucoup de joye & de foûmilfion par
tout le Corps de l'Univerfité, qui en ren-
dit publiquement des actions de grâces au
Roi & au Parlement par la bouche du
Re6leur Marc Gigaut. On prit toutes les
mefures poflibles pour commencer cette
Reformation avec le lîccle; mais on s'ap-
perçut bientôt qu'il filloit purger ce grand
Corpj) de beaucoup de mauvaifes humeurs
28 L A V I E
qui lui étoîent refiées , & qu'on ne pou*
roit établir la difciplinc préfcrite par les
nouveaux Statuts , qu'aprcs avoir fait une
information exadtede la vie & des mœurs
des particuliers qui le compofoient. On
crut qu'il falloit choifir pour cet emploi
des pcrfonnes de toutes les Facultez , en
qui la capacité & la prudence fe trouvaf-
fentjointes à Tintegrité des mœurs , telles
que la qualité de ces temps pouvoit l'exi-
ger , pour être en état de corriger les au-
tres : de forte qu'à la requête du Procu-
reur General , le Parlement nomma Ri-
cher de la part de la Faculté de Théolo-
gie; Claude Minaut, dit Minos , Profef^-
leur en Droit Canon ; Nicolas Eclain y
Dodeur en Médecine ; & Jean Gallart,
Principal du Collège de Boncourt, ancien
Redeur de la Faculté des Arts, pour tra-
vailler enfemble à cette Reformation fous
l'autorité de la Cour.
Mais les nouveaux Cenfeurs y trouvè-
rent de grandes relidances dès l'entrée de
leur fonction de la part de plufieurs Re*
gens, & de quelques Principaux mêmes v
qui trouvoient leur compte dan's les defor^
dres de l'Univerlité. Ceux-ci n'ofant s'en
prendre au Parlement pour la publication
des nouveaux Statuts , à l'obfervation def-
quels on vouloit les obliger, déchargèrent
leur chagrin fur les Cenfeurs , & princi-
palement fur Richer, qu'on 'regardoit non
feulement comme le Chef des autres, mais
encore comme le grand promoteur de tou-
te la Reformation , avec René Benoît, Con-
feifeur du Roi , nommé à l'Evêché dç '
Troyes.
d'Edmond Riche r. 29
Richer , que les dangers les plus pre-
fens fembloient ne devoir jamais épouvan-
ter , fentit croitre fa force & fon coura-
ge à mefure que l'oppolition des rebelles
s'augmcntoit;il refolut de les traiter com-
me des malades que les Médecins lailfent
crier , lorfqu'ils ont peine à fouffrir les
remèdes. On punit les plus mutins &:les
plus incorrigibles par des amendes pécu-
niaires , par la prifon , & même par la dé-
poiition de leurs emplois ; & il refolut de
fupporter les infultes&les injures des au-
tres , dans l'efpcrance de les gagner par fa
modération.
Néanmoins fix mois fe pafferent fans —
beaucoup de fuccés. Richer appréhendant 1601.
que fcs Collègues ne fc rebutaiîent dans
la fuite , ou ne fuccombaffent à l'efFet des
contradiélions , alla trouver le premier
Préiident de Harlay , & les autres Com-
milïùires nommez par le Roi pour la re-
formation de rUniverlité : il leur repre-
fenta l'importance qu'il y avoit à ne point
abandonner un ouvrage fi neceffaire, & fî
heureufemcnt commencé ; il voulut enfui-
te fe démettre entre leurs mains de fon
oflice de Cenfeur , afin de lui donner lieu
de lui fubftituer une perfonne qui eût plus
de capacité , de refolution , & de bonheur
que lui.
Le Préfident de Thou , qui fçavoît dé-
couvrir &eftimer le mérite mieux qu'hom-
me de fon iiecle , remontra à la Cour que
ne connoilfant perfonne qui fût plus ca-
pable que Richer , il talloit , fans avoir
cgard à fa modeftie , le continuer dans foa
p L À V r E
^ "■ ■ nouvel office, & augmenter mémo fespon-à
1601. voirs, s'il étoit polfible. Son avis fut fui-
vi. Richer & fes trois Collcgues furent de
nouveau établis Cenfeurs de l'Univerfité
par un Arreft du î^- Septembre de Tan-
née 1601. Leurs Olfices devoiventétrede
deux années , & ils en prêtèrent le ferment
entre les mains du Reéleur Guillaume Pou-
lart ou Poulet , dans le Collège de Sor-
bonne , le jour de la naillànce du Dau-
phin , qui étoit le 27. du même mois.
Sur ce que Richer reprefenta enfuite à
la Cour qu*il y avoit beaucoup plus à tra-
vailler dans la Faculté de Théologie que
dans celle de Droit & de Médecine , &
que celle des Arts demandoit aufli d'au-
tant plus d'application & de foin , qu'elle
ctoit la bafe & le Séminaire des trois au-
tres , & plus infedée de la corruption eau-
fée par les guerres civiles ; on lui donna
encore deux Adjoints pour le féconder ,
Charles LoppéDodeur de Sorbonne pour
la Faculté de Théologie ^ & Jean Morel
Profeffeur Royal dans celle des Arts.
' IX. Les Cenfeurs reprirent leurs fondions
Peine de ^^^15 le mois d'Oétobre fuivant , firent la
Richer vifite de tous les Collèges , & conférèrent
aboHr le ^^^^ ^^"^ ^^^ Principaux, pour les porter
Lundi ^ ^ coopérer avec eux , & à tenir la main,
Miner- chacun dans l'étendue de leurs reflbrts ,
val, & ce à la difcipline qu'on vouloit établir. Ils
qu'il eut réglèrent les exercices de pieté, ils pour-
ii fouffrir vurent à l'infpeâion des mœurs , & ils tâ-
tantde la cherent de rendre la police fcholaftique
part des uniforme par tout ; mais ils furent tra-
Liguçui's verfez rudement dans la reformation qu'il»
d'Edmond Ri cher. 51
voulurent faire de certains abus , où les que Ma
Princrpaux & les Regens intereflèz trou- P'^i't <^e^
voient du profit. Cela regardoit fur-tout ^^"-'^' q^»
la fixation des penlions pour les Etudians, J.'^y^"-
que Richer & les autres vouloîent mode- ^o'^^^ye
rer, & le Lundi des deux femeftres , com- V^/v5
iiiunement appelle Mincrval dans le Pays ç^iJ^^^
Latin , qu'ils vouloient retrancher. Ce ___ '
Lundi étoit une Fête fcandaleufe qui fe '' ^
faifoit dans les Collèges pendant plufieurs ^^^^*
jours en hiver & en été, à Toccaiion de
la rétribution que les Ecoliers payoient à
leurs Maîtres. La Fête fe palfoit en fef-
tins & en débauches ; c'ctoit une fource
de defordres, dont les fuites étoient tou-
jours fâchcufes.
Richer ne croyoit pas que Ton pût bien
remédier à ces abus fans en retrancher en-
tièrement l'ufage : mais loin de réduire
les Regens à mourir de faim en abolilTant
les Lundis, comme fes envieux le publiè-
rent depuis ; il travailla fortement à faire ré-
tablir par-tout l'honoraire menftruel , c'ell-
à-dire le falaire modique & honnête qui fe
donnoit auparavant par mois, pour recon-
noître les peines des Maîtres. Ce n'eft pas
qu'il fût pcrfuadé que le remède fût encore
fouverain contre le vice de l'intérêt , les
partialités , les préférences & les accepta-
tions de perfonnes , que l'on vouloit ban-
nir; mais il faifoit efpererque les liberali-
tei du Roi mettroient les Maîtres en état
d'enfeigner gratuitement dans toute l'U-
niverfité , 11 par les faveurs d'une longue
paix l'on voyoit dans les finances de ce
Prince , qui fe çéublifloient de jour en
3^ L A V I E
— jour, l'abondance dont on fe flattoît.
1601. Ceux qui s'intereflcrent à la conferva-
tion du Lundi, ne furent pas fatisfaits des
raifons des Cenfeurs ; & ils s'élevèrent con-
tre leur entreprife , croyant que Ton at-/
tentoit à la liberté ancicnce des Ecoles ^;
& qu'on ne cherchoit qu'à les détruire ,
en couvrant du nom du Roi & du Parle-
ment, toutes les violences qu'on leur fai-
Ibit : non feulement ils refuferent de ii-
gner 6c de jurer fur les nouveaux Statuts
comme les autres pour s'obliger à leur
obfervation ; mais ils débauchèrent enco-
re plufieurs de ceux qui avoient déjà prê-,
té le ferment , & les portèrent à rétrac-
ter leurs f]gnatures,& à fe rendre même
parjures , plutôt que de fc foûmettre à un
i\ honteux cfclavage. Non contens d'avoir
Ibûlevé les Maîtres, ils animèrent encore
leurs Ecoliers , & armèrent même les va-
lets des Collèges contre les Cenfeurs.
Richer fut néanmoins le feul fur qui
tomba le gros de l'orage : il fe trouva fort
Ibuvent en danger de fe voir lapider al-
lant dans les quartiers de l'Univerfité ;
51 fut à diverfes fois charge d'injures &
d'opprobres en pafîant devant les Collè-
ges , quelquefois même couvert de boue
par la canaille & les Ecoliers , dont l'in-
folence étoit foûtenué par leurs propres;
Hegens. Le Collège de Lilieux fe fignala
fur tous les autres dans les infultes qui
lui furent faites à l'inlligation de deux fu-
rieux , qui ne pouvoicnt Ibuffrir qu'on ar-
rêtât leurs déreglemens, & qu'on retran-
chât les fcftins. L'un étoit un'Confeiller
dégradé,'
d'Edmond Richer. ^^
dégradé, nommé Duron , qui s'étant fait — — ^
Commiflaire de Quartier, après avoir été 1601*
honteufement chaire du Parlement , s'étoit
retiré dans ce Collège ; l'autre étoit Geor-
ge Critton , Protefleur Royal , qui avoit dé-
jà été Procureur de la Nation Allemande.
Richer, tout intrépide qu'il étoit, fe crue
obligé de prendre des furtez contre leur fu-
reur , & ne fe prefcnta plus dans leur Col-
lège qu'avec une puilfante efcorte.
La confpiration des autres Regens qui
liguèrent par canton , ne fut pas nioins
cmbarrafTante pour lui : ils cabalerent par
peloton, pour tâcher de ne plus élire pour
Redeur de l'Univerfité que ceux qu'ils
fçavoient être ennemis de la Reforma-
tion, «5c qu'ils jugeoient alfez hardis pour
s'oppofer aux Cenfeurs, & éluder les. or-
dres du Parlement. Les tumultes , & les
mauvais exemples que proauilirent les ré-
voltez , fcandaliferent toute la Ville : ils
furent caufe que beaucoup de perfonnes
de qualité retirèrent leurs enfans des pen-
lîons des Collèges publics , & qu'ils les
mirent en Ville fous des particuliers , ou
leur donnèrent des Précepteurs chez eux;
ufage qui avoit paru aifez rarejuf4ues-là,
&qui elt devenu depuis fort commun. Il
n'y eut que la fuite du temps qui pat fai-
re connoître la grandeur du tore qu'en re-
çut rUniverfité. Il fut tout autrement con-
iiderable par le préjudice qu'elle apprehen-
doit de l'ouverture du Collège de Cler-
mont, contre lequel elle parut lî allarmée.
. Il le trouva néanmoins quelq^jcs Rec-
teurs , dans l'efpace de deux années quct
^4 L A V I E
«— — — dura la Cenfure , qui ouvrant les yeux lût
ïdoi. la défertion des Collèges, écoutèrent Ri-
cher , & travaillèrent à ramener les efprits
irriter dans leur devoir. Ils prirent fes avis
pour retrancher la dilTolution (& les defor-
dres parmi les Regens & les Penfionnai-
.res ;& ils fe joignirent à lui pour faire re-
cevoir les nouveaux Statuts : mais les fédi-
tieux s'en vengèrent bientôt par la brièveté
du Redorât , dans lequel ils n'eurent garde
de les continuer ; & ils rendirent prefque
toutes leurs bonnes intentions inutiles, en
leur fubftituant des gens de leur cabale.
La prudence de Richer ne lailTa pas de
détruire toutes leurs pratiques ; & l'égali-
té d'efprit qu'il confcrva toujours, la fer-
meté & la patience qu'il fit paroître par-
tout, le rendirent viâorieux des ennemis
de la difcipline , dans les principaux Col-
lèges de rUniverfité,dès la première an-
née de fa Cenfure. Mais ces fuccez atti-
rent fur lui une autre tempête de la part
de ceux qui s'étant imaginez que les maux
de rUniverfité étoient incurables , efpe^
roient toujours que l'on feroit obligé de
rappeller les Jefuites de leur banniflement,
pour leurs taire ouvrir leurs Ecoles. Ces
gens , qui paroiflbient n'avoir été nourris
que des maximes Italiennes & Efpagnollés
durant les troubles du Royaume , fouhai-
toient de tout leur cœur que Richer & fes
Collègues fuccomballent fous la multitu-
de des difficultez & des contradidions ;
ils faifoient des parallèles odieux de cette
Reforme de rU.niverfité , avec celle que
les Proteftans avoient prétendu faire dans
VE^ViCe^ ajoutant quç le Ciel ne bcniroit
d'Edmond RicherC 3f
pas Tune plus que l'autre. Ils tâchoient ■
mcme d'infinuer que le rétabliflement de 1601
l'ancienne difcipline ne tendoitqu'à la rui-
ne de la Religion Catholique. Mais fous
Je beau nom de Religion Catholique , ils
ii'entcndoient autre choie que le refte de
la Ligue , avec les opinions ultramontai-
nes , contraires à celles que tient l'Eglife
Gallicane & le Parlement touchant l'au-
torité du Pape. Ils publioient que c'étoit
une chofe honteufe à Richer , qui étoit
Prêtre & Dodeur de Sorbonne , de tra-
vailler ainii à détruire une Société aulli
fainte qu'eft celle des Jefuites ; comme R
c'eût été ôtcr à ces Pères toute efperan-
ce de retour , que de remettre le bon or-
dre & la paix dans rUniverlitc,&d'yfai-
le refleurir la vertu avec les Icicnces.
Ces t'u6ticux prirent occalion de-là pour
le décrier comme un Parlementaire , qui
ctoit alors la même chofe qu'hérétique
parmi les fedtateurs & les élevés des Li-
gueurs. Car depuis que le Roi avoit ab-
jure le Calvinifme , & reçu l'abfolution
ou Pape , la grande herefie du temps n'é-
îoit plus de fe déclarer huguchot ; mais
de ne point adhérer aux prétentions de la
Cour de Rome » qui avoit une iiiJinité
d'émiiïaires dans le Clergé de l' rance , 6c
principalement dans les Maifons Religiea-
fes'du Royaume. Les reproches & les
plaintes de ces nouveaux adverfaires , quoi
que très - méprifables aux yeux des Ceii-
feurs , ne laifTerent pas de produire une
efpece d'avantage , en ce que Richer , pour
fe rendre capable de s'oppofer un jour à
C ij
5(S L A V I E
leurs entreprifes , refolut alors de fe don-
ner tout entier à l'étude de l'Antiquité
ecclefiaftique , qui avoit été négligée de-
puis le règne des Scholaftiques.
X. Dès la féconde année de la Cenfure de
Succès Richeron vit la face de l'Univerfité pref-
des tra- que entièrement changée par le renouvel-
vauxdans Jeinent de plufieurs Collèges , dont on
la refor- j^yQJj ^^^ ç.q^-^ ^ç^ Regens qui avoient été
IJ^'^y,?!^ • reconnus vicieux ou ignorans. La Fête du
i ,"'' Lundi fut entièrement abolie avec les fef-
ve) itc. jj^,g ^ j^ coutume de payer les Maîtres
Difficulté ^^ ^^ temps-là ; mais les Cenfcurs retom-
fur le ré- bcrent dans de nouveaux embarras , lors
tranche- qu'ils entreprirent d'empêcher qu'il n'y
ment de eût dans la fuite deux Regens pour cha-
rufage que Clafïe de Rhétorique,
qui fouf- Il ri'y avoit que cinq ou fîx ans que
froitdeux cette coutume s'étoit introduite dans l'U-
^egens niverlité , à l'imitation des Jefuites , quî
dans une avoient établi cet ufage dans leurs Collé-
5^Iaiie. ggg Richer , après s'être beaucoup tour-
menté durant l'année i6oi- pour perfua-
der aux Principaux que c'étoit une tres-
méchante coutume, & qu'il étoit de l'in-
térêt & de l'honneur de l'Univerlité qu'on
l'anéantît avant que de lui laifler prendre
de plus fortes racines , avoit obtenu dès
la S.Jei^H qu'il n'y auroit plus qu'un feul
ProfeÛèur en chaque ClafTe : il faifoit dé-
pendre de ce point la facilité de quelques
Reglemens nouveaux qu'il devoir faire
exécuter à la S. Rémi , fans quoi il ne
pouroit jamais efperer de voir la difcipli-
lie entièrement rétablie.
Peu de gens étoient entrez dans les in-
d'Edmond Richer. J7
itonveniens qu'il y avoit de faire faire une . *» m^
ClalTe par deux Regens ; & beaucoup de 1601,
perfonnes affedionnces au Public avoient
jugé que cette inftitution pouvoit êcre fort
utile aux Etudians. Mais Richer , qui por-
toit fes vues beaucoup plus loin , avoit
tellement fait goûter fes raifons aux Com-
miffaires nommez par le Roi pour la Re-
formation , qu'on en avoit voulu faire un
article exprès dans les Conftitutions nou-
velles ; il fut dit aulTi que TArrell du 17,
Septembre 1601. feroit partie du premier
Règlement pour la Faculté des Arts, qui
portoit la dcfenfe en ces termes : Ca^eant
in pojîerum GymnafiarchiC , ne duo l?rce^
ceptores eidem Clajfi pr^ficiantur , ha ui
tinus hor'îs matuttnïs. , alter por(ieridiams
docèat : quod ftcitnUtm dïllgenter fervetur
à Remigialibus annï l6oi. ne Prccceptori-
bus qtii hoc anno fidem dederunt Jit fraudi.
Quelques-uns voulurent d'abord ména-
ger une exception en faveur de la Rhé-
torique , comme ii l'intention des auteurs
du Règlement eût été qu'on fe gardât feu-
lement de faire pafler cette pratique dans
les autres Claliès , où l'on ne s'çtoit pasi
encore avifé de l'introduire ; mais Richer
fit voir que le Statut ne regardoit préci-
fément que la Rhétorique \ n'étant pas à
craindre qu'aucune autre Clalfe pût jamais
imaginer un prétexte plaufîble pour de-
mander aulfi deux Regens.
Sur ce que Richer , parmi les raifons
qu'il allégua pour adoucir les efprits , <Sc
les refoudre à l'obfervation des Statuis y
ajouta qu'un fécond Rçgent ctoit à char-
C iij
58 La Vie
■ i". ■ ■ ge à rUniverfité ; Critton fon adverfaîref.
602. deTannce préccdente prit occafion de s'c-
lever de nouveau contre lui. Il follicita
le Principal de Liiieux , nommé François
Adrien Baven , qui avoir cté Rcéteur de
rUniverfité lix ans auparavant , de vou-
loir entrer dans fes dellcins , & il lui ne
entendre qu*il avoit trouvé un moyen fur
pour maintenir fon Collège dans les ufa-
ges , & rendre inutiles la Reformation &
les entrcprifes de Richer. ■
Il s'otfrit comme Profeffeur furnumeraî-
re & hors de rang pour faire la Claffe de
Rhétorique Taprcs-midi ,dans la feule vue
d'honorer la profeffion , & d'attirer les Eco-
liers, fans prendre néanmoins la qualité de
fécond Régent. Baven fe lailfa perfuader,
& il crut faire honneur à TUniverlité de
permettre qu'un Hiftoriographe & Profef-
îeur Royal vînt de furérogation faire la
Claffe de Rhétorique chez lui , feulement
pour donner de la réputation à fon Col-
lège. L'affaire réufîît d'abord fuivant le
projet de Critton , de qui l'expédient pen-
fa rendre entièrement inutiles & l'Arreft
du Parlement, & les Statuts de la Refor-
mation. Les autres Collèges voulurent en
ufer de même : & lorfque Richer entre-
prenoit de s'y oppofer , on lui alleguott
toujours Texempie du Collège deLilieux,
qu'on ne pouvoit fe difpenter de fuivre.
Ces conteftations durèrent pendant tout
l'Eté , jufqu'à ce que Richer & les autres
Çenfeurs appréhendant qu'elles ne conti-
nuaffent encore à la faint Rémi fui vante,
députèrent Eclain leur Collègue au mois
d'E d m O N D R I c h e r. 5^
d' Aouft vers le premier Préfident de Har- — i ,mt
lay , pour lui reprefenter les fuites de ce i6oi.
mauvais exemple. Ils prefîerent de leur
côté Claude Palliot Redeur de l'Univer-
iité,& Baven Principal du Collège deLi-
fieux , de faire celfer le fcandale qui cau-
foit l'inexécution des nouveaux Statuts ,
auxquels ils s'étoient obligez l'un & l'au-
tre par un ferment folemnel.
Les Vacances furvinrent , & Mcffieurs
du Parlement étoient à la campagne. Non-
obftant la fatisfaftion que le premier Pré-
fident avoir promife à Eclain , Critton 3t
Léger , Profelfeurs ordinaires de la Rhé-
torique à Li lieux , entreprirent au mois.
d'06tobre de régenter la même Clafle al-
ternativement ; celui-ci le matin, & l'au-
tre l'aprcsmidi. Ils fe flattèrent même de
l'appui du Parlement, efperant de lui fai-
re voir la furprifc qu'ils prétendoient avoir
été faite à la Cour. Ils menaçoient d'aK
1er au Roi, prés de qui ils s'étoient pro-
curez des amis , fi le Parlcmenr ne leur
étoif point favorable à la S. Martin.
Cependant Critton publia un libelle plein
d'injures & d'indignitez contre les Cen-
feurs II y attaquoit principalement la per-
fonne de Richer ; & le refte n'étoit qu'u-
ne déclamation puérile & féditieufe con-
tre les Reglemens nouveaux de l'Univer-
lité. 11 alla cnfuite avec Baven trouver
les Juges qui tenoient la Chambre des Va-
cations. 11 tâcha de leur perfuader que ce
qui avoir porté le plus les parens à don-
ner leurs cntans aux Jefuites , étoit le
Çrand nombre des Regens qu'ils avoicnt
Ç iiij
4^ L A V I E
t..—— dans leurs Clafres,&que la difette deRe-»
460*. gens avoit fait ôter plufieurs Ecoliers i
rUniverfité, fur-tout dans les premières
CldfTes , où l'on manquoit de bons Pro-
feflcurs. Que cette feule conlideration ',
malgré fes grandes occupations , préférant
le bien public à fes intérêts , l'avoit fait
refoudre à régenter , & foulager un Ré-
gent de Rhétorique, afin de maintenir par
ce moyen la réputation de l'Univerfité ,
& ôter par - là tout prétexte de faire rcr
venir les Jefuites ; qu'au refte tout ce qu'il
faifoit étoit entièrement gratuit , tant du
côté du Collège de Lilieux , que de celui
des Ecoliers qu'il enfeignoit ; & que com-^
me la peine qu'il prenoit étoit toute vo^
lontaire , fa conduite ne devoit être tirée
à confequence pour les autres Collèges,
qu'autant qu'il plairoit à la Cour.
Critton ajouta quelques raifonnemens
fpecieux aux artifices de fon difcours , &
il fçut fi bien impofer à Meilleurs des Va-
cations , qu'ils jugèrent même à propos de
le remercier de fes foins. On avoit lieu
d'appréhender quelque furprife dans ces
nouveaux Juges : c'eft pourquoi Eclain fut
envoyé vers le Préfident Seguier , qui pré-
iîdoit dans cette Chambre , pour l'infor-
mer de toute l'atfaire, & le defabufer. Il
obtint que Critton & Baven feroient man-
dez à la Cour le 4. jour d'Odobre ; mais
ils ne comparurent que deux jours après
l'ajournement , parce que Critton avoiç
demandé du dçlai , pour fe préparer à ré^
pondre.
Les quatre Cenfeurs s'y trouvèrent e^
t>*EDMOND RlCHER. 41
ttteme temps. Richer porta la parole pour — ' «" ""S
eux. Il fit valoir avec beaucoup de poids i6o>
les bonnes intentions de Sa Majellé , &
celles du Parlement. Il fit voir la julîice
des trois Arrêts de la Cour qui autori-
(bient la conduite des Cenfeurs , 5c il mon-
tra rinconvenicnt qu'il y auroit que le
Collège de Lilieux tût excepté de la rè-
gle des autres, foit pour ralternative des
deux Regens d'une feule Claire,loIt pour
les feftins du Lundi. Il fit remarquer à la
Cour que Critton ne faifoit la Rhétorique
de Lifieux en fécond , que pour fe mo-
quer des Statuts & des Arrclh ; qu'il en
fortoit toujours un moment après y ctre
entré, pour donner fa place à un autre;
qu'il lui avoit déjà été ordonné par un
Arreft de l'année précédente, où il étoit
exprimé pcrfonnellement , de délîlter do
cetee entreprife.
Critton eut permiflîon de répondre, &
le Préfident des Vacations le lailfa parler
aufii long 'temps qu'il put le fouhaiter :
mais lorfque Richer voulut répliquer , il
lui impofa lilencc , difant qu'il n'étoit pas
jufte que pour la fatisfaélion d'un ou de
deux hommes on détruisît les Reglemens
du Corps entier de l'Univerlité , & qu'on
en renversât toute la difcipline. Il ajouta
qu'il falloit attendre le retour du premier
Prélident , & remit l'atfaire après la faint
Martin. Et quoique cette délibération ne
fuft pas trop favorable à Critton , il ne
laiifa pas de prendre un air triomphant ,
comme s'il eût reçu toute la fatisfadion
qu'il ^vuit demandée à la Cour. Il revint
42 L A V I E
,.if 77....»« plein de gloire & de vanité au Collège de
^6oz, Lifieux, où il fit accroire qu'il avoît ren-
du inutiles tous les efforts des Cenfeurs ,
& qu'il avoit expliqué le vrai fens des Sta-
tuts de rUniverfité , dans un Ecrit qu'il
avoit compofé exprès , & qu'il avoit pro-
duit devant les Juges. Il fit aufîi-tôt im-^
primer cet Ecrit , qu'il intitula Parammusi
pour inlinuer d'abord à fes Le6teurs, que
les Adverfaires qu'il y attaquoit , ne fai-
foient autre chofe que renverfer les loix
àans l'exécution des nouveaux Statuts. Il
eut m^me la hardielfe de le dédier à Me)Pr
lieurs du -.Parlement , & de publier par-»
tout qu'il avoit été approuvé par les Juges
de la Chambre des Vacations.
Plufieurs Regens de l'Univerlîté prirent
droit ià-deffus pour fe rendre les maîtres
d'enfeîgner & de fe gouverner comme il
leur plairoit ; ils ne parloient plus qu'avec
mépris des Statuts 6c de leurs auteurs ; ils
rejetterent le falaire ou la paye de chaque
mois , dont on venoit de rétablir l'ufage,
prétendant faire revivre la fête du Lundi ;
ce qui fut même appuyé du Redeur.
Ils commencèrent cette nouvelle rébel-
lion par tant d'excez 6c d'infolence , que
Richer voyant les progrez que les defor-
dres avoient faits pendant tout le moi*
d'Odobre , crut que c'étoit fait de la Fa-
culté des Arts. \jQ chagrin qu'il en con-»
çut penfa le jetter dans le découragement,
àon indignation retomba principalement
contre Criton 6c Baven : h ne trouvant plus
de furté à continuer fes fondions de Cen^
leur , il fe crut obligé de prendre la plu-?
d-Edmond Ri cher. 4^
tne pour réprimer les calomniateurs , & ta —
cher au moins d'arrêter le cours des affai- i6oa.
res à Touverture des Audiances. Il com-
pofa avec l'aide de Minaut , un de fes Col-
lègues , l'Apologie du Parlement & de TU-
niverlité contre le Paronome du Collège
de Lifieux. Il découvrit précifement la
Iburce de tous les maux , & en marqua
Jes vrais remèdes , mais il épargna les noms
de fes Adverfaires.
Le retour de Mefîieurs du Parlement
le ranima , & il ne fut pas trompé dans
l'efperancc qu'il avoit conçue du premier
Prclident. Ce Mngiftrat , après avoir pris
les conclulions de l'Avocat General Ser-
vin , donna un AïïcÛ le 22. de Novem-
bre 1602. portant ordre d'exécuter de point
en point les Reglemens faits pour le réta-
bliflèment de la difcipline , & les Statuts
de rUniverfité , avec défenfe de mettre
plus d'un Regcnt dans chaque Clalfe au
Collège de Lilieux , ôi injonction de pei-
ne pour ceux qui y contreviendroient , ou
qui attaqueroient de vive voix, par écrit,
ou autrement , les Loix établies pour re-
former rUnivcrfité,ou les Arrefts donnez
pour les maintenir.
Critton plein de dépit & de confufion ,
que l'entrée du Collège deLiheux lui fût
nommément interdite, tâcha de s'en ven-
ger par des libelles fatyriques qu'il fema
fecretement pour déchirer la réputation de
Richcr,& ditiamer l'ouvrage de la Refor-
mation de rUniverlité. Richer trop fatif-
fait des heureux fuccez de la Cenfure , n'y
auroit eu aucun égard , s'il n'avoit eu en
^i
'44 L A V I E
^m ,. vue que lui-même , & les perfonnes de foii
;6oa. temps : mais croyant qu'il étoit bon d'in-
former la pollerité de tout ce qui s'étoit
pafTé durant les deux années de fa Genfu-
re, il écrivit un Traité Latin , qu'il inti-
'Deopt. tula,Z)^ la meilleure manière de régler PU"
i^ca.Jiat. nivçrfité ; où travaillant à fa juftification
particulière , il eut foin de cacher Crittoii
fon adverfaire fous le nom de Palemon.
11 le dédia au premier Préfident de Har-
lay , & le fit paroître en public à Paris l'an
1603. '
X I Richer voyant la difcîpline rétablie en-
fin dans rUniverfité , alla remettre foa
office de Cenfeur,avec fes Collègues, en-
tre les mains des CommifTaires nommez
par le Roi pour en être les Curateurs.
Mais l'amour qu'il avoit pour elle ne lui
permettant pas de demeurer enfuite dans
l'indifférence à fon égard , il ne put s'em-
pêcher de marquer aux Prélidens de Har^-
lay & de Thou , aux Confeiilers Giilot &
Mole , à l'Avocat General Servin , & à
tous les autres Magiftrats , qu'il fçavoit
être les plus éclaire2,& les plus 2elez pour
le bien de l'Etat & de l'Univerfité , l'in-
quiétude qu'il avoit du retour des Jefuites
en France , dont on parloir comme d'une
choferefoluçdansl'efprit du Roi. Ce n'eft
pas qu'il ne fût bien-aife de voir la Com-
pagnie de ces Pères rétablie dans le Royau-
me, & à Paris même, pourvu qu'ils s'ab-
ilinlfent d'enfeigner d'autre jeunelTe que
leurs Novices : mais il craignoit beaucoup
pour rUniverlité , qui commençoit à fe
remplir & à devenir plus tloriifante que
d'Edmond Ri cher. 4f
jamais , fi l'on permettoit à ces Pères d'où- «...^^n,
vrir leur Collège de Clermont ; qu'on n'a- '1^03.
voit pas grand befoin de Témulation que
cette Ecole pouroit donner à TUniverli-
ré: puifque tous les Collèges de ce grand
Corps étoient capables d'en produire une
fuffifante entre eux , tant qu'on y main-
tiendroitladifciplinedans la vigueur qu'on
venoit de lui communiquer. Qu'enfin il
prévoyoit que les balles jalouiies ^ l'inté-
rêt , & l'appréhenfion de perdre des pen-
fionnaires feroient commettre bien des lâ-
cherez & des foiblcfles , qui pouroient fai-
re retomber l'Univerfitédansde nouveaux
defordres.
MelTieurs du Parlement eurent prefque
les mêmes vues & les mêmes appréhen-
lions que Richer ; mais ils ne purent em-
pêcher le retour des Jefuites , que le Roi
eut la bonté de rappeller en France fur la
lin de l'année 1603. après neuf ans de ban-
nillement hors de Paris & des autres Vil-
les du Royaume. Ils furent même obligez
de vérifier l'Editdeleur rétablilfement par
unArrert qu'ils donnèrent le 2. de Janvier
de l'année fuivante 1604. Néanmoins Ri- — — 1
cher , & tous ceux qui prenoient à cœur 1604.
la gloire ôc l'intérêt de l'Univerlité , fu-
rent délivrez û'une partie de leurs appré-
henlîons : car les Jefuites n'eurent pas fi-
tôt la liberté d'enfeigner à Paris , cette per-
miiïion ne leur ayant été accordée que 14.
ou 15^. ans après. * L'Univerfité eut tout * En
le loifir de fe remplir , & de fe fortifier x^iS,
avam que l'on fift l'ouuerture du Collège
de Clermont.
4^ La Vie
— — — « Richer ne fongeant plus qu'à refpîrer
1604. des travaux & des tourmens que lui avoit
coûtez la Reformation de rUniverfité,fe
renferma dans le Collège du Cardinal-le-
Moine , refolu de donner à l'étude tout
le temps que le foin de la Communauté
pouroit lui laifTer de relie ; mais les Bour-
iîers , jaloux de fon repos , tâchèrent peu
de temps après de renouveller la querelle
qu'ils lui avoient faite autrefois fur le ti-
tre de la Principalité du Collège , qu'ils lui
conteiîoient par une conclu iion de leur
. Aifcrnblce du i)". Janvier 1605-. Ils refo-
^ _^' lurent de pouil'tr le procès qu'ils lui avoient
^* intenté pour cela dès le commencement de
fa grande Maîtrife. Ils en avoient fait un
tout femblable vingt ans auparavant au
Grand Maître Lafilé , fon predeceflèur ^■
pour le même fujet, & ils l' avoient per-
du avec dépens, après avoir été contraints
^jir d'abandonner le Principal * qu'ils avoient
DCi-eu"^" ^^^^^^ • "^^'^ ^oit qu'ils ayent auffi per-
** ^ ^' du leur caufe dans cette nouvelle tenta-
tive, foit qu'ils ayent délîfté de leur pour-
fuite , Richer demeura toujours Principal';
& il ne fe démit de cette charge., qu'il
etoit bon.de tenir réunie avec la grande
Maîtrife dans une feule pcrfonne pour le
bien du Collège , que iorfquc fon âge &
fes infirmitez ne lui permirent plus de l'e-
xercer avec fa vigueur & fon alfiduité or-*
dinaires.
C'eft à cette même année que l'on -doit
rapporter l'origine des troubles excitez en
Sorbonne au liijet de la puilïànce eccle-^
liaftique à. fcculiere. Les Libraires de Pa?
d'Edmond Ri cher. 47
rîs , qui avoieiu formé une focieté , pour — — —
fe remettre en état de redonner au Public 160S»
tous les Ouvrages des Percs , & des Auteurs
Ecclefiaftiques les plus célèbres, ayant en-
trepris de ralfembler en un corps ceux de
Gerfon, autrefois Chancelier de l'Univer-
iitc de Paris, avoient engagé Richer à les
revoir , & Tavoient prié de préfider à leur
Edition. L'amitié qui étoit dès -lors fort
ctroitc entre notre Dodeur & le tameux
Paul Sarpi , Vénitien, Religieux Scrvite,
& Théologien de la Republique de Veni-
fe , nommé vulgairement Frapaolo , ne
permit pas qu'il lui difllrnulât ce qu'il fai-
foit à la gloire de Gerfon & le bien public.
L'Edition n'étoit pas encore achevée , >»- ■ '
lorfqu'en 1606. on vit éclater le fameux 1606.
dirterend qui s'étoit élevé entre le Pape
Paul V.& la Republique de Venife. L'in-
terdit que le Pape jetta fur la Ville donna
lieu à Frapaolo de rechercher la qualité &
la valeur des cenfures ecclcfiaftiques ; &
l'engagement où il fe trouvoit de défen-
dre la Republique , le porta à publier en
Italie deux petits Traitez de Gerfon con-
cernant la matière des excommunications
& des irrégularité!. Ces deux Ecrits fu-
rent regardez par les Vénitiens comme une
puifTante défenfe contre les cenfures du Pa-
pe, & ils déplurent fort à la Cour de Ro-
me. Le Cardinal Bellarmin y répondit auf*
li-tôt en langue vulgaire : mais il s'en ac-
quitta d'une manière 11 injurieufe à la mé-
moire de Gerfon , qui étoit en vénération
par toute la France , & à la doctrine en-
tière de rUuiverfué de Paris , qu'il cho
4^ L A V I E ^
— — qua plufieurs Docteurs de Sorbonne , &
2606. les plus habiles d'entre les Confeillers &
les Avocats du Parlement.
C'ell ce qui donna lapenféeàRicherde
rechercher les moyens les plus propres à
faire encore mieux connoître qu'aupara-
vant quelle avoit toujours été la dodri-
ne de la Sorbonne & de l'Univerfité de
Paris touchant l'autorité du Pape & du
Concile General. Il crut qu'il feroit bon
pour ce delTcin de publier , autant qu'on
pouroit, les Ecrits de ceux qui avoient été
autrefois les témoins & les dépolîtaires de
cette dcétrine : & tandis que les Théolo-
giens de Venife étoient occupez à repouf-
1er Bellarmin , il confeilla aux Libraires de
Paris d'imprimer à la fin des Oeuvres de
Gerfon quelques petits Traitez du Cardi-
nal Pierre d'Ailly Evêque deCambray,de
Jacques Almayn Ôt de Jacques Lemaire,
dit Major ^Dottem de la Faculté de Paris.
Dans le même temps Maffé Barberin,
Nonce du Pape en France , & depuis fou-
verain Pontite fous le nom d'Urbain VIII.
cherchoit dans la Faculté de Paris des
Théologiens qui vouluflènt écrire de la
puîiiance du Pape contre les Vénitiens,
& il employoit le Dôdeur André Duval,
qui lui avoit toujours paru tres-attaché à
fon fervice, pour chercher quelqu'un qui
fût dans cette bonne difpofition. DuvaP
étoit un homme élevé dans les préjugez
de la Schoiadique moderne , & entière-
ment dévoué à la Cour de Rome. Quoi
qu'il fût aiOTez peu verfé dans l'étude des
Pères & de i'xintiquité ecclefiaftique , il
avoir
d'E dmond Riche r. 49
àvoît été choiii avec Philippe de Samaches :;
pour être premier ProfefTeur royal en Théo- j ^q^^
logie politive Tan i5'98. incontinent après
rinftitution des deux chaires , faite par I0
Roi Henri le Grand.
Duval , au lieu de s'acquitter de fa com-
mifllon , crut devoir donner avis au Non-
ce de la nouvelle Edition des Oeuvres de
Gerfon , comme d'une chofe plus préju-
diciable encore à l'autorité du Pape , que
tout ce que l'on pouroit faire & écrire en
faveur des Théologiens de Venife, Le Non-
ce en eut peur, & alla fur le champ ren-
dre vifite au Chancelier Brulart deSillery,
de qui il obtint qu'on n'expoferoit pas en
vente les Ouvrages de Gerfon pendant tou-
te l'année i6c6. La défenfc qui en fut û-
gnifiée aux Libraires , toucha fcnfiblement
Richer , qui regardoit cette entreprife du
Nonce comme une première démarche que
faifoit la Cour de Rome pour opprimer &
détruire même dans le cœur du Royaume
la doctrine des Anciens touchant l'autori-
té de l'Eglife & du Concile fur le Pape. Il
crut en même temps que l'on faifoit af-
front à Gerfon & à toute i'Univeriité :
de forte que le 2ele qu'il avoit pour con-
ferver la réputation de l'un & de l'autre,
lui fit entreprendre la défenfe de Gerfon^
qui avoit été le principal appui de la 1^ a-
culté de Théologie , & l'un des grands
ornemens de TEglife de France en fon
temps.
Le deflein de cette Apologie n'étoit pas XIÎ.'
de s'élever contre ce que le Nonce vc- llichcr
Doit de faire à Paris au préjudice de Ger^ çQmpofe
5*0 L A V I E
uneApo- fon ; maïs de réfuter l'Ecrit Italien , que
Jogie en le Cardinal Bellarmin avoit publié contre
luveurde jes deux petits Traite2 du Dodeur très-
Gerfon. Chrétien * imprimer par Frapaolo , & qu'on
^C'eftle venoit de taire paroître en Latin àMayen-
nom de ce. Richer , aulTi-bien que ce qu'il y avoit
Gci-ron. de gens d'honneur ,& d'amateurs de la ve-
^—^ rite en France , étoit indigné de la har-
1606. dielTe avec laquelle Bellarmin avoit ofé
deshonorer un li faint pcrfonnage : il ne
pouvoit comprendre dans quel elprit cet
Ecrivain avoit avancé que la do6trine de
Gerfon , qui a été confacrée, & comme
canonifée dans le Concile Oecuménique
de Confiance , eft une dodrine témérai-
re, tres-injurieufe au faint Siège, entière-
ment erronée, fchifmatique , & fort appro-
chante de l'herefie des Hérétiques de no-
tre temps. Néanmoins il s'appliqua beau-
coup plus à développer les fophifmes de
ce Cardinal , qu'à repoufTer les injures : &
joignant toujours la modération à la for-
ce , il fit voir que la dodrine de Gerfon
&de la Faculté de Paris touchant la puif-
fance du Pape, étoit autorifée par le Droit
divin & naturel , & par la tradition ancien-
ne de l'Eglife , & par un ufage fuivi &
confiant des huit premiers Conciles Gé-
néraux , & qu'elle avoit été depuis plei-
nement rétablie par celui de Confiance ;
ce qu'on ne pouvoit plus diffimuler de-
puis ce temps- là , fans être ou parfaite-
ment ignorant , ou aveuglément palTion-'
né pour les injuftes prétentions de la Cour
de Rome.
Richer ne put travailler fi fecretement
d'Edmond Rtcher. fi
â cet Ouvrage , que Duval n'en eût le — —
vent. Celui-ci en prît Tallarme , & alla 1606,
déclarer au Nonce queRichér étoit foup-
çonné d'écrire contre le Cardinal Bellar-
inin pour la dcfenfe de Gerfon , & qu'il
étoit d'une très-grande confequence de l'ar-
rêter dans les commencemens. Le Non-
ce , qui avoit été crée Cardinal depuis peu
de jours , voulut fe lervir de Duval niê-
inéme, comme d'un Inter-Nonce , pour
déclarer fes intentions à Pvicher. Duval le
vint trouver par fon ordre , & le preila de
fa part de s'aller purger devant lui des
foupçons & des rapports defobligeans pu-
blics dont on l'avoit prévenu. On étoit
alors dans les rcjcuifîances publiques de
la cérémonie que l'on lit du Baptême du.
Dauphin , & Richer fe fit confcience de
troubler la joye qu'on affe^toit d'y faire
paroître , en lui refufant la fatist'adioii
qu'il demandoit de lui. Il l'alla trouver à
l'Hôtel de Clugny, où les Nonces avoient
coutume de loger, pour être plus près de
la Sorbonne. il prit des détours, pour lui
ôter le foupçon qu'on lui avoit donné de
lui , & il lui fit accroire que ce qu'on lui
avoit rapporté de l'Apologie de Gerforè
contre Bellarmin , dont les difcours le fai-
foient auteur, venoit'principalement de ce
qu'on le faifoit palier pour un homme fort
attaché aux anciennes prétentions de l'E-
glife de France , fort zélé pour la gloire
de la Faculté , & grand admirateur de
Gerfon.
Le Nonce parut content de cette défai-
te, & Richer revint continuer l'Apologie
Dij
fi L A V t E i
— avec encore plus d'alÏÏirance qu^auparîP?
i6c6. vant , mais fans dcflein de le faire paroî-
tre alors par refped pour le Cardinal Bar-
bcrin. On fçut ce qui s'étoit pafTé chez le
Nonce. Le bruit qu'on en fit excita la cu-
rioiitc de plulieurs Sçavans delà Ville, qui
allèrent importuner Richer, pour leur faire
voir fon Ouvrage. Il ne put refufer cette fa-
tisftidion à fon intime ami Nicolas Lefe-
vrc , qui fut depuis Précepteur de Louis
XIII. Une infidélité que d'autres firent à
cet ami, qui leur en avoir communiqué la
vûë , fut caufe qu'on l'imprima l'année
fuivante en Italie , mais d'une manière fi
dcfeétucufc , que l'Auteur eut honte de le
reconnoîire en cet état.
Son dclfein fut pour lors d'abandonner,
& de laiifer même cet Ouvrage, dans l'ef-
perance que l'accommodement du diffé-
rend de Venife avec Rome ôtcroit aux dé-
fcnfeurs de la puilfance ablbluë du Pape
l'envie de ne plus mal-traiter Gerfon & la
Sorbonne. Mais 4. ans après , lorfque tou-
te la France pleuroit la perte de fon Roi,
BcUarmin ayant pris occafion du détefta-
bîe parricide qui avoit ôté du monde ce
grand Prince, pour publier fon livre de la
puifTance du Pape dans le temporel , con-
tre Braclay , où ce Cardinal fembloit affez
ouvertement approuver le crime de Ra-
vaillac; l'indignation failit Richer de nou-
veau : de forte que la tendrelfe qu'il avoit
pour fa Patrie , & la compaiïion dont il
rat touché par le trille état du Royaume,
& pour le bas âge du Roi Louis XIII , fe
joignant à l'amour de la vérité , qui fc trou- i
d'E d m O N D R I c h E R . f 5
va offenfée en même temps par des The — — •
fes conformes à la do6lrine de Bellarmin, i6c6.
foûtenuës au grand Convent des Jacobins
de Paris , lui firent remettre la main à fon
Apologie pour Gerfon. Il y apporta plus
de foin & d'étude qu'il n'avoit fait encore
à aucun Ouvrage qu'il eût compofé : parce
qu'il prétendoit y renfermer tous fes véri-
tables fentimens fur ce fujet d'une maniè-
re également exade & fuccin6le ; afin qu'on
pût juger de fes autres Ecrits par ce Livre,
& qu'on pût reformer fur lui tout ce qu'il
auroit dit ou écrit ailleurs , qui ne s'y trou-
veroit pas conforme,
Mais l'engagement où il fe vit enfuite
de donner fon petit Ecrit de la puiifance
ecclelîaftique & politique , qui n'étoit qu'un
extrait de cette Apologie, & qui excita de
grands bruits dans la Faculté de Théologie,
fut caufe qu'il en différa la publication
jufqu'après la pacification de ces troubles.
Lf'occalion une fois échappée ne fe pre-
fenta plus commodément de fon vivant;
& l'Apologie pour Gerfon, pour l'autori-
té fouverainc de l'Eglifeôc du Concile Ge-
neral , & pour l'indépendance de la puil^
fancc temporelle des Rois, demeura enfe-
velie avec les autres manufcrits de Richer
jufqu'à ce qu'on la fit imprimer en Hol-
lande la première année du pontiiicat d'In-
nocent XL avec la vie même de Gerfon.
Quoique le Cardinal Barberin parût cx^ XIIï.'
trémement jaloux de l'honneur de la Cour Pi-atiques
Romaine , & 2elé pour la défenfe de fes du Non-
prétentions ; Richer ne lailfoit pas de s'ef- ce pour
limer alfez neureux pendant fa Nonciatu- faire re-
D lij
f 4 L A V I E
fconnoî- re : parce qu'étant éclaire , & naturelle-
tre la rnent bienfaifant , il n'einployoit ni la vio-
puidance lencc ni l'artifice pour détruire la dodri-
abfolue ^g oppofée à celle qu'il fouhaitoit faire
du Pape, recevoir.
^•irr-r^' ^^'^ ^^ Cardinal s'en étant retourné à
laillibihte j^^^^ j,^^ j^^^^ aufll-lôt après l'accord
ea irian- ^^^p^^p^ p^^l y^ ^^,^^ la République de
^^ Venife , fait par l'entremife du Roi Très-
' . " Chrétien , on vit venir en France un au-
1^7- tj-e Nonce de Sa Sainteté , qui apporta peut-
être plus de 2ele, mais moins de modéra-
tion dans le maniment des efprits. Ce Non-
ce étoit Robert Ubaldin, natif de Floren-
ce, Evêque de Monte -Pulctano, Il avoit
pour Auditeur Alexandre Scappi ,Dodeur
en Droit-Canon de l'Univerlité de Bolo*
gne , homme remuant & hardi , ayant toû*
jours l'efprit inquiet & turbulent, toujours
difpofé à brouiller les affaires , & à mettre
la divilion dans les Allemblées. Cet hom-
me profitant du voiiinagedeSorbonne,où
T) DUS ^^ Nonce étoit logé , ne fut pas long-tems
raniJe ^^^^ troubler toute la Faculté deTheolo-
l'ôoi. les g^^ de Paris par fes intrigues continuelles.
Nonces i/C Nonce qui appuyoit Ion Auditeur ,agif-
loi^eoient foit de fon côté par des intrigues un peu
à VHotei plus concertées , pour tacher d'engager les
4e Clu- principaux du Clergé à prendre la défenfe
gny. de ce qu'il appelloit la puifiance du Pape;
car c'cll le terme fpecieux dont on fe fer-
voit pour colorer les embûches qu'on tcri'
doit à la liberté àci Eglifes.
Il y avoit deux raifons principales qui
portoient le Nonce à faire toutes ces fol-
liçicîinoiis. La première étoit i'iflUé dç;
d'Edmond Ri cher, ff
rinterdit de Venife , qui n'avoir pas rcul-
fi au contentement de la Cour de Rome. 1607
L'autre ctoit la découverte qui s'étoit fai-
te en Angleterre de la conlpîration des
poudres contre le Roi Jacques. Pour dé-
tourner le foupçon de cette confpiration,
dont on vouloit charger les Catholiques
du Pays, TArchiprétre' George Blaikwel ,
&plulieurs autres Prêtres Anglois avoient
écrit que les Catholiques d'Angleterre pou-
voient en fureté de confcicnce prêter le
ferment de fidélité au Roi , ôc figner le
Formulaire qu'on leur prefcntoit pour ce-
la ; de plus , que la Faculté de Théolo-
gie de Paris tcnoit que la puilFance fpi-
rituelle du Pape étoit limitée par les Ca-
nons , & que pour la temporelle il n'en
avoit aucune, pas. même indire^lcment de
droit divin , comme le prétendoit le Car-
dinal Bellarmin.
Ce dernier point fit queleN'onceUbal-
din chercha principalement à s'alllirer dans
la Sorbonne de ceux qui étoient porte^
pour la dodrine de Rome. Il communi-
qua fur-tout avec le DofteurDuval , qu'il
trouva aulfi zélé pour le fervir en ce point,
qu'il Tavoit paru fous fon prédéccUeur
Barberin ; il lui parla d'abord de faire en
forte que la Faculté donnât une Décla-
ration de la puilfance que le Pape devoit
avoir fur le temporel : mais Duval , qui
convenoit qu'on ne pouvoit pas trop éten-
dre l'autorité du fouvcrain Pontife pour la
gloire de Dieu,& le maintien de la Reli-
gion, ne crut pas que l'expédient pûtréuf-
iir. Son avis fut que le Nonce obtînt plu-
D iiij
f 5 L A V I E
._^. — tôt du Chancelier que la Sorbonne s'aP-
*■ ij5o7. femblât , pour refoudre fi le Pape avoit
quelque pouvoir fur le Royaume d'An-
gleterre.
Richer , qui depuis plus de deux ans ne
fe trouvoit plus aux Aflemblées de Sor-
bonne, pour donner plus de temps à fes
.^Jean études parriculieres*, apprit d'un Doâeur,'*^
Jortin.. qui étoit l'ami & le confident de Duval ,
la refolution qu'il avoit prife avec le Non-
ce. Cette nouvelle l'affligea d'autant plus
fenfiblement , qu'il ne voyoit prefque per-
fonne dans toute la Faculté qui eût affez
de force pour s'oppofcr efficacement à cet-
te entreprife. Mais Dieu qui le deftinoit
lui-même à cet ouvrage , fit bientôt naî-
tre l'occafion de le faire retourner en Sor-
bonne.
ÏLichei- Dans rAflTemblée de la Faculté qui fe
eft clû tînt le 2. de Janvier 1608 , Richer fut
Syndic élu , d'un commun contentement de tous
dekFa- jes Douleurs qui la compofoient , pour être
culte. Syndic en la place de Rolland Hébert ,
Curé de faint Cofme , qui fut depuis grand
Pénitencier de i'Eglife de Paris , & enfui-
te Archevêque de Tours , & qui avoit dé-
claré en quittant le Syndicat qu'il ne con-
noiflbit pas de Doéteur plus capable de
l'exercer dignement, que le grand Maître
du Collège du Cardinal-le-Moine.
Richer, qui écoit non feulement abfent,
mais qui étoit fort éloigné de pcnfer à
rien de fem.blable , & de croire que l'on
dût fongcr à lui, parut un peu embarrall'e
de ce choix. Il fe tranfporta en Sorbonne
kl y. du même mois, & déclara dans l'af*
d'Edmond Ri cher. f7
femblée de la Faculté , qu'il ne pouvoit — ■' »
fc refoudre à accepter le Syndicat , à moins 1608.
que tous les Dodeurs ne promifleiit de
travailler avec lui pour rétablir 1-ancien-
jie difcipline de la Faculté , qui étoit en-
tièrement déchue. La Compagnie le lui
promit tout d'une voix , & elle le remer-
cia Iblemnellement d'avoir des intentions
Il louables.
Il commença les fondions de fon Syn- Il empêr
dicat par revoir tous les titres & les re- chequ'on
giftres de la Faculté , qui étoient en(ève- ne foù-
lis dans la poufficrc, & mangez des vers, tienne
Outre l'ordre qu'il y remit, Ôc les fupplé- *^^"s ^^^
mens qu'il fit faire à tout ce qu'il y avoit "^hefes
de défeduex ; il y apprit aufli les délibe- ^''^" .^
rations des Anciens, dont il croyoit avoir^°"l'^f^*^
befoin dans les conjondures des affaires ' j
du temps. Il s'appliqua en même temps p£o]{fc
à découvrir toutes les intrigues dont fe Gaîlica-
fervoit l'Auditeur Scappi pour gagner la ne.
Sorbonne : & voyant de quelle confe-
quence il éto't d'arrêter promptement le
cours de fes artirices , il fit ordonner par
la Faculté aflcmblée le premier jour de
Février fuivant , que tous les Bacheliers
en Théologie apportalfent leurs Thefes au
Syndic un mois avant que de répondre en
public ; afin qu'il eût le loilîr de les exa-
miner avec plus d'exaditude qu'on avoit
fait auparavant.
Il fit avertir en même temps tous les
Bacheliers de s'abflenir de toutes Propofi-
tions odieufes dans leurs Thefes , parce
que l'état prefent des affaires du Royau-
me demandoit beaucoup de circonfpec-
f 8 L A V I E
<^— — *• tion ; & que la neceflité où Ton étoît de
1608. tolérer les Huguenots eu France , pour
jouir de la paix fuivant les Edits du Roi,
obligeoit à ne les point fcandalifer mal-
à-propos, & à ne leur donner aucune prife
fur l'Eglife Catholique ; qu'il falloit qu'ils
fe conformafTent fur-tout aux maximes de
l'Eglife Gallicane & de l'Univerfité de Pa-.
ris, qui de tout temps étoit demeurée dans
le Julie milieu entre les extrémitez vicieu-
fes de ceux qui donnoient trop , ou trop
peu de puiiTance au Pape, comme on pou-
voit le voir dans les Lettres de S. Ber-
nard , & dans les articles de la Faculté,
qu'on avoit coutume de figner : & afin
que l'ignorance ne leur fifl: rien faire en
ce point qui fût préjudiciable à leur de-
voir , il obtint dans l'ilifemblée du pre-
mier Mars fuivant , que les articles feroient
réimprimez de nouveau, & que tous ceux
qui étoient du Corps de la Faculté en au-
roient un exemplaire.
Mais Duval , qui étoit entièrement dé-
voué au Nonce du Pape , & qui demeu-
roit aveuglément attaché à la do6lrine des
Jefuites, chez qui il avoit fait toutes fes
études , empêcha par fes brigues & fes fol-
Mcitations , que Ton n'exécutât ce Décret
de la Faculté. Ce Dodeur profitant de
l'autorité que lui donnoit la chaire roya-
le , & de l'accès qu'il avoit auprès des
Prélats , & de quelques Grands de la Cour,
avoit acquis dès - lors beaucoup de crédit
en Sorbonne ; aulTi a-t-on remarqué que
depuis qu'il s'étoit vu en charge , il a tou-
jours tâché de difpofer de toutes chofes à
d'E d m o >: d R I c h e r. 5*9
fa fantaifîe , (bit dans la Faculté de Thco — -^
îogic, foit dans la Maifon particulière de 1608.
Sorbonne , fans vouloir s'afïùjettir aux Sta-
tuts, ni à aucune autre règle.
Richer ne laifïa pas de demeurer toujours
ferme à empêcher que Ton ne foutînt au-
cune Propolition contraire aux véritables
maximes de Sorbonne. Il fçut li bien bri-
der rx\uditeur Scappi , & les autres émif-
faires du Nonce , que Duval chagrin de
voir qu'il biftbit tous les jours quelques
■J'htfes, &. particulièrement celles des Men-
d'ants , ians qu'il puft y apporter d'ob-
llaclcs , difoit publiquement qu'il auroit»
fouhaité devenir martyr de la puiflanccdu
Pape, ou fe voir au moins condamné au
bannilîement , pour la délcnfe de cette cau-
fe : mais toutes fes plaintes turent alors
fans effet , & elles ne fervirent qu'à faire
mieux connoître de quel génie il ctoit in-
fpiré. __^
Sur la fin de l'an 1609. les Jefuites ob- ,
tinrent des Lettres Patentes du Roi pour ^IV
ouvrir lesClalFes de leur Collège dcCler- jj ^^'
mont à Paris. Ces Pères fe fouvenant de p^Çç ^^
ce qui s'étoit pafié dans le. temps de leur l'ouver-
rétablilîement , avoient adroitement diviie tu.e des
Jes quatre P^acultei , & en avoient gagné Clafles
les principaux fuppôts, pour empêcher que desjefui-
rUnivcrlité ne s'opposât à ces Lettres. Ri- tes, 5c
cher , à qui la charge de Syndic facilitoit s'attire
toute chofe, travailla fortement pour rcu- ^^"i' ^^i*
nir les efprits. Il fçut tellement encoura- ^^
ger les quatre Facultez , qu'il fit former
l'oppolition au nom de toute l'Univerli-
té. h employa aulTi le crédit du Cardinal
6o L A V I E • J
— —- •- du Perron, qui rendit en cette occafîon J|l
1609. rUniverfité tout le fervice dont il fut ca-
pable , & qui continua fes bons offices
pour elle, tant que le Roi Henri IV. fut
au monde.
C'eft ainfî que Richer fit échouer l'en-
treprife des Jefuites. Ils fçurent bien lui
en attribuer tout le mauvais fuccès,& ils
le regardèrent toujours depuis comme un
objet digne de leur haine. Ce qui fe paiFa
depuis entre TUniverlité & eux pendant le
temps de fon Syndicat , ne contribua pas
à diminuer cette averlion. La confiance
• de Richer ,& fon égalité d'efprit fervit en-
core à la faire croître ; & il apprit par fon
expérience à quoi doivent fe refoudre ceux
qui ont quelque chofe à démêler avec cet-
te puilfante Compagnie. Ufçavoitque lors
qu'on leur a déplu une fois , ou qu'on les
a traverfez dans leur chemin , non feule-
ment ils ne pardonnent jamais , mais qu'ou-
tre autant d'ennemis qu'ils font de têtes,
ils arment encore tous leurs amis & leurs
créatures , & qu'ils mettent en œuvre tous
les moyens que leur nouvelle politique
leur fuggere , fous le beau prétexte de la
plus grande gloire de Dieu , pour perdre
au moins de fortune & de réputation ceux
dont ils fe croyent offenfex. Mais il aima
mieux fe préparer à tout foutirir , que de
jamais abandonner les intérêts de la }uih'-
ce & de la vérité , refolu de n'oppofer à
tous les artifices de fes x\dverfaires que le
témoignage d'une bonne çonfcience, avec
ce qu'il plairoit à Dieu de \m donner de
courage & de lumière.
d'Edmond Riche r. 6i
L'àflàffmat imprévu commis le 14. de --— ^
!May 1610. en la perfonne de Henri le 1610^
Grand, entre les malheurs où il plongea
la France, caufa auffi une étrange révolu-
tion dans les efprits de beaucoup de gens;
& Ton vit à découvert bien des delîrs fe^
crets , & des pcnfées qui avoicnt été ca-
chées jufques-là : car glufieurs de ceux
que la prefence & le reiped de ce Prince
avoient retenus dans le devoir, levèrent
le mafque , & cherchèrent à brouiller l'E-
glife & l'État , dès qu'ils lui virent les
yeux ferme/.
Incontinent après le fupplice du parri- ^ R»chec
cide Ravaillac , le Parlement ordonna le ^'^^^^^
27. de May que la Sorbonnc s'afîemble- ^^"^'^ ^^
roit pour délibérer fur le renouvellement "^'^f/'^!/*
àc fon ancien Décret contre ceux qui en- 1^;J^/; ^^
feignent , qu'on peut licitement tuer les ^^^^ ^^ '
Tyrans. Le Syndic Richer , pour fecon- Tyrans,
der les bonnes intentions des Magiftrats, enfei-
reprefenta à la Faculté , qu'après Dieu , le gnée par
falut des peuples dépendoit de la perfon- les Jefui-
ne du Prince; que l'année précédente un tes, ôc il
Jcfuite , nommé Sebaftien Heilfius , avoit eft tra-
piiblié une Apologie pour la Compagnie, ^ei'fc pac
où il montroit que * les Jefuites ie font leNonco
les Dire6leurs de ceux qui cherchent à re- ^ /^^
muer , & qui veulent troubler un Etat ; & ^^'^^*^*5
qu'il appartient autant à ces Pères de fe
mêler de dépofer les Souverains, que de
"'' Cùm de rébus pollticis , 6c mutandis Re-
gibus agitur , de quo conlukarc Jci^iitaruin non.
minus elt quam gialî^inte lue curare ne delîuft
amulera. Hajf. c. 5. a^h. i. n, 96.
6z L À V I E
~-— donner des remèdes contre la pcfte ; que
î6îo. les deux grandes maximes des Jcfuîtes , qui
enfeignent lo. que le Pape fcul efl: infailli-
ble ; 20, qu'il peut depolFeder les Rois qui
rcfufent de lui obéir, étant conférées avec
les réponfes que Ravaillac avoir faites de-
vant les Juges , faifoient allez connoître
que le peuple ignorant concluoit de ces
deux Propolitions', qu*il étoit permis , &
qu'il y avoit même du mérite à entrepren-
dre ilir la vie des Rois ; que c'étoit ainfî
que Ravaillac fe l'étoit pcrfuadé : puifqu'é-
lant alTis fur la fellette , il avoit foutenu
- ^ devant les Juges , que c'eft la même cho-
fe de refifter à Dieu qu'au Pape ; qu'il
avoit refolu de tuer le Roi , parce qu'il
armoit, contre la volonté du Pape, pour
des Princes Proteftans, & qu'il ne faifoit
pas la guerre aux Huguenots de fon Royau-
me , comme il y étoit obligé ; que com-
ineles gens de bien fe plaignoient de cette
doftrine des Jefuites, le P.Jean Gontcry,
l'un des plus célèbres Prédicateurs de leur
Compagnie , avoit pris de-là occalion pour
faire d'aigres inventives dans fes Sermons
contre ceux qu'on appelloit bons Fran-
çois , & que par mépris il appelloit Catho*
tiques Royaux , voulant perfuader par -là
que c'étoit une nouvelle Se6te qui s'éle-
voit dans j'Eglifc;que c'étoit aulîi ce que
venoit de faire en Flandres un autre Je-
fuite, nommé Heribert deRofweide ,dans
le livre qu'il avoit imprimé nouvellement
De la foi que Von doit garder aux Hère*
-tiques.
La Faculté de Théologie s'étant alTem*
d^Edmond Richer. 6^
• blée, à la requifition du Syndic, pour ar ■ ■
; rcter le cours d'une do(ftrine fi pernicieu- i6iO.
fc,renouvella le 4. de Juin leDerct qu'el-
le avoit donné autrefois contre Jean Pe-
tit, dit Parvi. Mais il n'y eut point de bri- ^
. gucs , point d'artifices que les Partifans de '
la Cour de Rome n'employalfent pour
: détourner ce coup. Le Nonce Ubaldiii
n'ayant pu empêcher que la Faculté ne
s'alfemblat , voulut au moins faire en for-
te que ce' Décret ne fût point publié dans
les Paroifies. Il en vint à bout avec le fe-
cours de Henri de Gondy Evéque de Pa-
ris , de Roze Evcque de Clermont , de
Charles Mirons Evcque d'Angers , <5c de
quelques autres Prélats, c'elt- à-dire, de
ceux mêmes qui par le devoir de leurs
Charges étoient obligez de faire tout le
cuntraire.
Richer , qui dans fa Remontrance n'a-
vait été que l'organe du Parlement , ne
put empêcher que toute l'envie & le blâ-
me de cette affaire ne retombalfent fur lui:
<5c peu s'en fallut que les Jefuites , qui
avoient agi de concert avec le Nonce pour
la faire échouer, ne le facrifiaffent à leur
rcllentiment. Les calomnies dont ils le
ci largerent dans cette ocoalion , redoublè-
rent encore tout autrement , lors qu'au
mois d'Aouft fuivant l'Univerfité s'oppo-
fa de nouveau aux "Lettres que ces Pères
avoient obtenues de la Cour pendant la
minorité du jeune Roi , pour ouvrir leur
Collège de Paris. Le mauvais fuccès de
cette leconde tentative les irrita de telle
forte, qu'ils ne gardèrent plus de mefure^
(54 L A V I E
> avec Richer, qu'ils en croyoient l'âUteur;
i6io. mais ce qu'ils purent faire pour lors, fut
de le d*écrier par-tout, de le déclarer hé-
rétique , & de faire courir le bruit qu'il
avoit été excité par les Huguenots , pour
eiTipêcher les Jefuites d'enfeigner à Paris,
& de rendre par-là les fervices , dont ils
étoient capables , inutiles à la Religion
Catholique.
VX. L'exemple de la conduite que gardèrent
Le Cler- les Prélats amis du Nonce du Pape pour
gé de traverfer le Décret de Sorbonne,qui vou-
jFrance Jqjj- aflurer la vie des Rois contre les at-
tache de j^i-ij-ats ^fjjit voir que le Clergé de ce temps-
rabaiHer j^ n'étoit guéres moins porté que les Je-
f ^■^•" du ^'^'^^^^ P^^^^ '^ Monarchie abiblué du Pa-
Ti^^&L pe , au préjudice de l'indépendance , & de la
des Ma- fouveraineté de la Puifïance royale ou fe-
«iftmts culiere. Incontinent après la mort du Roi,
^ ' plulîeurs Prélats , animez par le Nonce ,
tirent entre eux pluiieurs conférences pour
délibérer fur les moyens de relever le cré-
dit & l'autorité des Eccleliaftiques , qu'ils
croyoient avoir été trop rabaiiïèz enFran- i
ce fous le règne précédent.
C'eft ce qui fit que dès le mois de Sep-
tembre de la même année ils formèrent
de grandes plaintes contre les Parlemens
& contre les Appellations comme d'abus.
Leurs cris n'empêchèrent point qu'avant
la fin du mois il ne Vint un Edit du Roi
pour régler les Appellations conformé-
ment à l'Ordonnance de Melun , donnée
en i5'79.& *^^^ l'Edit ne tût vérifié un an
&dcmi après, & autorifé par un Arreit du
Parlcuient de Paris.
Ce
d'Edmond Ri cher. 6f
'»'•' Ce ne fut pas le feul effort que firent —• ■ «
les Prélats pour remettre le Clergé dans le i6ia
rangdont ils le croyoient déchu par les en-
treprifes des Laïques ; ils s'aflemblerent en-
core quelque temps après chez le Cardinal
de Joyeufe , où fous le nom fpecieux d'u-
ne fainte union , & d'une bonne intelli-
gence, ils fe liguèrent contre ce qu'ils ap-
pelloient la Seae des Parlementaires , dont
on publioit que Richer s'ctoît déclaré le
défenfeur dans l'Univerfité. Ils promirent
auffi de ne feparer jamais leurs intérêts ,
&dcs'affifter mutuellement dans leur cau-
fc commune , qui félon eux étoit celle de
toute l'Eglife. Le Cardinal de Joyeufe pria
le Cardinal du Perron Archevêque de Sens,
dont Paris étoit encore fuffragant , de vou-
loir entrer dans cette union , à laquelle il
fçavoit que fon autorité & Ion mérite don-
neroient beaucoup de poids. Il n'eut aucu-
ne peine à l'obtenir. Du Perron , après la
mort du Roi , n'avoit plus de fortes conli-
derations pour fe tenir dans les intérêts de
l'Eglife Gallicane. Il ne fe foucia plus de
pratiquer Richer avec tant d'alfiduité ; il
commença à croire que la pratique des Jc-
luites,pour lefquels il avoir eu jufques-là
beaucoup d'averfion , pouroit être bonne
à quelque chofe : & il ne parut point fâ-
ché de voir naître , durant la minorité où
étoit réduit le Gouvernement , les occa-
fions de fatisfaire aux engagemens que lui
impofoit la Pourpre dont il étoit revêtu.
On ne pouvoit trouver des conjondu-
res plus favorables aux entreprifcs des UI-
tramontains , que le temps auquel le Cler*
(5<5 L A V I E »
•^ gé commençoit à former ces projets. Cifl
1610. fut nufîi pour lors que Ton fit entrer en
France le nouveau Livre du Cardinal Bel-
lannin touchant la puiflance du Pape dans
les chofcs temporelles , dont nous avons
parlé ailleurs ; les brouillons & les mau-
vais fiijcts de l'Etat eurent grand foin de
le répandre par la Ville, pour tâcher d'é^
tablir fur Tefprit des Peuples le règne ab-
folu du Pape. Ils firent courir un bruit
jburd dans le même temps , que les en-
lans des hérétiques ctoient incapables de
régner ; doârine venue d'Italie & d'Efpa-
gne, qui fe trouvoit dans le livre intitu-
lé, Le Direétoire des Inquifiteurs , & qui
fembloit être tirée des Décrétâtes.
Richer indigné de voir que les perfon-^
nés mal-intentionnées ne cherchoient qu'à,
profiter de la foiblelîe de la Régence , &
du bas âge du Roi ; & perfuadé en même
temps que la dignité de Cardinal mettroit
Bellarmin à couvert de tout ce qu'il pou-
roit requérir en Sorbonne contre fon Li-
vre , crut qu'il étoit plus à propos de pren-
dre la plume , pour préparer les remèdes
qu'il jugeoit les plus propres contre fes
pernicieufes nouveautez. Pendant ce temps
le Livre de Bellarmin fut condamné par
un ArrefI: du Parlement donné le 26. No-
vembre, fur les conclufions de l'Avocat Ge-
neral Servin, comme un ouvrage injurieux
à la fouveraineté des Puiffanccs légitimes,,
& tendant à faire révolter les fujetsduRoi,
& attenter à fa vie.
Le Nonce fit grand bruit de cet Arrefl:
au Confeil du Roi ; il menaça les Minif-
d'Edmond Richer. 6y
très , que s'ils n'empéchoient l'exécution '■■ "■»
de cet Arreft , il s'en retourneroit à Rome i6iO.
fans prendre congé du Roi , ni de la Rei-
ne Régente. Ses plaintes eurent la force
d'intimider le Confeil : en quoi l'on re-
connut aifément quelle étoit la foiblefTe
du Gouvernement, & jufqu'où étoit déjà
monté le crédit de ceux qui tavorifoient
le parti de Rome à la Cour de France, de-
puis la mort du Roi. On rît donc lurfeoir
l'exécution de l'Arreft contre le Livre de
Bellarmin , aufli - bien que le Procès de
rUniverfité contre les Jefuites ; mais on
ne reprima pas l'animolité des Partis , qui
s'attaquèrent par divers Ecrits , où les uns
cntreprenoient de défendre la fouveraine-
t€ de nos Rois , & les autres fe rangeoient
du côté de Bellarmin pour la Cour de Ro-
me.
Fin du premier Livre*
Eij
LA VIE
DEDMOND RICHER,
DOCTEUR DE SORBONNE.
LIVRE SECOND,
ï- TAmais la Cour de Rome ivavoit moins
Theies 1 f^ouvé fon compte dans la Faculté de
.' o ^Thcoloeie de Pans, que depuis queRi-
bins ton- , ^^ • c i' a ' '^ ^
charxt ^ ^^"^ ^^ oyndic. Sa vigilance a ne
l'aïuorité ^'^" laifier glifTer dans les Theies qui tût
du Pape, <^<^i^traire à l'ancienne dodrine de l'Egli-
^ du ' fe , & fa fermeté à taire retrader ceux à
Concile, c}iii il cchapoit quelque chofe qui n'y étoit
tiaver- pas conforme , déconcertoit toutes les me-
fces par .fures de ceux qui cherchoient à y faire re-
Richcr. connoître la Puilîance ecclefiaftique abfo-
luë du Pape. Mais au mois de May de
l'an i6ii.raflemblée du Chapitre General
des Jacobins, où l'on devoit foûtenir des
Thefes durant plufieurs jours , & où le
Syndic de la Faculté n'avoit pas la mém.e
autorité qu'en Sorbonne , fournit enfin aux
créatures du Pape l'occafion qu'ils cher-
choient de débiter publiquement leurs fna-
ximes.
d'E d m o n d R I c h e r. 6^'
L'Auditeur Scappi n'eut pas de peine à ,
obtenir des Jacobins ce que le Syndic avoit ^^^^^
toujours empêché que les Bacheliers de
Sorbonne ne lui accordaflent : de forte que
la veille de la Pentecôte , qui ctoit le pre-
, mier jour des Difputes , on jetta les fonde-
I inens fur lefqucls on vouloit enfuite cta-
i blir rinfaillibilité&lapuilîance abfoluë du
1 Pape. On avança & on foûtint dans cet-
I te première Thcle, qu'on devoit tenir pour
1 article de foi que Paul V.étoit le Pape le-
fi£ime,& donné de Dieu ;Propolition que .
ïançois de Harlay , Abbé Commendatai- ^
redeS.Vidor, avoit inférée dans fesThe-
fcs de l'an 1609 , & qui avoit été rayée par le
Syndic Richer en préfencc de Philippe de
Gamachcs , l'un des Profelfeurs Royaux.
Le Vendredi d'après , qui étoit le 27. ^^^^ ^^^
May, jour auquel fe trouvèrent des Do- /,;V;^/; g^,
miniquains , non feulement d'Italie, d'Ef- neralis
pagne & des autres endroits de rpjarope, Dommi-
mais encore de l'Amérique & des Indes canorum
Orientales ; Wibert Ro2.cmbach , Lcdcur ^/^. 1611.
du C5nvent de Cologne , foûtint avec beau-
coup de pompe & de folemnité une Thc-
fe dédiée a Erncft de Bavière , Archevê-
que & Eledeur de cette Ville; & il avoit
pour Prélident à fon Ade un autre Do-
miniquain étranger , nomme Cofme Mo-
rclly , Protefièur en Théologie dans le mê-
me Couvent de Cologne.
Richer averti des Proportions que con-
tenoient ces Thefes , prit avec lui quatre
Do6teurs de Sorboïme*pour fervir de té-p.
* Vincent Marchand , Antoine de Heu, Nie.
Ledcrç , Nie, de Paris.
E ii)
>J0 L A V I E
— — — , moins à ce qui fe pafleroit , & monta aux
561 1 . Ecoutes de la Salle des Jacobins, qui étoient
déjà remplies de Dodeurs, & de quantité
de perfonnes fçavantes , de l'une & de l'au-
tre Robe, venues pour y entendre la Dif-
pute. Il y trouva le Doâeiir Nicolas Coef-
feteau , Prieur du grand Couvent , accom-
pagné de quelques autres Religieux de fon
Ordre , aulii Docteurs de la Faculté de
Paris.
Il s'adrefTa au Prieur , en qualité de Syn-
dic de la Faculté , que lui & fes Confrè-
res regardoient comme leur Mère. Il lui
dit qu'il étoit honteux qu'on fouffrît dans
les Thefes qu'on alloit foûcenir , trois Pro-
pofitions , dont la première étoit , que le
Pape ne peut errer , ni dans la foi , m dans les
mœurs. La féconde, que le Concile ^en au-
cun cas que ce fait , ne peut être au - def-
fus du Pape, La troifiéme , qu'/7 appar-
tient au Pape feul de propofer au Concile
tout ce qui doit y être décidé , de confir-
mer ou de caffer tout ce qu'on y a rejbluy
d*impofer filence pour jamais aux Parties,
Que li ces Propolitions étoient véritables,
les François qui avoient toujours tenu les
Décrets du Concile de Confiance pour ar-
ticles de Foi , dévoient être regarde! com-'
me des hérétiques ou des fchifmatiques ;
que par ces Thefes il fembloit qu'on vou-
loir tenter les François , ou les infulter
dans la Capitale du Royaume ; que fî le
Roi Henri le Grand eût vécu , on fe feV
roit bien gardé d'avancer de telles Propo*^
|îtions;& qu'on n'étoit pas porté à les dé-
fendre par la yûë de la vérité , mais pouç.
' d'Edmond Ri cher. 71
I î'interêt particulier de ceux qui vouloient »
[avoir des Privilèges du faint Perc contre 161 1.
le droit commun ; que fi de telles Propo-
litions palToicnt fans être publiquement
contredites , ce filence ou cette dillimula-
tion donncroit lieu de croire que la Sor-
bonne auroit renoncé à la doélrine ancien-
ne de TEcole de Paris ; & qu'il falloit qu'une
faute publique fût publiquement réparée.
Richer montra enfuite un A61e d'oppo-
iîtion qu'il avoit dretîé pour le lairc ligni-
fier fur-le-champ, de la part de la Facul-
té , au Prélidcnt & au Répondant de la
Thefe , avec défenfe à tout Bachelier de
diiputer contre les trois Propolitions qui
étoient contraires aux Conciles Généraux,
aux libertez naturelles de l'Eglilc Gatiu)- ,
lique , à la Police du Royaume de Fran-
ce, & aux anciens Décrets de l'Univerii-
té de Paris.
Coélieteau ayant vu le Formulaire d'op-
polition figné du Syndic, jura par fon la-
cerdoce qu'il n'avoit aucune part auxThe-
fes; que c'étoit à Ion infçû , & fans ion
avis qu'on les avoit faites ; que durant le
Chapitre gênerai il n'avoit aucune autori-
té dans le Couvent; que dès le moment
que CCS Thefes étoient venues à fa con-
noiflance , il étoit allé les déférer au Par-
quet de Meilleurs les Gens du Roi , qui
lui avoient ordonné expreffément de ne
point permettre que perfonne difpiuât con-
tre ces Propolitions ; que fur cet ordre
qu'il avoit reçu , fl avoit averti tous les
Bacheliers de n'y point touciier ; que le
Père General des Dominiquains étoit tres-
E iii)
c-
1
72 L A V I E
— — — fâché que les Propofitions fuflent dans la
î6ii. Thefe, & avoit donné ordre au Préfident
& au Répondant , que fî quelqu'un venoit
à les attaquer , ils declaraffent publique-
ment qu'il leur étoit défendu d'en trait
ou d'en répondre.
Sur cette proteflation autorifée par u
ferment , Richer changea de refolution
& au lieu de former TAdc d'oppofition
qu'il avoit projette , 11 fut d'avis de laif-
fer difputer un Bachelier fur l'une de ces
propofitions , à condition que le Préfident
Morelly déclareroit devant toute l'AfTem-
blée que fon General lui avoit défendu
de répondre fur telles queftions en Fran-
ce , & que la Faculté de Théologie fe
» tiendroit fatisfaite de cette déclaration.
Louis Dès que le grand Bedeau * de la Facul-
de la . té eut apporté la permiflion du Syndic ,
Court, un Bachelier f de la première Licence at-
f Claude taqua la première Propofition , où il étoit
^ertin. dit qu'/7 n'y a aucun cas où le Concile foh
au-deffus du Pape ; & foûtint qu'elle étoit
hérétique , parce qu'elle étoit contraire aux
décilions d'un Concile œcuménique. Le
Préfident ayant remarqué que le terme
d'heretique avoit extraordinairement cho-
qué le Nonce du Pape , qui étoit préfent,
répondit au Bachelier, que l'on auroit pu
fe contenter de qualifier cette Propofition
comme fimplement faulfeôc erronée, fans
la déclarer hérétique : mais qu'au reite il
protefioit publiquement , qu'en inférant ces
Propofitions dans la Thefe, il n'avoit eu
aucun deiiein de choquer ni la Faculté
de Théologie , ni l'Univerfité de Patis,
fr
d'Edmond Ri cher. 75
; qu'il reconnoifîbit pour la Mère de tou - —
Ites les autres Univerfitez. D'ailleurs qu'il 1611.
ne les regardoit que comme des queftions
problématiques , & qu'il ne prétendoit pas
défendre autrement celle que le Bachelier
attaquoit , s'il lui étoit permis de repon-
dre.
Aufli-tôt k Nonce ordonna qu'on en
difputât ; & le Préfîdcnt voyant que le Ré-
pondant , plus fidèle que lui à exécuter
les commandemcns du General , n'ouvroit
pas la bouche , prit la parole ponr défen-
dre la quellion : mais il fat interrompu
par un grand bruit qui s'cleya dans les
Ecoutes. Les Do6lcurs quis'y trouvoient,
& beaucoup de perfounes qualifiées avec
eux , dirent tout haut , qu'on ne devoit
pas fouttrir qu'on traitât ces quellions com-
me problématiques , puifque depuis le Con-
cile de Confiance l'Eglile Gallicane avoit
toujours tenu le contraire comme de Foi.
Le bruit pafiTa bientôt des Ecoutes dans
la Salle même où fe faifoit la Difpute,&
où il y avoit plus de deux mille perfon-
nés. Le Préfident de Haqueville fe leva,
& dit tout haut que la Propofition de la
Thefe écdit hérétique. Sanguin Confeil-
1er au Parlement & Prévôt des Marchands
en fit de même, ajoutant qu'il falloit dé-
chirer la Thefe publiquement. Ribier aulîi
Confeiller , & les autres Magillrats qui
étoient préfens , commençoient à en mur-
murer, lorfque le Cardinal du Perron Ar-
chevêque de Sens , & Grand Aumônier de
France , appréhendant le tumulte , fit def-
cendre le Syndic des Ecoutes , ûifant à
74 L A V I E
•*— — Jita haute voix devant les Evêques & le Rec-
l6li, tcur de rUniverfité , & le répétant à del'-
fein devant tout le rcite de T Afîemblée ,
que la queftion de l'autorité du Concilov
fur le Pape étoit problématique , à cauie
des raifons que les Ultramontains oppoJ
foient au Concile de Confiance. i
Lorfque Richer fut arrivé dans la Sal-
le , le Cardinal lui demanda d'abord pour-
quoi il avoit commandé aux Bacheliers,
de difputer contre les Propolitions , puif-
que Mefîieurs les Gens du Roi avoient or-
donné qu'on les laiflcroit enfevelies dans
le fîlence , & enfuite il jugeoit à propos
lui-même qu'on en traitât. Richer répon-
dit qu^il avoit laillé la liberté d'attaquer les
Propolitions, afin de tirer par ce moyen ua
témoignage public du Préiident de l'Ade.
contre elles-mêmes , & de lui donner lieu
de fatisfaire à la Faculté de Théologie ,
& à l'Uni verfité, qui s'en tenoient oifen-
fées ; que l'ordre dé Meilleurs les Gens du
Roi n'avoit été donné que de vive voix ^
& en particulier feulement au Père Coéf-
feteau ; qu'au relie il étoit tres-alIuré quç
MelFieurs les Gens du Roi ne trouveroient
pas mauvais que la Faculté fe fervît des»
moyens publics pour mettre à couvert une
ancienne dodrine contre des Thefes qui
ctoient publiques , <Sc qui dévoient être bien^
tôt répandues par toute l'Europe. >
Il ferma la bouche au Cardinal en lui
alléguant le vingt-troifiéme article de la
Reformation de l'Univerlité, homologué
en Parlement , portant ordre de punir le
Syndic , le Préiident & le Répondant , fl
d'Edmond Riche r. -jf
l'on foûtenoit dans les Thefes quelque cho -— ^
fe de contraire aux droits & aux maximes i6il.
du Royaume.
Le Prcfident de l'Ade ayant entendu
parler ainfi le Syndic, réitéra (a protcfta-
tion, iniillant toujours à perfuader TAu-
ditoire qu'il ne regard^^it la quePiion que
comme purement problématique-
Le Nonce , nonobllant le chagrin que
lui caufoit cette déclamation, ne iaiflapas
de demander qu'on continuât la difpute.
Le Bachelier le fit, (^lipoulFa (i vivement
k Prélîdent,qui n'alleguoit que Cajetan
pour lui & de foibles exceptions aux Dé-
crets de la 4. & f. Sellions du Concile de
Confiance.
Le Cardinal du Perron interrompît la
Dilpute, fous prétexte que le Répondant
ne difoit mot , & lit argumenter fur l'Eu-
chariiiie.
Le lendemain, qui étoit le 28.de May,
les mêmes Dominiquains affichèrent des
Thefes encore , & marquèrent le Diman-
che fuivant , Fcte de la fainte Trinité y
pour le jour de laDifpute. Mais Nicolas
de Verdun , qui avoit été tait tout récem-
ment premier Prélident du Parlement , par
la ceiïion d'Achilles de Harlay , ne vou-
lut pas fouffrir qu'on ouvrît la Dilpute un
jour de Dimanche; & il ne le permit les
jours fuivans , qu'après avoir ordonné de
rayer l'article de ces Thefes où il étoit dit,
qu'// n'appartient qiC au Pape de définir les
l'eritez. de la Foi , en quoi il ne peut errer.
La difpute ne fe fit que le Mardi, dernier
jour de May , auquel Je Chancelier Bru-
76 L A V I E
■■■■— I — lart de Sillery permit aux Jacobins de foû-
j6ii. tenir la Thefe , pourvu qu'on n'y parlât
point de cette Propofition , qui fembloit
attribuer l'infaillibilité au Pape.
IL Sur le rapport que le Préfident de Ha-
Du Per- queville , & le Confeiller Sanguin firent à
l'on ôc les la Cour du Parlement de tout ce qui s'é-
autres toit pafTé aux Jacobins le 27. de May ,
Prélats Sanguin fut chargé par la Compagnie de
Trancois y^j^ jg Chancelier & le Marquis de Vil-
attachez ieroi,qui gouvernoient l'Etat fous la Re-
a la Cour g^j^^g ^^ j^ Reine Mère , pour prévenir
deilome ^^ fe^blables licences à l'avenir. Ces Mi-
ni ftres renvoyèrent l'affaire au premier
Préfident de Verdun , qui fuivant fa com-
miffion envoya quérir le Syndic Richer ,
le loua hautement comme un homme qui
venoit de rendre un fervice confiderable
au Roi, à l'Etat, & aux libertez de l'Egli- ,
fe Gallicane, lui promit de féconder par-
tout fes bonnes intentions , l'aifura que la
Cour fçauroit reconnoître fon mérite, Ôc
lui dit que M. le Chancelier & M. de Vil-
Jeroi fouhaiteroient de voir le Procès ver- ■
bal de ce qui s'étoit paflé aux Jacobins.
Richer n'obéit qu'avec beaucoup de ré-
pugnance , fçachant que cela ne plairoit
pas au Nonce. Il fit drefier l'ade qu'on
demandoit avec toute l'exaditude poffi-
ble , & le porta au premier Préfident figné
* Louis du Redeur * de l'Univerfité , du Syndic ,
Hoiau. de la Faculté de Théologie , & des qua-
tre Po6teurs deSorbonne, qui avoientété
témoins de toute l'affaire. -Le premier Pré-
fident témoignant vouloir s'inftruire à
fonds fur des matières fi importantes à
d^Edmond Ri cher. 77
l'Eglife, & à l'Etat, dont la connoifTance — — —
étoit f\ necefTaire au Chef du Parlement, 1611.
pria Richer avec beaucoup dMnftance de
lui donner un petit abrégé de la dodrine
^incienne de rUniverfitc fur ce fujet. Ri-
cher répondit que ce n'étoit ni le defîr
de la gloire , ou des faveurs de la fortune,
ni les follicitations d'aucun homme , mais
la vue des obligations de fa charge de Syn-
dic, & la connollfance de la vérité qui lui im-
pofoient lanecelfité d'agir pour la défenfe
de l'Eglife & de l'Univerlité. Que de-
puis qu'il étoit Sindic, il avoit fouvent
empêché que toutes les Propofitions qui
tendoient au fchifme & qui alloient à éta-
blir la dodlrine de dépoler & de tuer les
Rois , ne fuifent agitées dans la Faculté,
où l'Auditeur du Nonce avoit tâché de
les introduire par toutes fortes d'intrigues;
que cet Auditeur n'ayant pas réufli à les
faire propofer en Sorbonne , avoit eu re-
cours aux Jacobins , & qu'il en étoit ve-
nu à bout par le moyen des étrangers , qui
<5toicnt venus foûtcnir leurs Thefes à la
faveur du Chapitre gênerai de leur Or-
dre , durant lequel ni le Prieur du grand.
Couvent, ni les autres François Domini-
quains bien-intentionnez n'avoient aucun
pouvoir ; qu'il ne falloit pas efperer que
tant que le Nonce du Pape logeroit à la
porte de la Sorbonne, ks Doéteurs de la
Faculté pulîcnt jouir de leurs fuffrages ;
que pour ce qui le regardoit,il prévoyoit
que ce qu'il vcnoit de faire pour la dé-
fenfe de la vérité, & pour le bien du Roi
^ du Royaume ;, attireroit fur lui la mau-
78 L A V I E
. vaife humeur du Nonce & des Ecclefîaii
.1611. tJ^"^^ Partifans de la Cour de Rome,qu^
abufoient de la minorité du Roi ,& des ca-
lamité?- de l'Etat , pour femer ces nouveau-
tci , & diviûr les clprits par des tadions :
mais que le trouvant par la grâce de Dieu
également détaché de la crainte & de TeC-
perancc pour toutes les choies de la ter-
re , nulle coniideration ne lui feroit ou-
blier les devoirs ; & qu'il étoit refolu de
tout fouffrir pour la vérité catholique , pour
le gouvernement julte & légitime de TE»
glile , & pour Tancienne dodrine de Sor-
bonne.
Le premier Préfîdent lui répondit qu'il
n'y avait rien à craindre pour lui,(Sc que
les deux Minllres écoicnt dans la réfolu-
tionde le protéger : mais il ne fçavoit pas
encore ce que le Nonce du Pape , le Car-
dinal du Perron, les Evêques de Paris &
d'Angers & les autres Prélats meditoient
pour fe venger de Richer. Ils n'avoient
pas feulement à cœur la reliftance & Top
po(ition que le Syndic avoit faites aux The-
fes des jacobins le Vendredi 27. de May ;•
ils fe croyoient principalement oftenfei de
la dcfenfe que le premier Préfident avoit
faite aux Dominiquains d'ouvrir leurs Dif-
putes le Dimanche fuivant , à caufe de la
Propofition de la Thefe , qui marquoit que
c^eji au Pape feul qiCtl uppûrtient de défi-
Kir les ventez de la Foi , en quoi il ne peut
foi?it errer.
Malgré cet ordre ils n'avoient pas laifTo
de fe rendre aux Jacobins ce jour-là-méme^
conduits par le Nonce & par le Cardinal^
d^Edmond Ri cher, ^-fg
!& ils avoient tâche par toutes fortes de »*■ ■ ma
moyens d'y faire ouvrir la Difpute : mais i6iï,
pas un des Bacheliers n'avoit voulu fe
rendre à leurs ibilicitations,ni fe trouver
aux Jacobins.
C'cfl: pourquoi le Cardinal , tout en co-
lère , s'etant fait accompagner de quelques
Evéques,alla trouver fur le foir le Chan-
celier & M. de Villeroi , auxquels il ne
fut pas honteux de dire , qu'// étoit autant
permis de révoquer en doute l^état du Ma-
riage de la Reine ^ de fes enfans , que la
futjfance du Pape qui avoit donné au Roi
Henri 11^. la dijpenj'e pourfe remarier. Ces
deux Minières eurent horreur d'une corn-
paraifon ii odieufe , & d'un difcours qui
îembloit ne refpirer que la fédition. Ils
répondirent au Cardinal & aux Evéqucs
que la Cour de Rome étoit 11 entrepre-
nante , qu'il étoit à craindre qu'eux-mê-
mes ne s'en trouvaient mal , auffi - bien
que la France. Ceux qui étoient prefens à
cet entretien ne purent auffi diflimuler l'in-
<ifgnacion où ils étoient de voir que des
Prélats P>ançois fe rendirent ainfilesMi-
niftres de la palTion de ceux qui cherchoient
par toutes fortes de brigues à faire recon-
noître & établir la puiifance abfolué& l'in-
faillibilité du Pape dans le Royaume de
France.
Quelque 2ele que le Préfident de Ver-
dun fit paroître de fon coté pour s'oppo-
fer aux entrcprifes de la Cour de Rome,
Richer , que la prudence n'abandonnoit
jamais, lui lit promettre qu'il ne feroit
aucun ufagedu procès verbal ni de ce qui
8o L A V I E
^— w— s'étoît pafTé à la Thefe des Jacobins , di
l6ii. qu'il ne le feroit pas voir aux deux Mi*
niftres, jugeant que cela ne ferviroit qu'à
aigrir les efprits déjà mal difpofez , & à
augmenter les troubles ; mais voyant que
ce'Magillrat le preflbit de plus en plus de
lui donner l'abbregé qu'il lui avoit de-
mandé de l'ancienne dodrine de Sorbon-
nc , arin d'apprendre ce que c'ctoit que les
libertez de l'Eglile Gallicane , dans la dé-
fenfe defquelks il prétendoit ne le point
céder à fonilluftreprédéceffeur deHarlay,
il crut devoir prendre quelque temps , non
pas tant pour compofer l'Ecrit , que pour
délibérer avec fes amis fur ce qu'il avoit
à faire.
RicKer j)^ Gamaches fut d'avis qu'on ne devoit
î^!^. T ^'^^^ donner au premier Préfident , parce
■^^^ -r ^uc cet homme avoit été élevé chez les
£3jj^"^J^_ Jefuites,& qu'on croyoit qu'il n'étoitpar-
clefiafti- ^^^^ ^ ^^^^^ nouvelle dignité que par leur
^^. ^ moyen , & à la recommandation du Non-
politique, ce : mais tous les autres que Richer con-
a la prie- fulta jugèrent que ces coniiderations ne
re du pre dévoient pas l'empêcher de fatisfaire les
mierPrc- delirs d'un Magillrat , qui paroilibit fi fin-
fidentdu ctre dans l'ardeur qu'il faifoit paroître pour
Parle- connoître la vérité , & à qui il ne man-
ment de quoît peut-être que cela pour faire tout
Pans. |g j^jj^.^^ qu'on pouvoir attendre d'un pre-
mier Préfident; qu'il étoit à craindre qu'on
ne fe rendît coupable devant Dieu des fau-
tes que ce Magidrat pouroit faire dans la
fuite par l'ignorance de fes devoirs , ou
par le relièntiment du refus qu'on lui fe-
roit des initrudions qu'il demandoit , pour
s'ac-
d^Edmond Ri cher. 8i
s'acquitter dîgnement d'une Charge , dans -
laqueHe on eft oblige de maintenir en mil- 1611.
le rencontres les liberté! de TEglife Gal-
licane , & de régler les reflbrts de la puif-
fance ecclefiaftique & feculiere.
Richer , quoique touché des raifons &
des inftances de ces derniers , ne croyoit
pas devoir fe prefler d'accorder au pre-
mier Prélident ce qu'il exigeoit de lui par
des foUicitations qu'il réiteroit prefque
tous les jours , foit par fes amis qu'il dé-
putoit à Richer , foit en l'envoyant qué-
rir. Il appréhendoit que de Gamaches ne
fût prophète : mais d'un côté voyant que
lesjefuites cherchoient à profiter de lare-
traite du premier Prélident de Harlay , qu'ils
avoient regardé comme leur fléau ; & que
pour oppofer la rufe & l'artifice à la for-
ce ouverte qui leur reliftoit , ils reccvoicnt
des Ecoliers-dans leur Collège , qu'ils n'en-
feignoient pas par eux-mêmes , mais qu'ils
faifoient enfeigner par des Maîtres qu'ils
prenoient de dehors , & qu'ils tenoient à
gage ; il crut qu'il étoit important de s'af-
lùrer de labonne volonté du nouveau pre-
mier Prélident, pour traverfer ces nouvel-
les entreprifes : il confentit que l'Ecrit qu'il
•lui demandoit fût le prix de la protedion
qu'il otfroit à l'Univerfité.
Il voulut compofer cet Ecrit félon les
règles de la Théologie dogmatique, pour
montrer la fource , où l'on devoit puifer cet-
te dodtrine,que non feulement le premier
Prélident de Verdun , & d'autres Magif-
trats, mais encore une infinité de jeunes
Théologiens fouhaitoient d'apprendre avec
F
8i L A V I E
———tant de palTioii. Il lui donna le titre^ Ûè
l^IÎ. h Puiffance ecclefiaflique l^ foUtiqtie ; &
il ne le tira, comme nous l*avons marqué
ailleurs , que de TApologie qu'il avoit faite
pour Gerfon , & qu'il n'avoit pas encore
publiée : mais avant que de préfenter ce
petit Livre au premier Prélident , il crut
\q devoir donner aux Théologiens pour
rexamincr.De Gamaches, Profelfeur Royal
en Sorbonne ^ qui n'avoit pas été de cet
avis, le vit fort exaélement, &y fit quel-^
qucs remarques. Richcr y eut égard , & cor*
rigca dans fon livre tout ce que ce Doc^
teur avoit fouhaité ; non pas que fes re-
marques fullcnt véritables , mais parce que
l'Auteur eftimoit que fon ouvrage ferofè
mieux reçu , s'il étoit approuvé de ceux*
mêmes qui n'étoient pas verfez fi exaéle-
ment dans une matière qui cil tres-amplé
& très-difficile , qui demande une connoiA-
fance parfaite de toute l'Antiquité ecclef-
fiartique , & qui depuis dix ans faifoit le
principal fujet des études de Richer.
,,^ Pendant ce tem*ps-là le Cardihal duPer*
Pratioues ^^^^ "> ^'^^'^'^^^^ ^^ f*^ris fon SufFragant , &
des Parti- ^^^'l^^-^^s autres Prélats toujours pleins de
uns 'de rellèntiment de ce qui étoit arrivé à là
là Cour Thefe des Jacobins , étudioient les moyens
de Rome de fe venger de Richer. Ils convinrent avec
pour fai- le Nonce qu'il falloit le faire dépofer du
re dépo- Syndicat , où fcmbloit confifter toute la
fer Ki- force & fon crédit , & ils commencèrent
cher du dès-lors leurs brigues dans la Faculté de
Syndicat. Théologie pour en venir à bout.
Ils publièrent que Richer alloit être eau-
fc d'un grand fchifme , s'il n'étoit promp-
d'Edmond Richer. 85
tement dégradé ; comme û ceux qui de- — > < m
meuroient dans l'union, qui retiennent &c i6ii.
défendent la difcipline& les mœurs qu'ils
ont trouvé établies , dévoient pafler pour
auteurs ou coupables de fchilme , plu-
tôt que ceux qui font la divilion , & qui
introduifent les nouveautez ; comme il
dans la Religion Chrétienne l'antiquité n'é-
toit pas le vrai caradere de la vérité , &
la preuve naturelle de l'excellence de cet-
te Religion.
Mais ils s'appcrçurent bientôt que leurs
cris & leurs plaintes auroient peu d'etFet,
s'ils ne trouvoient un fujet propre à être
fubftitué à la place de Richer,&un hom-
me capable de foûtenir le perfonnage qu'ils
iui vouloient faire jouer. Ils jetterent les
yeux fur le Dodeur Jean Filefac , Curé
de S. Jean en Grève , Théologal de l'E-
glife de Paris ;jugeant que comme il étoit
capable & fçavant , il ne feroit point defa-
gréable à la Faculté ; & que comme il ne
paroilfoit pas encore avoir borné fon am-
bition à l'état prcfent de fa fortune , l'ef-
perance de parvenir à quelque chofe de
plus élevé , lui feroit faire tout ce qu'ils
pouroient fouhaiter de lui.
Filefac, qui fe voyoit déjà fexagenaire,
qui fçavoit le prix de tout ce qu'avoit fait
Richtr , pour avoir pafïé lui - même par
tous les Degrez & les Charges des Facul-
tés des Arts & de Théologie, & qui avoit
été même Redeur de T Univerfité , reçut
afles froidement les propofitions qu'on lui
fit. Il s'excufa fur fon peu de difpofition ,
& fur fon âge ; il répondit même fort li-
Fij
§4 La Vie
brement au Nonee & aux autres qui fi?
^6ii. plaignoient de la conduite du Syndic, que
tout ce que Richer avoit fait ne tendoit
qu'à la confcrvation & à la défenfe des
libcrtcz de TEglife Gallicane , & que les
François ayant à vivre avec les Hugue-
nots , dévoient chercher les moyens les
plus convenables pour les attirer douce-
ment à l'Eglifc Catholique ;& non les re-
buter par ridée de la puiflance abfoluë &
de rintaillibilité du Pape.
Le Nonce ne defefpera pourtant pas de
Je gagner, & il crut pouvoir fe repofer
de ce foin fur le zèle & l'induftrie de
François de Harlay, Abbé de S. Vidor,
qui lui paroilfoit bien intentionné pour
la Cour de Rome, & qui avoit déjà don-
né des marques de l'averfion qu'il avoit
conçue pour Richer , depuis qu'il lui avoit
bifté fes Thefes. C'étoit un jeune hom-
me fort ardent, qui avoit pris tout nou-
vellement le Bonnet de Doâeur, & qui
ne dilîîmuloit pas l'ambition qu'il avoit
de monter par les Dignitez ecclefîaftiques
^ jufqu'au Cardinalat.
Cet Abbé fut chargé par le Nonce de re-
quérir dans Tx^lFembleé de la Faculté du
premier de Juin , que Richer fût dépofé du
Syndicat, & que tout ce qu'il avoit fait au
Chapitre gênerai des Jacobins le vingt-
feptiéme de May fût calfé. Dans cette vue
l'on avoit brigué les fuftrages depluiieurs
Dodcurs, fur-tout parmi les Mendians , qui
fe trouvèrent ce jour- là jufqu'au nombre
de trente dans cette Allembleé de la Fa-
culté de Théologie. Ou vit aufli y accou-
d'Edmond Ri cher. 8f
rir tous ceux qui étoient dans les intérêts — — — ^
des Jefiiites, & qui avoient trouvé mau- i6n.
vais que Richer fe fût oppofé aux Lettres
Patentes que ces Pères avoient obtenues
du Roy Tannée précédente, pour faire
l'ouverture. de leurs Clallès.
La brigue ne fc trouva pourtant pas
encore ailèz forte, & Tx^bbé de S. Vi*âor
n'ofa même ouvrir la bouche pour cette
ibis. Le Nonce tidelementfervi dans cet-
te affaire par fon Auditeur Scappi , & par
le Do6leur Duval , jugea qu'il avoir be-
foin de prendre du temps pour la lailîèr
meurir. Cependant il recommanda à l'Abbé
de faint Viélor de chercher l'occalion de
s'infînuer dans l'efprit de Filefac , & de
ne rien oublier pour tâcher de vaincre
fa répugnance.
Richer, après avoir fait examiner fon ^Y'
petit Livre ke la Fuijfance ecclejiafiiquc ^ Iviclier
politique par plulîeurs Dodeurs , aRa fur ^°""'^^}'"
la fin de Juillet le prcfenter écrit à là ^^''^ ^^^*
main au premier Prélident de Verdun, & '^" ^^^'e
il lui porta en même temps la cenlureque ^j^j^^ ç^
la Faculté de Paris avoir faite en 1429. ^^^ >^
contre le Jacobin Jean Sarralin,qui avoir fenrant
avancé beaucoup de Propolitions qui ten- ç^x\ Li-
doient à établir la Monarchie, ou puif- vrc.
fance abfoluë du Pape fur les autres Pré-
lats. Le premier Préfident reçut ce pre^
fent avec beaucoup de plailir& toute ladé-
monftration de bienvailJance dont il étoit
capable. Il protefta de nouveau qu'il étoit
relblu de défendre hautement l'ancienne
dodrine deSorbonne,& les droits de l'U-
niverlité. 11 prelïà mC*me ie Syndic de lui
F iij
S6 L A V I E
— — marquer en quoi il pouroit le gratifier per-!-
i6ll, fonnellement , & de voir quel Bénéfice ou
quelle peniion il fouhaitoit qu'il deman-
dât pour lui aux Minières.
Le Syndic l'ayant tres-humblement re* "
mercié , lui dit qu'il étoit content de la
médiocrité de fon état , & qu'il ne cher-
choit pas à en fortir pour le peu de vie
qui lui reftoit ; qu'il n'avoit pas d'autre iur
terét que celui du Public ;& qu'étant fort
^ indiffèrent pour tout ce qui pouvoit le re-
garder , il n'avoit en vûë que le bien de
la Religion & de l'Etat, & en particulier
celui de rUniveriité de Paris, dont, la pro-
tedion fembloit lui être refervée depuis Isi
retraite de fon prédécefleur. Il entra en^
fuite en conférence fecrete avec ce Mar
gillrat,pour lui faire comprendre l'imporr
tance de cette affaire , d'où fembloit dé-
pendre le bon ordre & la tranquillité noij
feulement de l'Eglife Gallicane, mais en-
core du Royaume , contre la pratique des
Etrangers , & fur-tout des EmifTaires de la
Cour de Rome, qui en vouloient à la li-
berté de notre Eglife , & à la fouveraine^
té de notre Monarque. 11 lui témoignîj
qu'encore qu'il n'eût jamais étudié au^
Jefuites , il ne laiflbit pas d'eitimer leur
Compagnie , dont l'Inftitut pouroit même
être de grande utilité à l'Eglife , s'ils ne
cherchoient point à s'introduire par des
intrigues dans les Fondions eccleliaftiques
au préjudice de l'Hiérarchie, & à exercer
lur les Etudes & les Lettres un monopole
tendant à la ruine des autres Univerliteï
& Collèges de la Chrétienté. Car pour lei
d'Edmond Richer. 87
rendre utiles, il falloit empêcher qu'ils ne — ■?
fe rendiflent necefîaires ; qu'on pouroit le i6ii.
régler fur la conduite qu'ils avoient gar-
dée depuis I5'74. jufqu'en lySç. lorfqu'ils
le contentoient d'enfcigner les Lettres à
Paris , fans avoir l'ambition de fe jctter
dans les atîaires du Royaume & des Fa-
milles , comme ils avoient fait depuis la
Ligue; que depuis le retour de leur exilée
jeur rétabliffement en France, ils s'étoient
tellement avancez à laCour, qu'ils ne gar-
doient plus de mefure dans la paffion qu'ils
avoient de dominer , & que cette ambition
cauferoit un jour la ruine de leur Com-
pagnie, ou celle de la Republique Chré-
tienne.
Le premier Prélident parut fi touché de
ce que le Syndic venolt de lui dire, qu'il
lui demanda encore une féconde confé-
rence pour fe faire inllruire à fonds. Ri-
cher la lui donna deux jours après, & lui
fit un long difcours fur la manière dont le
Parlement devoir agir à l'égard de Rome,
& des Miniilres mêmes de la Cour de
France durant la Régence d'un Femme;
après quoi il lui laiiîa quelques Mémoi-
res pour le foulager dans le fouvenir des
maximes qu'il venoit de lui doimcr.
Peu de temps après la Faculté de Théo-
logie ayant donné ordre de faire impri-
mer la cenfure qu'elle avoit faite le premier
jour d'Août contre le Livre de Dupleflis-
Mornay , intitulé, le Myjicre d'iniijmte\ Ri-
cher en prit occalion pour faire en même Impref-
tcmps tirer trois cens exemplaires de fon hon de
petit livre de la Futjfance ecclefiajltque ^ ion livre.
F iiij
88 La Vie
iP^— politique , non pour le divulguer dans le*
i6u. Public , mais pour le communiquer fim-
plement à fes amis & aux perfonnes de
çonfideration , qui en pouroient faire quel-
que ufage. Il s'y étoit déterminé aulîi dans
le deflein d'arrêter le cours des mauvaifes
copies , fur lefquelles il étoit à craindre
qu'on ne l'imprimât, comme on avoit fait
en Italie fon Apologie pour Gerfon ; & que
la vûë des fautes qui s'y feroient gliffées
ne l'obligeât à renoncer un ouvrage qu'il
' étoit bieri-aife de reconnoître à la face de
rUnivers. -^
Il divifa l'Ouvrage en dix-huit articles ,
dont il fit un enchaînement fi bien fuivi ,
que le fécond dépend neceflairement du
premier, le troifiéme du fécond, & ainfî
des autres jufqu'au dernier, dans la même
liaifon des confequences aux principes. Il
voulut y faire voir d'abord que la jurif-
di^lion ecclefiaftique appartient efTentiel- -,
lement à toute l'Eglife, & que le Pape &
les Evêques n'en Ibnt que les Minières ^
& montrer que Jefus-Chrift a conféré cette
jurifdidion à tout l'Ordre Hiérarchique,
par la mifîion qu'il a donnée immédiate-
ment à tous les Apôtres & à tous les Difci-
ples. Il y définit l'Eglife zm Etat Monarchi-
que injîîtîié de'Jefus-C hrift pour une fin fitrr
Naturelle , k^ ternperé d'un Gouvernement
Anjîocratique , qui e[i le meilleur de touSy Cîf
le plus convenable à la nature. Après avoir
montré que jefus-Chrifi: en eft le ChefeJ/e»-
tiel^h le Pape feulemement le C\\QÎ mini-
fier iel , pour me fery ir de fes termes ; il don-
ne \d, ditferenee d'un Etat d'avec un Gou-
p'Edmond Ri cher, 8p
vcrnement. Il fait voir enfuite que la puif- — ■■
fance infaillible de faire des Décrets &des 1611.
Conftitutions appartient à toute l'Eglife,
6c non au Pape feul ; & il marque la qualité
& retendue de l'autorité du fouverain Pon-
tife, qu'il met fous la diredîon & la cor-
redion du Concile General, qui rcpre-
fente l'Eglife univerfelle. 11 fait part auflî
du Gouvernement de l'Eglife aux Princes
feculiers en ce qui regarde la difpoiition des
biens temporels & les peines corporelles ,
le maintien de la difcipline , l'exécution
des Loix & des Canons dans le relfort de
de leurs Etats. Il veut que le Prince en
qualité de Protedeur de l'Eglife , & de Dé-
fenfeur des Canons , non feulement qu'il
ait droit de faire des Ordonnances pour
la Difcipline Eccleliaftique, mais qu'il foie
encore Juge légitime des appellations com-
me d'abus ; & il prétend que c'elt de -là
que viennent les libériez de l'Eglife Gal-
licane.
La penfée qu'il avoit de ne diftribuer
cet Ouvrage qu'à des Particuliers, fans ja-
mais permettre qu'il fût expofé en vente,
fit qu'il ne jugea pas à propos d'y mettre
fon nom , nr celui de l'Imprimeur. Mais
cette confideration ne fervit de rien à ceux
qui dans la fuite voulurent lui faire un cri-
me de cette fuppreflion. Filefac fut un de
ceux à qui il en donna un exemplaire. Le
jugement qu'il en fit après l'avoir lu , fut
que ce Livre ne plairoit guércs à la Cour
de Rome, où l'on n'aimoit pas tant de
difcernement touchant la différence entre
l'ancienne & la nouvelle Dodrine. Le
5)0 L A V I E
"■"^ froid dont il accompagna ce témoignaga
i^n. fut pris pour un ligne évident du change-
ment qui fe faifoit en lui peu-à-peu , par
les infpirations du Nonce du Pape & de
l'Abbé de S. Vidor.
V. Ce Dodeur ne laifla pas de remontrer
Tilefac, affez fortement dans rAlFemblée delaFa-
qiioique ^uj^^ ^^ ^ d'Odobre , que beaucoup de
peutavo- ggj^5 jg j^jgj^ parmi les Catholiques étoieut
rable aiix ^candalifez de trois Sermons prêchez en
fe^laiif^ ' E^P^g^^ ^ ^^ Béatification de faint Ignace
oa^ner ^^ Loyola , traduits en notre langue par le
contre ^^^^ François Solier Jefuite , imprimez ea
Kicher. France, & recommandez au peuple com-
me d'excellentes pièces. Il propofa même
pour la cenfure quatre articles tirez de ces
Sermons Sermons. Sçavoir lO .Qu'Ignace avec fon
fur faint nom écrit fur un biU^ù avoiî plus fait ds
Ignace miracles , ^ue Moyfe n'en avait faits au.
cenfurez nom de Dieu avec fa baguette, z ° • Q^e
en Sor- /^ faintete dUgnace était fi relevée , même
bonne. ^\ l'égard des Bienheureux iff des Intelli-
gences celefîes ^ qu'il n'y avait que les Pa-
pes comme faint Pierre , que les Imper atri^
ces comme la Mère de Dieu , que quelques,
Monarques comme Dieu le Père ^^ fon Fils^
qui eujfent le bien de le voir. 3 ° . Que les
autres Fondateurs des Ordres Religieux a^
votent été fans doute envoyez en faveur de
VEglife ; mais que Dieu uoviflimè diebus
ilHs locutus eft nobis in filio fiio Ignatio,
quem conllituit hxredem univerforum i
ç'ejh-à-dire , que Dieu nous a parlé en ces
derniers temps par fan fils Ignace , qiCil a,
établi héritier de toutes chofes. 4 '^ . Qu* Igna-
ce affeâionnoit particulièrement le tape de
d'Edmond Ri cher, pi
Kome , le regardant comme le légitime fuc- r ^
cejfeur de Jefus-Chrift , çjffo» l^itaire en l6ll.
terre.
Richer ne fut pas fâché que le zèle de
Filefac le difpensât de faire le devoir de
Syndic, en une occalion qui n'auroit pas
jnanqué d'irriter de nouveau les Jefuites
contre lui.
Le DoâeurDuval ,qui s'intereiToit au-
tant à l'honneur de leur Société qu'à ce-
lui de la Cour deRome,s'oppofa aux re-
montrances de Filefac, & foûtint que les
quatre articles pouvoient avoir un fens
pieux & favorable.
La Faculté n'y eut pourtant pas d'é-
gard, & elle condamna les trois Sermons
par une cenfure du même jour. Les Je-
luites rirent paroître quelque temps après O^i P^^f-
fous le nom du Père Solier une Lettre '|^|^ ^^^^'^
langlante & fort injurieufe contre cette "''"<^^^'"
cenfure. Elle ne fit qu'irriter encore da- P°!!^/
vantage l'Univerfité, qui recommença peu ■ |IJj*^^
de jours après fes pourfuites contre ces L^.f^.ç- "
Pères , fous le Redeur Pierre do Hardi-
vil lier s.
D'un autre côté les Jefuites alTiftez du
Dodeur Duval , de l'Abbé de Saint Vi-
élor,& de l'Auditeur Scappi,travailloient
fecretement à divifer la Sorbonne , & à y
•former un puilîant parti pour Rome h pour
eux. 11 fembloit qu'il n'y eût que Richer
dans toute la Faculté , qui fût capable de
traverfer leurs dcileins, & on ne pouvoit
lever cet oblhicle qu'en lui ôtant le Syn-
dicat. On n'avoit plus d'oppolicions à crain-
dre du côté de la Cour , depuis qu'on an
92 L A V I È
-■ voit fçu gagner le Chancelier de France ,
i6u. l'un des deux Minières qui s'étoient laiflei,
prévenir contre Richer depuis le récit defr-
obligeant que le Nonce , le Cardinal du
Perron , & les Prélats lui avoient fait de
ce qui s'étoit pafTé aux Jacobins.
L'Abbé de S. Vidor eut commiffionde
redoubler fes follicitations auprès de File-
fac, nonobftant le mauvais office que celui-
ci avoit rendu aux Jefuites le premier jour
d'Aouft. Il n'étoit alors queftion que des
moyens de pourvoir la Faculté d'un nou-
veau Syndic en gênerai , fans parler de ce-
lui qui devoit prendre la place de Richer.
Filefac fe laiffa enfin mener chez lesGrands.
Le Chancelier & le Cardinal du Perron
lui firent promettre qu'il s'employeroit en
Sorbonne , pour difpofer les efprits à la
dépofition du Syndic : & l'Evêque de Pa-
ris , pour l'y engager plus fortement , lui fit
cfperer l'Evêché d'Autun, s'il faifoitréuf-
fîr l'affaire ; propolition qui lit tant d'im-
preflion fur l'efprit de Filefac , que fe
croyant Evéque dès qu'il agiroit contre Ri-
cher, il fongea peu de jours après à fe dé-
faire de la Cure de S. Jean en Grève, a-
fin de fervir ceux qui le mettoient en œu-
vre avec plus de loiiir & de liberté.
Pendant que cette intrigue fe pratiquoit
fecrctement , il fe répandit un bruit que le
Roi, c'elt-à-dire le Chancelier , vouloit don-
ner des Lettres aux Jefuites pour être adop-
tez & incorporez dans l'Univerlité de Pa-
ris, fous prétexte d'afToupir la diviiionquî
rcgnoit depuis tant de temps entre eux &
la Sorbonne. C'eft ce que les Jelùites de-
d'Edmond Ri cher, pj
inandoient , & que TUniverfité appréhen- ■■<
doit pour plus d'une raifon. Les Facultcï i6ll.
fuperieures fembloient être partagées fur ce
point, & fur-tout celle de Théologie , qui
fembloit y être plus intereflee, avec celle
des Arts. Filcfac cnpritoccaHon pour fai-
re bande à part , & mieux tramer l'affaire
qu'il avoit entreprifc. Le Dimanche 13.
de Novembre il tint un conférence chez
le Doâeur de Gamaches , à l'infçû de Ri-
cher , qui fembloit néanmoins y devoir être
appelle en qualité de Syndic. L'Aflemblée,
outre lui & le maître du logis , n'étoit com-
pofée que de cinq Dodeurs , Etienne Ba-
lenot , Provifeur des Bernardins , fon ami
particulier , Pierre Leclerc Principal da
Collège de Clugni , * Nicolas Ifembert 1 • /-.i .
Jacques Flegmequin, & Jérôme Parent. Q^.c^*'
Richer , félon la coutume qu'il avoit de- ^**
puis quelques années de voir le Doôeur
Gamaches les Fêtes & les Dimanches ,
pour traiter enfemble des affaires de la Fa-
culté, furvint fans être averti de rien , 6c
crut d'abord que c'étoit le hatard qui avoit
formé la Compagnie chez fon ami.
Filefac, furpris de le voir, n'eut pas le
loifir de trouver une défaite ; & l'ayant
pris à l'écart , il lui avoua que c'étoit une
Aflemblée ordonnée par le Chancelier ,
qui avoit défendu qu'on n'y appellât le
Syndic, parce qu'il paroifToit trop animé
contre les jefuites. Richer voulut fe reti-
rer, témoignant qu'il étoit venu fans au-
tre delfein que de rendre une limple vifî-
te à un ami ; qu'il ne trouvoit pas à re-
dire qu'on s'aflemblât, ni qu'on délibérât
P4 L A V I E
•'»— même fans fa participation , & qu^'I n'éi
i<^i-. toit pas curieux des affaires d'autrui.
Mais Filelac , pour ne lui être pas ful^
ped, le prefl'a de refter,fous prétexte qu^î
tous ceux delà compagnie luiétoient con*î
nus, & qu'il ne feroit pas fâche d*enten- •'
dre ce qu'il avoit à leur dire.. i
Richer demeura , quoiqu'il s'imaginât'
voir Duval dans la perfonne de Leclerc,
& d'ifambert , qui étoient particulièrement
attachez à lui.
Filefac déclara que depuis quelques jours
l'Abbé de S. Vidor, & le Père Alexan-
dre George l'étoient venus trouver pour
ménager un accord entre l'Univerfité &
ks Jcfuites; que le Cardinal du Perron,
^ le Chancelier Tavoient appelle pour le
même lujet , alléguant qu'il s'alloit for-
mer un dangereux Schifme, fi l'on nere-
concilioit promptement ces deux grands
Corps , & que l'unique moyen d'en ve-
nir à bout étoit d'immatriculer les Jefuites
dans rUniveriité. Il ajouta que (i le Chan-
celier vouloit faire recevoir les Jefuites
dans l'Univerfité de Paris par un Edit du
îloi , comme k bruit en couroit , il étoit
rcfolu de quitter le Chaperon & de le jet-
ter à la porte de Sorbonne, & qu'il y a-
voit plus de trente Dodeurs dans la me-,
me difpofition. Mais il fe garda bien en
prcicnce de Richer de dire un feul mot de
la commifîlon qu'il avoit reçue du* Nonce,
du Cardinal du Perron, du Chancelier, &
de l'Evcque de Paris touchant l'éledioii
d'un nouveau Syndic.
" Richer, plus ieniible que perfonne à Tin-
d'Edmond Ri cher, ^f
terct que TUniverfité avoit de ne pas ad- — — — •
mettre les Jefuites dans fon Corps, & à la 1611.
idiviiion qui fe formoit en Sorbonne, ne Ce <de{^
[trouva plus d'autre moyen pour fauverî'un fdn eft
!& Tautre que celui d'oppoler le Parlement traverfé
jà la Cour & au Cierge. Ce fut dans cette p-^r Ri-
Ivûc qu'il fe rendit amdu à foUiciter leprc- ^^^^\
'mier Préfident de Verdun pour faire vui-
idcr roppolitionderUnivcrfité aux Lettres
ique les Jefuites avoient obtenues de la
Cour pour ouvrir leur Collège.
L'affaire fut plaidée au mois de Decem- Arreft dd
bre par la Martiliereen deux grandes Au- Parle-
dianccs pour l'Univerfité ;enfuite pour les ment
Jefuites par Montolon, qui ne parla qu'une contre
demi-heure , pendant laquelle il fut pref- ^^s Jefui-
que toujours interrompu par les tumultes ^"•
de la Salle : après quoi le RedeurHardi-
villiers, par manière de Réplique, haran-
gua la grande Chambre en Latin avec beau-
1 coup d'éloquence & de grâce. Les Conclu-
' fions de l'Avocat General Scrvin furent ,
qu'outre ce qui regardoit la demande de
M'Univerfitc , il y avoit quatre points fur
lefquels il falloit obliger les Jefuites de
renoncer à leurs do6lrmes ordinaires , &
i fe conformer à celle de la Sorbonne; qu'il
I falloit leur faire ligner, i ° . Que le Con^
cile eft au-dejfus du Pape. 2 ° . Que le Pa-
-pe n'a aucune puïjj'ance temporelle fur les
Rots , y qjî'H -ne peîit les priver de leurs
■Royaumes après les avoir excommuniez^
B ^ • Qj^*^ ^^-^ Confejfeurs doivent révéler
cux^ Magijirats les conjurations ^ les af-
'fjfjlnnts contre les Rois ow contre rEtat,
. Que Us Ecchfiafliques font fujets att
ç6 L A V I E j
Prince feculier oh aux Magiftrats poUti^\
que s.
Les Conclufions furent fuivies , l'Ar-
reft fut prononcé contre les Jefuites le
22. de Décembre. Il leur fut défendu de
fe inéler de Tindrudion de la Jeuneflc
dans Paris, ni par eux-mêmes, ni par l'en*
tremife de quelques autres pcrfonnes ; &
il leur fut ordonné de fc conformer à la
doftrine de TEcole de Sorbonne , même
en ce qui concerne la confervation de la
perfonne des Rois , le maintien de l'auto-
rité royale & des libertez de l'Eglife Gal-
licane.
V I. Le grand éclat qu'eut cette affaire , qui
Richer avoit occupé & rempli le Palais pendant
«ft enga- fix jours,fit du bruit jufqu'au Château du
gc par la Louvre, & rouvrit la playe que la mort
Cour a ^g Henri le Grand avoit faite dans le cœur
1 T^^--^ des bons P'rançois. Tout Paris ne parloit
î" que du plaidoyer de la Marteliere , où cet
trîerrqui ^^°^^^ ^^^^^ ^'^ ^^ évidence les maximes
regarde ^ ^^^ procèdes fecrets des Jefuites.
la vie ôc -^^ premier Préfident envoya quérir Ri-
la fureté ^h^r le 26. du mois, jour de S. Etienne,
des Rois. P°"^ ^^ féliciter d'avoir fi heureufement
travaillé à faire connoître une dodrine lî
pernicieufe , qui avoit ravi deux de fes
meilleurs Rois à la France : & pour l'ex-
horter à continuer fes foins , il lui dit en
même temps que les deux Minières , c'eft-
à-dire le Chancelier & Mr. de Villeroi,
delîroient qu'il drefsât en Latin & en Fran-
çois par chapitre tous les points princi-
paux de cette dodrine, parce qu'il avoit
iié refolu dans le Confcil de les envoyer
à tous
À
d'Edmond Ri cher. 97
a tons Icà AmbafTadeurs du Roi , pour en — —
donner connôifTance aux Princes étran- 161 1.
gers. Il ajouta qu'on vouloit ferieufement
donner ordre au rétablillement de l'Uni-
verlité , & empêcher l'accroiflement des
Jefuites , comme tres-préjudiciable au Roi
& au Royaume.
Les Jefuites , avertis de cette refolu-
tion y en furent encore plus allarmez que
de la perte du procès. Ils crurent queRi-
cher leur alloit porter le dernier coup qui
devoit renverfer leurCompagnie : mais pour
le parer avec avantage , ils fongerent aux
moyens de faire tomber fur la tête de Ri-
cher-mcmc la tempête qui les menaçoît.
Ils renouvellerent toutes les brigues qu'ils
avoient fecretement fait naître en Sorbon-
ne pour troubler la Faculté de Théolo-
gie , & la faire partager en cabale. Ils apo-
Iterent des Emilîàires pour publier que ce
n'étoit pas aux jefuites , mais au faint Pè-
re qu'en vouloit Richer , & à la Religion
Catholique ; qu'il en avoit concerté la
ruine avec Frapaolo de Venife, & les au-
tres ennemis de la Papauté, dont le Par-
lement de Paris n'étoit que trop rempli.
Se voyant appuyé du Nonce & du Cardi-
nal du Perron, en qui ils avoient fçû vain-
cre l'averlion qu'il avoit eue autrefois pour
leur Compagnie; ils attirèrent divers Evé-
ques dans leur parti, tâchèrent deleurper-
fuader que pour remédier au Schifme qui
déchiroit la Faculté de Théologie, il fal-
loit détruire la Sorbonne , où il fe formoir,
& perdre Richer , qui en étoit l'auteur.
On entendit même dire hautement à Du-
G
98 L A V I E
— -— val en plus d'une rencontre, qu'il feroîtà
1611. fouhaiter pour la gloire de Dieu, qu'il n'y
eût pas de Sorbonne au monde en ce temps^
là. Le Cardinal du Perron manda Richer
*Cethô- à l'Hôtel Archiépifcopal de Sens * le 2.8;
tel eft à de Décembre , pour ie plaindre à lui de
P'iris ce que l'on avoit traite de la puifTance du
près de p^^pe en plaidant la caufe de l'Univerfité.
S.Paul. ][ im' dit qu'il pouroit bien arriver que
des elprits brouillons & des féditieux pren-
droient de -là fujet d'appeller au Concile
General de la difpenle que le Pape Clé-
ment VIII. avoit accordée au Roi Henri
IV. pour époufer la Reine Marie de Me-
dicis , & que cela ne manqueroit pas de
troubler la tranquillité du Royaume ,.& de
caufer un fchifme.
Réponfe Richer lui répondit que la difpenfe du
deRicher mariage du Roi Henri le Grand étoit une
nu Cardi- queftion de fait , & non de droit ; que tous
nal du les Theolagicns demeuroient d'accord que
Perron, ^^j^^ j^g chofes de fait l'Eglife ou le Con-
cile General n'étoient pas infaillibles , non
plus que le Pape : qu'ainli il n'y auroit
point lieu d'appel au Concile pour le ma-
riage du Roi. D'ailleurs , qu'encore que
la Sorbonne eût toujours tenu pour l'au^
torité du Concile au-delllis du Pape, elle
ne laiûbit pas d'enfeigner que le faint Pè-
re, à raifon de fa primauté, peut & doit
interpréter le droit divin , naturel & ca-
nonique, & donner des difpenfes pour le
bien & Téditication de l'Eglife univerfel^
le : que le mariage du Roi étoit dans ce
cas , & qu'il ne connoilfoit perfonne en
France qui en doutât : que pour fon par-^
d'Edmond Ri cher, pp
tîculier il avoit toujours fouhaité quêtant — ■■ -
dehors que dedans la Faculté de Theolo- i6ii*
gie , on ne remuât pas ces queftions odieu-
t| fes , qui mettent en compromis la puif-
.| fance du Pape avec celle du Concile ; mais
que jamais il n'avoit pu gagner cela fur
l'efprit de l'Auditeur du Nonce Ubaldin,
qui loin d'avancer les affaires de fon Maî-
tre par ce moyen , avoit beaucoup caufé
de Icandale par fes intrigues : que depuis
fon Syndicat il avoit toujours reiîfté aux
entreprifes de cet Auditeur , & prévenu
allez heureufement les defordres que fon
humeur turbulente avoit caufez en Sor-
bonne ; mais que ce brouillon ayant ob-
tenu des Jacobins , ce qu'il n'avoit pu en
Sorbonne , qu'on agitcroit chez eux des
queftions contraires aux droits du Roi , &
aux maximes de france , le Syndic de la
Faculté n'étoit plus refponfable du fcan-
dale , qu'il avoit d'ailleurs tâché d'étouf-
fer dans le lieu mcme où on l'avoit fait
naître : que la Sorbonne demeuroit tou-
jours conftante & uniforme dans la doc-
trine des Anciens , qui n'avoient jamais
cté foupçonnez de fchifme , pour avoir
maintenu les Décrets du Concile de Con-
fiance.
Ce fut pour la féconde fois que Richer
împofa lilence au Cardinal du Perron, ce
que nul autre n'avoit encore fçû faire a-
vant lui. Le même jour après-midi le Car-
dinal excité par le Nonce Apoftolique , fe
tranfporta au Château du Louvre accom-
pagné de plulieurs Evcques. Ils ne trou-
vèrent pas de fureté à fe plaindre du plai-
Gij
100 L A V I E
■ doyer de TUniverfité, où Ton avoît dif-
1611. couru de la dodrinc qui attribue au Pape
le pouvoir de dcpofcr , & de faire tuer les
Pratique Rois,fuiYant le itylcde rinquilition : mais
des Gens ils firent de grandes clameurs fur ce que
d'Eglife l'Avocat General Servin avoient dit en
dillipcc plaidant, que toutes les fois qu'il s'agiffoit
par Ser- de la vie du Prince, il étoit permis de re-
vin. velcr la Confelfion ; Ce qu'ils regardoient
comme une propoiition hérétique, qui fé-
lon eux renverfoit notre Religion de fonds
en comble.
Le Cardinal du Perron y réitéra contre
Richer ce qu'il avoit déjà dit aux Mini-
lires dans le mois de May dernier ,& qu'il
avoit fouvent répété depuis comme le re-
frein d'une chanlbn , ^«';7 étoit autant per-
mis de révoquer en doute Vétat du mariage
de la Reine ct' de fes enfans , que la pmf-
jance du Pape , qui avoit donné au Rot dé-
funt la difpenfe pour fe marier. C'étoit un
artifice du Cardinal , pour tâcher de porter
un contre-coup, & pour faire diverfionau
vacarme qu'excitoit la dodrine féditieufe
qui autorifoit le parricide des Rois ,& dont
on prétendoit que les Jefuites étoient les
principaux auteurs.
Pendant que le Cardinal du Perron fai-
foit tout ce bruit devant la Reine , & les
Minières , on vit entrer Servin qui avoit
été mandé au Louvi;^ par la Majelté. Ce
Magiilrat apprenant la plainte qu'on étoit
venu faire de lui , répondit au Cardinal
qu'il n'avoit parlé de la révélation de la
Confelfion que fclon le fentiment desTheo-
logiens , qui enfcignent qu'on peut fans
d*Edmond Ri cher, ioi
rompre le fceau du fecret déclarer d'une ■ — ^
manière générale les circollances d'une i6n.
entreprife faite contre le Prince , pourvu
qu'on ne nomme point les particuliers , &
qu'on ne fpecitie rien qui puilfc les dén'gner.
Cette réponfe diflipa tout le bruit eue
faifoient les Prélats ; & Servin prit cette
occafion pour découvrir au Chancelier &
à Villeroy , & aux principaux de toute la
Cour tout le myllérc des intrigues que
l'on employé pour procéder fecretemcnt
contre la perfonne des Rois & des Prin-
ces, la forme dans laquelle on leur fait
leur procès à l'Inquilition , (5c la manière
cachée & indirede dont on leur ôte la vie.
Il produilit pour faire foi de tout ce qu'il
avançoit le Livre intitulé Direâunum In-
^uifitorum, imprimé à Rome en 15-85'. qu'il
avoit fait apporter avec lui dans cette in-
tention. D'un autre côté le Nonce, le
Cardinal du Perron , & l'Evêque de Paris,
qui afpiroit au Cardinalat, voulant détour-
ner la haine publique de dellus les jefui-
tcs, & empêcher queTUniverlité ne pour-
fuivît fa pointe au Confeil , publièrent
qu'on en vouloir ouvertement au S. Perc
& à toute l'Eglife, qu'on ouvroit la por-
te au fchifme & à l'herelie.
Le Nonce & le Cardinal jugeant du — ■
peu de fuccès de leurs plaintes par la dif- 1612.
; polition de la plufpart des efprits de la V 1 l.
Cour , crurent devoir revenir à Richer. Filefu-ôc
Ils ralfemblerent contre lui uniquement ^i^^val fe
toutes les forces de leur parti; ils ranime- ^y^ent
rent le courage deFilefac, que l'affaire de S^-'^^,
rUniverfité avec les Jefuites fembloit a-» ^^'"^^^
G iij
102 La Vie
•— ^-— voir ralenti ; ils firent revivre les efperan-
1612. ces qu'on lui avoit données de rEpifco-
pat, pour le payer de ce qu'il pouroit fai-
re contre le Syndic Richer. Le Cardinal
du Perron le voyant au commencement
de l'année 161 2. lui dit qu'il n'étoit plus
queftion des Jefuites , mais qu'il s'agiflbit
de la caufe du faint Siège , & de la Reli-
gion Catholique ; qu'il fe formoit un fchif^
me dangereux , dont Richer étoit l'auteur;
il le conjura de venir au fecours de l'E-
glife, ajoutant que tout le monde jettoit
les yeux fur lui, comme fur le feul homme
capable de remédier au mal prefent, & d'é-
touffer le fchifme dans fa naillance. Il lui
fit entendre que pour mieux exécuter H
chofe, chacun jugeoit qu'il devoit fe char^»
ger du Syndicat , qu'on étoit refolu d'ôter
à Richer : qu'outre la gloire d'avoir renr
du un û grand fervice au Pape & à l'Egli-
fe , il y trouveroit encore de l'utilité , &
que bientôt les Prélats du Royaume der
voient l'avoir pour Confrère.
Filefac prit cette promeffe pour la con-f
firmation de la parole de l'Evéque de Pa-
ris, qui quelques mois auparavant lui avoit
parlé de l'Evêché d'Autun. Ilrefolutd'ac-.
cepter le Syndicat , efperant que ce fcroit
le moyen d'obtenir gratuitement les Bul-
les du Pape ; il promit au Cardinal & au
Nonce de faire cnforte que la Sorbonne
n'auroit plus qu'une voix, & qu'on n'y en-
|:enderoit plus parler deiado6lrine que Ri-
cher défendoit.
Pour commencer à affoiblir le parti de '
Ilicher par la dif corde, il s'afTûra de.plH-
d'Edmond Richer. loj
fieurs Dodeurs mccontens de la feverité — —
avec laquelle Richer vouloit rétablir Tan- i6i2«
cienne doiSbine , il gagna dix - neuf Ba-
cheliers tout nouvellement retranchez du
cours pour leur incapacité , & il le fervit
de leur organe pour publier que le Syn-
dic tbrmoit un fchifme fous le nom de la
Faculté. Pour lui il fe contenta de dire à
tout le monde qu'il étoit Papifte , & non
Jefuite; qu'il tenoit toujours pour l'Uni-
verlîté contre les adverfaires : mais qu'il
s'agiflbit maintenant du Pape , & non des
JeiUites , manière de parler qu'il avoit ap-
prife du Cardinal du Perron , & dont il
afteda de le fervir en toute rencontre,
pour empêcher de croire qu'il voulût obli-
ger les Jefuites , en agillânt contre Richer.
On avoit remarque jufques-là queFile-
fac & Duval avoient alFez mal vécu en-
femble. La jaloulie , & l'incompatibilitc
d'humeurs avoient commencé à tbrmer eu
eux cette averlion mutuelle ; mais rien
n'avoit tant contribué à l'entretenir que la
palTion que l'un & l'autre avoit de domi-
ner feul en Sorbonne : néanmoins l'uni-
que point dans lequel ils (e trouvèrent
d'accord, & qui tendoit à la ruine de Ri-
cher, fut pour eux une occalion de le re-r
concilier , & de réunir leurs forces pour
travailler enfemble à le faire dépofer da
Syndicat. Cette reconciliation fervit beau-
coup à Filefac pour lui faciliter les moyens;
de le faire élire Syndic dans la fuite. El^
le lui ménagea les amis de Duval , & mç-
jne beaucoup d'autres Dodcurs,à qui l'in^
confiance & la fierté de Fiieiac avoienç
Ço^jours déplii. Q iiij
104 La Vie
* — Duval afTuré dés diTpolîtions de File-
l6iz. fac, & foûtcnu de pluiieurs Jefuites qu'il
avoit apollez, commença à publier que le
Livre de la Puiffimce ecclefiafiique (^ po-^
l'iÙQue , que l'on fçavoit avoir été com^
poié par le Syndic , étoit rempli d'erreurs
& d'herelies , & que c'éioit fur les maxir
mes de ce Livre que la caufe de l'Uni-
Verfité contre les Jefuites avoit été jugée
au Parlement. Il fit même des remarques
fur cet Ouvrage , qu'il communiqua à l'E-
véque de Paris & au Préfident Seguier ,
qui jugèrent tous deux que le Livre de
Richer meritoit une réponfe régulière ,
parce qu'il fembloit qu'on vouloit rédui-
re le Pape au-delà des monts.
Richer s'appercevant du bruit defavan-
tageux qu'on élevoit contre lui , crut le
pouvoir diffiper en didribuant ce qui lui
reftoit d'exemplaires de fon Livre , qui
n'étoit encore connu qu'à quelques amis,
&à quelques Confeillers de la Cour, pour
fervir de Fadum dans la caufe de l'Uni-
lls atti- verlité contre les Jefuites. Duval & Filè-
rent de ^jjj, travaillèrent en même temps pour at-
Gama- ^^^^^ ^^ Gamaches à leur parti , fçachant
j^ . ' que s'ils en venoient à bout , ils prive-
jui- p r- j.Q-^j^j. j^içj-^cj- (j'^-j j)QQ ^jyji ^ d'une gran-
de relfource de confolation. Ils firent maii-<
der de Gamaches au Palais Epifcopal le
20. de Janvier. L'Evcque de Paris lui dit
/> en leur prefence : // court un bruit que
'VOUS ^ Richer êtes les auteurs du Livre>
de la Puijiance ecclejiajîique ^ politique.
De Gamaches l'ayant nié , l'Evêque lui re--
partit : Au moins on du que 'vous Pavesi
d'Edmond Riche r. lOf
approuvé , ^ que vous avez confeillé au "~"
Syndic de le publier. De Gamaches nia en- i6ia.
core l'un & l'autre ; & l'Evéque repre-
nant la parole : Puis donc , lui dit-il , que
*vous n'en êtes pas l'hauteur , CJ^ que vous
ne Pavez pas approuvé y ^ que vous n^a-
'vez pas été d\ivts qu^on le publiât , il faut
le cenfurer dans V Ajfemblée du premier jour
de Février prochain. De Gamaches répon-
dit que cela ne fe pouvoit ; qu'il y avoit
à la vérité quelques Propolitions hardies
dans ce Livre , mais qu'il n'y avoit pas
d'erreur , & qu'il contenoit l'ancienne doc-
trine de Sorbonne.
L'Evéque & les deux Dodeurs voyans
que de Gamaches étoit inaccelfible par cet
endroit , l'attaquèrent par un autre , par
lequel il fc doutoient bien qu'il feroit plus
foible. Ils lui firent reiigner au mois de
Février fuivant l'Abbaye de faint Julien de
Tours ;_& le Nonce pour achever de le
corrompre , promit de lui faire avoir fes
Bulles gratuitement.
Cet artifice ne leur fervit pas mal , de-
puis ce temps-la on vit de Gamaches prê-
ter l'oreille aux brigues de Fileiac ; & il
n'y eut point d'x^lîemblée de Sorbonne,
où il n'opinât contre Richer toutes les fois
qu'on propofa de le dcpofer du Syndicat :
pour l'obliger à la pcrfeverance & le tenir
en bride, le Nonce donna ordre qu'il ne
reçût fes Balles , qu'après la dégradation
du Syndic.
Lorfque Richer apprit que fon ami s'é-
toit lailfé pourvoir d'ane Abbaye enCom-
maiide , il vit bien ce que leur amitié en
I E
n'y eut que l'jnte-
Hebert
demeure
toujours
fidèle à
Richer.
io6 La V
_*-, devoit fouffrir ; mais il
lôii, rêt public de l'Eglife qui lui fit concevoir
du chagrin de cette adion : car il fem-.
bloit que cet homme qui avoit de la ver-
tu d'ailleurs & qui occupoit l'une des pre-
mières chaires de laSorbonne,alloitauto-
rifer par Ion exemple les Commandes,
que les perfonnes éclairées, & les gens de.
bien regardoient comme un des grands a-,
bus de rEglife dans la difcipline.
Il ne fut pas 11 facile aux partifans de
la Cour de Rome de corrompre le Doc-
teur Rolland Hébert , Pénitencier de l'E-
glife de Paris , & prédécefieur de Richer
dans le Syndicat. L'Evéque & fon grand
Vicaire Silvius de Pierrevive , Chancelier
de l'Univerlité, employèrent tous les artifi-
ces imaginables pour lui faire prendre parti
parmi les ennemis de Richer ; mais rien
ne le put ébranler. Il demeura ferme dans
les fentimens d'équité , où l'honneur & le
Revoir l'avoient toujours retenu. Il aima
mieux s'abfenter des Affemblées de la Fa-
culté , où il fçavoit que l'on devoit trai-
ter de l'abdication du Syndic , que de fai-
re ou de voir faire quelque chofe au pré?
judice de Richer. Il fit même des repro-
ches à Pierrevive qui l'obfedoit continuel-;
lement; il lui dit que c'étoit une honte
à des Chrétiens, & bien plus encore à de^
Eccleiiailiques , & à des Théologiens , dç
vouloir employer la calomnie , pour opr
primer un homme d'honneur , à qui d'ail-
leurs le Public étoit très-redevable. Cette
genereufe refiftence mit mal pour un temps
le Pénitencier de Paris avec fon EvêquçL
/
d'Edmond Ri cher. 107
& le grand Vicaire : & il difoit depuis — — ^
qu'on lui avoitfait faire pénitence pendant 1611.
deux ans entiers pour la ndelité qu'il av oit
gardée à Richer. vur
Le Nonce Ubaldin jugeant que la Fa- p .
culte de Théologie étoitfuffifammentpar- j ?!l^^ ^
tagée , pour ne pouvoir plus former un " ^ '^^''
corps allez confiderable contre fon parti , f^j^e^^en^
alla au Louvre faire grand bruit devant la ç^^^^ j^
Reine & les Miniftres. Voulant tirer a- Li^^-c ^jg
vantage de la foiblefTe de la Régence , il Richer,
protelta avec menaces que fi l'on ne fai- sc lui
foit juftice au Pape fon Maître de Richer ôter le
& de fon Livre , il fortiroit de [Paris dès Syndicat*
le lendemain , & s'en retourneroit à Ro-
me.
D'un autre côté fon Auditeur Scappî
conduit par un ancien Do6leur de la Fa-
culté' nommé Ofachim Forgemont , ami
particulier des Jefuites , alloit de porte en
porte follicîter les Dodeurs au nom du
pape & du Nonce, & briguoit leurs voix
pour l'abdication du Syndic , & la cenfu-
re du Livre de la PuiJJance ecclejiajiique ^
politique.
Richer étudioit tranquillement dans fon
cabinet tandis que le bruit de cette fadion
fe répandoit.par toute la Ville. Le nou-
veau Procureur gênerai de Bellievre , fils
du Chancelier de ce nom , ôr gendre du
Chancelier Brulart , qui avoit fuccedé à
Jacques de la Guele, mort le 2. de Jan-
vier, en fut touché, (Scil manda Richer le
dix-huit du même mois. Il lui apprit fur
fon affaire beaucoup de chofes qu'il ne
f:avoit pas. Il lui dit que le Nonce , &
I
io8 L A V I E
— '— les Prélats briguoient beaucoup pour faî-
lôil. re condamner fon 'Livre en rx\fremblée
du premier de Février, mais qu'il étoit re^
folu de l'empêcher par l'autorité du Par-
lement.
Le Syndic lui répondit qu'il n'avoit
rien à craindre, fi l'on gardoit Tordre &
les formes ordinaires de juftice qu'on a-
voit toujours oblervées en faifant les cen-
fures ; parce que fon petit Livre ne con-
tcnoit rien qui ne fût parfaitement con-
forme à ce qu'avoient^enfeignc les Con-
ciles, les anciens ►Percs, & les Docteurs
Catholiques les plus univerfcllement re-
çus. Le Procureur General repartit que
l'animofitc étoit fi grande, & les intrigues
fi puilfantcs , qu'il ne lui feroit pas poflî-
ble d'y refifter par lui-même , & que la
privation du Syndicat feroit luivie de la
cenfure du Livre. Richer connut à ces
paroles le danger qu'il couroit ; & il pria
le Procureur General , qu'à fa requifition,
il plût à la Cour d'envoyer deux Confeil-
1ers à la prochaine Afiemblcc de la Faj
culte de Théologie , pour y faire garder
l'ordre & la liberté des fuffrages ; que tout
ce qui feroit dit de part & d'autre fût fi-
dèlement mis en écrit , comme i'avoient
autrefois pratiqué les Magiftrats & les Sé-
nateurs, que les Empereurs députoient aux
Conciles Généraux , pour empêcher les
violences , les brigues & les tumultes : &
que ii cela étoit ainfi obfervé , il ne feroit
pas poffible de donner atteinte à fon Lin
vre.
De Bellicvre objeéta que fous la mino-»
d'Edmond Ri cher. lop
îtîté du Roi les Prélats prendroient de-là -"
occafioii de calomnier le Parlement , com- i6ix.
me s'il vouloit empêcher la liberté desfuf-
frages ; mais que dans la conjonélure pre-
fente des aftaipes du tems , il valoit mieux
défendre à la Faculté de Théologie de tou-
cher à ce Livre , fous prétexte qu'elle étoit
divifée par faction , & qu'elle n'étoit pas
libre.
Aufll par Arreft du Parlement du pre-
mier Février 171 2. furent cite^ à la requê-
te du Procureur General le Doyen & les
plus anciens Dodeurs de la Faculté* avec
le Syndic , pour être interrogex fur la vé-
rité de tout ce qui s'étoit paffé , & fur ce
qu'on avoit deflein de faire en Sorbonne
touchant le Livre de la Puiffance eccle-
ftafttque^ politique. Leurs dépolitions fu-
jent uniformes touchant les brigues de
l'Auditeur du Nonce , qui demandoit la
cenfure du Livre , & la dépolition du Syn-
dic au nom du Pape. Forgemont , pour
l'avoir conduit chez quelques Doâeurs ^
& aidé à mandier les fuffrages , fut admo-
neté de la Cour comme mauvais François,
qui avoit communiqué avec un étranger
fans la permiffion du Roi, qui avoit contri-
bué à léduire & à fuborner fes fujets , con-
tre le droit des gens , & deshonoré l'an-
cienne -DocSlrine de la Sorbonne , dont il
étoit Membre.
"*" Claude Petit-Jcnn Curé de S. Pierre desAr-
cis. Nie. RoquenautSenieur dehMaifonde Sor-,
bonne, Joachim de Forgemont, Charles Coppc
Grand Maître du Collcge de Navarre , Etienne
Michel Colin Grand Maiae du Collcge du Pleffis.
iio La Vie
^ Il fut ordonné par le même Arreft que
1612. les exemplaires du Livre de Richer fe-
roient apportez au Greffe du Parlement,
& enjoint au Doyen & aux Dodeurs de
la Faculté de furfeoir toute délibération
fur ce fujet , jufqu'à ce que la Cour fût
éclaircie de ce qui regardoit le fervice da
Roi dans cette affaire , pour en ôter la
connoiflance à d'autres , & empêcher par
ce moyen les troubles & les faélions qui
s'élevoient à cette occafion. C'ell ce qui
auroit dû avoir lieu , fi durant la mino-
rité du Roi les loix euffent été obfervées
comme on le devoit : car c'eii au Magi-
ftrat politique à maintenir la paix, & à fai-
re garder la juftice par -tout : mais la ca-
bale l'emporta bientôt fur les loix.
Richer L'Alièmblée de la Faculté qui avoit été
demande diflerée , fe tint le 3. du mois. Le Syn-
l'examen die y demanda que l'on Livre y fût rigou-
de fon reulement examiné par des Juges qui ne
Livre en fulîènt pas intereffez dans la caufe , 6c éloi-
Paculte. gj^^.^ ^ç. f^jj-g aucune grâce à l'Auteur ,
rilefac ir.ais dégagez en même temps de tout
s'y oppo- mauvais préjugé : Que fi la Faculté ju-
^e. geoit que les trois principes établis dans
Repro- cet Ouvrage n'étoient pas certains , ou
che mu- que les conclufions'ou les indudions qu'il
tuel de avoir recueillies de ces trois principes n'é-
ces deux toient pas tirées conformément aux re-
Dodeurs gles de la Logique & de la Théologie ,
à la do6i:rinc des anciens Pères, aux Dé-
crets des Conciles de Conftance & de Balle,
ou même qu'il y auroit quelque autre er-
p,. reur que ce fût, il éioit prêt de l'effacer
& de la plume , & de fes larmes devant
toute la terre.
d'Edmond Ri cher, iir
A'f A cette propofition du Syndic la plû- '■
part des Dodeurs deiîroicnt qu'on exami- i6i2.
liât ce Livre fans brigues, fans faveur, &
fans inimitié; & qu'on mît enfin l'ancien-
ne do6trine de la Faculté dans une i\ gran-
de évidence , que perfonne ne pût l'igno-
rer dans la fuite. Mais la délibération
fut traverfée par Filefac , qui oppofa une
plainte contre ceux qui publioient les con-
clufions & les fecrets de la Faculté, fans
en avoir obtenu la permiflion. Il deman-
; da qu'il fût ordonné qu'à l'avenir les li-
vres & les Regillres des conclulions delà
Faculté, qui avoient été jufques-là entre
les mains du Syndic , feroient enfermeî^
fous trois clefs ; qu'on n'en pouroit do-
refnavant rien publier ou communiquer à
' qui que ce fût , qu'avec la permiffion ex-
I prelfe de la Faculté.
Tout le monde reconnut que cette plain-
re regardoit Richer, quoiqu'il n'y fût pas "^
nommé : car il avoit communiqué fon
Livre , & quelques Décrets de la Facul-
té à ceux qui plaidoient la caufe de l'U-
niverfité au Parlement , afin qu'ils vilfent
la différence de l'ancienne dodrine & de
celle des Jefuites touchant l'autorité &
l'adminiftration de l'Eglife : ce qui ne s'é-
toit néanmoins fait que par manière de fac-
tum (5c de mémoires ou pièces fervantes au
procès, qu'il falloit iuliruire , comme Ri-
cher en fit fouvenir enfuite Filefac même,
qui avoit approuvé pofitivement cette ac-
tion dans le temps , & qui y avoit même
contribué de fes confeils & de fes foins.
Filefac faifant une grimace terrible de
112 La Vie
- la bouche & des yeux , dit d'un ton me^
1612. naçant qu'il étoit Papifte, mais que Ri-
cher vouloit, faire un fchifme. Richer re-
jetta cette calomnie avec horreur, & ne
put s'empêcher de reprocher à Filefac qu'il
étoit lui-même l'auteur du fchifme qu'il
imputoit à d'autres ; qu'il divifoit la Fa-
culte' par fa faâion , & qu'il minoit l'U-
niverlité leur Mère commune, en lui ar-
rachant des mains la vidoireafliirée qu'elle
^toit prête de remporter fur les Jefuites.
A dire le vrai, ces Pères ayant fçû que
le Confeil du Roi étoit refolu de don-
ner avis aux Princes étrangers de la pcr-
nicieufe dodrine d'attenter à la vie des
Rois , fous prétexte de tyrannie , & que
Richer avoit été chargé par le Chancelier
& le premier Prélident d'expofer cette doc-
trine en abrégé pour cet effet , s'étoient
avifez , pour détourner le coup , de déta-
^ cher Filefac des intérêts où il avoit été
engagé jufques-là,& de lui faire tourner
contre Richer le lele & l'animofité qu'il
avoit toujours fait paroître contre leur
Compagnie.
Les Jefuites , nonobftant l'avantage qu'ils
avoient reçu d'une intrigue qui leur avoit
il bien réuffi , appréhendoient toujours
que rUniverfité ne pourfuivît fa pointe
au Conieil , & ne produisît les pièces ju-
liificatives de tout ce qui avoit été avan-
cé par les Avocats. C'eit ce qui les fit
enfin refoudre , après de longues délibé-
rations , à fe foûmettre à l'Arrell du 22.
de Décembre dernier. Voyant que la Far
culte de Théologie étoit tellement brouil-
lée
d'E dmond Riche r. 115
He par la divifion des Dodeurs , qu'il ne "' '"'=*,
feroit pas polTiblc de prouver qu'elle étoit i6li»
l'ancienne dodrine de Sorbonne , & qu'on
ne pouroit plus ai fé ment confulter fes an-
ciens Décrets , depuis que l'on avoit refolu
de renfermer les regiftres fous trois clefs ;
ils ne trouvèrent plus tant de danger à '
dire qu'ils voulûient bien adhérer aux fen-
timens de la Sorbonne. Ils députèrent iîx
des principaux * d'entre eux pour aller au
Greffe de la Cour avec leur Procureur,
& y donner une déclaration par laquelle
ils témoignoient Je conformer à la doéîrine
iie V Ecole de Sorbonne^ même en ce qui con-
cerne la confervatîon de laperfonne des Rois^
le maintien de leur autorité royale ^^ les
libertez de l^Eglife Gallicane , objervees
-<le tout temps en ce Royaume. Ils en lignè-
rent rA61:e au Parlement le 22. jour de
Février*
Mais Richer, qui croyoit voir clair dans
leurs intentions ^ s'apperçut bientôt de l'ar-
tifice d'un aéle qui ne les engageoit à rien,
& qui palferoit même pour nul quand ils
le jugeroient à propos , par le défaut de
jîermifllon , ou de confentement de leur
General , qui étoit une condition elîèniiel-
le, nonobltant la liberté que ce General
leur lailFe de s'accommoder aux ulages &
aux maximes des lieux où ils vivent.
L'Arrêt , outre le commandement de £ç
conformer à la dodtrine de Sorbonne ^
"^ Chriftophe Baithaziir, Provincial. Barthelemi
Jaquinot, Rcdeur de la Maifon Profelle. Ale-
xis Georges. Jacques Sirmgnd. Fronton, fraiv
cifcus Jaconius.
H
if-4 L A V I E
r. """;■» perçoit encore que leur Avocat Jacquef
i6t2. de Montholon corrigeroit fon plaidoyer^
avec perraiflion d'y ajouter néanmoins ce
qu'ils jiTgeroient à propos pour leur défen-
ce contre celui de TUniveriité.
C'eft ce qu'ils firent faire par le P. Co-
ton fous le nom de Montholon , qui n'a-
voit pas plaide refpace d'une demi -heu-
l'e dans TAudiance qiui fut fuivie de l'Ar-
tca.
Ce fécond plaidoyer devint un jufte vo-
Kime par fa grofleur dans l'impreffion qu'ils
en firent faire. Mais ils n'ont pas fouffert
long-temps que le Public attribuât cet Ou-
vrage à Montholon , dont ils lui avoicnt
fait porter le nom ; & les Bibliothécaires
ée leurs Ecrivains , en nous avertilfant que
c'étoit une ample Apologie pour leur So-
ciété plutôt qu'un plaidoyer d'Avocat, Pont
fait adjuger au P. Coton, malgré Pinquie-
^ tÀide des defcendans de Montholon , qui
•fâchent encore aujourd'hui de le revindi-
q'ùer , & qui en gardent la copie de là main,
qu'ils prétendent originale, pour leur fer-
vir de titre.
Les Pré- Le Nonce voyant qu'il n'avoit pu réuf"
lats folJi- iir à faire cenfurer le Livre de Richer en
citent, Sorbonne,ni à le priver du Syndicat , laif-
condiiits f^ jgg Dodeurs pour un temps, & tourna
^^\,^ , fa brigue vers les Evéques. Il alla voir le
arci. u Caj.(jjfjal du Perron àBagnolet,ou unein-
I.i^con-' dj^potition l'avoit fait retirer, & lui donna
cianina- ^^^ lettres de Rome pour Pexciter encore
tioii de davantage. Le Cardinal retourna inconti-
Richer lient à la Cour accompagné des Evéques
niiprèsde d'Angers, de Paris, & de quelques, autres
d^Edmond* Richer. Ilf
prélats, renouvella devant la Reine & les '^ """^
Minières le refrein de la chanfon ordinai- 1612.
re , qiûil étojt autant permis de révoquer \^ Reine
en doute Vétat du mariage de la Reine ^ &cie£Mi-«
de fes enfam , que i'^ autorité' du Pape. Pour niftres,
les irriter contre l'auteur du Livre de la
PuiJ/ance ecclejiafiique ^ politique , qu'il
ne iiommoit point , il leur fit entendre que
cet Auteur avoit été porté par un grand
Prince ( c'ctoit Henri de Bourbon , Prin- ^ .
ce de Condé, ) à mettre fon Ouvrage en
lumière pour troubler TpAat ; que par fa
doétrine il armoit les Hérétiques pour at-
; taquer la mifîion légitime des Palteurs.
1 II ajouta que la Sorbonne , qui s'étoit
oppofce à nos Rois , en fe déclarant con-
tre le Concordat pour les Eleélions fui-
vaut la Pragmatique , avoit coutume de
fc mêler parmi les troubles & les fédi-
tions publiques , & de fuivre toujours le
pire parti ; que dans le temps de la Ligue,
lorfque les Prélats demcuroicnt attacher
înviolablement au fervice du Roi, la Sor-
bonne s'étoit débandée contre Sa Majef-
té , avoit décrété contre Henri III. &
qu'en particulier Richer avoit alors foû-
' tenu des Thefes , où Jacques Clément ,
I parricide de ce Prince , étoit loué comme
vengeur & protefteur de la liberté des
François ; que la cenfure de Sorbonne
contre Sarralin , que Richer avoit fait im-
primer avec fon Livre, étoit de nulle con-
lideration , parce que la Sorbonne étoit
alors le parti des Anglois, ennemis & maî-
tres de l'Etat , & qu'elle avoit condamné
lî^Pucelle d'Odeans corne forciere ; qu'en
Hij
ii6 L A *Vi E
- un mot Richer , dont les Prélats du Royàu-»
ïôiz. nie demandoient la condamnation par fa
bouche , étoit Tennemi déclaré des Rois &
des Etats Monarchiques ;& que les maxi-
mes qu'il employoit pour attaquer la Mo-
narchie des Papes, rninoient celle des Rois
& des autres Souverains.
11 parla avec tant de chaleur & d'em-
portement , qu'il perdit la fuite de fon
dilcours, & fe trouva hors de lui-même.
La Reine & tout le Confeil en parurent
fatiguez , & un Confeiller d'Etat ne put
s'empêcher de dire allez haut : ah le long
ferrnon ! ciu'il ejl ennuyeux ^ dégoûtant
pour les jours gras !
La Reine n'y voulut pas répondre pour
lors : mais elle tit furfeoir l'atîaire jufqu'à
ce qu'on eût mûrement délibéré avec fon
Confeil. Cependant le Chancelier & Vil-
leroy, qui étoient déjà gagnez, pour ne
pas fe charger delà haine &de l'envie que
la condamnation de Richer pouroit atti-
rer fur fes auteurs , donnèrent avis au
Nonce de faire écrire le Pape à la Reine^
pour demander immédiatement par lui-
inéme la ccnfure du Livre & l'abdication
du Syndic.
Le Cardinal de retour à fon hôtel , ne
put s'empêcher de témoigner à fes gens &
à ceux qui le venoient viliter, le regret &
le chagrin de fe voir embarqué li mal à
propos , ajoutant qu'il n'avoit jamais eu
d'attaire iî malhcureufe que celle-là , &
dont il craignoitplus riflué. Certainement
il étoit un peu étrange que d-ans le temps
même que le Cardinal & les Prélats acca-
d'Edmond Ri cher. 117
foient Richcr au Confcil d'Etat d'être en ■■ j;
nemi des Rois, d'autres Prélats de la mé- i6iZ»
ïTie cabale, &c liez avec le Nonce, lui re- ,
prochafîent comme un choie honteufe &
indigne d'un Prêtre & d'un Théologien , r.
d'avoir défendu plutôt l'autorité du Roi
que celle du Pape; èc que ce qu'il avoir
écrit , çtoit plus féant à un homme du
palais , Qu à un Parlemantaire qu'à un
Ecclefiaftique. ,
D'autres parmi le Clergé convenoient
de la vérité de ce qu'il avoit écrit touchant
les droits du Roi, & la fuperiûritédu Con-
cile fur le Pape ; mais ils difoient qu'il é-
toit beaucoup plus à propos que le Cler-
gé ne dépendît que du Pape feul , que
d'avoir tous les jours le Parlement & les
Cens du Roi fur les bras.
Le Cardinal du Perron ayant appaifé Aflem-
peu à peu les remords de fa çonfcienne, blce des
& rallumant fon premier feu, fit afTem- Prélats ,
bler à fon hôtel tous les Prélats qui fe chez le
trouvoient à Paris , pour les difpofer à fai- C.ird. du
re la cenfure du Livre qu'on n'avoit pu fai- Perron
re en Sorbonne. Les Archevêques d'Aix poui'cen-
& de Tours s'y rendirent, avec les Eve- %^^' ^^
ques d'Angers , de Beauvais , de Paris , ^'.^'j'^ ^®
d'Orléans , de Luçon , de Boulogne , de f '^''^':
Bazas, de Rieux, de Grenoble, de Graf- j;,^m
fe, de Digne, &c. Le fujet de l'Affem- s'oppofe
blée tut l'examen du Livre de Richer. en vain a
L'Archevêque de Tours, qui étoitjeande leur pra-
laGuefle, frère du feu Procureur General, tique Jes
fut comme le Rapporteur de cette atîaire. Prélats
Il en fit la kvfture en préfence des autres ; corrom-
& le Cardinal du Perron l'interrompant p^n.t le
H iij '
ïi8 La Vie
\ . I lÉ ■ ' ■ .■' par intervales difcouroît fur chaque perîo-
' 1612. de, & exageroit tout ce qu'il voulôit fai-
Chance- re trouver mauvais, pour rendre Richer
lier par plus criminel.
^gent. L'Archevêque de Toufs & TEvcque de
Beauvais , René Potier , que le Cardinal du
Perron faifoit palFer pour le plus fçavant
des Prélats du Royaume, foûtenoîent que
Richer devoit être oiii dans fes défenfesi,
puifqu'il s'étoit déciaré publiquement au-
teur du Livre, & qu'il pouroit donner un
bon fens aux propofitions que l'on regar-
doit à fon abfence comme abfurdes 6c er-
ronées. Le Cardinal repartit que le Livre
avoît été mis au jour fans nom d'Auteur
ni d'Imprimeur , qu'ainli il valoit mieux le
condamner fans y appeller Richer ; puif-
qu'on pouvoit raifonablement douter qu'il
en fût l'Auteur , ajoutant que s'il étoit
oiii, il faudroit necelfairement inférer fon
nom dans la cenfure , & qu'il en feroit plus'
noté que fi on ne faifoit aucune mention
de lui.
L'Evêque d'Angers (Charles Miron)
voulut appuyer ce que difoit le Cardinal,
& il remontra que li on appelloit Richer,
il empêcheroit TefFet pour lequel ils étoient
affemblez , par fcs di(lin6lions & fes fubti-
litex fcholalHques. L'Evêque de Beauvais
prit la parole , & dit qu'eftedivcment il
étoit dangereux d'appeller l'Auteur de ce
Livre , qui étoit Dodeur en Théologie ,
que les Prélats feroient obligez de fe tai-
re devant lui , ou de parler Latin comme
on avoit accoutumé de faire dans les Sy-
podes , àç que ce feroit une chofe bien ft-
d'Edmond Ri CHER, a^
cheufe pour les Prélats qui iftoient aflem • -— — ^
blez,&dont la plûpart.avoient oublié leurr i4j^.
Latin. Raillerie qui déplut un peu au Car-
dinal fon ami , mais encore plus aux ^vé-
ques , qui trouvèrent leur ignorance taxée
par un Confrère , que fa grande érudition
mettoit à couvert de toute repartie.
Il étoit aifé à juger que tout ce que le
Cardinal trouvoit à redire dans ce Livre,
étoit altéré dans fa bouche , ou détouraé
par de mauvais tours dans le fens qu'qa
y vouloir trouve!: malgré l'Auteur. Mais
étant abfolument déterminé à facriticr le
Livre au Nonce & au Pape , il dit , pour
achever de gagner TAffemblée, que fi les
éledions étoient de droit divin , comme
Richer le prétendoit,il n'y avoit pour lors
aucun Evcque en France; que Richer éga-
loit en tout les Prctres aux Evéques , en
quoi confiftoit l'herefie des Ariens. Ce fut
là le point le plus fcnfible aux PréLits : &
le Cardinal le fit valoir avec tant d'adrcf-
fe, que pour refultat des Conférences , on
conclut que le Livre de la P.mjfiwce eccle-
fiaftique ^. politique ci^oiù digne de censure.
Ce font les termes dans lefqucls ils don-
nèrent leurs avis , attendans les nouvelles
de Rome , & la permilfion de la Reine
.pour porter cette cenfure.
Mais l'Archevêque de Tours & l'Evé-
que de Beauvais ne voulurent jamais con-
sentir à cette refolution de leurs Confrères.
-Celui-ci comme confervateur apoltolique
-des privilèges de l'Univerfité de Paris,
prétendoit qu'il n'appartenoit qu'à lui feul
de cenfurer.ceLivre. Le Cardinal duPer«^
H iiij
îlb L A V I E
■- ' ■ ron , nonobftûnt cette efpece d*oppofitîoiT,
r6ii. ne laiflTa pas de donner cette forme dé
cenfure au Nonce du Pape le 1 6. de Fé-
vrier , & le Nonce l'envoya fur le champ
au Pape par un Courier extraordinaire.
La Cour de Parlement avertie de tou-
tes ces pratiques , chargea dès le lende-
main le premier Préfident de Verdun , les
Confeillers Bouyn , Scarron , Sanguin Pré-
vôt des Marchands , & les Gens' du Roi
d'avertir la Reine & le Chancelier de ce
que les Prélats avoient fait au préjudice
de l'autorité du Roi , & de protcfter
au Chancelier que la Cour Te déchargcoit
fur lui de tout l'événement de cette affai-
re ; qu'il ne tenoit point au Parlement que
les droits du Roi ne fuffent maintenus ;
que malgré l'Arrêt du premier Février,
les Prélats ofoient cenfurer le Livre de
la Puijfa»ce ecclcfiajiique ^ politique ; que
les regiftres de la Cour feroient chargez
de ce qui fe paiferoit dans cette affaire.
Le Chancelier félon fa coutume ne leur
donna que du galimatias , & de belles
paroles ; il leur dit qu'il n'étoit pas vrai
que le Nonce eût envoyé un Courier à
Rome , ni que les Prélats enflent cenfu-
re le Livre de Richer; mais- qu'il tien-
droit la main à la défenfe des droits du
Roi, & de l'autorité du Parlement.
Au retour des Députez de la Cour,Ri^
cher alla voir les Prélidens de Verdun &
de Thou , & les pria de lui ménager une
audiance auprcs du Chancelier & de Mon-
sieur de Vi44eroy ^ en prefence du Cardi-
nal du ferron, & des autres Prélats qui
d'E d m o n d R I c h e r. ï 11
témoignoient tant de pafîion pour cen y-r
furer ion Livre , afin de répondre à ce i6i^,
qu'ils trouvoient à redire. Le Chancelier n'y
voulut jamais confentir, quoique la re-
quête fût tres-juftc; & dans leConfeil da
Roi pas un n'oloit parler ouvertemeni:
pour Richcr , excepté le Prince de Condé,
Ce qui fut caufeque Je Chancelier, fuivant
les faulfes interprétations que le Cardinal
du Perron lui avoit données au Confeil
du Roi & dans les entretiens particuliers,
acculbit tacitement le Prince de Condé
d'avoir confeillé à Richer de mettre fou
Livre en lumière.
Ce faux bruit vint jufqu'aux oreilles du
premier Prélident du Parlement , qui fe
crut obligé d'aller détromper le Chance-
lier, à qui il alfura quec'étoit lui feulqui
avoit porté Richer à écrire le Livre de U
Piiîjfance ecclefiaftique ^ politique. Ce
Magiftrat dit enfuite à Richer qu'il avoit
enfin découvert le rnyllere de toutes les
intrigues que fes ennemis avoient auprès des
Miniftres ; que le Nonce & le Cardinal
du Perron étoient venus à bout de faire
d'une difpute purement theologique une af-
faire criminelle d'Etat : mais ce qu'il y
avoit de plus honteux pour notre fiecle,&
du plus incroyable pour la pofterité, c'ell
que les Prélats avoient corrompu l'iiitç-
grité du Chancelier , appréhendans de ne
-pouvoir fe le rendre favorable autrement ,
& lui avoient fait préfent>er une bourfe.de
deux mille écus d'or par l'Evéque de Pa-
ris, afin de faciliter la dépolition du Syn-
dic de Sorb.o;ine.
HZ La Vie
f— ' ' ' ■ Cette libéralité du Clergé eut tant d'ef-
1612. fet flir le cœur du Chancelier, qu'il pror
mît en la recevant de faire conduire Ri-
cher à la Baftilc , comme ennemi de l'Etat
& du Roi , & de le faire condamner com-
me criminel de leze-Majellé , pour avoir
écrit un Livre féditieux , troublant l'état
du mariage de la Reine & celui de fes
enfans. Calomnie qui n'écoit fondée que
fur ce que Richer enfeignoit que ie Con-
cile General , reprefentant ^Eglife -univer»»
felle , ëtoit au-deffus du Pape , & qui n'a-
^oit pu être colorée que par un tour delà
chicannerie, & de la malignité du Cardi-
nal du Perron , prétendant que la doftri-
ne de Richer donnoit atteinte à l'état lé-
gitime de Loiiis XIII. : à caufe que la
Validité du mariage de Marie de Medicis
avec Henri IV , qui avoir répudié Mar-
guerite, dépendoit de la force de la dif-
penfe que le Pape avoit donnée.; & qu'il
falloit félon lui que la puiffance de celui
qui donnoit , fût abfoluë.
C'eft auffi ce qui avoit rendu plaufibles
les foupçons que le Cardinal & le Chan-
celier firent tomber fur le Prince deCon-
dé , comme s'il n'eût favorifé Richer que
dans l'efperance de fe voir élevé fur le
thrône, par le droit héréditaire qu'il avoit
de fucceder à la Couronne , ii un Puiifan-
ce fuperieure à celle du Pape venoit à dé-
clarer nul le Mariage de Marie de Me-
XI. dicis.
Xe Pape Les nouvelles qu'on attendoit de Rome
demande arrivèrent à Paris des le cômencement de la
înfliceàla féconde femaine de Mars avec des lettres
d'Edmond Ri cher, iij
du Pape pour la Reine & pour les Prélats, ■ ■. ^
■qui ctoient datées du fécond jour du mois, i6î2.
& qui firent connoître que le Chancelier Reine, ôc
avoit voulu tromper les Députez du Par- ordonne
lement , lorfqu'il leur avoit protefté que ^^^ P^'^-
le Nonce n'avoit pas envoyé de Courier ^^^^ ^^
à Rome. Le Sieur de Brèves , Ambafla- F-'ïncede
deur du Roi près de Sa Sainteté , manda ^^ 7^^"
en même temps que le Pape lui avoit re- ^^^'
fufé audiance , jufqu'à ce qu'on lui eût
fait raifon du Syndic & de fon Livre. On
fçut aulîi par d'autres lettres écrites de
Rome par des Secrétaires ou domelliques
de quelques Cardinaux , qu'après que le
Cardinal Bellarmin eut fait au Pape le re-
port de ce que contenoit le Livre de Ri-
cher, le faint Pcre avoit été quinze jours
dans un chagrin extraordinaire, fans don-
ner audiance à pcrfonne, & fans fe lailîèr
voir en public.
Le bruit s'étoit répandu d'abord que
cet écrit renverfoit tout l'état de ia Cour
de Rome; & l'on commeîiçoit à craindre
les fuites fâcheufes que fa leéture devoit
produire : mais on fe rafîura un peu fur
les nouvelles qu'on eut à Rome, que la
Sorbonne étoit divifée fur ce fjjet. Car
auparavant on croyuit que tous les Doc-
teurs de la Faculté de Paris, ou du moins
la plus grande partie, ctoient d'accord avec
Richer : ce qui étoit vrai fans doute avant
que les intrigues de Filefac enflent tout
gâté.
Les Prélats ayant reçu la lettre du Pa-
pe qui leur étoit adrclTée, fe joignirent au
IsFonce & au Cardinal du Pc-rron pour ai-
Ï14 La Vie
>*-' 1er en Cour prefenter à la Reine celle quç
l6i2. le faint Père lui écrivoit pour lui deman-
der juftice de Richer. La Reine, dcja dif-
pofée par le Chancelier , & comblée des
termes obligeans & dateurs de Sa Sainte-
té , accorda enfin aux Prélats la permif-
iion de ccniurer le Livre de Richer cop-
ine ils le jugeroient à propos.
Villeroy , qui étoit Tautre Miniftre
d'Etat , & qui fe trouvoit pour lors au
Confeii , ayant été ex^adement informé de
tout ce que contenoit le Livre de Richer
par Nicolas Lefévre, Précepteur du Roi,
Tun des plus fçavans & des plus hommes
de bien de ce temps-là , dit au Cardinal
du Perron & aux autres Prélats, qu'il s'é-
tonnoit de ce qu'ils pourfuivoient fi ar-
demment la cenfure de ce Livre, vu qu'on
ne permettrpit jamais qu'ils touchafTent aux
droits du Roi , & aux libertés de l'Eglife
Gallicane. Il ajouta q\ie fi cette exception
etoit inférée dans leur cenfure , comme il
çtoit neceffaire qu'elle y tût , il ne voyoit
pas qu'elle pût être agréable à R,ome ; que
pour cette raifon il vaudroit mieux ne
point faire cette cenfure en France , &
laifler aux Romains & aux autres peuples
de delà les monts la liberté d'en ufer com-
me ils jugeroient à propos.
Ce difcours de Villeroy fut caufe que
le Chancelier, après y avoir fait reflexion,
donna aux Prélats une claufe pour être
inférée dans leur cenfure en ces termes ,
faf2s toucher néanmoins aux droits du Roi
^ de la Couronne dç France , aux. droits^
immunttez ^ liberté:^;, de VEgUfe Galliça-
d'Edmond Richer. iif
•iî'è. Mais cette rellriftion ne mit pas le wf
Chancelier à couvert du blâme qu'elle lui 1612.
attira de la part de beaucoup de perfon-
nes éclairées. On ne pouvoit comprendre
comment celui qui eft le gardien des loix^
& le premier Officier deJuQice du Royau-
me avoir eu la foibleflè de permettre con-
tre toutes fortes de Loix , & fur-tout con-
tre les Ordonnances des Rois de France,
dont un Chancelier eft garant , que les
Prélats fulTcnt les Juges d\in homme dont
ils s'éioient publiquement déclarez les en-
nemis.
I^e Cardinal du Perron s'étant fouvenu Cenfurc
des raifons que l'Evéque de Beauvais lui ^ Livra
avoir alléguées pour lui faire appercevoir ^^^J^^hen
la nullité de la ccnfure qui avoir été pro- P^^'a
jettée dans l'AlTcmblée des Prélats tenue jjj'^'^^f^^
chez lui le 16. du mois de Février, & dont yLce^dô
il avoit donné un modèle au Nonce pour 5^^^
être envoyé à Rome , s-'avifa d'un autre ^
moyen pour î:endre la procédure canoni-
que.
Les Evéques de la province de Sens ,
dont il étoit le Métropolitain , s'étoient
rendus tous à Paris, pour y élire un Agent
du Clergé de la même province , & des
gens pour oiiir & recevoir les comptes du
lieur de Callille. Le Cardinal trouva cet-
te occation favorable à fon delfein , parce
qu'elle le difpenfoit de toutes les peines
éc des difficultez qu'il y auroit à les fai-
re venir exprès de leurs Eglifes.
Il les alfembla tous fept le 13. de Mars
dans l'Hôtel Àrchiépifcopal de Sens qu'il
avoit à Paris , & il leur propofa comme
Ità L A V I E
r ' M. un Metropolitfiin à fes SufFragans*lé.fQr4
1612. mulaîre d'une cenfurc qu'il avoit drefféo
auparavant.
On fe contenta de lire cet a<Sle , fans par-
ler d'examiner , ni même jetter les yeux
fur l'ouvrage qu'il étoit queftion de con-
damner. L'a6te portoit néanmoins : /Iprès
avoir U tsf examiné diligemment un Livre
fans norti d'' Auteur ni d"* Imprimeur , intitulé
DE ECCLESIASTICA ET PoLlTICA PoTES-
TATE ; ils l"* avaient jugé ^ déclaré digne de
cenjure ^ de condamnation : qu'aujji ils le
cenfuroient ^ condamnaient pour pltifieurs
fropojnions s expojitions ^ allégations fauf-
jes ^ erronées , fcandaleufes ^ jchifmatiques ^
hérétiques comme elles fonnoient^ qui y étaient
contenues ^Jans toucher aux droits du Roi y
ni aux immunitez ^ aux libertez de l'E-
gltfe Gallicane ; non pas que ces propofî-
lions loient hérétiques en elles-mêmes ,
mais parce qu'elles frappoient les oreilles
d'une manière qui reveilloit l'idée que ces
cenfures avoient de l'herelie.
Tous les Piélats lignèrent cette Cen-
fare fans fcrupule, lî l'on excepte l'Evê-
que d'Orléans, Gabriel de l'Aubefpine, qui
étoit le fcul de toute l'AlTemblce avec le
Cardinal du Perron, qui fût capable de ju-
ger de la dodrine contenue dans le Livre
de Richer , & qui fe fût donné la peine de
le lire. Ce Prélat, quoi qu'encore jeune ^
€toit l'un des plus doâes Evêques du Roiau-i
me , ayant pris pour guide dans l'étude des
* Paris , Auxerre ^ Meaux , Orléans , Troyc^i»
Nevers ô^ Chartres.
d'Edmond Richer. 127
i Pères, des Conciles & de rHiïloire Eccie- — — <
ik(lique,rEvéque de Beauvais , qui avoit i6i2t.
le bruit de paflcr du Perron en fcience.
JL'Evéque d'Orléans, non plus que celui
de Beauvais, ne trouvoit rien dans le livre
de Richer qui ne fût conforme à I4 doc-
trine de TEglife , hors Tendroit où il fcm-
bloit donner lieu de croire , qu'on peut c-
galer les Preftrcs auxEvéques, parce qu'il
déclaroit la miiïîon de lxxii. Difcipks
venue auffi immédiatement de Jcfus-Ghrift
que celle des Apôtres , & par confequent
d'inftitution également divine. Mais il fut
fort fatisfait de l'éclaircilîement que Ri-
cher donna depuis à cet endroit de fon Li-
vre, & il montra que les procédures dont
on ufa contre ce Doâeur^ne lui étoient
guéres agréables.
Lorfqu,'il fallut appofcr le fceau des huit
Prélats de l'AfTemblée Provinciale à l'ade
de la cenfure, l'Evefque d'Orléans s'ex-
cufa fur ce qu'il n'avoit pas de fceau i
Paris. Cela fit naître une petite contefta-
i tion qui penfa déconcerter le Cardinal du
: Perron, dans l'impatience où il étoit de
; conclure l'atfaire. L'Evefque de Paris, qui
trouvoit des expediens à tout, envoya fur
le champ lui faire graver un cachet d'ar-
gent à fes armes , & fit li bien qu'on le lui
préfenta avant la feparation de l'AfTem-
blée^ : après quoi le Cardinal fit dire en
préfence des Prélats une MefTe du Saint-
Efprit dans fa Chapelle par fon Aumô-
nier, c'clt-à-dire, qu'il finit toute l'adion
par où il devoit la commencer. ^i-^^
Quoi qu'il parût affez par les ternjçs Défauts
ïiS L Â V I Ê
mêmes de la cenfure , qu'elle n'aivoît paï
été faite dans un Synode , mais dans une
fimple AfTcmblée d'Evêques Comproviti'
. ciauîc, venus à Paris pour toute autre cho-
ie ; les ennemis de Richer , pour lui don-*
her plus de poids , ne lailïërent pas de pu-
blier que c'étoit le Décret d'un Concile Pro-
vincial , & que fon Livre avoit été condam-
né dans un Synode : erreur qui paffa bien-
tôt dans les Chronologies , & les Anna-
les du temps , & que les Jefuites fur tous
les autres prirent plaifir à divulguer de
vive voix , & dans leurs Livres , pour fè
venger d'un homme qu'ils regardorent com-
bine le plus dangereux de leurs adverfaires.
Les autres confidererent cette cenfure
comme un limplejugementdoâ:rinai, por-
té par des gens qui s'étoient aflemblez pour
leurs propres affaires , & qui n'avoient pas
dejurildidion pour ordonner quelque cho-
fe juridiquement. C'eft pour cette raifon
qu'on croyoit les Cenfeurs obligez à cot-
ter au moins les propoiitions auxquelles
ils trouvoient à redire , au lieu de le» con-
damner fans y rien fpecifier. Mais riea
ne marquoit mieux la nullité de leur cen-
fure , four ne pas toucher aux droits âtt
Roi , »/' aux immunitez ^ aux libériez de
PEgliJe Gallicane. Cette claufe renverfoit
tous leurs projets :car comme il n'y avoit
pas un feul mot dans tout le livre de Ri-
cher qui ne fût employé à expliquer les
libertés de l'Eglife Gallicane , ou les droits
du Roi ; les Cenfeurs exceptoient précifé-
mcnt ce qu'ils condamnoicnt, ou ils con-
damnoient neceûairement ce qu'ils excep-
toient. La
d'E dmond Richer. lip
La contradiétion étoit fîgroffiere qu'el- ■^■"~-^,
le fauta aux yeux mcmes de ceux que la i^li»
palTion aveugloit le plus contre Richer;
de forte qu'ils ne crurent pouvoir s'en dé«
barrafTer , ni fauvcr l'honneur des Prélats ,
qu^en agilîant comme fi la cenfure étoit
fans exception. Ce que Villeroy avoit pré-
dit au Cardinal du Perron ne manqua pas
d'arriver. L'exception déplut à la Cour de
Rome, & à tous fes partifans, parce qu'on
étoit efFcdivement perfuadé qu'elle avoit
une étendue égale à la cenfure, & qu'elle
la détruifoit entièrement. C'eft pourquoi
le Nonce, fort chagrin de voir ainli fru-
ftrcr fes efperances , pcrfuada à l'Archevê-
que d'Aix en Provence, Paul Huraut de
l'Hôpital , de fe tranfporter le plus dili-
gemment qu'il lui fcroit polTible en fon
Archevêché, pour reparer cette faute avec
fes Suffragans, & cenfurer le Livre fans
exception.
Les Evêqucs de la Province de Sens s^ publw
avoient beaucoup meilleure opinion que les cation
autres de ce qu'ils avoient fait. Ils étoient malgré lô
convenus de tenir leur cenfure fort fecrete Parle-
durant les premiers jours , parce que l'E- meiit.
véque de Paris avoit delfeinde la faire pu-
blier avec éclat dans toutes les Paroiffes de
la Ville & du Diocefe , avant que l'on pût
fçavoir fi elle étoit faite. Mais ils ne pu-
rent tenir lachofe tellementfecrete,quele
Parlement n'en fût averti d'allez bonne
heure. Il chargea aulTi-tôt les Gens du Roi,
Servin & Bellievre , d'en aller porter les
plaintes au Chancelier au nom de la Cour,
Ce Miniftre répondit qu'on ne devoit nul-
I
ÎJO L A V I È
——«^ îement fe mettre en peine de cette cehfù^'
1612. re; qu'elle ne feroit publiée dans Paris ni
dans aucun autre endroit du Royaume;
qu'il avoit fallu donner quelque forte de
contentement au Nonce de Sa Sainteté :
& il donna commifîion en même temps à
de I3el lièvre fon gendre de voir l'Evêquô
de Paris fur ce fujer.
Avec tant de belles paroles la cenfurel
ne laiffa pas d'être publiée aux Prônes du
Dimanche fuivant,qui étoit le 18. jour de
Mars , dans toutes les ParoifTes de Paris.
L'on fut d'autant plus furpris d'une telle
diligence, que l'an 1610. après la mortfu-
nefte du Roi Henri le Grand , ni l'Eve-
que de Paris , ni aucun autre Prélat du
Royaume, n'avoit jamais voulu que l'on
publiât aux Prônes des ParoifTes la cenfure
de Sorbonne contre les parricides du Roi\
L'Evcque de Paris , & fon grand Vicaire
Pierrevive , ne bornèrent pas leur zèle à
cette publication, ils recommandèrent en-
core la chofe à tous les Prédicateurs du
Carême : de forte que toutes les Chaires
retentirent du Livre de Richer jufqu'à Pâ-
ques. La plupart des Evêques des Pro-
vinces en uferent de même dans leurs Egli*
fe$ ; de forte qu'on ne fe fouvenoit point
d'avoir jamais vu le Pape fervi en France
avec tant de zèle & d'émulation : ce qui
fit juger que le Clergé de France étoit de
concert avec la Cour de Rome , pour pro-
fiter de la minorité du Roi , & de la foi-
blelfe du Gouvernement.
Tant de fcrieux empreffemens n'empê-^
cherent pas qu'on ne donnât dans le mon-.
b'EDMÔND RiCtiER. 131
âe un tour ridicule à la cenfure. Ce fut — — ■
principalement à l'occafioft d'une traduc- 1612^
tion Françoife que l'on fit paroître du Li-
vre de Richer dans le temps que Ton com-
I inençoit à parler de l'entreprife des huit
Prélats de la Province de Sens, La tradu-
ôi'ion , dont perfonne ne connoifToit l'Au-
teur, n'étoit pas excellente, ni pour la fi-
délité , ni pour l'exprelfion ; mais les Rieurs
ne laifTerent pas de publier qu'elle avoit
été faite en faveur des Cenfeurs , qui n'a-
voient étudié ni en Grammaire , ni en
Théologie. Quand la tradu61ion auroit été
plus exafte, elle auroit été aflez inutile
aux Cenfeurs, qui félon le bruit commun,
n'étoient ni Théologiens, ni gens de Let-
tres , ni par confequcnt capables de juger
de la dodrine du Livre cenfuré , fi l'on en
excepte du Perron & de l'Aubefpine. Auf-
ù ces deux fçavans hommes, qui n'agirent '.
contre leurs propres lumières , l'un que
par paflion , l'autre que par répugnance,
tcnioignerent-ils fouvent depuis, que pour
entendre l'Ecrit de Richer , il étoit abfo-
lument necellaire d'eftre verfé dans la
Théologie Scholaftique, & dans la con-
noifl;ànce parfaite des Conciles & de toute
l'Hifioire Ecclefiaftique.
". Cette verfion Françoife , à laquelle ni Ri*
cher ni fes amis n'avoient eu part , four-
nit au Nonce du Pape , au Cardinal du Per-
ron , & à l'Evéque de Paris un nouveau
fujet d'exciter encore de nouvelles tem-
pêtes contre ce Dodeur. Ils firent répan-
dre le bruit que c'étoient les huguenots
qui avoient traduit fon Livre en François^
ï^z La Vie I
. , -^ & qu'au grand mépris du Pape & des PiéM
\6i2, lats, on le vendoit tout publiquement a
Charenton.
tes Je- Après la publication de la cenfure oni
fLiitcs a- vit les Religieux , & fur - tout les Men-.
giflent dians , à Tcnvi des Eccleliaftiques fecu*
pour la liers fe déchaîner contre le Livre de Ri*
cenfure cher , la plupart fans fçavoir de quoi il
contreRi- étoit queifion , & dans la penfée de dé-
dier, fendre les intérêts du Pape , qu'ils croyoierit
ruinez & conteftez par ce Do6teur. Les
Jcfuites ne s'oublièrent pas dans une oc-
caiion qui leur paroilToit fi favorable pour
venger leur Compagnie de tous les mau-
vais offices qu'ils croyoient avoir reçus
deRicher. Ils répandirent avec grand foia
la cenfure de fon Livre par toute la Fran-
ce. Les Pères Coton , Gonteri , Segueran,.
Richeome , GrafTe , &c. lignalerent leur
Rhétorique au-defiùs des autres pour le
rendre odieux , le faire déclarer ennemi
du fûint Siège , & difpofer la Cour à fa
profcription. Les lettres d'avis que les Pè-
res Jacquinot & Suffrien en écrivirent pour
faire obferver la vengeance divine , mar-
quoient que Richer , après l'x^bbé Dubois,-
(arrêté l'année précédente dans les prifons
de rinquilition à Rome, ) étoit le premier
qui les avoit perfecutez ; qu'il avoit cen-
fure les trois excellentes Prédications* fai-
tes en l'honneur de S. Ignace ; mais que
par un julle jugement de Dieu il étoit
tombé dans la folie où il avoit voulu jet-
* Cela eft faux de Richer, ôc vrai de Fileiac,
Voyez ci-deifus.
d'Edmond Riche r. 135
1er les Jcfuitcs. Les Chroniques & lesHi- — — .»
floires écrites par ces Pères rcprefeiitant i6iJ^
la cenfure da Livre parmi les Conciles ,
ne pouvoient manquer de mettre Richer
dans la colomnc des hérétiques. C'e{i ce
qui fe voit dans celle de Gautier , mais
non pas dans celle de Gourdon , qui a mar-
qué fa modération par fon lilence. Richer
ne devoir pas être furpris de tout ce que
les Jefuites pouvoient dire, faire ou écri-
re contre lui : il le fut néanmoins lors
qu'on lui apprit , ou du moins qu'on vou-
îut lui perfuadcr que le PereSirmond lui- Libcjle
même avoit pris la plum.c contre lui pour attribue
réfuter fon Livre. Ce Père, qui fe vantoit au P. Sir-
d'être allé à Rome bon Ligueur , & d'en monl
ctre revenu Royalille , qui connoilîbit l'An-
ciquité ecck'(iallique , & aimoit même les
libertez de l'Eglife Gallicane ; ce Père en
lin mot quipalibit pour le plus dégagé des
préjugez &.des mauvaifcs maximes de fa
Compagnie , après Fronton du Duc , ne
lailfa pas de brocher un Libelle diffama-
toire contre Richer , qu'il fe contenta de
qualifier Do6leur de trente pages, par une
inliilte mêlée de mépris pour le petit Li-
vre cic la puijjance ecclejtafttque C5 politi-
que. Sirmond s'avifa de deux expediens ,
pour rejetter la honte de fon Libe.le fur
iautrui, en cas de mauvais fuccès. llfefer-
Vit 1°. du minificre d'un Avocat de Chau-
mont en Balfigny , hantant le Palais à Pa-
ris , nommé Goutiere , tort connu parmi
les Sçavans fous le nom de Gutherius,&
pourvu même du titre de Patrice & Citoyen
Komaiii pour fon fçavoir. Goutiere lui
1 iij
1J4 L A V I E
— — — - fournit tant d'injures pour remplir fonLî-
l6ia. belle , qu'il mérita pour une jufte moitié
d'être affocié à la qualité d'Auteur de l'Ou-
vrage. L'autre expédient du Père Sirmond
fut de prendre un mafque qui pût couvrir
à la fois les deux Auteurs du Libelle. Il
emprunta pour cet effet le nom de Jaco^
bus Cofmus Fabricîus ", & laifTa imprimer
îe Libelle en Allemagne fous le titre riSTo-
ia Jligmatica in Magijirum tr'tginta pagi^
narum. L'artifice ne demeura pas long-
temps fans être découvert , malgré la pru-
dence des deux Auteurs, Sirmond ayant
pris depuis le parti de nier le fait , & ne
jugeant pas de plus qu'il fût honnête de
laifTer fon ami chargé du foupçon d'avoir
eu part à un Libelle lî honteux , fçut foû-
tenir que Fabricius n'étoit pas un mafque,
mais le nom d'un homme aâuellcment vi-
vant , & Auteur des Notes' itigmatiques.
Il crut avoir perfuadé le Public , julqu'à
ce que vingt ans après il s'éleva contre
lui un nouvel adverfaire , qui lui fit voir
fon défaut de fincerité , & qui lui repro-
cha l'indignité avec laquelle il avoit vou-
lu marquer & cauterifer comme un efcla-
ve un homme libre , & un défenfeur des
libertez de rEglife;&quî l'accufa d'avoir,
joint l'inhumanité audéguifement , en obli-
geant un homme vivant à lui iervir de
mafque; au lieu que les autres Jefuites ne
prenoient ordinairement pour fe cacher
que des mafques inanimè2& vuidesdecer*
velle.
Xin. ^^^ ^^ jours après la publication de la
Autres cenfure faite par les Prélats de la provin-
d'Edmond Riche r. i^f
, ^e de Sens , on vit paroître trois autres ou- ^
vrages contre le Livre de Richer. Lèpre- 1612.
inier,& le plus outrageant , fut celui que ouvracres
leDodcurDuval publia fous le titre d'jï- contre^ le
(encims ^ fans privilège. Il fefervitfort am- Livre de
plement^de l'avantage que la langue Lati- Richer,
ne donne à ceux qui veulent dire des inju- compo-
res , qu'on ne peut fouffrir en langue vul- fez. par
gaire parmi les honnêtes gens. Le refte de Duval ,
l'ouvrage conliftoit à imputer à Richer ce Durand
que celui-ci rejcttoit comme ne l'ayant ni ^ I^ellc-
pcrit ni penfé , ou à accufer d'erreur ce que "^''*
Kicher avoit donné pour orthodoxe.
Le fécond des ouvrages qu'on fit cou-
rir alors contre le Livre de h puijfafjce ec-
çlefiajîique ^ politique , avoit pour auteur
Claude Durand , Docteur de Sorbonne,
difciple de Duval , & infeparablement at-
taché à fes opinions & à fes intérêts. Du-
rand le publia en François , mais fans non)
d'Imprimeur , & fans privilège , comme
^voit fait Duval.
Le troifiéme avoit été compofé en mê-
me langue par un Laïque nommé Pierre
Pelletier , nouvellement converti du Cal-
vinifmc à l'Eglife Catholique. Ill'avoit en-
trepris , non feulement pour faire voir la
lîncerité de fa converlion , en fe jettant
avec zèle dans tous les intérêts & les pré-
tentions de la Cour de Rome, mais enco-
re pour montrer qu'il n'étoit pas indigne
de la penlion que lui taifoit le Clergé, ni '
delà table du Cardinal du Perron. Il avoit
intitulé fon Livre , La Monarchie de VE-
glife , & avoit pris pour début que Dieu,
^ui embralfe la défenfe des Jcfiutes , avait
I iiij
'1^6 L A V I E
'- ■' ' > permis qti'un de leurs plus 'violens ennem'tf
2l6l eût enfin verni fur le théâtre tout le venin
qu*il avoit dans le cœur ; que cet homme
de rien , profitant de mal en pis , s^étoit dit
ferviteur pris au Maître , s'étoit des Mem-
bres attaqué au Chef , ^ que quittant la
querelle des Jefuites , il avoit ofé choquer
le Pape.
Tous les Ecrivains fembloîcnt être con-
venus de parler de TAuteur du Livre qu'ils
refutoient , comme d'un véritable héréti-
que : & Duval , animé d'un efprit peu con-
forme à celui qui a formé le Chriftianif-
me, n'étoit pas honteux de déclarer tout
haut le defir qu'il avoit de voir Richcr
prendre parti parmi les huguenots. Sou-
hait criminel , qui rendoit Duval coupa-
. ble du fchifme dans lequel il vouloit pouf-
fer fon adverfaire , s'il eft vrai que ceux
qui demandent ou qui fouhaitent le re-
tranchement de leurs frères , ne font pas
moins fchifmatiques que ceux qui le re-
tranchent d'eux-mêmes, ou qui entrepren-
nent de retrancher les autres injuftement.
Ce fut alors que Duval inventa le nom
partial de Richcriftes , qu'il fit donner à
tous ceux qui défendoient l'ancienne doc-
trine de la Faculté de Paris touchant la
fuperiorité du Concile fur .le Pape , & l'in-
dépendance de l'autorité fouveraine du Roi.
Richer, qui fe fentoit difpofé à foufïrir
plutôt mille morts que de divifer l'unité
de rEglife,eut horreur qu'on fe fervît de
fon nom pour faire divifion , & pour ren-
dre odieux ceux a qui on le feroit por-»
ter. Il alla trouver Duval , pour lui faire
d'Edmond Riche r. 157
çonnoître combien il étoit éloigné de la ^'
ifoUe ambition de ceux qui cherchent à le 161 z.-
faire Chets de feéie ; & il lui reprefenta
que c'étoit une chofe également contraire
à la raifon & à la charité chrétienne, que
de prendre le nom d'un de fes confrères,
dans le fein de l'Eglife même , pour en
faire un terme de parti- Du val fe conten-
ta de lui répondre d'un ton fier & dédai-
gneux , que ni lui ni tous ceux qui défendent
Je Pape comme lui , n'étoient pas appel-
iez Duvaliftes. Il iaillà pourtant entrevoir
dans le rcfte de l'entretien , qu'il n'auroit
pas été tâché de donner fon nom à ceux
qui étoient oppofez à Richcr : en quoi il
auroit pu fatisfaire fon ambition, s'il avoit
vécu aifez pour voir ce qu'en ont écrit
quelques dilciplcs de Richer fur la fin du
miniltere du Cardinal de Richelieu.
Jamais Richcr n'avoit paru fi ferme, & XIV.
fi confiant que dans la conjoncture de ce Le Car-
temps, où ii fembloit que toutes les Puif- dinal de
fances de la terre avoient conjuré fa rui- Bonzi dé-
lie. Il n'y avoit que le Parlement de Pa- tourne
ris qui n'eût point abandonné fa défenfe ; ^'^'^^1'
& plufieurs Magifirats de cette Gompa- j ^PP^*^'^
gnie fouveraine voulurent lui perfuader ^^ \?"^*
d'appeller comme d'abus de la cenfuredes bu/j^èli
Evêques. Ils lui firent efperer même que cgi^f^-e/
le Procureur General de Bellievre ap-
pelleroit avec lui pour le maintien des
droits du Roi, & de l'indépendance de
fon autorité , & des libertez de l'Eglife Gal-
licane.
Richer ne put néanmoins fe refoudre à
faire ce que l'on fouhaitoit de lui , fça-
Ï38 L A V I E
!- chant que la Reine régente fe repofoît de|
lôiz» tout le Gouvernement fur deux hommesi
qui lui faifoient entendre tout ce qu'ils;
vouloient , & qui s'étudioient à abaifler au-
tant qu'ils pouvoient l'autorité du Parle-
ment, pour augmenter la leur. Il s'apper^
cevoit auffi que ces deux Miniftres com-
mençoient à tourner l'efprit du premier
Préiident de Verdun comme bon leur
fembloit. D'ailleurs il conlîderoit que 1^
Reine & toute la Cour n'çtoient occupées
que de pompes, de balets,dejeux publics,
& de magnificence du Garouzel inftitué à
la publication des mariages du Roi Loiiis
XIII. avec l'Infante d'Efpagne, & du
Prince Philippe d'Efpagne avec Madame
4e France , ioeur du Roi. Il ne crut pas
qu'il fût à propos de troubler ces réjouif-
fances publiques; & il ainia mieux remet-^
tre réyenement de fon affaire à la provi-
dence de Dieu. Il prit même la refolution
de quitter volontairement le Syndicat au
mois d'Oélobre fuivant , fi le Nonce , Fi-:
Jefac , Duval , & fes autres adverfaires
çefïoient de le perfecutcr, deitinant le refte
de fes jours à la retraite, à l'étude, & aux
autres exercices de pieté dans fon Collège.
Le Cardinal de Bonzi , Italien , premier
Aumônier de la Reine ,^ ayant fait prier
Richer fort civilement de lie^ venir trouver
le ;i3.de Mars, le combla d'abord de tant
d'honnétetez, qu'il ne fçut que penferd'un
accueil qu'il n'avoit jamais dû efperer de lui
pour plus d'une bonne raifon. L'entretien
qui fui vit ne lui permit pas de douter de fa
iinceritç. Le Cardinal lui dit dans les termes,
d'Edmond Ri cher. 139
les plus obligeans du monde que la Reine lui 1^
nvoit comandé de le prier dcfapart^qti'il ri'ap- i ôl ^.
pellât comme d^ abus de la cenfure qu'on avait
faite de [on Livre ^ ^ qu'il accordât cela à.
la tranquillité publique '^ il ajouta que pour
fon particulier tl était tres-fâché que cela.
fût arrivé '^ qu*il avait toujours ejlimé qu'on
de'voit latjfer aux François , aujfi- bien qu'aux
Italiens^ de défendre leurs maximes ; que c V-
toit pour cette raifon quil navoit pas vou-
lu fe mêler dans cette affaire avec les au-
tres Prélats ; // ajjurci qii'il pouvait défen-
dre fon Livre ^pourvu quil ne fart ît pas
des bornes d'une jujie modération ; qu''il lui
ferait permis d'expliquer ce qui paroîtroif
Oi'fcur , ^ donner des fens favorables aux
çn droit s qui avaient choqué fe s ennemis.
Richer repondit au Cardinal , qu'il tâ-
cheroit toujours de rendre chrétien le
courage avec lequel il étoit relblu de
fouffrir toutes les injures & les calomnies
de fes ennemis ; ipais qu'il étoit bien fâ-
cheux qu'on lailsât débiter impunément
dans le Royaume des dogmes & des maxi-
mes étrangères contre l'autorité des Rois,
& la fureté de leur vie, après ce qui étoit
arrivé aux deux derniers enlevez à la Fran-
ce par les conclulions criminelles de cet-
te féditieufe dodrine ; 6t qu'un François
n'osât ouvrir la bouche, ou prendre la plu-
me pour s'y oppofcr.
Si l'on avoit ces fentimens d'humanité Zèle du
à la Cour de France envers Richer , cel- Duc d'E-
le de Rome en avoit d'autres qui ne lui psrnoa
étoient guéres favorables. Il fçut alors contre
qu'on n'en vouloit pas moins a fa perfon- I^icl^^r
140 La Vie
,— ._ ne qu'à fon Livre au-delà des Monts , ^<
1612. qu'on cherchoit les moyens de l'enlever
qui court ^^ Royaume , pour le conduire dans les
rifque dePri^oiis de l'Inquifition Romaine & l'yfai-
là vie. re périr. Frapçois de Verthamont Confeillcr
de la Cour, 'qui étoit de fes amis, & qui
voyoit fouvent le Duc d'Epcrnon chez le
Préfident Seguier , voulut fçavoir de lui
s'il avoir dit ou écrit quelque chofe qui
regardât ce Seigneur. AW , répondit Ri-
cher ^je ne vois pas même uk evdroit par ok
Mr. le Duc d'Epernon pouroit fçazwir que
je fuis au monde. Il paraît , dit Vertha-
mont, ^«f ce Seigneur n'eft pasde vos amis.
Je vous confeille d'' approfondir fes deÛeins ^
CJ de Tctller Jur vous-même.
Richer,qui en quittant leConfeiller,Im
avoir déclaré qu'il n'avoit point d'autre
précaution à prendre que celle de de-
meurer tranquille, & de te repofer de fon
fort & de fa vie fur la volonté de Dieu,
ne laifla point de s'informer de ce qui en
pouroit être. Il apprit que le Duc d'Eper-
non, qui étoit un de ces 2elex Catholiques,
qui ne mettoient pas alors de différence
entre le fervice qu'on doit rendre à Dieu , &
celui qu'on pouvoir rendre à la Cour de
Rome ; voyoit fort fouvent le Nonce du
Pape, l'Evéque de Paris, & les Jefuites ,
aufquels il avoit olii parler de Richer
comme d'un hérétique des plus pernicieux.
Le danger étoit alors plus grand que ni
lui ni de Verthamont ne s'étoient imagi-
nez : les gens du Duc d'Epernon enten-
dant fouvent faire des plaintes & de$
menaces à leur Maître contre lui , cru-s
d^Edmond Ri cher. 141
>cnt qu'ils ne pouroieiit lui rendre un plus — — ^
grand fervice que de délivrer le monde de cet i6ia^ ^
obj et de fa haine , & que fécondant fa dévo-
tion , ils feroient un facrifîce bien agréable
â Dieu , en immolant cette vi6lime au Pa-
pe & aux Jefuites. Ils apofterent dans cet
efprit deux Eflafiers de la maifon pour al-
ler aflalïiner Richcr ; mais Dieu qui avoit
d'autres delfeins fur lui , fit naître des em-
barras qui interdirent l'entrée du Collège
du Cardinal - le - Moine à ces aiTaffins , &
dilfiperent toute la confpiration.
L'Evéque de Paris , Henri de Gondi , ne impa-
témoignoit pas moins d'impatience que le tience de
Duc d'Epernon pour voir la Cour de Ro- l'Evêque
me vengée de fon ennemi. Il fe plaignoit de Paris^
par-tout de la mauvaifc foi du Chancelier,
qu'il prétendoit avoir manqué de parole au
Nonce & aux Evéques. Le vieux renard^
difoit-il, nous avott promis de faire mettre
le Syndic dans la Bajltlle ^ ^ de le décla-
rer criminel de leze'MajeJie ; mais le mé"
èhant homme s'^efl mo^ué de nous. Circonllan-
ces que Richer apprit prcfquc aufli-tôt de la
bouche d'un des premiers Domeftiques de
cet Evêque, qui s'étoit fait un devoir de l'in-
former exaàement de tout ce qu'il fçauroit
qui le regarderoit. Il n'étoit pas moins fidè-
lement fcrvi auprès de fes autres ennemis ,
chez qui feformoient les refolutions qu'on
prenoit contre lui. Il ne fe difoit & ne fe
palîoit rien chez le Cardinal du Perron, chez
le Nonce, chez les Jefuites , dont il ne fût
incontinent averti par des amis cachez qu'il
avoit auprès d'eux ; mais il n'en voulut pas
iircr d'autre avantage que de drefïcr par ce
cat
I4i L A V i É
« moyen des mémoires exacts de toute foîi
1612. aftairc, & de fe fortifier de plus en plus*
dans la reiblution de n'oppofer à la mau-
vaife volonté de fes ennemis qu'une foû-
miffioh aveugle à celle de Dieu.
XV. Cependant les brigues recommencèrent
Nouvel- enSorbonne durant le mois d'Avril, pour
les bri- faire dépofer Richer du Syndicat dans l'af-
guespour f^^n^blée du premier jour de May. On at-
la dcpo- tcndoit ce jour-là , parce que les Moines
fition de jj'^t^jtiit; pas encore revenus des Stations,
i s ^^di- ^^ ^^^ avoient prêché le Carême ; & File-
r^t ^" ' ^'^^ -> r^'ii^^i 5 ^ i^s autres Chefs du parti
comptoient principalement fur ce renfort:
parce que les Religieux , & fur-tout les
Mendians Doékurs de la Faculté, étoient
tous particulièrement dëvoiiez au Pape ,-
gouveinei par le Nonce, &dépendans des
Evêqiies,qui leur diltribuoient les Chaires'
& les Stations pour la Prédication dans'
leurs Diocefes.
Malgré l'efperance que donnoient ces
grands fecours , Filefac & Duval ne lai£^
foient pas de fe méfier encore du fuccès
de l'entreprife. Ils voulurent fonder adroi-
tement Richer fur la difpolition qu'il avoît
fait paroître pour quitter le Syndicat vo-
lontairement au mois d'Odobre , & voir
Il l'on pouroit le porter à avancer fa dé-
pofition , ou fa démiflion de lui-même ,'
pour s'épargner le fracas des procédures.
Ils lui députèrent l'un de fes meilleurs amis,
le Dodeur Bertin , celui qui l'année pré-
cédente, comme Bachelier de la première
Licence , avoir difputé par fon ordre con-
tre la fameufeThefe des Jacobins. Richer,*
d'EdMond RiCttËR. Î45
éprès avoir olii la commiflion de Bertin , . .^ mtj
lui fit connoître l'attince de ceux qui l'eu i6ii.
àvoient chargé , & l'avertit de ne pas en-
trer dans les intrigues de fes ennemis. 11
lui dit que leur malignité l'obligeoit de for-
mer des delleins contraires à la première
refolution;&quepuifqu'ils ne cherchoient
qu'à opprimer la vérité , & à détruire le
gouvernement légitime de l'Eglife , il ne
Ibngeoit plus à quitter volontairement le
Syndicat.
Ces moyens lui firentjuger que la cabale Rîchcr
fe fortitioit de plus en plus, & que le premier cft rcfufc
jour de May , dont il étoit menacé , étoit appellant
véritablement à craindre pour lui. Cela le comme
détermina à appeller comme d'abus de la d'abus à
ccnfure des Evéques de la province de Sens, ^^ cenTiH
& dès le mois d'Avril il mit les Lettres ^^'.
d'Appel à la Chaiicelerie pour être fcel-
lées. Il y expofoit qu'au mépris de l'Ar-
rell du Parlement qui ordonnoit de fur-
feoir les délibérations qu'on vouloit pren-
dre fur fon petit Livre ; douze ou treize
Prélats de diverfes provinces du Royaume,
trouvez à Paris , s'étoient aflemblez plu-
fieurs fois fans permiflion du Roi , pour
procéder à la cenfure du Livre ; que ce def-
fein n'ayant pas pu réulîlr , on avoit com-
pofé en un moment une prétendue Con-
grégation des Evéques fuftragans de l'Ar-
chevêché de Sens , députez par leur Clergé
pour toute autre choie que cette cenfure;
que les huit Prélats de cette Congrégation
l'avoient condamné de leur autorité parti-
culière , fans permilfion du Roi , fans for-
me , fans convocation requife par les Or-
à
Ï44 La Vie
>- ■ ■ donnahceS , fans oiiir ni entendre mêm
Xôiz. l'Auteur du Livre , qu'ils connoifToient
prefque tous ; que cinq des Prélats qui
avoient foutcrit la cenfure, n'avoient pas
afîiiié à i'examcn de l'Ecrit ; & qu'ainfî ils
avoient rendu leur jugement fans connoif»
fance de caufe.
Mais le plus grand abus de cette pré-
tendue condamnation paroiiToit en ce que
la cenfure étoit générale, vague & incer-
taine ; qu'il en étoit de même de l'excep-
tion qui refervoit les droits du Roi & les
libertez de l'Eglife Gallicane : de forte que
par un même aéle on condamnoit & on
approuvoitun même Ecrit en termes géné-
raux & indetinis, fans exprimer ou déiî-
gner ce qui étoit condamné ni ce qui
étoit excepté. Riclierpar le même adleof-
froit de défendre Ôl de juftifier tout ce qu'il
avoit avancé dans fon Livre , & d'expli-
quer ce qui auroit befoin d'éclairciiîement-
Ce relief d'Appel fut préfenté d'abord à
Monlieur de Mefme , Seigneur de Roilfy,
Maître des Requêtes en tour de femaine
pour les Sceaux. Après Tavoir lu avec beau-
coup d'application , il dit tout haut, qu'il
étoit tres-jufte,& qu'on ne pouvoir le re-
fufer par les loix du Royaume ; mais que
le Chancelier lui avoir exprefîément dé-
fendu de le recevoir. Tous les autres Maî-
tres de Requêtes qui fuivoient félon l'or?
dre de leur femaine , & tous les Secrétai-
res du Roi en tirent autant, ajoutant qu'ils
avoient reçu ordre de M. le Chancelier de
lie rien expédier de tout ce qu'on leur pre-
fenteroit de la part de Richer pour être fcel-
lé à la Chanccletie. Ce
I
d'Edmond Ri cher, i^f
. Ce D'odeur furpris d'un refus fi gênerai, ■ ■ "
préfentW fon A6te d'appel à la Cour de 1612.
Parlement, où cet Appel devoit refTortir,
5r l 'accompagna d'une Requête, par laquelle
il 'marqua"; qu'après le refus qu'on avoit
faJt à la Chancelerie de fceller fon Relief^
il lupplioit la Cour de le recevoir Appel-
la4U comme d'abus, & de le tenîr pour bien
relevé. Il y €ut Arrelt le 13. d'Avril pour
communiquer ce Relief au Procureur Ge-
neral, <iui au lieu de fe fervir de la for-
mule ordinaire , je ne l^ empêche pas pour le
Rot , dans fes conclufions ; écrivit , je U
confens pour le Roi : parce que la matière
étoit li importante , que ce A4agiftrat ju-
gcoit qu'il s'y agillbit des fondcmens de
l'Etat ecclefiailique & politique ; ce qiit
donna lieu de croire que le Procureur Ge-
neral appelleroit avec Richcr.
M. Courtin , Doyen des Confeillers du
Parlement, ayant été nommé pour Rap-
porteur de cette affaire , fit fon rapport à
la Cour , que le Procureur General avoit
donné fon confentement en termes affir-
matifs. Le premier Préfident de Verdun
en parut tout mtcrdit , ne pouvant com-
prendre que le Procureur General, qui étoit
gendre duChancelier , &qui dépendoit to-
talement de fon beau-pere,eût voulu con-
clure pour cette Requête. Une put pas dif
fimuler plus long-temps le changement qui
s'étoit fait en lui au préjudice des intérêts
de Richer, contre toutes les magnifiques
protcltations' qu'il lui avoit faites depuis
qu'il étoit en Charge. C'efl pourquoi il dé-
clara à la Cour que la Pleine lui avok ex-
K
1^6 L A V I E , .
—- preirément commande de ne point per-
i^iz; mettre qu'il intervînt Arreft fur la Requê-
te de Richer.
Il le fit enfuite donner cette Requête
avec toutes les autres pièces par Courtinj
6c rAïuiiante ne fut pas plutôt levéeç ^
qu'il alla les porter toutes lui-même à la
Reine, qui les fit remettre aufll-tôt ent;çe
les m.ains du Nonce du Pape. Cette co^-»
duitc parut lort étrange à beaucoup de
Melfieurs du Parlement , qui ne pouvoient
Ibuftrir que le Chef de Juftice fe rendît
ainlî le Miniftre de l'in juftice , à la tête
de leur Compagnie ; & qu'il contribuât à
opprimer les Loix du Royaume , dont il
devoit être le défenfeur. Le premier Pré-
fident en ufoit ainfi, pour rendre fervice
au Chancelier , qui étant adroit & politi-
que , avoit trouvé le moyen de le faire
agir , pour détourner de la tête de cet hom-
me l'envie & le reproche que toute cette
affaire auroit attirez fur la lienne. C'eft
pour cela qu'il s'étoit bien gardé de don-
ner des Lettres du Roi contre l'iVppel de
Richer, de l'évoquer au Confeil privé, &
d'empêcher même le Procureur General
fon gendre de faire fon devoir. Comme
il y avoit plus de fimplicité que de mau-
vaife volonté dans ce qu'avoit fait le pre-
mier Prélidcnt; Richer l'alla trouver pour
lui reprcfenter les fâcheufes confequenceç
de fon aâion : mais il fentit en cette oc-
caiion plus que jamais la grandeur de 1^
perte que le Parlement & toute la P>ance
avoient faite dans la privation d'Achille de
Harl^y. De Verdun ne put lui alléguer
d'E d m o n d R I c h e r. 147
|>our excufe que la mifére du temps , les '*" ■ ^
intrigues du Nonce, & le commandement i6ii.
de la Reine Régente.
- Sur la fin du mois d'Avril le Cardinal XVI.
de Bonzi, qui avoit traite Richer cinq fe- pi'<^i"c Je
maines auparavant avec des témoignages J? Reine
d'humanité & de bienveillance tout extra- ^ ^^^^^
ordinaires , le manda une féconde fois chez ^ ^"^hei^
lui , & lui tint un langage bien oppofc à ^^^f ^j-
celui de leur premier entretien. Je croi ^ Bonzi
dit-il, que ma dignité de Cardinal vous au-- ^
ra donné la penjee que ce que je vous avais
dit dernièrement ne venait que de monprO'
pre mouvement , lorfque je 'vous avois prié
de ne point appeller comme d'abus , ^ que
vous n'étiez point perfuadé que fen eu(fe
reçu ordre de la Reine Mère du Roi ^ Re^
>gente du Royaume. C^ejî fans doute ce qui
vous a porté a n'en faire point de cas : en
quoi vous avez irrité le Roi ^ la Reine
contre vous. Sfachez donc qu'ils m"* ont char-
gé aujourd'hui , comme ont j ait auffi le Chan-
celier , ^ le Fréjident Jeannin , de vous or-
donner de demeurer en repos ; l^ de vous
' déclarer , que Ji vous faites quelque chofe y
fait pour la défenfe ou P explication de vo-
ire Livre , foit contre la cenfure des Pré"
lats ., ou même contre Duval .^^ les autres
qui ont écrit contre vous ^ votre Livre j
on procédera en votre endroit comme cri-
mi'/tel de hze - Majejlé , fans avoir aucun
■égard au caradére de votre Prctrife. Fre-
inez bien garde qu^il ne paroifje rien d'im-
primé ni en France , ni en Hollande , ni en
■Allemagne , ni à Genève , ni ailleurs , fous
r^uelque nom dAutçur que ce puifje éîrc ;
Kij
'148 - L A V I E I
p' I— -L~ pour la definfe de votre Livre ^parce qtt^oH 99^
161 2. i^ en prendra qîî'à vous , ^ que vous ferez fèttl
obligé d''en répondre. Votre Appel comrne
d\ibus a tellement aigri la Reine , les Mi'
niftres , CfT* le Confetl du Roi , que peu s^én
eji fallu qîi'on ne vous aft fait arrêter. Un.
Frctre comme vous doit prendre garde de
ne point former un fchifme dans PEglife.
""^ Il en- On ffait fort bien par qui * vous avez été
tend ici excité à faire tout ce que vous avez fait ^
le Prince ^ on n'en ignore pas les motifs. "Tout mou-
de Con- vement eJi à craindre pendant la minorité
de. du Roi. La Reine Régente veut avoir la
paix avec tout le monde. Si elle ejl Ji exac-
te à donner toute la fatisfaBion poffible à
^ne anjfi petite ^ aujjï foible Republique
qu^ejl celle de Genève .,pour la retenir dans
l^union ; combien à plus forte raifon doit-
elle s''interefjer à rendre content un aufji
grand ^ aujfi putffant Monarque qu'eji U
Pape : un Souverain , lequel outre le Royau-
me fpirituel , qui lui donne une puijj'ancff \
abfoluë fur tous les Chrétiens , a encore une
Principauté temporelle d'aune grande éten-
due , où il difpofe de plus de fotxante iiz'e-
chez , qu'il confère de plein droit.
Richer , fans s'émouvoir , repondit au
Cardinal d'un air modefte & tranquille ^
qu'il étoit parfaitement fournis à l'Eglifc
& au Pape , au Roi & à la Reine ; & que
comme il étoit tres-fidele fujet de Leurs
Majcllcz,il donneroit aufli tres-volontiers
fon fang pour la primauté du faint Siège ,
& l'autorité légitime du Pape ; qu'il étoit
abfolumcnt refolu de ne point appcller
comme d'abus de la cenfure des Prélats^
D'Edmond Ri cher. 14P
nî de rien écrire pour fa dcfenfe , fi fes en- — r—
Bemis lui euflent voulu accorder quelque 1612,
trêve: mais voyant que non contens de le
clcchirer par leurs calomnies , ils redou-
bloient leurs brigues pour le faire honteu-
fement dépofer du Syndicat , qu'il auroit
volontairement quitte au mois d'Oêlobre;
il avoit été contraint de recourir à la ju-
flice des Loix , qui ctoit la feule relfour-
ce qui reliât à fon innocence. Il ajouta,
que quand même on cmpécheroit le cours
de la juliice qui lui ctoit due , il ne feroit
pas moins intrépide contre les menaces &
les mauvaifes pratiques de fes ennemis,
tant qu'il feroit foûtenu de la grâce que
Pieu lui avoit faite jufques-là , & des té-
moignages d'une bonne confcience. Qu'il
etoit vraifemblable que fes ennemis avoient
voulu perfuadcr à la Reine, qu'il avoit été
excité par les huguenots ou par les enne-
mis de l'Etat à interjetter Appel comme
d'abus ; mais que pour confondre Ir.uite-
ment leurs calomnies, il demandoit d'être
entendu juridiquement fur cela , & fur ce
qui concernoit fon Livre de la IPuiffance
ecclefiajlique ^ politique ; que c'étoit une
choie étonnante que Ravaillac parricide
du Roi eût été oiii avec tout le foin & la
patience imaginable , & qu'on refusât une
nudiance au Syndic de Sorbcuinc qui avoit
défendu les droits du Roi contre les alTaf-
iîns & leurs Diredeurs, encore qu'il l'eût
fait demander au Chancelier par les Préli-
dens de Verdun & de Thou : du refte que
c'étoit à la follicitation feule du premier
Prçfident de Verdun qu'il avoit fait le pe*
K iij
îfo La Vie
' i'*^ tit Livre de la PuiJIance ecclefiaftique Çjf:
i6J2. politique^ pour expliquer l'ancienne & ve-.
ritable doârine de l'Eglife de France ôc
de la Sorbonne ; qu'il falloit rejetter la eau-
fe du trouble fur ceux qui l'avoient atta-
qué , & qui en avoient pris occafion pour
établir la puiffance abfoluë du Pape , mê-
me fur le temporel & la vie des Rois , à
îa faveur de la minorité de Louis XIIÏ. '
Le Cardinal s'éleva brufquement à ces
paroles , & il dit tout en colère à Richer,
qu'il avôit en effet plufieurs ennemis à la
Cour , mais qu'il y avoit auffi plulieurs
amis qui prennoient fa défenfe , & que fans
cela il auroit déjà fenti les effets delà mau-
vaife volonté des premiers. Mais cependa-aty
ajoûta-t-il, que voulez -'vous que je dife à
ia Reine ? que je fuis , dit Richer , jon tresr
humble y très - obéiJJ'ant ferviteur , le plus^
fidèle ^ te plus fournis des fujets de Sa Ma--
jefié ^^ que je 72e publierai rien pour la dé"
fenfe de mon Livre : promeffe dont il vou-
lu que fufTent témoins trois Doéleurs * &
un Bachelier , f qu'il avoit menez avec, lui
chez le Cardinal , pour avoir de quoi en-'
fuite fe juftifier devant ceux qui l'auroicnt
accufé de trahir ou d'abandonner la vcr.i-
té en demeurant dans le iilence.
Cet engagement neregardoit que le Pu-.
blic , auquel il ne fe croyoit redevable;
qu'autant qu'on lui permettoit de lui ren-*
dre fervice : mais il ne le difpenfoit pas de
rendre en tout temps ce qu'il devoit à la
* Vincent Marchand , Nicolas de Paris , Hu4
bert Franchant. f Ant. Froiflarr.
d'Edmond RiCHER. ifi
trerité& à fa confcience, comme il le fit —
voir quelques mois après dans l'occaiioii i6ia.
que lui en donna le fameux Ligueur Jean jjoucli^r
Boucher, autrefois Curé de laint Benoît à j^. jj •
taris. Ce Dodeur qui n'avoit rien oublié aneuv' é-
pendant les fureurs de la Ligue pour porter oit conv
tous les efprits à la rébellion contre leurs tre Ri-
Seigneurs légitimes , qui avoit ofé publier cher,
un Livre pour autorifer l'abdication de
Henri 111. & une Apologie pour JeanCha-
tcl , & qui s'ctoit fauve en Flandres ibus
la proteélion des Efpagnols plutôt que de
reconnoître le Roi Henri IV. avec toute
rUniverlité.
Cet homme ayant vu une copie imprî-
inée du Relief d'Appel interjettéc par Ri-
cher, l'attaqua aufli-tôt par un Ecrit qu'il
feignit d'envoyer de Gafcogne à Paris ,
quoiqu'il l'eût compofé & mis fous la pref-
fe dans une Ville de Flandres. Il le publia
fous le faux nom de Paul de Gimout ^Sei-
gneur d^Efclarolles , & fous le titre à"* Avis fur
i^ Appel ^ ^c. Richer ayant lu l'Ouvrage,
lailfa tombers volontiers les injures dont
J'Auteur l'avoit rempli : mais il répondit
cnfuite de point en point à tout ce qu'ils ré-
prennoit & dans l'Ade d'Appel & dans le
Livre même de la Puijjance ecclejiafiiqne
i^ politique. Cette Réponfe fut inférée dans
la Défenfe qu'il tit de fon Livre peu de
temps après ; mais il ne fit rien imprimer,
pour ne pas contrevenir à la parole qu'il
avoit donnée au Cardinal de Bonzi.
Cependant Filcfac voyant approcher le XV'II.
i.jour de May, qu'il attendoit avec beau- Dcpoii-
coup d'impatience, chargea deux Dodeurs, ï>oi^ c^--
K iiij
J
îft L A V I E
— — — Jean Gonant,& François deHarlay Abb
1612. de faint Vidor , du foin de requérir en Fa»
Jlicher culte la dépolîtion du Syndic ; mais ces
diffère au Doâeurs ayant confideré l'état de TAf-
mois de fembléc , & reconnu que leurs mefures
Juin, ^toient mal prifes , turent contraints de re-
mettre l'affaire au i. de Juin fuivant. Fi-
lefac en eut beaucoup de chagrin ; mais
Duval,qui faiibit Ibnner de tous cotez le
tocfin fur Richer , comme fur un enne-
mi public de la Religion & de l'Etat ,
qu'il falloit chaffer , le confola en lui fai.-
fant voir la neceffité d'attendre tous les
autres Dodeurs qu'il faifoit venir de tous
les endroits de la France aux dépens du
Clergé , pour s'allurer du fuccès de l'en*
treprifc.
îleftac- n'étoit pas feulement Duval quîfai*
cufé d'in- ^"^^^ P^lfer Richer pour ennemi de la Reli-
telhVence S^^^'^ 1 & qui l'accufoit de communiquer
avec le ^^^^ ^^s hérétiques ; l'Abbé de faint Vie-
Roi d'An- tor publioit par-tout qu'il conferoit avec
gleterre les AmbafTadeurs du Roi de la Grande Brer
hc les he- tagne, & ceux des Etats Généraux d'Hol-
retiques. lande. Pourjoindrerimpoilureà lacalom^
Sur quel nie , o,n ajoûtoit qu'il étoit penfionnairc
prétexte, du Roi Jacques I. Richer fe montra beau-'
coup plus fenlible à la fauffetc de ces faux
bruits qu'à tout ce que fes ennemis avoient.
encore pu controuver jufques-là pour le
perdre : & il ne fit pas difficulté d'em:-
ployer les fermens les plus facrez dans les
proteiktions qu'il, fe crut obligé de faire'
contre de pareilles acculât ions.
Tout le fondement de la calomnie rou-
lojt fur ce qu'on difoit que le Roi d'An-
d'Edmond Ri cher, ifj-
gietcrre , après avoir lu le Livre de Richcr,
avoit déclaré qu'il foufcriroit volontiers à 1612.
cette do£i:rine,& qu'elle pouroit beaucoup
fcrvir pour, réunir les elprits, difîiper le
fchifme , & rendre la paix à l'Eglife. Ce
qu'il y avoit de certain , étoit que ce Prin-
ce ayant fçû que le Livre du Syndic avoit
€té cenfuré parle Cardinal du Perron, au-
quel il avoit coutume d'écrire auparavant
d'une manière pleine de bienveillance & de
civilité, par l'entremife d^Ifaac Caufaubou
fon horpmc de Lettres , touchant les Con-
troverfes de la Religion, avoit rompu en-
tièrement avec lui par cette unique raifon. Il
protclla qu'il ne vouloit iii conférer doref-
iiavant, ni avoir commerce de lettres avec
un homme qui avoit condamné d'erreur &
d'herefie un Livre , auquel il fçavoit pat-
fa propre convidion , qu'il n'y avoit pas
d'erreur ni d'herelic non plus que dans les
ouvrages du Cardinal Bellarmin. (^ue le
Cardinal du Pçrron , qui étoit bien verfé
dans la ledure des Conciles & des anciens
Pères , ne pouvoit l'avoir fait par ignoran-
ce ; & qu'ainli c'étoit une cenlure d'Etat,
faite contre fa confcience , par une poli-
tique malicieufe , pour tâcher d'établir de
plus en plus la grandeur & la puiliance de
la Cour Romaine.
Du Perron apprit cette nouvelle de tant
d'endroits ditîerensde la France & de l'An-
gleterre , qu'il ne put douter que l'inter-
ruption du commerce dont il commençoit
à s'appcrcevoir, ne vînt de cette mauvai-
fcdifpolition duRoi à fon égard. Il en eut
tant de deplailir , qu'il ne garda plus de
tf4 L A V I E
^- » I mefurc pour faire décrier Richer en Fran-*
^6ï2, ce , & pour tâcher principalement de le dé»<
rruire dans l'efprit du Roi d' Angleterre.*
Le reflentiment lui fit écrire à ce Prince
«ne lettre pleine de fiel & d'aigreur con-
fre ce Dodeur. Il le lui depeignoit corn-*
îTic un homme violent & féditieux , corn-»
me un homme ennemi de toutes les Mo-*
riarchies,qui avoit autrefois fait des The-;
fes à la louange de Jacques Clément par-
ricide d'Henri III. Il voulut aufîi lui per^»
fuader que les maximes de Richer , qui fer--
voient à attaquer la fouveraineté du Pape,
ébranloient pareillement celle de tous les
Princes Chrétiens. Enfin il n'omit rien de
tout ce qu'il put imaginer de defobligeant
contre le Syndic , & de ce qu'il avoit dé'
ja propofé à la Cour de France pour le
rendre odieux.
Il furvint prefque en même temps un
îîouvel accident , qui fembloit donner de
l'apparence aux calomnies de ceux qui pu-
blioient que Richer étoit penfionnaire da
Roi d'Angleterre. Aufîi-tôt que le maria-
ge du Roi de France avec l'Infante d'E(^
pagne fut refolu , la Reine Régente & le
Confeil du Roi , pour ôter tout ombrage
& tout fujet de défiance au Roi d'Angle-
terre , & aux huguenots de France , en-
voyèrent à Londres le Maréchal Duc de.
Bouillon pour AmbafTadeur extraordinai-
re, afin de faire entendre à ce Prince, que
le Roi Tres-Chrétien vouloir toujours vi-
vre dans une parfaite union avec lui , com-
me il avoit fait auparavant , & faire exacr
tement garder les Edits du Roi Henri 1^.
d'Edmond Ri cher, iff
Grand fou Pcre en faveur des hu^c^uenots.
Ces propolitions ne dévoient pas être luf- 1612,
pedesauRoi d'Angleterre dans la bouche
du Duc de Bouillon , qui étoit lui-même
huguenot. Cependant ce Prince lui répon-
dit , qu'apparemment on ne les lui faifoit
que pourTamufer. Car ^dk-W ^feaju^^e par
r expérience que fat de ce qui Je piijje tous
hs jours en France ; oh pour contenter Romey
en mécontente les huguenots en tout ce que
Von peut , même dans les choses qui j'ont
prcfcrites par les Edits. Mais ce qu'il y a
de plus étrange ^ de plus inconcevable ,
ajouta ceRoi,cV/? qu^au préjudice du fer -
lice du Roi de France , des droits de la
Couronne , ^ des libertez de PEglife Gal-
iicane , le ConjVil du Rot a J'otijfert tout
iîouvellement que Richer ^ qui avait défen-
du les droits de la Couronne ^ csf l^'i libér-
iez de VFglife de France ^ fut opprimé ^^
fon Livre cenfuré ^auquel ^futvant les prin-
cipes de VRgitj^e Romaine , qu\n difitnguoit
€n France de la Cour de Rome , tl n'y a-
Toit certainement pas plus .à redire qtCà
tous les Ouvrages du Cardinal de Bellar-
inin. Ce Prince inferoit de-là , par un rai-
fonnement du plus grand au plus petit ,
que 1] dans les chofes qui regardoient ef-
•fentiellement le fervice du Roi de Fran-
ce , & la police de fon propre Etat , on
nvoit fi mal traité Richer & fon Livre ,
pour donner contentement à la Cour de
-Rome; il ne falloit pas efperer qu'on dût
favorifer, ou fupporter même les hugue-
nots , félon les Edits , quand il plairoit au
Pape de les faire inquiéter.
L A Vl E
Duc de Bouillon à fon retour tief
manqua pas de rapporter' fidèlement au
Confeil du Roi ce qu'il avoit entendu de
la bouche du Roi Jacques qui regardoit
Richer,à qui le Prélldent deThou racon-^
ta enfuite toute Taffaire. Ce fut de-là que
les Partifans de la Cour de Rome publiè-
rent que le Syndic de la Facclté de Paris
étoit aux gages du Roi d'Angleterre , &
communiquoit avec les hérétiques , pour
exciter plus aifément les Doâeurs contre
lui , & avancer fon abdication , ainfi que
Richer l'apprit long -temps depuis par le
moyen mêmedeplufieurs decesDoâeurs,
<][ui étoient revenus à lui après avoir été
trompe2.
P^VIII. Nous avons remarque ailleurs, que le
Cenfure Nonce du Pape ayant reconnu la cenfu-r
des Eve- j-g des Prélats de la Province de Sens n'ê^
«juesdela jj-e pas agréable à Rome , parce qu'elle
^l'oyince gyQJj. f^[^ exception des droits du Roi , &
^^'"^ ^" des libertex de l'Eglife Gallicane , avoit
iroven- ^^^ç^^^^ ^ l'Archevêque d'Aix en Proven-
^^' , ce, qui avoit affifté à l'examen du Livre de
Richer Rjcher , au mois de Février dernier , chez
€n appel- jg Cardinal du Perron , d'aller promptcr
'^^^^ ment reparer cette faute par une autre
^^ ^" cenfure , qui fût fimple & abfoluë , dans
- * une AfTemblée provinciale de fes Suffra-
gans avec lui. Le Cardinal du Perron, af-
lez fâché lui-même d'avoir été contraint
par le Chancelier d'infcrer l'exception dans
la lienne, l'Evêque de Paris, celui d'An-
gers , & quelques autres Prélats fe joignir
rent au Nonce pour l'y déterminer.
L'Archevêque d'Aix, homme d'imefprît
d'Edmond Richer. ify
facile, & de peu de confiftence, ne témoi- i^
gna pas la moindre répugnance pour obe'ir. i6ia„ ^
C'étoit un homme que ion défaut de con-
duite avoit fait accabler de dettes , & que
la neceffitc jointe au mauvais ordre de fes
affaires, avoit réduit à fe loger à Paris dans
•une fimple chambre garnie fans train; de for-
te qu'en faifant connoître fa bonne difpofi-
tion au Nonce & aux Prélats , il leur fit fen-
tir en même temps l'impoffibilité où il étoit
de faire fon voyage & d'exécuter leurs or-
dres fans alTillance. On eut égard àfesbe-
foins d'autant plus aifément qu'ils étoient
connus de tout le monde; on avoit pris des
deniers du Clergé une fomme de quatre
mille écus qu'on avoit conlignée entre les
mains de TÈvêque de Paris fous un blanc
fîgné , pour fournir aux fraix qu'on feroit
obligé de faire dans les procédures contre
Richer & fon Livre. On en donna une
portion conliderable à l'Archevêque d'Aix
pour faire fon voyage, & on lui recom-
manda la diligence dans fon expedition.il
ne fut pas plutôt arrivé à fon Eglife Mé-
tropolitaine, qu'il yalfembla fes trois Suf-
fragans*,& leur propofa une cenfure tou- * R,'ez-
te dreflee, qu'il lignèrent le jeudi 24. de Frejus ,
May. Klle étoit conçue à peu près dans les Siftei-on,
termes que celle de la Province de fens;
mais elle ne contenoit pas d'exception pour
les droits du Roi & de la Couronne, &
les libertez de l'Eglife Gallicane. Elle fut
publiée enfuite aux Prônes des ParoifTes
des quatre Diocefes de la Province, & af-
fichée aux Eglifes. L'Archevêque d'Aix,
pour rendre fes fervices plus agréables aa
îf8 L A Vi È
*— ^— . Nonce, aux Prélats qui Tavoïent envoyé^
'1612. & à toute la Cour de Rome, fit publier en
même temps & afficher avec la cenfuredu
Livre de Richer, la Bulle In cœna Domi"
ni dans toute l'étendue de fon Archevêché.
A dire le viai,rune des principales caufes
de la haine des Prélats contre Richer , ve-
noit de ce que , par les principes & les maxi-
mes de fon Livre , il faifoit voir que les Ec-
cleiiaftiques étoient fujets naturels des Prin-
ces leculiers , de même que les Laïques ;
maximes qui denieuroient confirmées par
la ceniure des Prélats de la Province de
Sens, qui voulant en excepter les droits
du Roi , avoient allure qu'il n'y vouloicnt
nullement toucher : & ce fut principale-
ment pour détruire cette exception , que
l'Archevêque d'Aix, ne croyant pas qu'une
condamnation générale fût fufiifante , avoit
encore fait publier la Bulle In cœna Domi-
»/, par laquelle tous les Clercs ou Eccle-
fialtiques font déclarez & rendus fujets feu-
lement du Pape, comme étant Monarque
abfolu de rEglife,& par confequent exempts
de la jurifdiètion temporelle de leur Roi
légitime. Sa fatisfadion pour ce dernier
point ne fut pas de longue durée ; comme
il commençoit à s'applaudir avec fés Con-
frères 5 Guilleaume du Vaïr , premier Pré-
fident au Parlement de Provence, s'oppo-
fa fortement à cette publication , & dépu-
ta aufll-tôt en Cour un Confeiller du mê-
me Parlement , nommé Nicolas Claude
Fabri de Peirefe,pour avertir le Roi & le
Chancelier, & fe plaindre des entreprifes
de r Archevêque d'Aix au nom de toute
la Compagnie.
i d'Edmond RLicher. ifp
L^ Ce Confeiller, qui étoit un des plus beaux — '— —
Krnemens du Royaume par fa fcience &fes i6ii.
Cutres rares qualités , & qui palToit pour *"
le principal fauteur des Lettres, & le Pa-
tron des fçavans le plus généreux & le
plus bienfaifant qui fût en fon iiecle , étant
arrivé à Paris , alla rendre vifite à Richer
dans fon Collège du Cardinal-le-Moine.
Il eut de longues <Sc fçavantcs conférences
qui lui valurent fon amitié & celle de du
Vaïr, comme ce Magiftrat le lui tit con-
noître quelques années après. LePhilofo-
phc Gaifendy n'a pas oublié de marquer
ce voyage de Peirefe à Paris dans la Vie
qu'il a écrite de ce Confeiller ; mais il n'a
parlé de la caufe ni de la tin defaDéputa-
tion, non plus que de l'entretien qu'il eut
avec Richer fur la qualité & étendue des
deux Puilfances fouveraines de la terre.
GalFcndy n'étant pas homme d'Etat ,&ne
fe mêlant jamais des affaires de l'Eglife,
quoique Prêtre , étoit plus curieux de rap-
porter des expériences phyliques , des dé-
couvertes agronomiques , & des curiolîte?.
de belle Littérature , que les chofes qui con-
cernoient l'Etat ou la Religion.
La cenfurc des Prélats de la Province
d'Aix ne vint à la conuoilfance de Richer
que deux mois après, lorfqu'il en reçut
une copie que lui envoyoit l'Evcquc de
Digne. 11 en appclla comme d'abus dès le
i7.d'Aoufl:, devant deux Notaires au Cha-
pelet, Pevier & de Beaumont;& le 17. de
•Septembre auffi-tôt qu'il eut appris le re-
tour de l'Archevêque d'Aix à Paris , il lui
fitiignirîer fon Appel par Gaultier Huilfier,
;iu Parlement.
l6o La Vie
y-, .r^., L'Archevêque en fut (î furprîs , que p^t\
j6ii. manière de reproche & de récrimination, flj
dit au Huilîier : Quoi ? Richer n'eji point
encore terraj]e\- après que les Lettres Paten^
tes du Roil^ fArrefl de [on Confetl en der»
mer lieu Vont fait dégrader du Syndicat: de là
Faculté^ pour fes erreurs ^ pour fes mal*
i^erfations ? Mais Dieu augmentoit (fa con-
fiance & fon courage à mefure que les
hommes tâchoient de multiplier fes adver-
fitez.
XIX. Pendant que Ton faifoit la cenfure du
Deifein Livre de Richer à Aix, on voyoit arriver
du I. de des Dodeursdes Provinces les plus éloi*
Juin tra- gnées à Paris , pour fortifier le parti de
verfc.On I)uval & de Filefàc; de forte qu'il s'eii
perfecute trouva foixante & dix , outre Richer , pour
ceux qui l'Aifcmblée de la Faculté du i. Juin: &
favon- ^ep^js ^^^ tres-long-temps il ne s'en étoit
ient Ri- .^^ ^^^ ^ grand nombre en Sorbonne. Cô
^ ^^''' fut ce jour que l'Abbé de S. Vidor fup^
plia la Faculté de vouloir élire un autre
Syndic, pour inftruire les nouveaux Doctj
teurs , & tenir la main à la difcipline :
parce ^;^^, dit-il, M. Edmond Richer avoiù
ajfez long-temps exercé le Syndicat , ^ qu'il
fallait lut rendre grâces. Il ajouta qu'il étoit
de l'intérêt de la Faculté qu'elle eût plu*
fleurs Doéleurs verfez dans les affaires 6c
dans la connoiflance de la difcipline : par-
ce qu'elle n'auroit pas toujours des per-
lonnes qui entendiiltnt les affaires & les
fçuiftnt manier , li Richer venoit à mou-
rir avant d'avoir un fucceffeur. Mais afin
que l'éledion fût libre , l'Abbé requit que
Richer eût à fortir da l'AfleiBblée.
Apre»
d'Edmond Riche r. i6i
.P Après cette fupplication , Nicolas Ro- ———h
guenaut , Curé de faint Benoît , Doyen de
la Faculté , dit qu'il ne fe fouvenoit pas j^ij.»
d'avoir vu ou entendu que l'on eût bor*
né l'éle^bion d'un Syndic à aucun terme,
& qu'on en ait dépofé aucun , à moins
qu'il n'eût lui-même prié la Compagnie
de lui donner un fuccelfeur , ou qu'il n'eût
commis quelque choie qui méritât fa de-
ftitution; que M.Edmond Richcr n'avoit
jamais rien fait de fcmblablc ; que loin de
cela, il avoit rendu de très-grands fervi-
ces à rUniveriité , & particulièrement à
Ja Faculté de Théologie : qu'ainlî au lieu
de propofer l'éledion d'un autre Syndic à
l'AlTemblée , il étoit d'avis qu'on rendît
grâces à Richer ; & qu'au lieu de parler
de le dépofer , on fongeât plutôt à le prier
de continuer fes fondions. Richer prit la
parole après la remontrance du Doyen : &
ayant dit deux mots de fa promotion au
Syndicat , & de ce qu'il avoit fait ou fouf-
fert pour maintenir les Statuts , la difci-
pline, & la dignité de l'Univerlîté ;il dé-
clara qu'il foûmettoitfon Livre de JaPu/f-
fa^ce ecclefiafttque^s^ politique au jugement
de la Faculté de Théologie, après quoi il
s'oppofa formellement à ce que la propo-
fition faite par l'Abbé de faint Vidor fût
mife en délibération. 11 en produilît aufîi-
tôt un Ecrit qu'il avoit drelléô: ligné avant
que d'entrer dans l'Alfemblée , & fupplia
la Faculté qu'on lui donnât un A6le,tant
de la propolition faite par l'Abbé de faint
Vidor , que de l'oppolition qu'il y for*
inoit. L'émotion , qui fut extraordinaire
L
i6z La Vie
-— -- - dans l' Aflemblée , dura depuis fept heures
1612. jufqu'à midi : de 7o.Doâ:eurs qui opinèrent^
les 45*. qui avoitin été pratiquez par le Non-
ce , l'Evcque de Pans , Duval , les Jefui*
tes & les autres , tirent retentir la Salle
de clameurs & de tumultes , demandant
qu'on procédât à la dégradation du Syn*
die Nicolas l'Argentier Abbé de Clair^
vaux , Roland Hébert Pénitencier de l'E*
gliie de Paris, & plufieurs autres Dodeurs
demeurans dans la Ville, refuferent de le
trouver à rAflemblée , nonobiiant les fol-
licitations réitérées du Nonce éc de l'Eve»»
que de Paris , qui envoyèrent coup fur coup,
l'un fon Auditeur de Rote Scappi , l'autrft
fon grand Vicaire Pierre de Vive.
Les vingt -cinq Doâeurs de rAfTein?
blée qui défendoient la caufe de Richer ,
refillerent jufqu'à la fin aux brigues des
quarante-cinq de la cabale oppofée , & ren*
dirent ainli leurs efforts inutiles. Cette re*
fillance les fit remarquer par le Nonce &
par l'Evéque de Paris , pour pouvoir fe
venger d'eux félon les occalions. L'Evs^
que empêcha toujours tant qu'il put ces
Docteurs de prêcher à Paris & ailleurs ^^
& d'obtenir aucun Bénéfice de ceux qui
dépendoient de la Cour de Rome , de lui* .
même & des autres Evêques fes amis. ,
Le Doyen Roguenaut , fur tous les au*
très , lignala fa fermeté , & fe rendit in-^
flexible à toutes les follicitations des eu*
nemis de Richer. C'eil pourquoi Filefac
& Duval envoyèrent à Meaux pour faire
tenir OroncePiné,& au défaut de celui-
ci ils députèrent à Orléans pour amener
J
d'EdxMond Ri cher. kSj
Nicolas Burlat , afin de préiîder aux Ai- — — —
femblées, parce qu'ils étoient Win 6c Tau- i6ii»
tre plus anciens Doâeurs que Roguenaut.
On rit une rude inquilition fur la vieôc
ies mœurs de tous ceux qui avoient opiné
pour Richers à deflcin de les perdre pour
cette raiibn ,fans d'autres prétextes; mais
en n'eut prile fur aucun d'eux , excepté An-
toine P'ulî, Curé de faint Leu &faint Gil-
le, qui fut accufé de ne pas vivre dans
une aufli grande continence que fa profef-
fion exigeoit de lui. On lui rit un procès
criminel , & par un jugement définitif on
le condamna au banniilement hors du
Royaume, on l'interdit de fes fondions^
& on lui ôta pour toujours le pouvoir de
dire la Mclle ; & fe voyant prjvé des ref-
Iburces ordinaires, & réduit à mendier,
ou à apprendre unautremétier pour vivre,
il le fe laiilli tomber dans un mouvement
de défefpoir qui le porta à fe faire hugue-^
not : adion dont la faute étoit entièrement
I perfonnelle , & dont le blâme ne devoit
pas plutôt tomber fur le parti de Richer,'
que fur la Compagnie des Jefuites , dont-
Fuli avoit été Membre fort long-temps.
I Le Syndic voyant que malgré fon op-
pofition, & malgré les avis de vingt-cinc|
Dodeurs qui le défcndoient , fes enne-
mis étoient toujours refolus de palTer à fa
dépofition , & que d'ailleurs Duval fol-
licitoit Joachim de Forgemont , comme
ctant le plus ancien Dodeur après Ro-
guenaut, de prendre la place du Doyen,
pour faire délibérer fur la propofition de
TAbbc de faint Vi6tor , fit venir denx
Lij
1(54 L A V I E
— Notaires * à rAfremblée,pour demander
1612. A6le de ion oppolition ; gppella du refus
^ Perles <îu'on faifoit d'y déférer ; protefta contre
^ de tout ce qui fe leroit au- préjudice de fou
Beau- oppolition ; rccufa la plus grande partie des
mont. quarante- cinq Docteurs qui étoient contre
lui; donna par écrit aux Notaires les cau:»-
fcs de recuiation, & fit drefler unA6lede
tout ce qui s'étoit pafié dans cette Aflènv»
blée au fujet de fon Syndicat. ■
Après qu'on fe fut retiré , TAbbé de.S;
Viélor alla incontinent chez les Notaires,
pour avoir copie des Ades , & dès le lende-,
main , il les porta à Fontainebleau , où étoit-
^Gérard ^^"^^ la Cour. Il mena avec lui trois DoCr'
Ci. le * teurs '^ choilis par Duval du nombre des.
Bc\, N. pl^s zelez advcrfaires de Richer, pourtâ-
Ham- cher d'obtenir de la Reine & des Mini-
beit. ftres un ordre du Roi qui obligeât la Fa-)
culte de procéder à Téledion d'un noti-i
veau Syndic. Mais ayant été reçus du Chan>.
celier & de M. de Villeroy beaucoup plus-
froidement qu'ils n'efperoient , & fur-tout,
l'Abbé de faint Victor, que le Chancelier;
mortifia en particulier, pour fes emporte-^,
mens & fon ambition, ils n'eurent que le:
loiiir de recommander leurs affaires à Mi-
chel de Marillac Confeiller d'Etat ,,& com-^;
pagnon du Doéleur Duval dans l'adminit^î.
llration de la Mafion des Carmélites., &!.
ils fe retirèrent à Paris. . : ;^j,'>
Quelques jours après le Chancelier écd^;
vit aux Gens du Roi du Parlement, & leu.Ei
manda qu'ils appaifalîcnt l'cmotionde Sor- „.
bonne, & ordonnalfent àRicherdpfecoftn j
tenir, & de ne point pourfuivre fon Ap*T'|
d'Edmond Ri cher. î6f
pel comme d'abus : de farte que TAvocac — — —
General Servin, & le Procureur General 1612,*."
4e Bellievre étant allez à la grande Cham- •• "*
bre le premier jour de Juillet pour faire en-
tendre à la Cour ce que le Chancelier leur
avoir mandé ; il fut ordonné que Daniel
Voilin , l'un des quatre Greffiers & Secré-
taires du Parlement , iroit en Sorbonne le
premier jour que laP^aculté s'airembjeroit.
Ce fut des le 3. du mois.
Voyfîn étant entré dit au Doyen , ( après
que celui-ci lui eut déclaré que la Com-
pagnie étoit légitimement aflemblée , ) qu'il
étoit envoyé de la Cour pour faire enten-
dre à la Faculté , que l'on ne parlât point
d'élire un autre Syndic, & que l'on alîbu-
pît toutes les conteftations qui s'étoient
^levées à cette occalion. L'AfTemblée obéit
d'autant plus volontiers que la Reine avoit
fait écrire huit jours auparavant des lettres
à l'Abbé de faint Vidor , portantes des
ordres tout femblables.
Le premier Préfident manda en même
temps le Doyen avec cinq autres DovSleurs* ^ F/Jefac;
'•' que la P'aculté nomma pour lui tenir com- ^^«^uclerc,
pagnie. Il leur ordonna de ne point in- S^'^^^**,^^'
quicter Richer , parce que le Roi devoit r^^^-"*
pourvoira cette atfaire des qu'il feroit de ^olin.
retour. Quelques jours après ccMagillrat
envoya quérir Richer, pour l'avertir que les
çhofes ne fe difpofoient pas en fa faveur
auprès de la Reine & des Minières , qui
ctoient continuellement obfedez par fes
ennemis. Il lui confeilla de quitter volon-
tairement le Syndicat, pour prévenir les
violences d'une dépoiition involontaire.
L iij
1Ç6I2.
XX.
On ob-
tient des
Xetfres
Patentes
pour la
dépolî-
tion du
Syndic.
i66 L A V I E
Richer dit beaucoup de chofes fur fon în-
hocence, fur rinjuftice qu'on lui faifoit
fur le violement des Loix qu'on blelFoit k
fon égard, & fur les fentimens d'honneur
& de Religion , qui Tobligoient à demeu-
rer inébranlable jufqu'à la tin. Mais le
premier Prétident lui déclara que toute fon
Innocence appuyée du crédit de fes amis ,
ne lui ferviroit plus de rien , & qu'on né
pouroit empêcher l'injudice de triompher^
& que rAmbalTadeur de Brèves avoir écrit
tout nouvellement de Rome que le Pape
lui avoir refufé andiance jufqu'à ce qu'oa
eût fait un autre Syndic. • ^
' C'eft ainli que depuis long-temps on ob î-
ge les PuilFances à accommoder leur poli-
tique & leur gouvernement à Tintciét d^
h Cour de Rome , principalement dans la
minorité des Princes , & la Régence de»
femmes, lorfqu'on rencontre des Magt-
ftrats, &: des Mini tires foibies ou intcref*-
fez , qui ne fongent qu'à profiter des coh'-^
jondures, pour faire leurs propres attaires,
au préjudice de la vérité & de la jullicd
qui leur font confiées. - •
Cependant Marillac, Confeiller d'Etat^
confident du Chancelier , follicitoit en* i
Cour la detlitution de Richer avec beau-'
coup d'ardeur & d'importunité ; & l'Ab-
bé de faint Vidor , qm recevoit de jour
à autre des nouvelles du progrés de fes
négociations, faifoit efperer à fon parti-
toutes fortes de fatisfaétions pour le pre-
mier jour d'Aouft. Mais le dernier d^
Juillet on vit venir ctici le Doyen Ro-
guenaut le premier Huilîier du Conlicili
d'Edmond Riche r. 167
far ordre du Chancelier , pouf lui lîgiii -•—
iier de la part du Roi défenfe de traiter i6i£r
de réledion d'un Syndic dans TAllem-
blce que la Faculté devoit tenir le lende-
rrjain , parce que Sa Majefté vouloir y
pourv^oir incèflamment.
C'étoit un artifice du Chancelier , qui
tâchoit de tirer Taftaire en longueur , pour
porter Richer à quitter volontairement ,
tandis que le premier Prclident de Verdun,
<5c François de Montholon , Intendant de la
Maifon deMademoifellc de Montpenfier,
quifçavoit à quoi les brigues de fes enne-
mis dévoient le terminer , cherchoient des
raifons pour le convaincre. Le Chancelier
apprenant que rien ne pouvoit ébranler le
Syndic, donna ordre que Ton difposât Tef-
prit du Doyen Roguenaut pour la prochai-
ne Alfemblée de Sorbonne. Mais Rogue-
naut ne s'étant pas lailTé abattre , il fit ve-
nir Oronce Fine , Théologal de Meaux , le
plus ancien de tous les Dodeurs , & qui
àvoit été autrefois fon compagnon d'étu-
de au Collège de Navarre. Il n'y eut point
de careffe qu'il n'employât pour l'engager
à fe trouver en Sorbonne le i. de Septem-
bre, pour y prélider , & taire élire un Syn-
dic. Fine, quoiqu'accablé de vieillefîe,&
des témoignages d'une ancienne amitié
avec le premier Magiftrat du Royaume ,
eut aflez de force néanmoins pour ne pas
fuccombcr. Il dit au Chancelier qu'il ne
pouvoit faire ce qu'il fouhaitoit delui fans
donner une atteinte mortelle à l'ancienne
Ecole de Paris touchant la fuperiorité du
Concile fur le Pape , aux libertez de l'E-,
Liiij
ï68 L A V I E '
C— ' '— glife Gallicane , & à l'autorité du Rof ; i
f6iz. d'ailleurs que tous les Doéteurs, coniîde^
rant le traitement qu'on auroit fait à Ri-
cher à caufe de fon Livre, ne voudroiènt
plus dorefnavant défendre cette dodrine,
par la crainte d'être traiter comme lui. '
Alors le Chancelier , que Ton n'avoit
jamais vu en colère , s'échautfa & dit eri
Latin d'un ton couroucé : Eft Libellus à
quodam Magiftello intempefiivè editus. AuP-
ii-tôt il donna ordre à Marillac de faire
expédier des Lettres Patentes du Roi , pour
obliger l'AfTcmbléedu premier jour de Sep-
tembre de procéder à l'éledion d'un nou-
veau Syndic. Il les fcella du 27. d'Aouft^
d.leCi- & les fit exécuter par deux HuilTicrs* du
rier , Se- Confeil privé , que Marillac inltruifit dé
raphin tout ce qu'ils auroient à faire en cas d'in-
Mauroy. tervention. Ils les fignifierent au Doyen
Roguenaut en pleine Sorbonne le premier
de Septembre , & en firent publiquement
la lecture en préfence de Richer, qui lut
incontinent après une Plainte apologéti-
que en Latin , qu'il avoit compofée à la
première nouvelle qu'il reçut des delleins
de la Cour. Il en donna aufîi-tôt deux
copies Françoifes fignées de fa main ail
premier Huifiler ; l'une pour être prefen-
tée au Chancelier , l'autre pour être com-
muniquée à tout le monde. Il profefta en-
fuite de nullité de tout ce qui fe faifoit
contre lui , conformément aux raifons
qu'il en avoit alléguées dans fa Plainte ,
perfifla dans l'Appel comme d'abus qu'il
ûYoit interjette de la prétendue cenfure de
Ion Livre ^ & demanda Aéte de tout wç
d'Edmond Ri cher. i6^
^ui s'ètoit paire à fon fujet , pour faire — -
connoître à la pofterité qu'il étoit dcpolë 1612.
fans caufe,à lapourfuite du Nonce de Sa
Sainteté, & par les foUicitations des Je-
fuites & de leurs confidens, qui par ce
moyen cherchoient à rendre fans effet l'Ar-
reft intervenu contre eux par l'Univerlité. Dcpofî-
On procéda enfuite à l'exécution des Let- ['°^ ^'^°-
très Patentes du Roi, & le Docteur Fi- |^="^^^^
lefac fut élu Syndic , quoique la brigue ^^i^^^^"^^-^
qu'il faifoit pour cela depuis huit mois, dût ^'|^^^.
i-en exclure fuivant la dîfpofition des Loix.
■ On arrêta qu'à l'avenir le Syndic de la Fa-
culté n'exerceroit point fa charge au-delà de
2. années , & qu'à la tin de la première il de-
manderoit d'être continué pour la féconde.
On ordonna enfuite que l'on rendroit
grâces à Richer pour s'être ridelement ac-
quitté de l'adminiftration du Syndicat penr
dant les quatre ans & demi qu'il Favoit
exercé. Le Dodeur Michel Mauclerc, l'un
de fes principaux adverfaires après Duval
& Filefac , & le premier opinant de l'Af-
femblée, dit qu'il rendoit grâces à Richer
pour tout ce qu'il avoit fait pendant fon
Syndicat , mais non pour fon Livre de la
FuiJJmce ecclejiaftique l^ politique , ni pour
la Plainte apologethique, ou la Protefta-
tion contre les Lettres du Roi. Les autres
Doéleurs de la cabale de Mauclerc fuivi-
rent l'exemple & l'opinion de Mauclerc, tâ-
chant d'inlinuer par ce moyen que la Fa-
culté avoit indiredement condamné le Li-
vre de Richer, dont elle n'ofoit porter di-
reéfemcnt ni ouvertement la cenfure, à
caufe de 1 • Arrett du premier Février. Néan-
170 L A V I E
moins la plus grande partie des Docteur?
ayant été d'un avis contraire après deGa-
inaches , le Doyen Roguenaut conclut ab-
folument , que Ton rendroit grâces à Ri-
cher fans exception , & fans faire mention
de fon Livre.
Filefac nouveau Syndic mettant la con^
clufion par écrit, ne laiiTa pas de mettre l'ex?
ception , contre la raifon & la coutume j
le Doyen ne voulutjamaisconfentir à cet-
te violence , &c il donna lieu à Richer dç
s'oppofer à ces Ades, & d'appeller enco-^
ye comme d'abus au premier jour d'Odlo-
tre fuivant, auquel on devoit confirmer
&f]gner la concluiion du i. de Septembre.
Filefac refolu de l'empêcher à quelque
prix que ce fût , m venir d'Orléans le Doc-
teur Hugues Burlat , plus ancien que Ro-
guenaut , pour préfider à l'Allemblée pror
chaîne de la Faculté , & y taire ligner la
concluiion. Burlat vint par le fecours de
l'argent du Clergé , qu'on lui fit tenir pour
les fraix de fon voyage , & fur l'efperancç
que lui donnoit l'Evêquede Paris de lere-
compenfer d'une des meilleures Cures de
la Ville.
Dans rAlTmblée du premier Odobre,
avant que Burlat, tenant ia place du Doyen,
eût figné la concluiion , Richer fit entrer
deux Notaires , auxquels il donna l'Aétc
de fa. proteftation de nullité , écrit & figné.
de fa main , pour le fignifier à toute l'Af-
fcmblée. Voyant que malgré ceîA*Si:e,la
cabale étoitrefolué de conclure à fon pré-
judice, il fe crut obligé d'appeller comme
d'abus de tout ce <i\x[oïï attentcroit contre
d'Edmond Riche r. 171
luî : ce qu'il ne fit qu'après avofr pré — ^
fciué a Burlat là Plainte apologétique, ou i6i2.
Protedation contre les Lettres ï'at entes du
Roi du 27. d'Aouft, qu'il avoit donnée à
Roguenaut le i. de Septembre , & après
^voirrefuféde Ibrtir de l'Aflemblce , pour
empêcher qu'on ne décietât contre lui.
Les ennemis de Richer s'appercevant
que fcs raifons faifoient fur la plupart des
cfprits des impreffionsqui ne lervoientpas
9 kurs delfeins ^ excitèrent un f\ grand tu- ,
iTiulte,que toute l'Airembléc fe tourna en
coinié. Richer ayant voulu lire les moyens
de recuiation , ne put le faire entendre,
& fut obligé de mettre le cayer entre les
mains des Notaires. L'Abbé, de S. Vidor
prit l'an de ces Notaires * à part, & lui * Pcries.'
dit à l'oreille que tout ce qui fe faifoit
contre Richer étoit prefcrit par un com-
DianJement exprès du Roi. Il tâcha en- -
fuite de l'intimider , pour l'empêcher &
ion compagnon de recevoir les Aékcs de
Richer, & il les menaça de les rendre ref-
ponfables à la Cour de tous les defordres
qui alloient arriver , s'ils n'arrétoient l'é-
inoiion de l' Alfemblée , alllirant qu'autre-
ment lui & eux feroient accablez de coups
de poing & de pied avant que de fortir,
& que d'un procès civil , ils en feroient
naître un criminel. " y Yt
L'animolité des ennemis de Richer étoit j^^uL
trop violente pour pouvoir être appaiiee ^^jj^^. ^^.^
par la privation de fon Syndicat. Inconti- ^^^^ \^
nent après fa deltitution, ils prirent des fureur
nouvelles mefures pour le retrancher en- Jesenne-
tierciAient de U FaeuUé. misacRi-.
172 La Vi If V
ft Ils fe flattèrent méitiede lui faire perdre
l6ï2. encore fa charge de Grand Maître du Collé-s'
geduCardinal-le-Moine,par le moyen de
* Jean l'Evéque deParis, du Doyen de l'EgliTe Ga*
François thedrale * fon frerc,& du Chancelier de TU-
dcGoxidy. hiverfité , Pierrevive , forî Grand Vicaire ,
trois hommes animez du même efprit, &
tous trois Supérieurs ordinaires du Collège
du Cardinal-le -Moine , auxquels feuls il ap-
partenoit de nommer à la Grande Maî-
trife de ce Collège. Mais la Providence
divine ne tarda pas à confondre leurs mau.
vais defTeins , dans le temps & dans le lieu
même où ils efperoient le faire autorifer.
L'Abbé defaint Viétor, accompagné de fîx
Doâeurs , parmi lefquels étoient Burlat
Doyen de la Faculté, Filefac Syndic, &
Duval Profefîeur Royal , alla au Louvre
comme Députez de tout le Corps, pour
remercier la Reine & le Chancelier de ce
qu'ils avoient donné la paix à la Sorbon-
11e. Comme l'Abbé s'échauffoit en jeune
homme au milieu de fon difcours , qu'il re-
îcvoit le mérite de Burlat au préjudice de
Roguenaut , & qu'il exageroit la hardiefîè
que Richcr avoit eue de s'oppolér par des
Â^les publics à tout ce qu'on avoit fait con-
tre lui, & d'en appeller comme d'abus; le
Chancelier lui répondit froidement, quefî
on n'croitpas allé au-delà de ce qui étoit
porté par les Lettres Patentes du Roi , qui
ne permettoient rien autre chofe que l'é-
îcâion d'un nouveau Syndic , il mai'n-
ticndroît l'Arreft du Confeil privé. Ils fu-
rent entièrement déconcertez d'une répon-
fefi peu attendue 5 & ils revinrent duLou*
I
d'Edmond Ri cher. 17}
fre tout interdits d'une parole qui dilîi- — —j
poit tous leurs projets. i6iz. '
. Marillac, qui éioit Torgane du Chan- Les Pnn««
celier , leur donna avis de ne plus inquie- ces du '
ter Richer , parce qu'il étoit à craindre fanc^ Ce
qu'ils ne gatafîent tout ce qu'ils avoient plaignent
fait Jufques-là , & que les efprits ne chan- de l'inju-
^ealientcn faveur de Richer, qui avoit en- fticetaite
core beaucoup d'amis & des défenfeurs à à Richer,
la Cour. L'un des principaux étoit le Com-
te de Soilîbns , Prince du fang royal de
France , qui fe plaignit hautement d'une
faulFeté commife dans les Lettres Paten-
tes concernautes la dcpolition de Richer.
Mariilac avoit fçû prendre Ton tems pen-
dant l'abfence des Princes du iang, pour
faire expédier les Lettres Patentes. Il n'a-
voit pourtant pas laille que d'y faire dire
au Roi que ces Princes étoient prefens au
Confeil, & qu'il avoit pris leurs avis. Le
Comte de Soilfons , à la perfuafion de M.
Etienne d'Aligre , Confeiller d'Etat, & In-
tendant de fa Maifon , qui favorilbit la
caufe de Richer , en alla faire des repro-
ches au Chancelier , & il le fit fouvenir
en termes alfez forts , que lorfqu'il lui avoit
fait entendre que la Sorbonne ctoit divi-
fée, & qu'il falloit appaifer ces contefta-
tions , il ne lui avoit jamais parlé qu'on
dût dépofer Richer du Syndicat. Mais pour
le malheur de la France le Cortite de Soif-
fons mourut peu de jours après *en fon Châ- * Le f^
teau de Blandi , regretté de ceux qui ai- fieNoy,
moîent le bien de l'Etat , & la tranquillité
du Royaume.
Le Prince de Gondé en ufa encore avec
Ï74 I^ A Vie
^-—z..^ moins de rcferve auprès du Chancelier. Lt
1612. première chofe qu'il fit après être retour^
né en Cour , & avoir lalué la Reine Mè-
re Régente , tut de décharger fa mauvaifè
humeur fur ce Magiltrat , qui ne fçut fai-
re autre chofe que û^imputer àMariilacla
faufletc glifTée dans les Lettres Patentes ^&
au Nonce du Pape la refolution prife att
' Confçil pour la dépolition de Richer* ;
Fm du fécond Lhn^
d'Edmond Rxcher. xj^
LA VIE
D'EDMOND RICHER,
DOCTEUR DE SORBONNE,
LIVRE TROISIEME.
Après la fatisfa61:ion qu'on avoît don- ^\
nce au PaDe en deftituant du Syndicat Dcflein
de la Faculté l'Auteur du L{\rc de la Puif- de ruineç
fa^ce ecclejiafi'tque ^ politique , il fembloit |^ ^^^'
que les partifans de la Cour deRomeduf- °°""^
fent le laiiler en repos, & y demeurer eux- ^-^L^j/.
mêmes ; mais ils s'apperçurent bientôt qu'il ^^ ^ *
feroit allez inutile de s'être vengé de (a
perfonne , & de lui avoir ôté TadminiUra-
tion des Regiftres des Délibérations , s'ils
ne travailloient aufli à détruire fa doâri-
ne , qu'ils croyoient encore moins facile à
déraciner de Tefprit de fes défenfeurs , que
du fonds des Regiftres.
- Il fe tint fur ce fujet un Confeii fecret
de plufieurs Prélats chez le Cardinal du Per-
ron. Il fut refolu d'une commune voin
qu'il falloit prendre toutes fortes dévoyés,
& employer toutes fortes de moyens pour
exterminer c€tt€ doctrine , iqui Ion conn-
ij6 L A V I E
* r mença pour lors de donner le nom de Rt*
lOi.1- chéri i me ; terme que Richefr n'a jamais vou-
lu attribuer qu'à une invention diabolique
deccuxquivouloient rejetter fur lui l'idée
od^eute de fchifme , dont ils étoient eux-
mêmes les auteurs.. On y prit même des
relblutions pour ruiner la Sorbonne & tou-
te la Faculté de Théologie, fi l'on ne pou
voit autrement abolir cette dodrine, à quoi
l'on étoit déjà convenu d'employer les de-
niers du Clergé , pour dédommager les
Dodeurs de ce Corps qui de;voient entier
dans la conlpiration , comme l'Abbé de
faint Vidor , Duval , Fileiàc. On fe pro-
niettoit de les élever à des Prélatures , &
de les faire pourvoir des meilleurs Béné-
fices,
l'rôjet ^^ y f"^ ^"^ d'avis de ne plus fouf-
'j>cur exT- frJr aucun Dodeur ou Bachelier qui ticn-
ciurc le:, droit les opinions deRicher ,dans les^ em-
lùthëi-îf- plois eccleliaftiques de la prédication , de
u:5 acs la diredion , & de l'adminitlration des cho-
^liiplois les faintes ; de les empêcher d'enfeigner
ce des dans les Ecoles publiques & particulières
i>rnefî- d^ Théologie, & de les exclure generale-
ces. ment de toutes fortes de Benetices.
Quelques foins que prilîent les Prélats
pour tenir leurs délibérations cachées, el-
les furent révélées de point en point àRi-
cher par un de ceux qui y avoient alïï-
fié. Mais rien ne contribua tant à les dé-
couvrir que le 2ele indifcret de Duval ,
qui fe chargea de les faire exécuter dans
tous les lieux où fes intrigues pouroient
entrer. Il fit tout à la fois l'ofiice d'In-
quifiteur , d'efpion & de délateur dans le
Collège
d'Edmond Ri cher. 177
CoUcge de Sorbonne ; de forte que dès la «-~.^
même année il défera Jérôme Parent, Doc- i6il.
teur d'une probité linguiiere, qui joignoit
beaucoup de pieté à une grande érudition,
& qui étoit particulièrement verfé dans la
connoilfance de la Langue fainte. C'étoit
dans cette confideration que le Roi avoit
donné à ce Docieur un Brevet pour lire pu-
bliquement en Hébreux. Il fucceda à la place
de PierreVi6i:or Gagé dans la Chaire de Pro-
felfeur Royal. Comme il n'étoitplus qucf-
tion que de faire expédier fes Lettres, Du-
val , fon délateur, par une fupercherie in-
digne, tâcha de lui perfuader d'aller voir le
Nonce Ubaldin , de qui on avoit voulu
faire dépendre cette expédition.
Parent n'eut pas de peine à comprendre
ce que iignifioit une telle propolition , &
il ne put diffimuler à fcs amis que la dé-
marche qu'on lui vouloit faire faire étoit
fufpeéle. Richer voyoit comme lui la ma*
lice qu'on avoit eu de faire du Nonce l'u-
nique Médiateur pour paffer à la Reine &
au Chancelier; mais puifqu'il n'y avoit pas
d'autre voy^, il croyoit qu'il falloit mieux
qu'un homme de mente , comme étoit cet
ami, fît cette perilleufe démarche, que
de lailfer la Chaire Royale à des Sujets
indignes. Parent, qui avoit une intégrité &
une délicateffe de confcience à toute épreu-
ve , rejetta cet avis , & demeura toujours in-
flexible aux foUicitations que plulîeurs lui
tirent fur le même fujet , aimant mieux
n'être pas Profelfeur du Roi en Langue
Hébraïque, que de rien faire qui fût pré-
judiciable à la vérité. C'eft pourquoi le
M
178 L A V I E
,__- — Cardinal du Perron , averti de fes fcrupu-^
j6i2. les , retira le Brevet donné en fa faveur,
fous prétexte de faire expédier fes Lettres,
& les fit fceller en faveur d'un autre.
On fit le même traitement aune infini-
té d'autres Dodeurs & Bacheliers , que
Ton menaçoit , que Ton carefToit , que l'on
tentoit par toutes fortes de moyens :il ne
fufEloit pas même àDuval de faire abju-
rer le Richerilme ( c'étoit l'exprefTion du
temps ) à ceux que la ncceffité ou l'am-
biîign faîfoit tomber dans les pièges ; il leur
défendoit encore de hanter Richcr ni les
Richerilles , fous peine d'encourir la dif-
grâce des Prélats , & de perdre leur fortu-
ne : de ibrte que les perfonnes éclairées , &
les amateurs de la vérité gemifToient de voir
ainfi opprimer la liberté ancienne de la Fa-
culté, & changer la Maifon de Sorbonne
en une prifon d'inquifition.
C'étoit une des conditions du Syndicat
du Sieur Filefac , qu'en moins de deux
* 11 ne ans , * qu'il croyoit que devoit durer fon
dura pas emploi , il fît en forte qu'il ne fût plus
tant. mention des Richerilles , ni des opinions
de Richer. C'eft ce que ce nouveau Syn-
dic avoit promis aux Grands qui le met-
toient en œuvre, c'efi:-à-dire , au Cardinal
du Perron , au Nonce , & à l'Evêque de
Paris : mais ayant trouvé plus de travail
dans la fuite qu'on n'en avoit envifagé
d'abord , il aifocia Duval , & quelques Doc-
teurs de bonne volonté à fa commifilon.
L'an & l'autre tvirent bientôt qu'il n'en
talîoit pas efpcrer le fuccès,à moins que
de rcnouveller entièrement la Sorbonne ,
d'Edmond Richer. 175)
i quoi ils crurent devoir fe refoudre pour à
j parvenir plutôt. Ils fongerent à faire i6ia* -
, abroger le Statut qui fert de loi fonda-
mentale à la Maifon de Sorbonne , don-
né par le Fondateur & le fouverain Pon-
tife, afin d'y introduire les Prêtres de la
nouvelle Congrégation de TOratoire, qu'on
prétendoir fubftituer aux Doreurs de l'an-
cienne Sorbonne. Pendant que les Prélats
& les Cardinaux qui étoient en France, tra-
Vailloient à faire exécuter la refolutioa
qu'ils avoient prife de ne point conférer
des Bénéfices aux Richerifles , Dieu per-
mit qu'ils eufTent la mortification de voir
Richer même pourvu d'un Bénéfice de la
Cathédrale , qu'il n'avoit pas recherché ,
& que fon dclinterefremcnt lui fit aban*
donner peu de temps après.
L'Univerlité, qui le regardoit toujours ^ 1 1-
comme fon Père & fon Maître, fçachant Richer
qu'un Chanoine de Notre-Dame, nommé ^^ P^"*^
Pierre de Serre , étoit mort au mois de "^'" ^'"P
Juillet , qui eft afiedé aux Graduez , le C^'^o'^^-
tït avertir de ne pas négliger fes droits. ^"^
Il avoit pris dès le i)-. de Février de l'an j^^^^ie'
1603- des Lettres de l'Evêque de Paris , maWé
par Icfquellcs en qualité de Dodeur en fes ?nne<
Théologie, il devoit êti;e pourvu du pre- mis.
mier Bénéfice afiedé aux Graduez, nom-
irttz : mais ayant requis le Grand Vicai-
re de lui donner la provifion du Canoni-
cat vacant par la mort de Pierre de Ser-
re, il fut refufé ; & le Cardinal de Gon-
di , fuivant fa relérve de difpofer des Ca-
nonicats de l'Eglife de Paris , en donna
la collation à Sebaftien Bouthiilier , Prieur
de la Cochere. M []
i8o La Vie
, Richer s'attendoit très - certainement à
l6i2.. ^n refus, qui ne devoit furprendre aucu»
de ceux qui connoilîoient les difpofîtions*
de l'Evêque de Paris & de fon Grand Vi-
caire à fon égard , & qui fçav oient ce qui
s'étoitpafié enSorbonne par leurs brigues.
C'eft pourquoi il obtint fur une Requête
prefcntée à la Cour, que ce refus lui vau-
droit titre , & prit polîeffion du Canoni-
cat ; & nt enfuite affigner Bouthillier de-
vant le Prévôt de Paris ,pour fe voir con-
damné à lui lailîer la polklTion de ce Bé-
néfice. Bouthillier de fon côté, affilié du
Cardinal de Gondy , qui fe joignit à lui
dansla caufe, fit affigner Richer au Grand
Confeil : fi bien que Richer fut obligé d'ob-
tenir des Lettres pour les faire valoir au
Confeil , afin d'y être réglé touchant les
Juges qu'il devoit avoir.
Dans ce procès , où Boiffife de Thume-
ric , Confeiller d'Etat , fut Commiiraire ,
les Cardinaux qui étoient en France in-
tervinrent pour Bouthillier & le Cardinal '
de Gondy , demandant que les privilèges
des Evocatoires générales accordées aux
Cardinaux par les RoisTres-Chrétiens de
tous les procès concernant les Bénéfices
qui font en leur difpofition , ou à leur col-
lation , avec leui' renvoi au Grand Con-
feil, demeurât en fon entier Ôc dans tou-|
te fa force.
D'autre part l'Univerfité de Paris, fur
une Requête prefentée au Confeil, fut auf-
fi reçue partie intervenante pour Richer v
foûtcnant contre Bouthillier & les Cardi-
naux , que conformément à fes privilèges^
d'Edmond Richer. i8i
Rîchcr & Bouthillier dévoient être renvoyé? — —
devant le Prévôt de Paris ou fon Lieute- lôiz.
nant civil , Juge confervateur de ces pri-
vilèges.
L'Arreft du Confeîl donné en faveur
de Richer le 29. de Novembre 161 2. dé-
clara, conformément aux Lettres de I5'43.
quel'Univerlité n'étoit pas comprile dans
les privilèges accordez au Cardinaux ; que
Ifs procès que les Suppôts avoient au lu-
jet des Bénéfices qui font à la collation,
ou prefencation des Cardinaux , ne pou-
voient être jugez ou décidez par d'autres
Juges que par le Prévôt de Paris ou fon
Lieutenant , devant lefquels le Roi ren-
voyoit les parties qui fe conteiioient le Ca-
non icat.
Les amis de Richer s'étoient flattez de
voir finir les perfecutions de fes ennemis
avec Tannée 1612. mais la fuivante vit naî-
tre d'autres troubles qui lui donnèrent de
nouveaux fujets de patience & de courage. 1613.
Comme lesjefuites étoient accoutumez m
à lui imputer tout ce qui fe faifoit con- Con-
tre eux dans la Paculté de Théologie, ils veau.v
ne manquèrent point de lui attribuer la chagrins
cenfure que l'on meditoit en Sorbonne desTefui-
pour le premier de Février 161 3. contre tes con-
le Livre que leur Père Becan avoit nou- f^e Ri-
vellement publié à Mayence fous le titre , <^^<^'''
^e la Controverfe ^Angleterre touchant la
J?uijjance du Rot $5* du tape. C'étoit un
Livre fi pernicieux au jugement de toute
la terre, qu'il étoit fort important, pour
l'honneur & pour l'intérêt de leur Com-
pagnie , qu'ils le condamnalfcnt des pre-
M iij
i8i L A V I E
P>- miers , pour ôter la gloire à d'autres de
1613* les avoir prévenus. Mais au lieu de fça-
voir gré à Richcr d'une chofe lî louable,
dont ils le croyoient promoteur , ils pri-
rent ce prétexte pour le charger de nou-
velles calomnies , & infulter à fa dilgra-
ce , difant qu'il ne follicitoit la ccnture
de Becanus dans la Faculté de Théologie,
que pour relever fon parti , & y entrete-
nir toujours les intelligences , & fes an-
ciennes habitudes. S'il y avoit de la louange
ou du blâme à recueillir de cette adion.
le tout étoit de Filefac , qui avoit forme
les plaintes & la requifîtion neceifaire en
Sorbonne , fans que Richer fe fût mclé de
rien. Mais les Jefuites eurent la bouche
fermée , quand ils virent le méchant Li-
vre de leur Confrère condamné à Rome
par un Décret que l'Inquiiition avoit don-
né dès le 3. de Janvier : Décret qui pré-
vint & empêcha celui de la Sorbonne de
paroître , & qui avoit été follicité par le§
partifans de la Cour de Rome même, &
les amis des Jefuites en France , pour faire
voir que le Pape ne prétend pas autorifer,
ou fouffrir des fentimens fi injurieux aux
PuiiTances feculieres , fous prétexte de re-
haulfer la lienne ; & pour montrer en mê-
me temps que le faint Perefçavoit recon- ;
noître la coniideration que la Cour de
France avoit eue pour Sa Sainteté dans la
dellitution de Richer.
Efïortsde L'entreprife de Filefac & de Duval pour
ïilefac 6c changer l'ordre établi en Sorbonne , & re-
de Duval-nouvellcr la Faculté de Théologie en fa-»/
pour dé- veqj: de la Congrégation des Prêtres dç
d'Edmond Riche r. 183
rOratoire,caufa de nouveaux troubles qui — «
firent fortir Richer du port où il croyoit 1613.
être après fa démifTion , pour s*expoier à truîre le
des autres tempêtes. Robert de Sorbonne, statut
Fondateur de la Mailon& du Collège de tbnda-
ce nom à Paris , avoit ordonné que cet Eta- mental
bUffement feroit pour les pauvres étudians de laSor-
en Théologie, & qu'on Tappelleroit la Mai- bonne ,
ion des pauvres Ecoliers de Sorbonne , lieu rendus
de fa naifîance. Il avoit voulu, en confe- i"»^itiles
quence de fon Inftitution , que le droit de Pj^^' ^'-
Societé de cette Maifon fût conféré feu- ^ l.^
lemcnt à ceux qui auroient enfeigné un ?^ I", ^
Cours de Philofopie dans l'Uni verlîté de ^^^^^ ^^'
Paris , & qui feroient véritablement pau-
vres.
Filefac , appuyé de Duval , voulut em-
ployer fon indulhie & fon crédit pour ab-
roger cette pratique, qui avoit été invio-
lablement obfervée depuis le temps de ce
Fondateur. Il tâcha de faire en forte qu'on
n'exigeât plus la condition d'avoir enfei-
gné la Philofophie, pour faire entrer dans
le droit de cette Société ; de plus , que
tous les Dodeurs & Bacheliers en Théo-
logie, qui s'écoient mis en l'Oratoire dans
la Congrégation de Pierre deBerulle, puf-
fent retourner en la Faculté de Théolo-
gie & en la Maifon de Sorbonne, avec le
même droit qu'ils avoient avant d'être en-
trez dans cette Congrégation.
Pour y parvenir, il propofa dès le com-
lïiencement de l'an 161 3. à ceux de la So-
ciété de Sorbonne de vivre en commun,
à l'imitation des Prêtres de la nouvelle
Congrégation de l'Oratoire , & de payer
M iiij
ï84 L A V I E
- — ^— chacun quarante écus de penlïon pour cet'
1613. effet. L'aifaire fut conclue à la pluralité
des fuffrages , en laiffant néanmoins la lî-»
berté à qui vpudroit , de ne point entrer
dans ce genre de vie en commun. Le pe^,
tit nombre qui s'oppofa à cette refolutiori
fut appelle allez mal-à-propos le parti des
Richerirtes.
Cette conduite injurieufe obligea Richer
de faire quelques reflexions fur la propo-
fîtion deFilefac:& après avoir mûrement
confîderé fes confequences , il remontra
dans rAlfemblée de Sorbonne , que puis-
que ces nouveautez étoient diredemenç
contraires à la loi fondamentale de la Mai-
fon , & à rinftitut du Fondateur , elles
ne pouvoient manquer d'être fufpedes 5
que Robert de Sorbonne ayant bâti une
Maifon pour les pauvres qui érudioient
dans rUniveriné, avoit lailîe à chacun la
liberté de vivre , & d'épargner fa dépenfe
comme bon lui fembleroit ; perfuadé que
les pauvres n'ont pas de revenus plus af-
fûtez que leur épargne ; & que ce feroit
leur fuggerer un moyen innocent d'amaf-
fer ce qui leur feroit necelfairepour ache-
ver leurs Etudes en Théologie; quelapen-
fion de quarante écus, que l'on propofoit
pour vivre en commun , fenibloit n'ctre
imaginée que pour exclure les pauvres de
la Maifon de Sorbonne, & n'y admettre -
que les riches, qui auroient encore au moins
une fois autant de revenu pour le relie dé
leur entrelien, & les fraix du Cours deTheo-
logie ; que pkilieurs de ceux qui étoient
maintenant de cet avis , dévoient conliderer
d'Çd^^ond Ri cher. i8f
que jamais ils n'auroient pu entrer dans la ,
Société de Sorbonne, li ce nouveau Re- 1613.
glement avoit été établi au temps de leur
réception ; que pour fon particulier , il a-
vouoit,fans rougir, qu'il n'eût pu y avoir
part, & qu'il ibuhaitoit autant de iinceri-
té & de bonne foi dans les auteurs de ces '
nouveautez ; que fuivant l'opinion reçue
parmi les hommes , qui vu les moyens qui
fervent à acquérir leschofes, vûaufll ceux
qui fervent à les conferver, la Maifon de
Sorbonne, aufli-bien que l'Eglife dejefus-
Chrill, avoit été premièrement fondée, &
enfuite confervée par les pauvres ; que la
difcipline n'avoitpas d'obfervateursplus fi-
dèles & plusexads que les pauvres; &que
la plupart des relâchemens ne venoient
que des riches , à qui les commodités four- •
nifTent toujours mille prétextes de fe dif-
penier delà règle; que l'on prendroit bien-
tôt l'occafion du défaut de fujets deTUni-
veriité quieufTent de quoi fournira lapen-
^on , pour en admettre de dehors & rem-
plir la Maifon de Gens de qualité, ou de
perfonnes accoutumées à la vie des Grands,
& aux manières de la Cour ; qu'à la véri-
té les auteurs de ces nouveautés laifToient
à la difpolition des particuliers d'embraf-
fer ce genre de vie commune , moyennant
la penlion , ou de demeurer comme aupa-
ravant : mais que cette liberté fe trouve-
roit bientôt en neceffité de fe conformer
aux autres , pour n'écre pas méprifes de
ceux qui feroient meilleure chere,& feroient
mieux entretenus ; que ce feroient des four-
ee$ inépuifables de jaloufie ,d'animoIicé (5c ^
iS6 La Vie
■ — • demédifance,jurqu'à ce que tout fût réduit
1613. dans Tuniformité ; & qu'auffi-tôt que tout
feroit uniforme , refprit de domination en-
treroit dans la Communauté , avec cet au-
tre efprit dangereux , qu'on appelle ordi-
nairement Ejpriù de fociete\ & qui infeéle
, fouvent les meilleures intentions de ceux
[ui croyent ne fonder qu'à la gloire de Dieu
à leur falut. Qu'il appercevoit bien le
piège qu'on tendoit, fous les belles appa-
rances de nouveaux Reglemens , à ceux qui
s'attacheroient aux anciennes Conftitutions
du Fpndatcur : mais que le moyen défai-
re fublirter la Maifon dans fa vigueur <Sc
dans fa gloire entière , ctoit de fuivre les
maximes & les pratiques des Anciens, com-
me on le difoit de la Republique Ro-
piaine.
Le préfentiment de Richer fut bientôt
fuivi de tout ce qu'il appréhendoit. Dès
le mois de Février Filefac & Duval per- -
fuaderent qu'il ctoit de la grandeur, & de
la dignité de la Sorbonne de ne plus ob-
ferver le Statut par lequel on ctoit obligé
de régenter un Cours de Philofophlie, pour
obtenir le droit de la Société; que cetaf-^
fujetiileiVient rebutoit la plupart des pcr-
fonnes de qualité, qui fans cela fe feroient
honneur d'être dé la Maifon & de la So-
ciété de Sorbonne , qui en releveroient l'é-
clat par leur diitinélion , & l'appuyeroient ,
par leur crédit auprès du Roj & des Grands.
Duval, qui étoit naturellement chaud, ôc ■
beaucoup moins dilîlmulé que Filefac , di-
foit fouvent, que ce Statut étoit caufeque
la Maifon de Sorbonne n'étoit remplie quç
d'Edmond Richer. 187
jde pedans , & qu'il n'ctoit bon qu'à en ex — *
dure les honnêtes gens» 1613.
C'étoit le prétexte de rabrogation ; mais
le véritable inoiif de ces deux Dodeurs,
& de leurs adherans,étoit de détruire Tan-
cicnne dodrine dcSorbonne,dont ilsfça-
voieiit qu'il y auroit toujours de courageux
dérenfeurs dans la Mailbn , tant qu'on con-
ferveroit Teiprit du Fondateur , & ce point
principal de l'ancienne difcipline. Ils ju-
gcoient que fî l'on pouvoit venir à bout de
faire recevoir inditîeremment dans cette
Mailbn d'autres perfonnes que celles qui a-
voient été élevées dans les maximes de l'U-
niverlité,il feroit facile de faire le renou-
vellement de la Sorbonne, tel que Filefac
Tavoit fait etperer de fon Syndicat au Non-
ce & aux Cardinaux, &d'y établir, en fa-
veur de la Cour de Rome, l'uniformité de
fcntimens touchant la Puillance du Pape.
Ils commencèrent leurs entreprifes par
faire recevoir dans la Faculté Henri Boif-
vin, Neveu de l'Evêque d'i.\vranches *, * pen-
quoi qu'il n'eût point enfeigné la Philo- card,
fophie , félon qu'il étoit prefcrit par les Sta-
tuts. Quoique la pluralité des fuftrages eut
prévalu fur ceux qui étoient de l'avis con-
traire ; il fe trouva néanmoins trois Doc- *Jacques
deurs * des plus graves , & des plus con- Juiuii,
liderez , mais du nombre de ceux qu'on .Teome
appelloit Richenftes , qui s'y oppoferent Parent,
juridiquement. Ils pourfuivirent leur op- Ui-bam
polition devant le Magilbat politique, fans Gamier.
•fefoucier des menaces qu'on leur tit faire
de la part des Puiifances. Filefac & Du-
yal appréhendant l'intégrité du Parlement,
i88 La Vie
'■■ qui ne leur avoit pas paru favorable en tout
1613, ce quils avoient fait contre Richer trou-
vèrent moyen de décliner la Juftice , &
d'évoquer la chofe au Confeil devant le
Chancelier. Ils perdirent leur caufe,laloî
fondamentale de la Maifon de Sorbonne
fut confirmée, & les Richeriftes firent éva-
noiiir les projets de Fîlefac.
IV. L'autre eÔbrt que fit le Syndic pour
Autre ef- faire réuffir fon grand deffein , étoit Tin-
fort pour trodudion des Prêtres de l'Oratoire. II
introdui- s'agifîoit de faire en forte que les Dodeurs
p^ /^^ & les Bacheliers en Théologie, qui étoienf^
deY'O^- ^^^^^'^ ^^^^ ^^^^^ Congrégation , fulient
toire ^'^" ^o^^^rvez dans le Corps de l'Univerlité,
dans la ^ qu'ils fuffent reçus dans la Faculté
Faculté. ^^ Théologie , & dans la Maifon de Sor-
Remo * ^^"^^ ' ^^^^ ^^^ mêmes droits & les mê-
trance d'e ^^^ avantages qu'auparavant. Duval s'é-
Richer ^^'^ J^^^^ ^^^" avant dans les intérêts de
contre ^^^^^ Congrégation , tant par l'inclination
ÇU.X, qu'ils faifoient paroître pour les nouveau-
te2,que par l'amitié particulière qui leté-
noit lié avec Pierre de Beruile, Auteur de
cet Inltitut. La Compagnie des Jefuites^
qui auparavant étoit l'objet de toute fon
eftime&de toute fa tendreliè, fembloit ne
' lui être plus de rien au prix de cette nou-
velle Congrégation. Non content de l'é- i
lever au-dellus de la Société de Loyola ,
il excitoit encore les Dodeurs & les Ba-
cheliers à s'y retirer, il fit même compli-
ment à Richer de lui dire, qu'il faifoit des
prières à Dieu , qu'il rinTpirât d'embralier
cet Inftitut ; que plus de douze perfonnes
<ie la Faculté s'y ctoieut déjà rendues , &
d'Edmond Ri cher. i8p
que bientôt il y en auroit plus de foixan-
te , tant de la Maifon de Navarre , que de
celle de Sorbonne , parce qu'ils efperoient
qu'on leur conferveroit toujours leurs
droits dans la Faculté , & dans les Mai-
fons dont ils ibrtoicnt pour entrer à i'O-
ratoire.
Filefac de fon côte avoit promis à TE-
vcque de Paris , qui étoit Protedeur de
la Congrégation , que dans lesiix premiers
mois de Ion Syndicat il feroit recevoir les
Prêtres de l'Oratoire dans la Faculté : Ôc
fur un bruit qui s'étoit répandu que plus
de foixante Dodeurs dévoient fe ranger
fous la difcipline de BcruUe fur la fin de
l'année , on propofoit déjà chez i'Evéquc
de prendre la Maifon de Sorbonne pour
leur fcrvir de Séminaire & de Convent.
Ceux qui étoient entrez à l'Oratoire
l'an 1612. commencèrent au mois d'Avril
& au mois de May de 1613.de venir aux
Ades de Théologie , pour s'infmuer , &
! s'incorporer de nouveau à la P^aculté. Ils
y furent reçus, contre l'avis deRicher,par
on A6te du 17. de May, après avoir dé-
claré dans l'Interrogatoire des Députez de
TAllemblée , ^«'/7j étotentfeculiers , ^ nort
réguliers ; qu'ils n* étoient liez par aucun vœu^
qu'ails iJ^avotent ni Règles nt Statuts écrits ;
qu'ails ïiivotentfous l'*ûhéijj'ance d'un Supérieur
par ufage feulement ; ^ qu^il n^y avoit rien
qui les empêchât déporter dans leur Congre^
gation toutes les Charges de la Faculté.
Richer n'iniilla pas long-temps fur l'im-
portance&fur la folidité des raifons qu'il
alleguoit pour empêcher la Faculté de le»
i^ L A V I E
^--i—— recevoir fans une Airemblée générale dé
jCiS. toute rUniverlité,& fans un engagement
particulier du Supérieur de la Congréga-
tion pour ceux qu'on recevroît ; mais il
n'en parut pas mieux intentionné , ni plus
favorable aux Prêtres de l'Oratoire, con-
tre rinftitut defquels il s'ctoit peut-tcre
trop facilement laifle prévenir. La Mai-
fon de Navarre, par une jaloufie intcref-
fée contre celle de Sorbonne,favorifa cc«î
Pères de toutes fes forces , dans l'inten-
tion d'humilier fa rivale, & d'avancer fa
ruine, que plufieurs jugeoient attachée à
ce changement qu'on y introduifoit. Les
Moines Mendians de leur côté , & prin-
* cipalement les Jacobins , publièrent d'un
air moqueur ôr infiiltant, qu'enfin lesSor-
bonifies avoient rencontré leurs Reforma-
teurs comme les Moines. Richer , à qui
s'adrefToient ces reproches , comme au plue
fenfible , répondit que les nouveaux Reli-
gieux ne trouveroient que trop à reformer
dans les anciens Ordres ; & que puifqu'ils
ne vouloient pas fouffrir que leurs Novi-
ces , ou ceux qu'ils recevroient de nouveau,-
fe mêlaiïent dans les Univerlitez , & y prif-
fent des Degrcz , c'étoit un préjugé fuffi-
fant pour tuire croire que cela n'étoit pas
compatible avec leur régularité.
Il étoit fî perfuadéde ce qu'il avançoit^
qu'il fe crut obligé de reprendre les pen^
fées d'oppoiiiion qu'il avoir déclarées dans
la dernière Alfemblée : mais voyant qu'il
ne falloit rien attendre de la Faculté de
Théologie , à caufc des fa6lions qui la di-
YÎfoieiit , il eut recours au Redeur de l'U-
d'Edmond Ri cher. ïpî
tliverlité , Jean Saulmoiit , & lui confcilla
d'airemblcr les trois autres Faculteï. Le
Relieur fuivit cet avis. Richer voulut le
trouver à rAflcmblée , & il y remontra que
depuis la première tbndation de TUnivcr-
fité , il ne s'étoit point encore prélenté
d'Ordre ou de Compagnie qui fût tant à
craindre pour elle que celle des Prêtres
de rOratoire : parce que les autres étant
Religieux , & liez par des vœux , lailîbient
ceux de i'Univeriité dans la liberté entiè-
re de leurs fondions fcholan:iques,& dans
la polîëfTion des Emplois ou Bénéfices ec-
cleliaitiques ; mais que les Compagnons
deBêrulle,faifant une nouvelle elpece de
Congrégation , qui ne differoit pas des Pré-»
très ïeculiers , pouvoient tenir toutes fortes
de Bénéfices & deDignitez eccleliafiiques,
& les Charges des Collèges de l'Univerfi-
té , fans dillindion , ni exception , pour en-
feigner la JeunefiTe , d'où il arriveroit in-
failliblement que l'Evéque de Paris, leur
Protedeur, & les autres Prélats , fous l'o-
bciirancc defquels ilsfaifoientprofclfionde
vivre , en gardant le droit commun , ne
prendroient plus des Penitenciers,desTheo-
logaux, des Curez, des Grands-Maîtres,
des Provifeurs,des Principaux des Collè-
ges , des Regens, des Adminiftrateurs d'Hô-
pitaux , & des Dircdeurs de Communau-
tez que de leur Congrégation. Que cette
Inllitution de l'Oratoire paroilFoit faite pour
ravir aux pauvres qui travailioientdans l'U-
niverfité , ce que l'avidité des Jcfuites leur
avoit lailfé à glaner ; & qu'il ieroit facile
à BeruUc de Vemparer de la Maifoa de
1613.
ïpi L A V I E
^_- — Sorbonne & de toute TUniverfité, ce qui
1613. i^'^voit pas été polîible aux Jefuites; que cet-
te Congrégation ,qui s'étoitjettée entre les
bras des feuls Evéques,pour avoir leur fa-
veur , étant entrée dans TUniverfité , ne
manqueroit pas de travailler, au préjudice
de l'autorité du Roi, pour établir l'exem-
ption que les Ecclefialb'ques précendoient
avoir de la puifTance du Magiftrat politique,
conformément à la Bulle Incœna Domim^
à ^uoi buttoient plufieurs Prélats , partifans
de la Cour de Rome ; que pour empêcher
BeruUede faire de plus grands progrés, il
falloit s'oppofer a fes entrepriiés , & ordon-
ner d'abord que la Faculté de Theolègie',
ou aucune autre Faculté de l'Univerfité
ne pût féparement délibérer fur la réception
des Prêtres de l'Oratoire ; & fommer la Fa-
culté de Théologie de fe joindre aux trois
autres , & au Re6teur, pour agir de concert.
Sur cette remontrance de Richer, le Rec-
teur & les principaux fuppôts de l'Univer-
fité firent le 30. May une conclulion qui fut
portée par le Redeur même à l'Afîcmblée
delà Faculté de Théologie le i. Juin fui-
vant , pour être lue en Sorbonne. Mais il
y fut fiffié , chargé d'injures & de huée par
les vénérables IJodeurs , & traité avec tant
d'infulte & d'indignité , qu'il fut obligé de
fe retirer de l'AlIemblée fans rien faire. Le
Parlement lui fit faire une réparation pu-
blique dans l'Alfemblée du i. Juillet, & dans
la grande Chambre même, en plein Palais ;
mais au lieu de lui permettre de propofer
de vive voix en Sorbonne ce qu'il avoità
dire au nom de l'Univerlité ; il ordonna 1
contre
d'Edmond RrcHER. ipj
contre Tordinaire, qu'il le fcroit par écrit: — ■ ■
ce qui fc failbit pour favoriler les Prêtres 1613.
de l'Oratoire , dont Tlndituteur étoit Be-
rulle, neveu du Fréiident Seguier , & ami
de beaucoup de Gens de la Robe.
On voyoit avec peine en Sorbonne le Crédit dd
crédit qu'avoit Richer dans rUniveriîtc. Richer
On remarquoit que tous les Redeurs lue- dans l'U-
celfivement , & les autres Suppôts avoient niverfuc.
une entière contiance en lui , & qu'ils fe
fervoient de les contcils dans toutes les af-
faires qui fe prc'fentoient. rilefac&Duval,
refolusavec ceux de leur cabale de détrui-
re abfolument cette correfpondance, folli-
citerent les Grands pour faire en forte qu'à
l'avenir on ne prît plus perfonne de ceux
qui pouvoient être fufpcCts de relation avec
Richer, pour êtreReèteur de l'Univerlité.
On fçavoit que c'étoit lui qui gouvernoit
Saulniont,& on employa tous les moyens
poifibles l'empêcher qu'il ne foit continué
dans le Redorât des quatre Nations. Cel-
le de France , gagnée par les artifices de
Gondy , Doyen de l'Eglife de Paris , frère
de l'Evêque, deFilefac & deDuval ; celle
d'Allemagne,corrompuè par l'argent qu'on
fitdiltribucr parles foins du Nonce Ubal-
din aux Pi b. mois & Ecolfois , dont elle
étoit prcfquc toute compofée. L'une & l'au-
tre Nation s'oppoferent par leurslntrans à
la continuation de Saulmont, & nommè-
rent pour Redeur Jean Joli , premier Agent
du Collège de Navarre , alleguans qu'il
lalloit maintenir l'Univerfité dans la foû-
milPion au Pape , dont Richer la détour-
iioit par fes Emilfaires. Celles de Picardie
N
194 L A V I E
<5c de Normandie tinrent bon pour Saul-
i6 I . mont. La divilion des Intrans étoit égale;
il fallut plaider devant le Prévôt de Paris,
qui jugea en faveur de Saulmont.
On regarda ce gain comme une vidoire
remportée par le parti de Richer. Saulmont
entra comme triomphant le premier jour de
Juillet dans rAflemblée de Sorbonne, où
il obligea Filefac à exécuter TArreft du
Parlement du '26. Juin, qui ordonnoit ré-
paration des injures qu'il avoit reçues
dans le même lieu un mois auparavant. Ce
Dodeur en couçut tant de chagrin , que
Pileiac voyant d'ailleurs tous fes artifices décou-
verts & traverlez par Richer , il fe dé-
mit publiquement du Syndicat dans la mê-
me Aflèmblée, avant que la première an>
née de fon emploi fût achevée.
La fatisfadiondesRicheriftes fùtunpea
modérée par l'Evêque d'Orléans , qui en-
tra en même temps en Sorbonne avec des
Lettres de Cachet pour faire recevoir les
L)o6teurs qui s'étoient rendus de la Con-
grégation de l'Oratoire.
Après que ce fçavant Prélat , qui étoit
lui-même de la faculté, & de la Maifon
de Sorbonne , eut parlé dans rAfTemblée
pour cxpofer la volonté du Roi ; Richer
prit la parole, & fit un grand difcours pour
y^ lui découvrir tous les inconveniens qui
nicher pouroient fuivre de la réception des Prê-
tres de l'Oratoire dans la P'aculté , & lui.
rin'.tc 1
Syndicat
oie
Let- pcrfuuderque les Lettres de Cachet ne dé-
voient pas empêcher l'exécution de l'Ar-
:t rcltdu 26. Juin, qui ordonnoit queleRec-
c;.l: ou'ô- leur de rUniverfité <Sc la Faculé de Thea-
r --s de
d'Edmond Ri cher, ipf
logîe produiroient leurs moyens par c- —*—-«.
crit , & que la Cour enjugeroir. Il lui re- i6ia.
montra de plus que la Faculté étant ac- i^QJ^nf j^
tuellement fans Doyen & fans Syndic , par- lecevoir
ce que Roguenaut; & Filefac venoient de \ç^ p^^.
fe retirer, elle ne pouvoit légitimement dé- très de
libérer fur fa propoiîtion. l'OratoI-*'
Richcr n'eut pias plutôt achevé de parler, re.
qu'une grande partie des Doélcurs , ôc fur-
tout les Moines, fc mirent à crier contre lui,
Tappellant rebelle & criminel de leï.e-Ma-
jelié , pour ne vouloir point obéir aux Let-
tres de Cachet , & au commandement du
Roi. Comme il vouloit, & cherchoit ^ fe
fauver de la prcfle , quelques Dodturs
Mendians voulurent fe jetter fur lui pour
l'outrager : mais l'Evêque d'Orlcans les
retint, difint que Richer étoit un homme
de bien , & de trcs-bon fens , Ttr boi^us ^
acerrimi fcnfus .V\Xi.{\Q\xxs quittèrent les rangs
pour aller confolei; Richer, qui étoit vers
la porte de la Salle, & lui faire part du bon
témoignage que le Prélat venoit de lui ren-
dre. Duval , qui l'auroit crû } fut de ce
nombre, & tâcha d'adoucir fon efprit pour
les Prêtres de l'Oratoire, p^ous jçavez , lui
dit Richer, que je n^nvifûge que le Lien
fuhlîc ; maïs dans feu â'^années vous juge^
rez autreme'/ît que vous ne faites mainte^
fiant de la Congrégation de V Oratoire , ^«
faveur de laquelle vovs caufez tant de def-
ordres par vos briques. Duval fe fouvint
{\iL ans après de la vérité de cette prédic-
tion , lorfque pour blâmer l'ambition qu'il
attribuoit à Berullc, il dit qu'il avoit pris un
autre vol qu'il ne fe s'étoit imaginé.
N ij
ip6 L A Vi E
Quoique la plupart des Dofteurs du par-
16x3. ti de Richer fe tuflcnt retirez de l'AlTem-
blée avec le Doyen & le Syndic, pour n'ê-
tre pas préfcns aux violences qu'on alloit
commettre; ceux qui ctoicnt reliez, quoi
qu'en petit nombre , entreprirent hardiment
la défenfe de la liberté de l'Ecole : de for-
te que la voyant opprimée par le nombre
des Dodeurs qu'on avoir fait venir extra-
ordinairement de diverfes Provinces , par-
mi lefquels on comptoir vingt Mendians;
ils s'oppoferent à la conclulion que l'E-
véque d'Orléans , porteur des Lettres de
cachet , avoit di6lée mot à miOt au préten-
du Doyen Burlat , Theogal de fon Egiife,
qu'on avoit fait venir d'Orléans aux dé-
pens du Clergé , pour préiider à la place
de Roguenaut.
Burlat , à la follicitation de fon Evé-
que , ne laiffa pas de réitérer fa conclu-
iion malgré l'oppofition formée. C'eft ce
qui porta le E^edeur del'Univerlitéde prç-
fenter Requête à la Cour en fon nom , 6c en
celui des trois Facultez , pour remontrer la
nullité de tout ce qui s'étoit palié dans
l'AlIemblée de la Faculté de Théologie
le X. Juillet. Ses raifons furent écoutées,
&; fa Requête reçue au Parlement le 13»
du même mois, il plaida lui-même lacau-
fç deux jours après dans la grande Cham-
bre, & les conclulions de l'Avocat Gene-
ral Servin lui furent entièrement favora-
bles : mais le Fréiident Seguier , que le
Rcdeur , accompagné des Suppôts de TU-
iiiverliié, avoit fupplié dans toutes les for-
mes de vouloir s'abflcnir de counoîire de
d'Edmond Ri cher. 197
cette ntîiiîre , parce que ion neveu de Be
rulleyctoit trop intcrefic , & qui avoit net- 1613.
tement retate d'arquiefcer à la recufation,
r appointer la caufe au Confcil , toute
claire & toute jiilie qu'elle étoit ; ^ pour
la raiiîcr périr par la longueur des délais,
il lui fit donner pour Rappoteur un Con-
feiller nommé Pelletier , duquel il étoit
perfuadé qu'il ne fgroit pas poffiblc d'avoir
julHce.
Ce fat alors que Richer , dont le Rec-
teur & les Suppôts de l'Univcrlité n'avoient
été que les minilhes dans toute cette aliai-
rc , voyant le crédit que Berulle avoit au
Parlement & au Confeil du Roi , commen-
ça à defefperer du iuccès, & en abandon-
na entièrement la pourluite. Il crut nean- ♦
moins n'avoir pas perdu fes peines , en ce
qu'il fit ouvrir les yeux à plus de foixante
Docteurs ou Bacheliers amateurs de nou-
vo.uite'z , qui dévoient fe rendre à l'Ora-
toire, dans l'efperance de jouir toujours
des droits de leur Dodorat , & des privi- ^
legcs de l'Univeriité , & qui changèrent
derelblutionà la vue des ditîicultex qu'ils
trouvèrent dans cette afi^aire. Voila quelle
fut la véritable câufe de l'averlion mutuel-
le qui parut entre Berulle & Richer , & que
les difciples du premier entretinrent juf-
qu'à fa mort ; après quoi les plus habiles
d'entre eux ne manquèrent pas de fc récon-
cilier avec la mémoire de Richer ,&d'em-
brafièr même fes fentimens.
L'averfion du côté de Berulle n'ctoit
pourtant pas (\ inflexible , qu'il ne fît quel-
quefois des tentatives pour gagner Richer,
iN iij
ipS L A V I E
— — & l'attirer dans les intérêts de fa Congre-
1613. gation. Dans le temps même que celui-ci
travailloit avec le Rcdeur de l'Univcrlité
à la faire exclure de la Faculté de Théo-
logie , un Prêtre Anglois , nommé Guillau-
me Bishop,le vint trouver au Collège du
Cardinal-le-Moine de la part de BeruUe ,
avec commiffion de lui faire entendre que
fa Congrégation étoit inftituée pour ran-
ger les Jcfuites à la raifun , & pour repri-
^ mer leurs entreprifes ; que ce n'étoit pas
fans fondement que les Jcfuites appréhen-
doient rétablilFement des Prêtres de l'Ora-
toire , qui dévoient s'unir à l'Univerfité,
pour l'aider puiifamment à arrêter le pro-
grès de ces Pères ; & qu'ainli Richer , qui
• étoit fi 2elé pour le bien de l'Univerfité,
& qui faifoit profefllon de ne rien épar-
gner pour le procurer , ne devoit pas s'op-
pofer , comme il faifoit , aux Prêtres de
l'Oratoire.
Richer répondit à Bishop , que s'il s'étoit
^ oppofé aux Jefuites, il ne l'avoit pas fait
par animofité , mais dans la feule vue de
conferver l'Univerfité , & particulièrement
le Collège de Sorbonne , comme il y étoit
obligé par fes engagemcns ; qu'il étoit per-
fuadé que l'Univerfité ,& fur-tout la Sor-
bonne , avoit plus à craindre des Berulif-
tes , que des Jefuites : parce que ceux-là
venoient retondre ce que ceux-ci avoient
laiflë ; & qu'il étoit bien fâcheux qu'après
avoir triomphé des Jefuites avec tant de
peine & de travaux, il fallût foûtcnir une
nouvelle guerre contre l'Oratoire ; qu'aii
jpite il étoit refolu de combattre jufiu'à
d'Edmond Riche r. ipp
la fin pour la dcfenfe de PUniverlitc fa — ^
Mère, & de ne jamais abandonner la'cau- iCi-^.
fe publique , quoique le public abandon-
nât rUniveriîté.
La négociation de Bishop n'ayant pas
eu d'elfet fur Tefprit de Richcr , Berulle
voulut le tenter de nouveau par des fol-
licitations mêlées de reproches. II lui en-
voya fur la fin d'Odobre un Prêtre de fa
Congrégation , nômé Claude Bcrtin , Doc-
teur de Sorbonne : celui-ci n'étant enco-
re que Bachelier, avoit dilputé par ordre
de Richer même, qui étuit alors Syndic,
contre la fameufe Thefe des Jacobins de
l'année 1612, & qui depuis avoit change
de fentimens de l'ancienne -Sorbonne con-
tre ceux de la Cour de Rome. Bertin vou-
lut lui faire peur de la Reine Mère , qui
s'étant déclarée Fondatrice de la Congré-
gation de l'Oratoire , ne manqueroit pas
de prendre pour fcs ennemis ceux qui ne
feroient pas amis de cette Congrégation.
U l'avertit que s'il continuoit de s'oppo-
feràfes progrès , Berulle ne pouroit s'em-
pêcher de dire à Sa Majefté qu'elle n'a-
voit que lui d'advcrfaire ; & qu'il étoit
étrange que celui qui l'étoit déjà du Pa-
pe & des Prélats , voulût l'être encore du
ïloi & de la Reine , en fe rendant celui
de cette Congrégation.
f^ous ffa-vez mieux que ferjonne , répon-
dit Richer à Bertin , que les menaces des
hommes ne font pas plus d'imprejjiu» fur
mon efprit que leurs fromejjes : tous fûtes
témoin il y a deux ans de bien de chofes^
qui devroicnt vous pcrfuader que f étais dès^
N iiij
200 La Vie
lors -à V épreuve des unes ^ des autres. De- i
1613. puis ce temps-là Dieu m'a fortifié de plus
en plus dans cette dtfpojition ; ^ je m^éton"
ne que vous ayez cru pouvoir m' épouvan-
ter du crédit ^ de la faveur de Berulle
auprès de la Heine. "Je n'ignore pas l'af-
cendant qu'il a pris fur elle : mais je fçai
auffi quelle aime la jufttce ; il n'eji quef-
ùon que d'entendre nJniverfité en juge-
ment. C'eji ce que Berulle ne de voit pas
empêcher par tant d'intrigues : puifque Ji
la caufe de VUniverJité je trouve muuvaï-
fe , votre Congrégation fera mieux aj/'er-
mie ^'i^ triomphera avec plus d'éclat, xklais
vous fuyez, la lumière , cj" "vous vous détour-
nez du chemin droit cf commun de la ju-
fiice , pour vous emparer par voye de fait
du droit ^ du bien a'autrut : ou je me
trompe , ou ce nefi pas par cette jorte de
violence qu'on emporte le Ciel ; Berulle pou-
roit faire beaucoup de miracles de cette ef-
pece , avant qu'on y portât des chandelle^ ,
puifqu^il ne ferviroit qu'à détruire les ma-
ximes de ï'iLvangile , qui nous défend de
faire à autrui ce que nous ne voudrions pai
qu'on nous fit. il vous jujfira de conférer
les artifices que vous employez pour vous
établir , avec la ftmplicité des Apôtres , cs'
les premiers Infîiîuieurs des Societez lieli-
gieufes , dans leurs établilfemens , pour ju-
çer vous - même de ce peint. En cela vous
jurpaj/ez les Jefuites , quoi que d'ailleurs
vous ne f>yez que leurs petits Jmges en tout
le refie. Pour fi^ir par vous ^Cijin\nu3.Rl-
cher , je veux vous faire remarquer qu'il
vous cofé, vcfioit moins qii\ï un autre de vous
d'Edmond Ri cher, loi
charger d'une telle commijfioa à mm egard^ —>- -4
^ de vouloir vous prévaloir de la ce/;fure
de mon Livre ^ dont vous connoijfcz finju- idlX.
fîtce csf ^^ nullité : vous ne deviez, pas ou-
blier que vous aviez, lu çjf examiné POur
vrage avant qu'il fût publié \ ^ le fouve^
nir des fentimens où vous étiez alors , vous
auroit peut-être erapcché de faire cette dé-
marche. 'Je n'étois , repartit Bertin , que
fimple Bachelier pour lors : un mouvement
de jeunejjé \jf de vanité pareil à celui qui
accompagne ordinairement les Bacheliers dif*
put an s fur les bancs de i^cole ^m*avoit faif
remuer ces quejiions au Chapitre gênerai
des Jacobins : iêais maintenant que je fuis
autrement injlruit ,je tiens que le Pape feul
eft doiié de la grâce de V infaillibilité , ^
qu'il a condamné feul ^ terajjé plujieurs
herefies , fans aucun Concile , dans les trois
premiers fiecles de PEglifc.
Apprenez , lui répliqua Richer , qu^ aucu-
ne herejie n'a jamais été condamnée fans
quelque Concile ; visT* qu'ainfi le jugement
înfaillible rejide dans la feule Eglife Catho-
lique ou univerjelle ^ ç^ non ddns le Pape
feul. Je veux que vous ne .vous en rappor-
tiez pas a moi , mais à BelLrmin , pour
lequel vous avez tant d'ejhme. Il vous ajfu- L.i.Con-
re pofittvement que le moyen ordinaire zd' ^i^- <^. u.
.necefjaire pour produire un jugement in-
faillible , ejl l'^aj] emblée d^un Concile , tel
qiCil foit , ou petit ou grand , un ou plu-
jieurs ; CST quon n^a jamais condamné dhe-
rcjie J'ans quelque Concile : doù il eft aifé
de juger que le Gouvernement de L^ Eglife
ir'fi arifî ocrât ijîie ^ çsf qu^i proprement par"-
lot La Vie
U- — . — 1er le Pape n*efl cenfé répondre EX C A-
1613. T H E D R A , que quand il ajfemble ^ con*
fuite le Synode.
V I. Pendant que Berulle employoit Bertin,
Le Prin- pour tâcher de gagner ou d'abattre Richer,
ce de le Nonce Apoltolique Ubaldin fe rendit
Condé à Fontainebleau , où étoit la Cour , pour
empêche demander au Roi & à la Reine Régente ,
qu'on (Je la part du Pape , qu'on lui fît juftice
n'envoyé ^^ Richer en France, ou bien qu'on l'en-
Richer à yQy^f ^ Rome. La Reine reçut prefqu'en
Rome , j^éme temps de l'AmbafTadeur ordinaire
i^ quon ^ j^^j V f^Qj^e jg sjgur de Brèves , des
ne le II- , . •• . 1 /> l /- t
vre au lettres qui marquoient la même choie. Lq
Pape 5c à -^^^ d'Epernon , qui fçavoit ce qui fe paf-
rinquifi- fo't 1 & ^ui' ^^o'^ ^'^^ ^^s principaux au-
tion. teurs de tout ce qui fe paflbit & fe tra-
moit contre Richer , fe prefenta pour ap-
puyer la demande du Nonce, & offrir fon
minidere en éxecution de ce qui feroit
ordonné.
Mais Dieu permit que dans le tems que
Ton donnoit audiance au Nonce, & qu'on
ouvrit les lettres de l'Ambaffadeur , le
Prince de Condé fe trouva au Confeil ,
pour s'oppofer au Duc d'Epernon. Ce Prin-
ce ayant entendu que le Nonce demandoit
la punition de Richer en France, ou qu'on
l'envoyât à Rome pour le mettre entre les
mains des Inquilitcurs : Foila , dit-il , une
étrange prepojition. Richer ejl un homme
de bien , irreprocJoable dans fa conduite , fi-
dèle fujet , e/ bon fcrviteur du Roi. Serait-
il pojjible qu'ion l'oulût fe jouer ainfi des
Sujets du Roi , 05^ que l'on permît de les
envoyer a Rome. Le Duc d'Epernon ré-
d'Edmond Ri cher, zoj
pondit que Richer étoït Prêtre ^ Doftcur
en Théologie , Cif p'ir cunjcqiient Sujet du, 1613.
Tape, Eft-ce-a-dtre , répliqua le Prince,
que les Prêtres ^ les Dudeurs en Theolo^
gte ne [ont pas Sujets du Rot , quand ils
font François ? Tout ce qui e(l dans le Royau-
me ^ n^ejl-il pas de fa dépendance , ^ fous
fa proicdion royale ? Si de pareilles entre-
prtfes avoient iieu en France , le Roi feroit
privé d'aune grande partie de fon Royaume^
(S> perdroit la jurifdiélion qu'il a fur tous
fes Sujets naturels : il n\uiroît qu'une puif-
fance empruntée ^ fubaitcrne fur tous les
Fcclefiafiiques de fon Royaume : tS s^ils fe
rendotent rebelles , ou coupables de quelque
crime de leze-MajeJlé , il n\uroit drott de
les punir qu^ autant qu'il plairoit au Pape
de lui en accorder le pouvoir, jfe -vevx que
les Ecclcfidfîiques du Royaume , dans les
chofcs purement jpintuelUs ^foient Sujets du
P^ipe : mais il ne peut pas les tirer à Ro-^
tne f L'Ion J on bon pLiJir ; il doit leur ajji-
gner des Juges dans les Provinces où ils
I demeurent , CJ* les laiffer toujours fous la
yprotedion du Roi dont ils font fujets. Pour
\ ce qui ejl de Richer , il efl certain qu'il
; n'cfi recherché ou pourfuivt par fes enne-
mis , que par ce qu'il défend P indépendan-
ce de la Couronne ^l^ P autorité fouveraine
du Roi.
Le Chancelier , excite par les remon-
trances du Prince de Condé , fe tourna
vers la Reine, & lui dit d'un ton qui mar-
quait Ton émotion : Madame , Madame ,
f\cjl parler bien haut , ^ être bien hardi.,
de demander qu'on envoyé Us Sujets du Roi
204 L A V I E
^— ■ à Rome. Vous ne devez pas permettre qu^'tU
1613. foient atnfi traitez.
Deiîèin Quoique cette affaire parût achevée au
fur la vie Confeil du Roi , on ne lailla pas de tenir
6c la li- à part un Conlcil fecret , où le Nonc?&
berré de j^ Duc d'Epernon prélîderent : il y fut re-
Richer £q|^ <i'cnlever Richer,& de s'afïuitr rie fa
iuinc&: perfonne. Villeroy doiyia les mains àcct-
empcchc ^^ injaftice; mais le Chancelier n'y vou-
Piiilc ^^'^ jiUTiais confentir. Le Doéleur Duval
ment' ^^^^^ ^^ ^^^^ ^^^ Conieils , & ce fut lui,
qui par une efpece de repentir ^ de fatif-
faâion, les découvrit quelques années après
à Richer, dans le chagrin où il étoitdevoir
que Charles de Gondren, Dodcur de Sor-
bonne, & homme d'une mérite lingulier,
s'étoit fait Prêtre de l'Oratoire. Car autant
qu'il avoit paru zélé pour faire entrer Ri^
cher & les autres Dotteurs dans cette Con-
grégation , autant chercha-t-il depuis à les
en détouhier, pîir une averlion étrange qu'il
avoit conçue pour tout ce que Bcrulleen-
treprenoit , s'étant imaginé trop legerem.ent
qu'il n'agifibit plus que par am.bition ou
par intereil:, après avoir avoiié ingénument
à Richer qu'il avoit vu plus clair que lui
dans les dcflcins de Berulle,& qu'il avoit
regret de ne l'avoir pas connu plutôt, lors
qu'il étoir queftion d'exclure fa Congré-
gation de. la Faculté de Théologie, & de
la Maifon de Sorbonne. Il lui déclara qu'en
confequence du refultat de la confpiration
faite contre lui au mois d'06tobre de l'an
161 3. le Duc d'Epernon , qui avoit Berul-
îe pour Contcfitur , avoit promis de le fai-
re enlever , & de l'enlermer dans la tour de
d'Edmond Ri cher, zof
Jjoches ; que îi jamais il en fortoit , ce ne ""
feroit que pour aller à Rome éprouver ce ^^^3-
qu'il avoit eu la hardieile de nier dansfon TeJl.Bjch.
Livre, que le Pape avoit un glaive ma-
tériel & bien tranchant pour couper la tê-
te à des gens taits comme lui. La même
chofe fut encore confirmée à Richer par
François de Montholon, Confeiller d'Etat,
& Intendant de M^e.dc Montpenlier, qui lui
aflura que ceux qui étoient apoftez pour
l'enlever, l'avoient feulement manqué de
trois heures. En quoi Richer crut avoir dé-
couvert des marques tres-fenfibles de la
protedion particulière de Dieu,qui fembloit
l'encourager , en autorifant ainfi les té-
moignages fecrets que fa propre confcien-
ce lui rendoit de fon innocence, & de la
pureté de fes intentions dans tout ce qu'il
avoit écrit touchant l'une & l'autre Puilfan-
ce, & dans tout ce qu'il avoit fait pour
s'oppofer aux entreprifes des Jefuites, &
des Prêtres de l'Oratoire. I^c Hir-
Ce fut vers le même tems , & peu de jours ^-^y ^ [^
après la Toufîaint, qu'on fçut à Paris que ^^"^ *^'^-.
François de Harlay, Abbé de faint Vidor, P^'"^^
.avoit été créé Coadjuteur du Cardinal de *^*^^i"~
Joyeufe pour l'Archevêché de Roiien : & f^l^^^
le Pape lui donna fes Bulles gratuitement, vojj.\r^^
pour le recompenfer de ce qu'il avoit fait y^^n^
l'année précédente contre laperfonne&le contre
Livre de Richer. Son Père Chanvallon & Richer,
lui , foit par une excès de reconnoilîànce,
foit par un mouvement de vanité , publiè-
rent par-tout que cette remife d'annates
faite par le Pape pour avoir fervi le faint
Siège contre fon ennemi , étoit un don
io6 La Vie
, gratuite de 120CO. écus d'or. Ce qui fit
i6li. croire qu'on iai avoit remis aufli l'annate
de fon Abbaye de laintViélor, qu'il n'au-
roit pu payer fans s'incommoder. Ces li-
beralitez excitèrent le nouveau Coadjuteur
à pourfuivre Richer & ce qu'il appelloit
le Riciierilmc avec encore plus d'ardeur
qu'?uparavanr. Il le fit joindre par un Ja-
cobin de la t"a61:ion de Du val, nommé Gen-
tien Billand, pour publier & répandre par
la Ville la ctnrurc qu'on avoit t'aiteà Ro-
me du Livre de Richer. Ils fe préparè-
rent même à la lire en pleine Airemblée
de Sorbonne : mais fur ce que Richer leur
fit dire que s'ils avoient cette hardielTe, il
en appelleroit au Parlement comme d'une
chofe inufitée & abulîve, & qu'il intime-
roit en leur propre & privé nom les au-
'^ teurs & les miniftres de ce nouvel atten-
tat ; cette menace fit un peu revenir de
Harlay , que la joye de fes Bulles avoit
mis hors de lui-même , & l'empêcha d'exé-
cuter fon entreprife.
Dans l'AfTemblée du 4. de Novembre ,
à laquelle Richer ne fc trouva point , de
Harlay voulut rendre compte de tout ce
quis'étoit palfé au fujetde ce Dodeur du-
rant le mois d'06l:obre à Fontainebleau,
dans le Confeil du Roi. Il afliira en mê-
me temps que le Pape avoit prom.is que fi
on ne lui envoyoit Richer tout vit à Ro-
me pour y être brûlé, il le feroit brûler en
effigie , feignant être fort fenfible au dan-
ger qui le menaçoit ; il l'envoya conjurer
enfuite de prévenir fon malheur, eh con-
tentant le Pape. Il lui fit dire que maigre
d'E d m o n d R I c h e r. 207
le Chancelier, la Reine étoit refoluë de l'en- — — »
voyer à Rome ; & que cette bonne PrincelFe 161 3.
ainieroit mieux perdre latroilicme partie de
fon Royaume de France, que de manquer
de donner la moindre fatisfaélion au Pape:
que pour appaifer toute cette tempête, il
ialloit que Richer allât déclarer devant le
Nonce , en prefcnce de quatre ou cinq
témoins , qu'il étoit dans un dcplailir
très - lincere d'avoir fait le Livre de la
Puilja?2ce ecclcjiajlique Qff politique : que
c'étoit le parti le plus facile à prendre pour
lui , d'autant que le Prince de Condé fon
Protc6i:eur,qui Tavoit détendu à la Cour
jufques-là , l'avoit entièrement abandonné,
après avoir defapprouvé fon Livre. Com-
me les Docteurs que de Harlay employoit
pour les commiffions , retournoient lui
rendre compte de leurs négociations , &
qu'ils lui faifoicnt juger par la vigueur des
réponfcs de Richer , qu'il avoit l'efprit in-
vincible; un de fes Domeftiques leur dit,
qu'on feroit un trcs-agréable facririce à
Dieu de tuer Richer , & d'en délivrer le
Public. Une parole li fanguinaire reçue par
les autres DomelHques , avec une efpece
d'applaudifTement, fans que le Maître pa-
rût y trouver à redire, rît horreur àUa com-
pagnie : on vint avertir Richer de demeu-
rer fur fes gardes. ^
Sur le brait qui s'en répandit, un bon
Ecclciiaftique du Diocefe d'Angers, nom- *ii mon-
mé Pierre CofiTiier * demeurant à l'Hôtel rut Piin-
d' Abbiac , compofa en Latin uneRemon- cipal du
trance en forme d'Epîtrc à l'Abbé de faint Collège
VitHor, contre les propoliiions homicides de Sable»
2o8 La Vie
^ que fes gens avoient tenues. Il y défendît
1613. l'innocence de Richcr,&y découvrit l'in-
dignité des perfecutions qu'on lui fa-foit
foutfrir , d'une manière li pathethique,que
ceux -mêmes qui ne vouloient point de
bien à Richer, en furent touchez. L'Ou-
vrage fut généralement goûté de tout le
n-ionde; il defarma plufîeurs ennemis de
Richer par les fentimensde paix & de cha-
rité quil infpiroità fes ledeurs. Mais quoi
qu'il eût été compofé vers le milieu de
Novembre, ainli que l'Auteur avoitvou-
lu le faire remarquer en le commençant
. ^gof-o- par rintroite de la Melle du Dimanche*
gtto cogt- a^qy£| j1 y travailla , il ne parut au jour s
tationes ^^î^^ commencement de l'année fuivante.
facts,c:/c. Q,j^,-|(^ l'Ecrit de Cofmier feroit venu
VU. plutôt entre les mains des ennemis de Ri-
cher , il eft difficile de croire qu'il eût pu
convertir des efprits de la trempe du Duc
d'Epernon , que l'intereft joint au faux it-
je rendoit aveuglément efclave de la paf-
licn d'autrui. Le Pape ayant appris que la
Cour de France ne paroiiîbitpas trop dif-
poféc à lui envoyer Richer , cherchoit quel-
qu'un qui tût capable ,& d'alîez bonne vo-'
lonté pour le venger de ce Dodeur furies
lieux, ou pour le faire palier les Alpes fans
que le Chancelier en fût averti. Il rit pro-
mettre un Chapeau de Cardinal pour fon
fils de la Valette , s'il vouloit fe charger
d'exécuter l'un ou l'autre , en marquant
néanmoins qu'il aimoit mieux qu'on lui
livrât Richer vif , pour lui faire faire fou
procès à l'Inquilition.
D'Epernon prit la commilTion , fans que
ni
d'Edmond Ri cher, zo^i
nî fan Confefleùr de Bcrulle , ni pas un i^— — u*.
Prélat , ni aucun Direéleur de confcien- 1613»
ce , lui en fît le moindre fcrupule. Il
fit faifir Richer dans fon Collège du Car-
dinal - le - Moine par des Archers , qui le
traînèrent par la rue avec mille indigni-
tez , quoiqu'il ne fît point la moindre re-
liftance,& ils le jetterent dans les prifons
de faint Vi6lor. On croyoit que le Prin-
ce de Condé s'interelFeroit efficacement
pour lui auprès du Roi & de la Reine ,
après ce qu'il nvoit fait pour empêcher
qu'on ne l'envoyât à Rome. Richer lui-
même, fe fouvenant des témoignages de
bienveillance & d'eftime qu'il lui avoir don-
nez , l'avoit fait prier de le prendre fous
fa proteétion : mais ce Prince, redoutant
le crédit & la faveur du Duc d'Epernon,
qui étoit tout-puilfant aupiès de la Reine
Régente, & qui lui en avoit déjà fait fen-
tir de fâcheux effets, n'ofa parler pour Ri-
cher , ou s'il le fit , ce fut inutilement. L'U- Vioîen-*
niverfité , qui fe trouvoic intereifée dans ces J-j
toutes ces violences , fe remua pourlepri- I>"c d'E-.
fonnier avec plus de fuccès : elle prefcn- pernon
ta Requête au Parlement, où on fit venir arrêtées
Richer , qui fut favorablement écouté dans P^il^P^^"-!
tout ce qu'il allégua pour prouver fon in- ^^"^^^^
iiocence,<5crin)ullice qu'il avoit foufterte.
Il fut remis en liberté, & rétabli dans fon
-Collège , & dans la poflefilon paiiîble de
tout ce qu'on lui avoit enlevé. Le Par-
lement , non content de l'avoir arraché des
mains du Duc d'Epernon , décréta encore
contre ceux qui avoient été les exécuteurs
de ces violences , & donna des fauve-gar?
O
IIO L A V I E
-I _ rl^iQ à RIcher, contr^ fes ennemis quîauA
3^J3.. roicnt dorefnavant la penfée d'attenter fut^
lui. '
La mortification que reçut le Duc d'E*
peruon d'avoir ainfi manqué fon coup,
lui tint encore lieu d'un nouveau meritô
auprès du Pape , qui conliderant fes fer-
vices plutôt par la qualité de fon '^elé &
de fes efforts , que par le fucccs , ne laif-
fa pas de faire fon fils Cardinal dans la,
fuite des temps,
nicher Cependant Richer fit fon teftament , craî-
hk fon gnaiit que toutes les fauve-gardes que- le
Tefta- Parlement lui avoit données , ne fuifeiit
ment. pas capables de le garantir -de la mauyai-
le volonté de fes ennemis ; il employa la
liberté qu'on lui avoit rendue , & le peu
de temps qui pouvoit lui refter , pour fe
préparer à la mort. Son teftament,qui eft
en François, ell du i6.de Novembre. Ille
lit pour prévenir toute furprife : parc^ que
de jour à autre il étoit averti & menace
de quelque nouvelle entreprife contre fa
vie. Mais parce que ce Tellament ne re-
gardoit prefque que la difpolition de ce
qu'il polîedoit , & qu'il ne croyoit pas
moin» necellàire de pourvoir à la fureté
de fes fentimens en faveur de la pofteri-
té ; il en fit un fécond en Latin le 22.
du même mois. Il voulut que l'on s'en
tînt à ce teftament pour juger de fes vé-
ritables fentimens, contre tout ce que la
propre foibleffc pouroit lui faire faire à la
vûé des dangers ou de la mort , & con-
tre tout ce que la malice de fes ennemis,
f'ouroit produire dans'la fuite pour faire
d*Edmond Richer. Zlf
Croire au Public qu'il auroit changé de len tg
timens, ou retraâé la doélrine qu'il avoit i6i3*
enfeignée dans fon Livre de la Putjjarî'
ce ecdefiaftique ^ politique. Il rcnouvella
ces deux teftamens de temps en temps , &
îl refolut dix - fept ans après de faire im-
primer le fécond à fes dépens : afin d'in-
former le Public de la conduite qu'il avoit
gardée en Sorbonnc & ailleurs , depuis qu'il
avoit été reçu Doâeur, & de laillèr une bon-
ne proteftation d'uniformité de perfcveran-
ce dans les fentimens de l'ancienne Sorbon-
nc, qu'il avoit inferez dans fon Livre, &
qu'il avoit défendus en toute occalïon.
Au milieu des embûches que lui dref- VIIIJ
foient fes ennemis , dans le temps mcme vigor c^
qu'il fe croyoit réduit à ne point recevoir crit poujt
de confolation que du fonds de fa propre la defen-
confcience, il lui en vint une de dehors, fe de Ri*
qui lui fut d'autant plus agréable, qu'elle cher,
avoit pour fondement la dcfenfe des fen-
timens qui faifoient tout le fujet defaper-
fecution. Celui qui la lui procuroit, étoit
Simon Vigor , Confeiller au grand Con-
feil, héritier des fentimens du célèbre Ar-
chevêque de Narbonne de même nom , fon
oncle & fon parrain , qui avoit été Doc-
teur de Sorbonne , Théologal de l'Eglffc
de Paris , & Prédicateur du Roi Charles
IX , & qui s'étoit diilingué au Concile de
Trente, où ce Prince l'avoit envoyé avec
fes autres Députez.
Vigor n'étoit pas content d'avoir dé-
claré hautement que la dodtrine pour la-
quelle on inquietoit Richer, ôc que les Pré-
lats avoient cenfurée dans ion Livre de U
Oii
HZ L A V I Ê
-^— - Puijfance ccclefiaftique ^ politique , étoit
^613. la même que celle que Ion oncle avoit
toujours prêchée en Chaire , enfeignée en
Sorbonne , & laille'e dans fes Ecrits ; iî
voulut encore entreprendre la défenfe de
ces lentimcns , & faire l'Apologie de Ri-
cher par un Livre qu'il publia' en Latin
fous je nom de Theophilus Francus , & fous
le titre de Commentaire [nr la Réponfe Sy^
féodale que fit le Concile de Baie aux Am-
hajfadeurs du Pape Eugène IV. dans la
Congrégation Générale du '^. de Septembre
1432. touchant V autorité du Concile Gene-^
rai fur le Pape ^ Jur chaque fidèle.
L'Auteur ayant déclaré qu'il loûmettoît
fon Ouvrage à l'examen & au jugement
de l'Eglife univerfelle, du faint Siège, &
de la Faculté de Théologie de Paris , de
toutes les Eglifes particulières , & autres
Sociétés de Pafteurs ou Dodeurs , pour-
vu qu'ils foient aflemblez au nom de Je-
fus-Chrili ; proteilant qu'il n'avoit été for-
cé d'écrire ni par la haine , ni par l'ami-
tié qu'il eût pour qui que ce fût ; que ne
connoilfant aucun de ceux contre qui il
• avoit été obligé d'écrire , loin de les haïr,
il fe fentoit difpofé à leur rendre tous les
fervices dont il auroit été capable ; & que
pour ce qui étoit de Richer , dont il dé-
^ fendoit la caufe & la doétrine , il ne l'a-
voit vu que deux fois en toute fa vie, ce
qui n'étoit pas fuffifant pour faire dire qu'il
étoit lié d'amitié avec lui.
La coniidcration que tout le monde
avoit pour le mérite & le rang de Vigor,
fut caufe que les ennemis de Richer , au
d'Edmond Ri cher. 113
, lîeu de le prendre à partie d'abord , aime- — —
rent mieux regader foii Ouvrage comme 1013.
le fruit d'un inconnu , conçu dans les té-
nèbres , que perfonne n'ofoit avoiier , fous
prétexte qu'il y avoir fuppofe un nom étran-
ger au lieu du lien. Vigor fentit auffi-tôtla
neceliité qu'il y avoir de fe déclarer l'auteur
de l'Ouvrage, pour ne pas nuire à la vé-
rité, & ne pas le rendre inutile au Public.
Mais comme depuis quelque temps ilvi-
voit retiré dans une terre qu'il avoir eu
Champagne , pour vaquer plus tranquille-
ment à l'étude, & au falut de fon ame;il
envoya une procuration dans les formes
ordinaires à fon frère Nicolas Vigor, de-
meurant à Paris , pour avoiier pablique-
ment en fon nom le Livre dont ii étoit
queftion. Nicolas prit deux Notaires au
Châtelet , & alla faire la déclaration de-
vant le Doyen, le Syndic, & les Dodleurs
de la Faculté de Théologie. La déclaration
portoit, qu'cficore que L' Auteur ne fut pas
obligé de découvrir les motifs qui l^avoient
empêché d'' exprimer fon nom au Livre in-
titulé , Ex Responsione Synodali da-
ta BasiliCvE , ^c. il trouvoit bon d\n
'marquer un des principaux \ fçavoir , que
(eux qui , fuiuant la dodrtne des Apôtres
k^ des anciens Pères de l^Eglife , foûtenoient
(le fon temps que la fouveraineté temporel-
le des Rois ^ des Princes Chrétiens dé-
fend feulement de Dieu , ^ qui s^oppofoienf
aux opinions de ceux qut attribuent au Pa-
pe une puiffance direàe ou tndireéie fur les
çhofes temporelles , étoient auffi-tht cenfu-
T€K, ) dégradez , chajjez , jetiez, dans des ca^
Q iy
ii4 La Vie
'■'■ ■— chots , contre le droit des gens , ou punis
Î613. même du dernier fuppîice : que V Auteur
offroit de faire 'voir qu'il n'y avoit rien ni
dans ce Livre , ni dans celui de Ri cher ,
dont il prenait la défenfe , qui ne fût par-
faitement conforme à la doÛrine confiante
^jf perpétuelle de la Sor bonne juf qu'au temps
de fon oncle , dont il gardait Us minutes ,
pour en faire foi par ce témoignage irre- <
prochahle , auffi-hien que par les monumens
publics. Qu'il fornmoit ta Faculté de vou-
loir examiner fon Livre , l^ de députer
four cet effet un nombre de Doéîeurs exempts
de toute préoccupation , Cif cCanimofité par-
ticulière contre le Traité DE EcCLESlAS-
TICA ET POLÎTICA PoTESTATE. Qu'ils
cujfent à qualifier les termes ^ les propo-
fitions quils jugeroient dignes de cenfure ,
ou d"* éclair ciffcment : que s^tls en ufoient au-
trement , ^ que par brigues , ou autres
moyens illicites ^ils voulurent trahir la vé-
rité qu'il prétendait avoir expofée dans fon
Livre ^ il fe pourvoir oit contre eux par les
voycs ordinaires de la jufîice.
Cette déclaration , que le Doyen & le
Syndic de la Faculté furent obligez de fi-
gner en préfence des Notaires , fervit beau-
coup à retenir les ennemis deRicher,qui s'é-
toient vantez d'empêcher par la crainte des
profcriptions & des fupplices, qu'aucun des
défenfeurs ofat rien entreprendre, & faire
paroître en public pour, foûtenir la dodrî-
ne de fon Livre. Le Do6l:eur Duval ne
pouvant plus diffimuler , après une décla-
ration fi authentique, que Vigor fût l'au-
teur du Commentaire fur la Réponfe Sy^
d'E D m O N D R ï C h E R . II)-
jîodalc du Concile de Bâle aux Députez --—
du Pape Eugène , prit le parti de Tattaqucr i6i3-
ouvertement : ce qu'il fit par la publica-
tion d'un Livre Laiin Ibus le titre , de lu
JPuiffance jouvcratne du Pape fur rEglife.
Vigor répliqua en même langue,- & voulut
donner à Ion nouvel ouvrage le titre d'y:/-
pologie touchant ^autorité fouveratne de PE-
gltfe. Il en fit quatre Traitez feparez ; dans
le premier defqueh il tâcha d'étaolir la Mo-
harchie de TEglile : dans le fécond ion in-
faillibilité au Concile General, qui la rcpre-
fente : dans le troilîéme la dilciplinc ec-
clelialtique maintenue ou profcrite par les
Princes feculiers dans leurs Etats : & dans
le quatrième , l'cminence ou la fuperiori-
té du Concile au-dcifus du Pape.
Daval,qui avoit ufé toutes fes raifons,
& toutes fes injures dans fon Ecrit , ne fçut
plus que repondre : mais il eut recours à
un x^umônier du Roi nommé Theophra-
fte Bonju , dit Beaulieu , qui entreprit de
réfuter l'Apologie de Vigor en François ^
parce qu'il n'étoit pas en état de le faire
en Latin. Il commença par deux Avis, auf-
quels Vigor répondit pour lui faire con-
noître qu'il n'étoit pas propre à traiter ces
matières à caufe de l'ignorance où il étoit
de la langue Latine , dont les termes dé-
voient éire pris fans équivoque.
Bonju fe piqua d'honneur, & s'ciantfait
affilier de quelques amis , il publia un nou-
vel Ouvrage avec Le titre de Défenfe pour
la Hiérarchie de VEglife , ^ de notre faini
Père le Pape , & prit la liberté de le dé-
dier au Roi. L'Ouvrage étoit bien moins
O iiij
2i6 La Vie
r ■ '" ' "■ lupportable que celui de Duval.
i6i;{. Vigor ne jugea pas à propos de le mé-.
priler , à caufe du refped dû au nom de fa^
JViajefté , que l'Auteur avoit mis à la tê-
te. Il y répondit , non pas en Latin , mais
^n Langue vulgaire , parce qu'il vouloir
fe rendre intelligible à l'Auteur qui l'avoit
attaqué. Il fit porter à ce nouvel Ouvra-
ge le titre, De l^Etat çsf Gouvernement de
l^Eglife.W ledivifa en autant de Livre que
fon Apologie Latine contre Duval ; & il
y traita les mêmes fujets dans un ordre &
une méthode toute femblable à fon pre-
mier Livre.
Emporte- L'avantage que Vigor remporta fur tous
mens de ^^^ adverfaires fut un véritable fujet de
Piene de tj-jonipher pour la caufe que lui & Richer
y^^^ défendoient contre les partifans de la Cour
contre
ir her de Rome; mais il ne diminua guéres le
nombre des ennemis de ce dernier. L'un
des plus animer contre lui étoit le Syl-
^<^I4- vius de Pierre de Vive, Piemontois , allié
de l'Evêque de Paris, & fon Grand Vi-
caire, qui avoit fait tant de démarches inu-
tiles avec l'Auditeur Scappi, pour faire cen-
furer fon Livre en Sorbonne. Cet homme,
en qualité de Chancelier de l'Univerfité de
Paris, fe difpofant le z8. de Janvier 1614.
à donner la benediâ:ion aux Théologiens
que la Faculté de Paris avoit licetitiez, &
mis hors de l'Ecole, fit une harangue qui
jie fut qu'une continuelle inveélive contre
Richer , fans le nommer. Après avoir fait
entendre que l'Univerfité de Paris devQÎt
fon établilfement , fe$ privilèges (Se gene-
falement tout ce qu'elle avoit au Pape;
d'Edmond Richer. 217
i\ déclara aux Dodteurs & aux Licentiez qui ?
afpiroient au Do6lorat , qu'ils étoient étroi- 1614.
tcineiu obligez de défendre la Monarchie,
& le pouvoir defpotique du Pape , ajoutant
que s'il arrivoit à quelqu'un de ces der-
niers de mettre dans fes Theles aucune
propolition de celles qui avoient été con-
damnées au Synode de Sens , & réfutées par
pluiieurs Doéteurs, il leroit rejette de la
Licence, & ne pouroit obtenir le degré
de Do6teur,que je confère , difoit-il , feu-
lement par l'autorité du Pape. Proiec-
Un difcours li paliioné, (X li plein d'er- tion du
reurs groffieres ût bien moins de tort à Prince
Richer , que la retraite fubitc que lit le de Condé
Prince de Condé en quittant la Cour, nuifible à
Comme ce Prince paffoit publiquement Richer.
dans le monde pour fon Protecteur ,
fes ennemis ne lailîerent pas échapper
cette occalion de renouveller leur hai-
ne contre lui. Par les lettres que le Prin-
ce écrivit à la Reine pour jullilier fa re-
traite, il fe plaignoit que le Chancelier Ôc
Villcroyfaifoient les Arrellsdu privé Con-
fcildu Roi comme bon leur fembloit, fans
en confulter que leur intérêt particulier,
ou leur caprice ; & qu'ils étoient caufe
de la divifion qui ruinoit la Sorbonne ,
qui avoit été toujours fort unie aupara-
vant. Il n'en fallut pas davantage pour
exciter un nouvel orage fur la tête de
Richer. On le calomnia de nouveau ,
comme s'il eût écrit le Livre de la Puif-
fance ecclefiajitque i^ politique pour trou-
bler l'état du Mariage de la Reine, & ce-
Jui des enfans de France. Calomnie in-
2l8 L A V I E
^ ventée deux ans auparavant par le Cardi-
J614. j^al du Perron ; puis réitérée & rebattue au-
tant de fois que le Prince de Condé faifoit
de mouvement, ou que Ton faifoit quel-
que chofe contre lui à la Cour : tant il ctoit
nuilîble à Richer d'avoir été défendu une
feule foi dans le Confeil par le Prince de
Condé. *
■^ ^•, Il n'en étoit pas de même de laprotec-
iivre de ^j^j^ ^^^ ^ç Parlement donnoit à la doc-
c^^nd^' trine qu*il défendoit.C'eft ce qui parut en-
^ am- ^^^.g p^^ 1^ condamnation qu'il fît d'un
Livre nouveau publié par François Sua-
re2, Jefuite Efpagnol, fous le titre fpecieux
de Défenfc de la Foi Catholtquc contre les
erreurs de la Seéie Anglicane. En exécu-
tion de TArrefl: donné le 16. jour de Juin
le Livre fut brûlé le lendemain , & l'Au-
teur noté , pour avoir enfeigné que le Pa-
pe pouvoit non feulement depolieder les
Rois, de leurs Etats , mais leur faire per-
dre encore la vie , après qu'il les avoit
condamnez. L'Arreft du Parlement fut fo-
lemnellement prononcé à la grande Cham-
bre , en prefence des quatre principaux d'en-
Ignace ^j-e iesjefuites*de Paris. Le ;>remier Pré-
Armiind, j^-^^ç.^^^ p^j. autorité de la Cour, reprocha pu-
V j bliquement à ces Pères, qu'au préjudice.
Tour à ^^^^^ ^^ ^^ déclaration qu'ils avoient faite
3a place ^^ Greffe du Parlement le 22. de Février
du Pere ^^ ^'^^^ i6ii. de fe conformer entièrement
Cotton, à î^ do6tîine de l'Ecole de Paris, que du
Jacques* Décret de leur General , publié peu de tems
Sirmond^ après la mort du Roi Henri le Grand; un
Tronton homme de leur Compagnie venoit de pu-»
du Duc. blier encore un Livre tres-pernicieux con-
d'EdmoKd Ricïîer. 219
tre la perfonne du Roi , & l'Etat de Ion — -
Royaume. Il leur ordonna de taire publier 1614
de nouveau le Décret de leur General, &
d'en apporter un A61:e à la Cour de Par-
lement dans fix mois : & il leur déclara
que s'il arrivoit à aucun de leur Compa-
gnie de parler ou d'écrire comme Suarez,
ou même de ne pas enfeigner le contrai-
re dans les Prédications ; la Cour proce-
deroit contre eux comme criminels de Ic-
2c-Majelié.
La condamnation de ce Livre de Suaret Article du
étant écheuë au temps de la convocation tiers Etat
des trois Etats du Royaume à Paris , fit attribué
rouvrir dans plufieurs Provinces de Fran- taufle-^
ce la playe que la Erance avoit reçue de "^Ç^i^ ^
cette doàrine parricide , par la mort des Ri<^tier,
deux derniers Rois , ôt fit rechercher le Li-
vre de Richer avec plus d'emprellement que
jamais, pour mettre une barrière aux pro-
grès étonnans que ces pcrnicieufes maxi-
mes taifoient fous la minorité d'un Roi en-
core entant , & fous la Régence d'une Rei-
ne Italienne. On drefla en divers endroits
du Royaume des articles pour empêcher le
cours de cette dodrine , par la crainte de
retomber dans le malheur où cette mau-
dite doèlrine avoit plongé la France. On .
chargea les Députez des Provinces, tant de
la Noblelle que du tiers Etat, d'en faire des
plaintes & des remontrances à l'AfTemblée
des trois Etats.
La Province de Paris , qui avoit fervi
de théâtre à tant de funellcs Tragédies , fe
fignala entre toutes les autres par le ^elç
qu'elle v fit paro'^tre. L'article qu'elle fit
210 L A V I E
^ drciïer contenoit en huit points , qu'on ar-
Î614. réteroit dans TAfTemblée des Etats pour
loi fondamentale & inviolable du Royau-
me, que le Roi étant fouverain dans fon
Etat , ^ ne tenant que de Dieu feul fa
CùîiYonne , il n'y a Puiffance en terre , telle
qu'elle puijje être ^fpirttuelle ou temporelle ,
qui ait aucun droit fur fon Royaume , ni pour
l'en priver , ni pour difpenfer , ou abfoudre
fes Sujets de la fidélité & de l''ohciJ[jance
qii'tls lui doivent , pour quelque caufe ^
prétexte que ce pût être. Il fut reçu d'abord
& approuvé par le tiers Etat, qui conclut
qu'il fût mis à la tête de fon cahier. Mais
ayant donné avis de fa refolulion à l'Or-
dre du Clergé, & à celui de la NoblefTe,
le Cardinal du Perron fe rendit à la Cham*
bre de la NoblefTe , & en celle du tiers Etat,
où par deux harangnes tres-artificieufes , il
les diifuada de recevoir cet article. Il ne
lui fut pas difficile d'impofer à laNoblef-
fe, dont la plus grande partie n'avoit, ou
point du tout , ou point affez d'étude pour
voir où tendoient les artifices du Cardinal.
Mais il ne put rien perfuader au tiers Etat,
qui étoit compofé de beaucoup de do6les
Magiftrats & Jurifconfultes du Royaume.
Le Cardinal , pour donner de la terreur j
leur foûtint que cet article étoit beaucoup
plus pernicieux pour la Religion Catholi-
que, que le Formulaire du ferment de fi-
délité que le Roi d'Angleterre avoit fait
propofer aux Catholiques Anglois. Il leur
dit de plus que c'étoit Richer qui avoit
compofé cet article pour femer unfchifme
en France ; que c'étoit un efprit violent.
d'Edmond Ri cher, izt
qui n'aimoit qu'à fe jetter dans les extré- — -*i^
mitez, & qui ne pouvoit tenir de milieu. 1614.
Il étoit faux au refte que Richer fût Au-
teur de cet article du tiers Etat. Il avoit
été conçu & drefle par un Confeiller du
Parlement nommé Claude le Prêtre , rc-
commandable par fa vertu & fa capacité;
il avoit été lu & examiné dans les Allem-
blées de Ville devant le Prévôt des Mar-
chands , tes Efchevins , plulicurs Confeil-
1ers du Parlement, & de la Ville, & un
très-grand nombre de Députez , tant de la
part du Clergé , que du tiers Etat. Non
feulement Richer n'y avoit pas eu de part,
mais il n'avoit pas été d'avis qu'on le
propolat; non pas qu'il ne le jugeât très- Les gens
bon & tres-équitable en tout ce qu'il con- de bien
tenoit , mais il voyoit qu'il étoit hors de ont parle
failbn de le propofer fous la minorité du de mémo
Roi , pendant que l'Etat étoit agité de fac- ^^^ qua-
tions,& que chacun feprévaloitdelacon- ^^'^ .^^'Q-
jonèlure des temps, au préjudice de la fou- po""oi^s
veraineté du Prince. C'eft ainli que Ri- ^^^ ar-
cher s'en expliqua toujours à toutes les ^^^^^ '^"
perfonnes de qualité qui le vinrent con- ^^^ç^
fulter fur cette atfairc , ajoutant néanmoins, ^^^ ^^^^
que comme l'article n'avoit rien qui ne etoitalor;i
fût conforme à la Loi de Dieu & de la brouillé
nature , il valoit mieux foûtenir les pre- avec le
mieres démarches qu'on avoic faites , que de Pape,
trahir la vérité en les abandonnant : arin
qu'on n'en pût tirer aucun avantage pour
inlinuer les propofitions contraires. -X"-'
Ce nouvel incident fervit encore à Ri- Richer fd
cher pour lui faire connoître qu'il n'avoit retii-edex
pas de compolicion à cfperer de la part de Aircm-.
ZIZ L A V I E
fes ennemis, dont la malignité ne faifoît
que croître avec celle des temps. C'eft ce
qui le fit refoudre de s'abftenir doréna-
vant de paroître dans les affaires publi-
ques , & à ne plus fe trouver aux Afîèm*
blées de Sorbonne , pour ôtcr toute oc-
cafion de parler , & de fe faire attribuer
tout ce qui s'y pouroit palfer d'odieux. Il
crut aulTi que ce feroit le moyen de fe
fouftraire aux fâcheux effets de l'animofi-
té du Cardinal du Perron, du N once Apo-
ftolique,& des Prélats, qui paroiffoit im-
placable. Mais ce qui le détermina le plus
à la retraite & au lilcnce,'fut Tarmement
du Prince de Condé , dont tous les mou-
vemens avoient toujours renouvelle fes af-
fligions. Car encore qu'il fût tres-éloigné
d'entrer dans les intérêts & les reffenti-
mens de ce Prince , il ne laiffoit pas d'ê-
tre tres-fenfîble à tout ce qu'il faifoit au
préjudice de fes devoirs envers le Roi, &
le repos de l'Etat. Cequil'atïïigeoit leplus,
c'étoit le plaifir fecrec que prennoient fes
ennemis de publier , quoique faulfement,
que le Prince de Condé ne faifoit que fui-
vre les maximes deRicher dans toutes fes
démarches.
^*"* Pour jouir avec plus de loifir des avantages
1616. de fa retraite, qu'il vouloit employer à la
Richer prière & à l'étude , il fe délit de fa charge de
quitte la Principal de fon Collège vers le temps de
Principa- Pâques 1616, que fon âge & fes infirmi-
hte ac te2 ne lui permettoient plus d'ailleurs d'e-
Von Col- xercer avec fa vigueur & fon affiduité or-
'S^' dinaires ; mais cette démilfion volontaire,
pour laquelle fes Bourfiers l'avoienr autre-
d'Edmond Riche r. 215
fois tant chicané , ne fervit pas beaucoup m m
à leur toucher le cœur, ni à changer leurs 1610.
difpofitions à fon égard ; parce qu'ils
•Voyoient que demeurant Grand Maître du
"CoIlq^e, ils feroit toujours en état de les
lir eu bride. Ilschoiiirentun autre Prin-
'. ^^al pour neuf ans.
Ce fut cette année que le,Roî pour ap- DiYpofî-
" ocher de fa perfonne Guilleaume du Vair, ^'^^^^s da
:nier Préiîdent au Parlement de Pro- Garde
vence , & reconnoitie fon mérite , le fit ^^s Sce-
Garde des Sceaux de France. Richer fe '^"^. ^^
fouveuiiiu de la generolité qu'il avoit eue ^"^'^, ^
pour s'oppofcr à la cenfure que l'Arche- S^^'-'^
véque d'Aix avoit faite contre fon Livre
iivcc fes Suffragans, & des marques de la
bienveillance qu'il lui avoit fait donner par
de Peirefc , qu'il avoit députe en Cour làir
ce fujct; crut qu'il étoit de fon devoir de
l'aller faluer,&de lui en témoigner fa re-
connoifTance. Du Vair le reçut avec tou-
tes les dcmonftrations d'une amitié fince-
re 5 l'encouragea à demeurer ferme dans
fcs fentimens , & dans la défenfe de la vé-
rité, lai promit fa protedion en toute ren-
contre, ÔL lui offrit fa faveur pour lui ôc
pour ceux qu'il voudroit lui recomman-
der. Les bonnes rcfolutions de ce nouveau.
Minirtrc ne rcgardoient pas moins les af-
fliires de l'Etat, dont le rétabliilement de-
inandoit un homme de tête & deConfeil,
comme il étoit. Mais on ne lui donna gue-
res le îoifir de les exécuter : on commen-
ça ii redouter fon intégrité , & on lui ôca
les Sceaux des le mois de Novembre de la
même aniice Cette difgrace fut une fâ-
ii4 L A V I E
!*■■ cheufe épreuve pour cette intégrité qu'il
i6i6. avoit apportée de la Province. Elle lui at-
tendrit tellement le cœur , qu'ayant fçû
qu'on avoit témoigné quelque regret de f-a.
deftitution à la Cour, il en témoigna aulîî^
du peu de complaifance qu'il avoit eue pour
les volontez de ceux qui avoient l'admi*
niftration des affaires. On lui rendit les
Sceaux au mois de Juin de l'année fuivan-
1617. te ; & Ton rétabliffemcnt , foûtenu des plus
grandes efperances que la Cour de Rome
puifTe donner à un Ecclefiaftique ambitieux,
fit une révolution confiderabledans fon ef-
prit,& produifit dans fa volonté un chan-
gement dont Richer reçut des preuves quel-
ques années après.
X I- Le Dofteur Duval fatigué de tourmen»
Buval Je,. Richer par la force ouverte, & s'en-
f -.^r î^uyant d'ailleurs de ne le plus voir en
vouloir le ^Qj-^onne, feignit alors de fe vouloir re-
lie?^^^^'6c concilier avec lui , dans le deffein de ga-
Richer §^^^ P^^ ^^ ^^^^ ^^^^^ ^^^ ^^^ violences ,
pour le' ^^ celles des autres u'avoient pu abattre,
furpren- I^ans cette vue, il lui envoya fur la fin
dre. du mois de Juillet le Dodeur Georges
Froger, Curé de S. Nicolas du Cluardon-
net , fon difciple & fon confident , poun
lui perfuader de vouloir expliquer fon Li-
vre de la puijjance Ecclefiaftique ^ Poli-
tique , ajoutant qu'il travailleroit pour la
gloire de Dieu , & pour la réunion de l'E-
cole de Sorbonne , qui étoit miferable-
ment déchirée par les divilions. Car c'é-
toit le prétexte fpecieux dont il avoit cru
devoir fe fervir pour l'engager plus facile-
ment à fournir de nouveaux fujets de que-
relle
J
d'Edmond Riche r. zif
telle & de'perfecutîons à fes ennemis. <
Richer découvrit d'abord le piège qu'on 1617.
lui tcndoit, & il repondit à Froger que ce
n'étoit point le tems d'écrire, & que d'ail-
leurs il ne lui étoit pas permis de mettre
rien en lumière, depuis la défenfe qui lui
avoit été faite par le Cardinal de Bonzi,
de la part de la Reine Régente , de rien
écrire fnr le fcjet qu'on lui propofoir.
Deux mois après on apporta de la Foi-
re de Francfort à Paris le nouveau Livre
de Marc- Antoine de Dominis , Archevê-
que de Spalatro en Dalmatie. Cet Auteur
venoit de le publier en Latin fous le titre.
De Repubtica Ecclefiajlica Lihri decem^to-
mis tribus. 11 ne paroilïbit encore que le
premier tome di\iié en quatre livres.
Le bruit que tic cet Ouvrage porta plu- J"5^-
fieurs perfjuncs de coniideration à rendre "\^"^ ^^
vilite à Richer, pour en fçavoir fon fcn- ^',^:^^^^ .
timent. Il leur fit entendre que ce Prélat ^"^* |f r''"
avoit tout gâté , pour avoir voulu traiter \^^ ij *
les controverfes & les points dogmatiques; ^^^^^
au lieu de s'attacher uniquement, comme
il le devoit , à renfermer la domination de
la Cour de Rome dans fes bornes légiti-
mes : que par cette conduite il avoit ou-
vert la porte à des nouveautez dangereu-
fes ,& jette les femences d'un fchifme : que
dans l'avis qu'il avoit publié de fa retraite,
& de fa fortie d'Italie , il fembloit avoir
delfein de vouloir faire revivre toutes les
nouvelles herelies , lorfqu'il avoit ofé di-
re , c^iie la doârïne de ces Eglifes ou Soc'te- }^^tm, %
tez ennemies de Rome , que les Catholiques
combattent avec tant d^ ardeur , ne diffère
P
12(5 L A V I E
■ . en rien , ou fi peu que rten de la leritahU
iCiy. (^ pure doârine de ^ancienne Eglife : qu*o»
a cru devoir rejetter cette dodnne tout d'un
coup , plutôt que de la combattre par des
moyens honnêtes ^ légitimes : ^ que fi.
elle étoit en horreur à Rome , ^ parmi
nous , ce n"* étoit pas qu'elle fût hérétique ,
ou fciujje , mais parce qu'^elle étoit contraire
aux fentimens , ^ aux mœurs corrompues
de la Cour Romaine ^ qui étoit devenue toU'
te temporelle , ^ ne fe gouvernait plus que
par une politique purement humaine. Que
rien n'étoit plus capable de ruiner l'union
& la paix de la Chrétienté que ces maxi-
mes ,& que cela meritoît une tres-rigou-
reufe cenfure. D'ailleurs , que ce Prélat
détournoit faufîement la dodrine de l'E-
cole de Paris , pour la faire fervir à fes
delîeins , prétendant qu'il n'enfeignoit pas
autre choie qu'elle ; qu'il en impofoit à
la Sorbonne , en fuppofant qu'elle tenoit
]'état de l'Eglife feulement ariftocratique,
& en fe fervant de cette fuppolition pour
détruire la Papauté , ou la primauté de S.
Pierre & de fes fuccefTeurs.
Tous ces difcours ne manquèrent pas
d'être rapportez au nouveau Nonce du
Pape , Gui Bentivoglio , fucceileur du Car-
dinal Ubaldin, par la plupart de ceux-mé-
mes qui les avoient entendus de fa bouche.
Il faut avouer que Bentivoglio eut pour
lui des égards, & des manières moins dures-
que n'en avoir eues fon predecellèur , foit
que le récit de ces difcours eût fait quel-
que irnpreffion favorable fur fon efprit ,
foit qu'il eût naturellement plus de poli-
d'Edmond Richçr. zvj
tefTe , & pies de lumières qu'Ubaldin. — —
Duval lui-même ayant appris le juge- 1617.
inent que Richer failuit du Livre dcl'Ar- x 1 1.
chev«2que de Spalatro , en tcmoiguA tant Tentati-
de fatisfadion , qu'il voulut reprendre les ves de
fentimens de reconciliation qu'il lui avoit Duval ôc
déjà fait propoler près de trois mois au- de Moa-
paravant par le Curé de iaint Nicolas du th^ion
Chardonnet. Il le fit prier de lui donner ^"'' ^'^'.
un rendez -vous pour pouvoir conrerer PJ'^^^"^*^'*
avec lui : & ils convinrent de fe trouver ^^'^
te 19. d'06lobre dans le Collège d'x\rras ,
fur les dix heures du matin. Duval com-
mença à proteller devant Richer d'une
iincere & iblide reconciliation; il en vint
enfuite à quelque éclaircillement lur di-
vers endroits du Livre qu'il avoit écrit
contre lui. Après quoi il lui fit entendre
que le Nonce du Pape dciiroit avec pal-
lion de le voir; quec'étoit un brave Gen^
tilhomme de la famille des Bentivoglio,
qui avoient été de tout tems nttachez a
la France , & tenu fon parti en Italie \
qu'il étoit civil ,atiable, d'un naturel ooli-
geant , atîedionné aux gens de Lettres
& de vertu ; que fes domelliques mêmes
étoient femblables à lui, & tort ditierens
de ceux du Cardinal Ubaldin. Il ajouta
qu'on avoit affuré Bentivoglio que l'Ar-
chevêque de Spalatro avoit envoyé huit
exemplaires de fon Livre à Paris , <Sc qu'il
yen avoit un dont l'Auteur taiibit prefent
à Richer nommément ; que depuis que le
Livre de ce Prélat étoit arrivé à Paris, les
Colporteurs du Palais avoient tout de nou-
veau expofé en vente le Livre de Richer
pij
228 L A V I E
touchant la puifTance Ecclefiaflique &Po-
1517. litique; que Richer ne pouvoit avoir une
occîiiion plus favorable & plus glorieufc
pour fe remettre en grâce avec le faint
Père , & tous les Prélats qui avoient cen-
fiiré fon Livre, pourvu qu'en expliqant
les propofitionsdeibn Livre, il voulût ré-
futer la dodrine de l'Archevêque de Spa- |
latro ; qu'il pouroit en toute alTurance écri-
re fur ces trois chefs, i. Que Jefus-Chrift
avoit donné immédiatement les Clefs à tou-
te l'Eglife. 2. Que l'Eglife eft infaillible.
3. Que le Concile General eft au - deflus
du Pape.
Il voulut aufîî lui perfuader que M.
Mole , Procureur General , avoit envoyé à
la Faculté k Livre de ce Prélat pour être
cenfuré , & que la cenfure de la Facul-
té feroit confirmée par Arreft de la Cour,
à la requête de ce Magiftrat ; qu'ainfi Ri-
cher, nonobftant l'habitude qu'il avoit pri-
fc de ne plus aller eu Sorbonne , devoit
le trouver à l'Aflemblée de la Faculté
quand on feroit cette cenfure, afin de re-
mctrre l'union dans les Memores de ce
Corps , & d'arrêter le bruit qui couroit que
de Dominis 6l Richer étoient de même opi-
nion : que ce feroit le moyen de fe ven-
ger avantageufement de Filefac fon enne-
mi, qui vouioit dominer feul en Sorbon-
ne , & qui ne s'étudioit qu'à le détruire
dans l'efprit des Prélats.
C'étoit tout de bon que Duval tâchoit
d'animer PJcher contre Filefac , avec le-
quel il s'étoit ligué auparavant pour tra-
vailler conjointement à fa condamnation^
d'Edmond Ri cher. 119
éf à fa perte avec le Nonce Ubaldin, &
rAuLîé de S. Victor; mais ayant confondu 1617.
& dilfipé une partie de leurs mauvais def-
fcins , Filcfac étoit devenu inrupportable
à Duval, par fou ambition & ton inconf-
tance : de forte que l'ayant vu lî brufque-
ment quitter le Syndicat , comme nous
l'avons rapporte , il s'étoit brouillé avec
lui , fins prétendre alors que Richcr duc
tirer avantage de leur divilîon, 6c ne Tap-
pclloit plus autrement que terminus t-fide-
fi/mus , à caufc de la légèreté de fon ef-
prit.
D'ival ne fut pas le feul qui voulut fai-
re faire àRicher les démarches versBenti-
vocjlïo , qu'il n'avcHt januiis voulu faire vers
Ubaldin. Montholon, Confeiller d'Etat &
Intendant de la Maifori deMontpenlicr,vint
lui rendre deux vilices confecutives dans
fon Collège pour le même fujct. Il tâcha
premièrement de le tenter par de magni-
fiques promelfts , & par tout ce qui peut
flatter la vanité d'un efprit curieux de gloi-
re , & un cœur avare & interclié : il le
prie eiifuite par tout ce qui peut flatter la
vaniic , en voulant lui perfuader qu'il étoit
fort utile, & necelfaire même à la Facul-
té pour y maintenir la difcipline : que ceux
qui lui avoient été les plus coutraires,re-
connoilfoient maintenant le befoin qu'on
avoit de lui ; que tout le monde géné-
ralement trouvoit à redire qu'il s'abliînt
d'aller aux Alîemblées de Sorbonne , &
le tenoit coupable devant Dieu d'avoir en-
feveli le talent qu'il avoit reçu; qu'au re-
(k le fouvenir des dangers qu'il avoit cou^
1^0 La Vie
— -— rus, devoîtlui faire prendre de bonnes n\Cr
1617. fures pour fa fureté ;& qu'il ctoità crain-
dre que les inimitiez de ceux qui avoient
tâché de le faire périr , ne fe reveillaffcnt
bientôt, s'il ne fedéterminoit à donner en-
fin quelque contentement au Nonce de Sa
Sainteté : en un mot qu'il étoit tems que
Ton fît quelque chofe pour lui , & que c'é-
toir une cnofe indigne de voir qu'un hom-
me de foi; mérite n'eût ni Bénéfice nî Di-
gnité Ecclefiaitique.
Richer remercia Montholonle pluscîvî-
lemenc qu'il lui fut pofîiblc; & il tâcha de
s'excufer fur toutes les propolitions qu'il
venoit de lui faire. Il lui remontra qu'é-
tant fatisfait de fa condition , il s'y étoit
borné pour le relie de fes jours, perfuadé
que rien ne pouvoit manquer à ceux qui fe
propofoient de vivre félon les règles delà
nature & de l'Evangile, qui fe contentent
de peu ; qu'il étoit toujours prêt à fervir
la Faculté de Théologie, lors qu'elle ai\-
roic beloin de lui , muis qu'il ne lui pou-
voit donner que des confeils généreux &
deiiniereifez pour la défenfe de la vérité j ,
qu'il ne s'ablknoit d'aller aux Allemblées '
de Sorbonnc , que parce que les brigues
& lesra^h'ons la mettoient toute ei\ defor- 1
dre , 6l que ce qui fe devoit faire par tout
le Corps , n'étot refolu que par.deux ou
trois perfonnes.
Mais il crut devoir repondre à Duval
avec d'autant moins de ménagement, qu'il
remarqua plus d'artifice dans la fuite de fes
entretiens. Il rcfufa de voir le N'oiicejufrj
qu'à ce qu'il lui fît l'honneur de l'appel- '
D'EdMO ND RiCHER. 131
îer, fous prétexte qu''il ne rendoit vifitc à
peribnne ; & lui montra que tout ce que 161
l'on difoit de ùs relations avec de Do-
minis , & de la nouvelle publication de
fon Livre à l'occafionde celui de cet Ar-
chevêque , n'étoit qu'une calomnie de Ces
ennemis. Il ajouta que comm.e Chrétien
& Catholique, il tailbiî cas de la bienveil-
lance du Pape & des Prélats de TEglile;
mais qu'il ne Ibuhaitoit pas l'acquérir en
écrivant fous le bas âge du Roi , où tout
étoit dangereux : que ii Duval n'avoit pu
^tre approuvé de Bellarmin & de la Cour
de Rome en pluiieurs chofes qu'il avoit
écrites pour la fouveraine Puilfance du Pa-
pe fui* TEglife , Richcr n'avoit pas lieu
d'efperer de lui p'aire en demeurant dans
fes premiers fentimens ; qu'il lui feroit af-
fci inutile d'écrire fur les trois points que
Duval afluroit qu'ils lui feroient permis,
puifque tout fon Livre de la Puijhnce ec-
clefiaftique ^ politique ne contcnoit autre
chofe , avec les indu6lions évidentes &
necellaires qu'on en pouvait tirer ; qu'il
étoit bien tard de retourner en Sorbonne
depuis quatre ans qu'il s'en étoit abfenté;
que fur le bruit qui couroit que l'on y
devoit cenfurer fon Livre avec celui de
l'Archevêque de Spalatro , & que Duval lui-
même avoitcholi cinq Dodcurs des princi-
paux ennemis de Richer pour examiner l'ou-
vrage de ce Prélat, il faudroit être dépour-
vu de fens pour fe trouver à la condamna- '
îionde fon Livre, que ces fadieux fe pro-
mcttoicnt de faire pafler à la faveur de la
cenfure de l'autre; qu'il u'cntroit pas dans
? iiij
231 L A V I E
j les jaloufies&les brouillerics de Duval <5c
1617. dcFilefac,&que les connoifiant tous deux
également poiîedez par des pafîîons diffe^
rentes , il ne fongeoit qu'à fe tenir en re-
pos , fans prétendre fe rendre le miniftre
du reffentiment de Tua contre l'autre, ou
fe mêler de deux hommes qui n'avoient pu
s'accorder enfemble que pour lui nuire.
XIII. Après la mort du Cardinal du Perron ,
Nouvel- qui arriva en 161S, le Cardinal François de
les intri- la Rochetoucault fut cholî pour être Grand
gués de Aumônier de France, à la recommendation
Duval ^^ p_ Arnoux , Jcfuite , Conteifeur du Roi.
^."5^^^ Ce fut auffi en cette même année que Hen-
ri de Gondy reçut le Bonnet de Cardinal ,
& prit lenomdeRetz. Peudeiemsa{)résle
Duc de Luyncs, favori de Louis XIII , pour
tâcher de le décharger de l'envie que l'ad-
miniltration de l'Etat avoit fait tomber fur
lui , fit appeller ces deux Cardinaux au Con-
feil du Roi. Du val crut quec'étoit un nou-
veau renr'ort pour fon parti , 6c comptant
d'aillears fur la faveur de Mole , Procu-
reur General du Parlement, il leva lemùf-
que de reconciliation qu'il avoit pris pour
tâcher defurprendre Richer. Il rit naître de
nouveaux fujcts de querellecontre lui ; 6c
pour engager plus de monde dans fa cabale,
il alloit de porte en porte difant :Nofj.s avova
le Cabinet ^'jiir nous '^ c'cii-à-dire qu'il dif-
pofoit entièrement du Confeil du Roi , dont
le Cardinal de RetT, avoit éié fait Chef.
Pour parvenir à les tins , il invita Richer
tout de nouveau à donner une explication
des propolîtions de fon Livre, comme (i
c'eût été le moyen de faire finir les trour
d'Edmond Ri cher. 155
bîes (?^ Icsdivifions qai regnoient parmi les
Dodenrs de la Faculté , dontil n'avoitgar- lôi^,
de de reconnoître qu'il étoit Tauteur. Ri-
cher s'excufa toujours comme auparavant ^
fur ce qu'il lui étoit défendu de la part de
la Reine, au péril de la vie, de rien écrire
fur ce fujct. Duval lui fit promettre d'un
ton auffi alfuré que s'il avoit été l'un des
Miniitres d'Etat , qu'il ternit lever cette dé-
fenfc au Confeil du Roi.Riclier lui titré- $
ponfe qu'il le pouvoit, mais qu'il n'y ga-
gnerait rien, parce que laconjonéluredes
tems fâcheux ne lui permettoit point d'ail-
leurs de prendre la plume.
Duval perdit près de dix-huit mois à faire
rénirir Ion intrigue, avec tous IcsEmilIai-
res,dont le plus ardent & le plus importun
pour Richer étoit ce Georges Froger, Curé
de laint Nicolas du Chardonnet , qui lui fai-
foit chèrement payer les charges de fon voi-
linage. Après avoir inutilement employé
toutes leurs rules , ils ne trouvèrent plus
d'autre expédient pour l'abattre, que celui
de le faire regarder comftie un excommu-
nié. Pour le taire réufllr , ils publièrent que
Richer caulbit un très grand Icandale dans
l'Eglifc par le rems qu'il faitbij d'expliquer
fon Livre , nonoblVant l'ailurancc qu'on lui
donnoit de ne le point inquiéter fur tout
ce qu'il pouroit dire pour autorifer les opi-
nions, & que cette oblHnation étoit caule
qu'on lui refuferoit l'abiblution , s'il fc pre-
fentoit au Tribunal de la Confeflion.
Le Tems de l'Avent de Tan 16 19. leur
fournit l'occalion d'exécuter leurs mena-
ces. Froger , fécondé par un Minime nom^
254 La V I E
mé Guerin ,qui prcchoit dans fa Paroîfle,
homme turbulent & faftieux, à qui la Prédi-
cation fut interdite quelque tems après par
tout le Diocefe de Paris , gagna le Curé *
* Ant. du Collège du Cardinal-le-Moine, qui étoit
B'ou- auflî Sacriftain, ou Clerc d'Eglife de faint
ment. Nicolas du Chardonnet. Il lui fit enten-
dre qu'on nepouvoit abfoudre Richerfans
commettre un horrible facrilege , & lui
• dit de confulter fur cela le ProfefTeur Du-
val, & le Pré-licateur Guerin, Froumçnt,
Curé du Collège, confirmé dans fes fcru-
pules par ces deux Cafuiftes , alla trouver
Richer la veille de Nocl , pour lui dire,
qu'il avoir détendu à tous les Prêtres du
Collège du Cardinal-le-Moine de l'enten-
dre en Confefîion , par l'avis des plus habi les
Cafuiftes & des plus fçavans Théologiens
de Paris. Richer lui répondit froidement
qu'il en connoiflbit des meilleurs, & que
quand il auroit befoin de fe confeller , il
iroit droit au Pénitencier , ou à quclqu'au-
tre qui fçavoit ce qui étoit contenu dans
le Livre de la P Mtffance ecclefiaftïqtie ^ fo^
iitique , auquel ni Froument , ni fes fem-
blables n'entendoient rien.
Guerin ^ Froger fort fatisfaits d'eux-
mêmes & de Froument, allèrent donner
avis de ce qu'ils avoient fait au Cardinal
de Retz , Evêque de Paris , qui rabattit un
peu leur joye en leur difant qu'il falloit
marcher bride en main , & qu'on ne de-
voit rien bazarder dans une affaire fi dé-
licate fans prendre l'avis des deux Profef-
lèurs Royaux , Duval & Gamaches , & du
Fetiitencier Hébert. Guerin voulut porter
d'Edmond Richer. ijy
le lendemain, jonr de Noël , à huit hcv.res
du matin la rcponfe du Cardinal de Retz 1619.
à Richer, qui traita tellement avec lui que
ce Père s'en retourna tort content , & pref-
que entièrement changé , reconnoillant
qu'il avoit tort d'avoir autrefois parlé de
fon Livre, mc:ne dans fes Prédications , à
la manière de plniieurs autres , qui ne con-
iioiffoient ni l'Auteur ni le Livre , & qui
croyoient mal-à-propos que c'étoit par mé-
pris, & par opiniâtreté qu'il reUUbit l'ex-
; plication qu'on lui demandoit , au lieu
I qu'il ne failbit ce refus que pour obçir^u
! Roi & à la Reine.
Guerin alla lejuur des Innocens rendre
, compte au Cardinal de ce qui s'étoit pvUie
entre Richer & lui. Le Cardinal tbuhùita
de voir Richer, & de l'entretenir en par-
ticulier. Richer ravi d'avoir cette occalion
d'aller taire connoître lui-m.éme la lince-
.rité de les intentions au Cardinal fon Evé-
que, aima mieux que ce fût avec le Péni-
tencier Hébert fon Collègue , qu'avec Gue-
rin , qui s'otîroit de l'y accompagner. Mais
il donna à celui-ci un Ecrit pour être com-
numiquc auparavant au Cardinal , &aux
trois principaux Dodeurs qu'il avqit nom-
mez pour être coufultez fur cette afraire.
^ Par cet Ecrit Rich^ s'offroit de faire en-
fin ce que Duval fouhaitoit de lui depuis
tant de tems, c'ell-à-dire, dexpliquer cel-
tes des propoiitions de fon Livre qu'on vou-
droit choilir, puifqu'on l'alfuroit que le Roi
ik la Reine l'avoient agréable.
Ce fut alors que Duval fit paroître fa On cfr-
'^L^iiTric &, fa mauvaife toi. avec laquelle mande ci
1^6 La Vie
r*— — il tendoît des pièges à Richer fous les ap-
1620. parences d'une faiifle reconcilliation : car
Richer après avoir été plus de trois anb à le per-
une de- fecuter par toutes fortes d'artifices, pour le
claration porter à faire une explication de quelques
fur (on propofitions de fon Livre ; après avoir tâ-
Livre, au ché de lui faire refufer l'abfolution même
Jieu d'il- pour la difficulté qu'il faifoit de donner cet-
ne expli- te explication, par la feule crainte de con-
cation de trevenir aux ordres de la Reine : Il s'avi-
dodri- fa (je (^jj-e q^'^ \^ vérité il ne talloit pas que
^^' Richer expliquât entièrement fon Livre ;
mais d'une autre côté que fi on faifoit choix
de quelques-unes de fes proportions pour
être expliquées, il étoit à craindre que les
autres ne falfent tenues pour vraycs & in-
dubitables.
Le premier jour de l'an 1620. le Car-
dinal de Retz manda Duval , Gamaches ,
& Hébert , pour refoudre ce que l'on teroit
dans l'affaire de Richer. Duval , auteur de
toute l'intrigue, remontra qu'il talloit em-
pêcher Richer abfolument d'expliquer au-
cune propoiition de fon Livre , 6c qu'il
fuffiroit de lui demander une déclaration.
Il la dreffa lui-même comme il voulut,
l'a fit approuver du Cardinal , de fon Grand
Vicaire , & des deux autres Do6teurs , &
& il en prefenta le Formulaire à Richer,
qu'on avoir fait venir chez de Gamaches
le Vendredi fuivant, troiliéme jour du mois.
Voici les termes dont cette déclara: ion
étoit conçue. Ayant recojmu que j es Supe^
rieurs Ecclefiafttques ont mal reçu quelques
propofitions contenues dans [on Livre DELA,
Puissance ecclésiastique et foliti-
d'Edmond Ri cher. 157
QUE ; // déclare qutl a toujours emendu ^ en- — —
îe-fid je foûmetîre en tout à la do£irtne de PE- 1 620.
glife CaîhoUque^ ApofloUque Cjf Romaine , cf
^u faint Sîége Apojlol'tque ; k^ qu'étant très-
marri , comme il Vcft , d"* avoir écrit aucunes
^ropofitions qui aycnt pu être interprétées
contre j on inicntion ^il les def avoue ^ ^jV;/
départ ; C5^ quil cfi prêt d'* en faire telle dé-
claration qu'ail fera jugé à propos par Jes Su-
périeurs Alonfeigncur le Cardinal de Retz
fon hvéque , CiTr.
RichcT ayant lu cette formule de décla-
ration , demanda qu'on remît Tattaire au
lendemain , atin d'y fonger , & de prier
Dieu qu'il lui inlpiiât ce qu'il auroit à
faire: car il remarquoit dans cette déclara-
tion trois choies captitufes qui détruifoient
la vérité catholique des propofitiunsdelbii
Livre. i.Le laint Siégeyétoit pris feparc-
meni d'avec l'Egliie Catholique, Apollo-
lique & Romaine : ce qui marquoit qu'on
le fuppofoit infaillible feparément d'avec
l'Eglife Catholique, ce qui ctoit contrai-
re au Concile de Conftance, & à la doc-
trine de la Faculté de Paris. 2. On ne cot-
toiî point les proportions qu'on difoit avoir
été prifes en mauvais fens ou en mauvaife
part , contre fon intention , & qui dévoient
ctre dtfavuuées ou expliquées en un bon
fcns. 3. On vouloit qu'il fe conformât à
la volonté de fes Supérieurs Ecclelialii-
ques, c'eli-à-dire, au Pape & au Cardinal
de Retz, qiy l'avoient condamné fans l'en-
tendre, & qui ne pouvoient fouffrir qu'on
parlât du gouvernement arillocratique dans
rEglife , de la fuperiorité du Concile fur
228 L A V I E
. touchant la puifTance Ecclelîaflîque &Po-
1617. litique; que Richer ne pouvoit avoir une
occafion plus favorable & plus glorieufc
pour fe remettre en grâce avec le faint
Père, & tous les Prélats qui avoient cen-
furé fon Livre, pourvu qu'en cxpliqant
les propcfitionsdclbn Livre, il voulût ré-
futer la dodrine de l'Archevêque de Spa-
latro ; qu'il pouroit en toute alTurance écri-
re lur ces trois chefs, i. Que Jefus-Chrill:
avoit donné immédiatement les Clefs à tou-
te l'Eglife. 2. Que TEglife eft intaillible.
3. Que le Concile General elt au - defîlis
du Pape.
Il voulut auffi lui perfuader que M.
MoIé , Procureur General , avoit envoyé à
la Faculté le Livre de ce Prélat pour être
cenfuré , & que la cenfure de la Facul-
té feroit confirmée par Arreft de la Cour,
à la requête de ce Magilf rat ; qu'ainfi Ri-
cher , nonobiiant l'habitude qu'il avoit pri-
fe de ne plus aller tu Sorbonne , devoit
le trouver à l'AfTemblée de la Faculté
quand on feroit cette cenfure, afin de re-
iTictîre l'union dans les Memores de ce
Corps ,& d'arrêter le bruit quicouroit que
de Dominis & Richer étoient de même opi-
nion : que ce feroit le moyen de fe ven-
ger avantageufement de Filefac fon enne-
mi, qui vouloit dominer feul en Sorbon-
ne , & qui ne s'étudioit qu'à le détruire
dans l'efprit des Prélats.
C'étoit tout de bon que Duval tâchoit
d'animer Pjcher contre Filcfac , avuc le-
quel il s'étoit ligué auparavant pour tra-
vailler conjointement à fa condamnation.
d'Edmond Richer. 119
& à fa perte avec le Nonce Ubaldin, &
TAbLîé de S. Vidor ;mais ayant confondu 1617.
6c dilfipc une partie de leurs mauvais def-
ftins , Filefac étoit devenu infupportable
à Duval, par fon ambition & fon inconf-
tance : de forte que l'ayant vu li brufque-
ment quitter le Syndicat , comme nous
Tavons rapporté , il s'ctoit brouillé avec
lui , fans prétendre alors que Richer dût
tirer avantage de leur diviiion, & ne Tap-
pclloit plus autrement que terminus tnde-
fi/iîtus , à caufe de la légèreté de fon ef-
prit.
D'ival ne fut pas le fcul qui voulut fai-
re faire à Richer les démarches versBenti-
voglio , qu'il n'avoit januiis voulu faire vers
Ubaldin. Montholon, Confeiller d'Etat &
Intendant de la Maifori deMontpenlicr,vint
lui rendre deux vilices confecutives dans
fon Collège pour le même fujct. il tâcha
premièrement de le tenter par de magni-
îiques promelfts , & par tout ce qui peut
flatter la vanité d'un efprit curieux de gloi-
re , & un cœur avare & intercllë : il le
prie enfuite par tout ce qui peut flatter I3
vanité , en voulant lui perfuader qu'il étoit
fort utile, & necellaire même à la Facul-
té pour y maintenir la difcipline : que ceux
qui lui avoient été les plus coutraires,re-
connoinblent maintenant le bcfoin qu'on
avoit de lui ; que tout le monde géné-
ralement trouvoit à redire qu'il s'abfiînt
d'aller aux Alîemblées de Sorbonne , &
le tenoit coupable devant Dieu d'avoir en-
feveli le talent qu'il avoit reçu ; qu'au re-
lie le fouvenir des dangers qu'il avoit cou-*
1^0 L À V I E
li— - — Nonce dn Pape , & an Dcdeur Ifambert
162.0. Frofelîeur en Théologie.
fa ciccla- Il lui allégua fcpt raifons pour lequelles
ration, ils refuibient de la recevoir.
llyrc- L Ils ne pouvoient Ibuifrir qu'on fît
pond. mention des principes ^ des maximes an-,
ctennes de l iLcole de Paris , pour l'expli^
cation defquelles Richer prétendoit avoir
fait Ton Livre. ^
IL Ils defapprouvoient ces termes de,
fa déclaration \yV étant étudié a la brieve^
té ^ je me [uis rendu obfcur ; ^ cette brie-,
*veîé a donné fuj et à plufieurs personnes de
détourner en mauvaije part quelques propo-..
Jîtions de men Livre \(^ aux Prélats de fe
plaindre publiquement de mot , &c. car cet-,
te claufe ftmbloit marquer que les Pré-
lats qui avoient cenfuré le Livre, ne i'a-
voient pas entendu à caufe de fa brièveté.
III. ils defapprouvoient cette parenthe->
fe {^ce qui a don-né lieu à ivlejjleurs les Pré-
lats de fe plaindre publiquement de moi Çff de:
monLivre^) parce que Richer ne faifoic au-
cune mention de la cenfure contre fon Li-:
vre.
ÎV. Ils rejettoient ces termes: Je decia-
re présentement , comme f ai fait fouvent ail-
leur s ^ que je fuis prêt ^ tout difpofé pren-
dre raijon de toutes les propojitions contenues
dans ce Livre ,tff à les expliquer en un botf ;
fens kS catholique , &c. parce que ifambert
alluroit que de-là on infereroit , que les Pré- '
latsqui avoient cenfuré le Livre de Richer
n'auroitnt paa.. entendu les proportions de
ce Livre en un bon icns & catholique.
V. Ils blâmoient Richer de ce qu'il avoit
mis
/
d'Emond Ri cher. 241
raïs le fa'mt Siège devant l^Egltfe Catholi- _».— «
que , /îpoflolique ^ Romaine , contre la i6\0.
coutume ordinaire ; ce qu'il fcmbloit fai-
rt à defTein pour décliner le jugement du
faint Siège, & fe foûmettre au jugement
de toute rÉglife.
V I. Ils trouYoient auffi à redy-e à ces
termes : comme je Pai foiivent déclaré ail*
leurs ^ t^c. prétendant que dans toutes les
déclarations que Richer avoit faites jul-
qucs-là , il s'étoit Seulement ibûmis--à
rLt^life Catholique , Apoliolique &. Ro-
lîiuiiie, fluis nommer le faint Siège, &
fans s'y K;ûmettre fcparémenr.
VIL Eniin ils remarquoient que dans
toute cette déclaration Richer ne defa-
voiioit aucune des Proportions de fon
Livre.
Richer voulut répondre exactement à
toutes ces objedlions, quoiqu'il tut tres-
pertuadé qu'elles avoient été formées par
Dav4i (Sclfambert, fous le nom des deux
Cardinaux & des autres Do(5leurs; & que
îe Profelléur de Gamaches 6c le Péniten-
cier Hébert , qui avoient éié conjmis pour
examiner cette affaire , n'y avoient pas de
part. Il dit à Duval ; i ° • qu'il faifoit men-
jtion des principes de l'ancienne doélrina
de l'Ecole de Paris, afin que tout le mon-
de connût quelle avoit été Ion intention en
-écrivant le Livre de la Puijfance ecclefiafti^
que {^ pultuque : parce que plufieurs , pour
lâcher de le rendre odieux, avoient vou-
lu faire croire qu'il l'avoit compofc à la
f>erfualion des Hérétiques ; outre que le
Cardinal du Perron avoit ofé foûtcnir aa
i^z La Vie
-— î-^ï- Confeil privé du Roi qu'il avoiteu JclTéîil,
1620^ par cette Ouvrage de troubler l'état du
Mariage de la Reine & des Enfans de
Henri le Grand.
2 ° . Que le Livre étoit écrit d'une ma-»
niere courte & fuccinte , comme on feroie
des Th^es , qui ont enfuite befoin d'ex-
plication plus ample; & que l'obfcurité^
s'il y en avoit , ne pouvoît venir que de
cette brièveté ; que les Prélats qui avoient
condamné cet Ecrit, ne l'avoient pascen-
furé abfolument , mais en termes condi-»
tionels,par la claufe , ut fonant ^ félon la-
quelle ils faiibient juger que les propofî-»
fions qu'ils condamnoient , avoient bcfoiti
d'explication ; que pour leur donner un
bon iens & catholique , il auroit fuffi
d'entendre l'Auteur même, qui avoit fou-
vent demandé d'être oiii fur ce fujet, &
qui le fouhaitoit encore tous les jours.
9^ . Qu'il n'avoit pas jugé neceflairede
faire mention de la cenfurc des Prélats :
parce qu'ayant été faite contre tout droit
divin & humain, Richer en avoit appelle
comme d,'abus.
4 ° . Que ce qu'il venoit de répondre à
la féconde objeélion , pouvoit auffi fervir
de réponfe à la quatrième; que d'ailleurs
il étoit furpris de la mauvaife chicannerie
d'Ifambert: puifque tout homme raifonna-
ble devoit trouver bon que Richer tût prêt
& difpofé à expliquer toutes les propolî-
tions de fon Livre en un bon fens & ca-
tholique.
5- ° . Que l'ordre qu'il avoit obfervé en-
tre le faint Siège éc l'Eglife Catholique
d'Edmond Riche r. ^45 ,
étoit conforme aux anciens Canons des — — -
Conciles Généraux, qui fuppofent uneef- 1620.
pece de fubordination de Tribunaux dans
l^Eglife, où l'on en compte quatre com*
munément ; le Siège Epiicopal ; le Syno-
de Provincial, félon U cinquième Canon
du Concile de Nicée ; le Siège Patriar-
chai; & le Concile General, félon ledix-
feptiéme & vingt-lixiéme Canons du hui-
tième Concile Oecuménique; que Pon pou-
voir appeller du Siège Epifcopal au Syno-
de Provincial , & du Siège Patriarchal au
Concile General : de forte que le dernier
& infaillible rellort de l'Eglife refidoit
dans la feule Eglife Catholique, étant pri-
fe conjointement ; que le Pape, comme
premier des Patriarches , y ètoit necelfaire-
ment compris , à moins qu'il ne fût exclus
par quelque caufe julle & canonique; &
par confequent que le Pape , pris fépa-
rement d'avec l'Eglife Catholique , ne pou*
voit rien décerner aa préjudice des Décrets
du Concile de Comlance; que s'il ordon-
noit quelque chofe de contraire , cela de-
voir être attribué à la Cour de Rome ,
èc non à l'Eglife Romaine.
6°. Que dans toutes les Remontran-
ces & les Ades qu'il avoit publiez dans
la Faculté de Théologie, il avoit toujours
foûmis& fa perfonne & fon Livre au ju-
gement de l'Eglife Catholique, Apoftolî-
que & Romaine :& qu'il avoit comprise
entendu le Siège Apoftolique fous le nom
d'Eglife Romaine.
7°. Qu'il étoit trcs-éloigné de defa-
voiicr aucune propofitioii de fon Livre ^
244 L A V I E .
■ — qu'un defaveu devoît fuppofer quelque •cr'i
1620. reur; qu'il avoit fouvent demandé qu'on lut
cottât quelque propofition errontfe dans
l'on Ecrit, avec proteftation que s'il ne la
pouvoit expliquer en un bon ïens & ca-.
tholiquc, il en teroit folemnellement fa-'
tisùdion au Public, & elîaceroit non feu-,
lement de fa piume & de fa bouche, mais,
encore . de fes larmes , tout ce qu'il avoiv
écrit.
Duval pour toute réplique fit deux nou-
velles objedions à Richer ; l'une, qu'il uvoit
écrit que les ékdions étoient de droit di-,
vin & naturel , 6c qu'elles ne pouvoicnt,
être abrogées par aucune prescription ;^
l'autre, qu'il avoit tellement élevé lapuif-.
fance politique, qu'il fembloit intimer que
rEglife ne fubliftoit que dans l'Etat poli- ,
tique & feculier.
Richer lui répondit en foûriant, que (i
par fon crédit il vouloit lui obtenir de la
Cour&ûes Minières, qui étoient tous fes
amis, une permifîion pour expliquer! ces,
^eux proportions , & toutes les autres qu'il
voudroit choiiir dans fon Livre, il lesab-.,
jureroit volontiers , en cas qu'il ne pût leur^
donner un bon fens & catholique.
Duval ne voulut point s'en charger ;;
mais croyant épouvanter Richer, il lui dit;
que fa mémoire feroit abominable à tou-.
te la pofterité , & qu'il léroit mis au nom-
bre des hérétiques après fa mort; qu'un
* Michel Po6leur*avoit déjà compofé pour cela deux
Mail- gros volumes tout prêts de fubir la prelfe;
clerc. que les Prêtres de l'Oratoire :t à la tête de
:j: Ih n'ont pas de Conftitutions écrites.
p'Edmond Ri cher. 24f
leurs (îonftitutions avoicnt écrit , que le — " ■■ -'"^
f'ul Richer s'étoit opf)oiç à rétabliflement 162a;
de leur Congrégation.
Riçher fe moqua de ces menacerfrivo-
les,dirant que Ton ne pouvoit rien imagi-
ner de plus calomnieux & de plus diffamant
que ce que Duval avoit e'crit contre lui;
mais que le mépris du Public levengeroit
fuffifammentdes uns&des autres. Il ajou-
ta qu'il fe Ibucîoit tres-peu d'être noté par
la Cour de Rome , mettant une très -grande
différence entre elle, 6c l'Eglifc Catholique,
qu; elt i'Epoufc de Jefus-Chrilt ; au lieu que
ce,le-là a'étoitque le fruit d'une invention
humaine , qui avoit établi dans TEglife
une Monarcfiie temporelle, pour faire mou-
rir comme hérétiques ceux qui s'oppofc-
roient aux abus qu'elle voudroitautorifcr :
que les Mathématiciens n'avoient pas plus
d'évidence de leurs démonllrations , qu'il
en avoit de fon Ecrit ;& que s'il avoit re-
lâché quelque chofe dans le projet de fa
déclaration, c'étoit pour le bien de la paix,
& pour faciliter la réunion des efprits;
qu'au refte le Nonce du Pape , les Car-
dinaux de la Rochefoucault & de Retz,
& Duval lui-même, qui prétendoient exi-
ger de lui une autre déclaration pour être
envoyée à Rome, dévoient fe fouvenirque
qui veut tout avoir ^ n'a rien. Que jufques
alors on avoit ôtéàRicher tous les moyens
d'une jurte défenfe, quoique par la loi de
X)ieu & de la nature , on ne pût lefufer
cette juftice à perfonne. Mais qu'après avoir
employé toute la retenue & la modération
pofîible puur fe défendre canoniquemcntj
Qiij
24<^ L A V I E
1^-—— au lieu d'une déclaration qu'on voijîoit tir
1620, rer de lui par violence, il ufcroit des re^
medes que les Loi^ du Royaume four-
iiifTent, félon le droit divin & humain ,^
ceux qu'on veut opprimer injuftemeht.
XV. Après que Duval fe fut retiré, Richer
Richer coniiderant qu'il fe vantoit par-tout d'a-
donne ^^^^ ^^ Cabinet du Roi pour lui , à caufe
une nou- ^^s deux Cardinaux , qui fembloient domi-
velle de- ner dans le Confeil , alla le 10. de Jan-
claratioii vier voirie Gardf des Sceaux du Vair , pour
qu'on en- lui rendre compte de tout ce qui fe tra-
voye à moit contre lui. Le fouvenir de l'accueil fa-
ïlome. vorable qu'il lui avoit fait en 161 6. lorfqu'oa
ïxcès de lui donna les Sceaux pour la première fois,
fes enne- & des offres de bienveillance & de protec-
mis. tion.dont il l'avoit pré venu, fans attendre
Sa refo- qu'on l'en priât , lui avoit fait efperer d'eri
lution, fe être bien reçu ; mais il trouva qu'il s'étoit
voyant a- fait un grand changement dans du Vair,
bandon- qui eut affez de peine à l'entendre. Il n'eii
ne des reçut pas d'autre réponfe , finon qu'il fal-
Jiommes. ]oit ligner <5c approuver tout ce que le
Nonce & les Cardinaux delîroient de lui ^
pour alfoupir la divifiop qui troubloit l'E-
cole de Sorbonne.
Mais , Monfetgneur , repartit Richer , //
s'agît de retenir ou de condamner les maxi-
mes de V ancienne doBrine de Sorbonne ^ cjf
l'indépendance de la Couronne du Roi. //
n^importe , reprit la Garde des Sceaux , i'o»jf
ne devez pas être plus fage que le temps. Si
^ la Sorbonne d"* aujourd'hui Penfe autremenir
que l^ ancienne Sorbonne .^l^ fi vos Collègues,
font de l'avis du Nonce ^ des Cardinaux ^
'^ous devez leur donner les mains.
t
d'Edmond Ri cher. 247
Rîcher , qui n'attendoit rien qui dût ap ; — -
procher d'une telie réponfe d'un -homme 1620.
qui avoit la réputation de du V^air , s'en al-
la tout furpris raconter cette avanture à
quelques Confeillers d'Etat, qui lui répon-
dirent qu'il ne s'en étonneroit plus , dès
qu'il fçauroit que du Vair, ne voulant pas fe
contenter d'être limple Evéquede Lilieux ,
afpiroit encore au Cardinalat , & qued'ail-
Jeurs il étoit payé pour agir& parler com-
nie il taifoit , parce qu'il recevoit du Cler-
gé une penlion de 12000. livres par an.
Deux jours après * Richer informa le ^"^ I^î-
Chancelier Brulart de tout ce qui s'étoit "i''»n*-hç
pafTé à fon égard, & lui ût la ledure des ^~' ^^
deux déclarations qu'il avoit données à Du- J^'^vier,*
val & au Cardinal de Retz. Le Chancelier
Jit connoître à Richer qu'il étoit d'un fen^
timent bien contraire à celui du Garde des
Sceaux. 11 le loua de s'être toujours con-
tenu dans les bornes de la modération. Il
lui promit même de voir inceflamment le
Cardinal de Retz , & de lui parler favora-
blement de toute cette affaire.
Duval revint chez Richer le quinzième
dumoi^, pourfçavoir s'il avoit reformé fa
déclaration au gré du Nonce & des deux
Cardinaux : mais il n'en reçut qu'une nou-
velle réprimande. Richer, après lui avoir
fait fentir .l'indignité de toutes fes démar-
ches , lui prefenta une nouvelle déclaration ,
où il marquoit toutes les raifons qu'il avoit
de ne vouloir plus traiter à l'avenir cette
affaire avec lui , & de le recufer pour en
juger avec Hébert &deGamaches.
Puval , ayant refufé de prendre la cOf
qiiij
248 L A V I E
...^ — pie de cette déclaration , que Richer vou-
1620. loit lenctre publique , alla lur le champ trou-.
v^ le Nonce & les Cardinaux , pour leur
faire fçavoir qu'il n'avoit pu rien gagner
fur cet efprit,Ôc qu'il ctoitobftiné à iicfieii
changer dans fa première déclaration. Le
Card. de la Rochefoucault , qui n'étoit g^aé-
res accoutumé à retenir Pimpetuolitc na-
turelle de fon humeur , ayant entendu Du-
val , dit d'un ton de colère : Puif^ue Richer
rejufe d'^obétr ^ il faut le coudre dans uk jcjc ^
i^ le jetter dans la Rivière \ plût à Dieu ,,
ajouta le Cardinal,^»'// m\ût coûté 200.
' écus d'or , C3^ qitilfe fût fait hérétique ! Ma-
nière de vœu qu'il n'avoit pas apprifc dans
l'école de Jcfus-Chrift. 11 cioit le premier
qui eût tenu PAbbaye de fainte Geneviève
en Commande ; & le Père Guerin, qui écoit:
retourné à fon premier génie, prêchant le
Carême àfaint EiienneduMont, ne trou-
va point de moyen plus feur pour attirer
fa bienveillance , que de reinplir fes Ser-
mons d'invetlives contre l'Auteur du Li-
vre de la I^uiJ/ance Lcclejiajitque <:sf Poli-
i-tque.
Sur le bruit qui courut que le Pape ne
vouloir pas donner de réponfe touchant la
première déclaration de Richer , que le
Nonce avoir envoyée à Rome; de Gama-
ches & le Pénitencier , qui cherchoieac à
lui concilier les efprits , & les moyens de
pacifier les troubles , eurent avec lui une
conférence, dont lerefultat fut que Richer
urelferoit un nouveau Formulaire de décla-
ration , où il fut refolu qu'il s'ctcndroic
ifavantage fur les termes de lafoûmtjjlonati
D'Edmond Riche p. 249
faint Sicge , fans rien relâcher néanmoins — — -7^
■de ce qu'il devoir à Ja vérité , &:fans don- lôio»
ner atteinte aux maximes qu'il avoit éta-
blies dans fon Livre. Richer fuivit leur con-
feil. 11 ne retrancha rien de la première dé-
claration , & n'y ajouta autre chofe, firioi^
cju'il improuv oÎL & dcteftoit le mauvais fens
que quelques perfonncs avoient donné à
fes propotitions , contre fon intention ,
comme aulli tou'-e autre interprétation con-
traire au jugement de TEglifeCath. Apoft.
éc Romaine. La déclaration tut communi-
quée en cette forme au Nonce , ai aux Car-
dinaux de la Rocherbucault & de Retz ,
qui jugèrent à propos de l'envoyer à Rome.
CepcMdunt Duval, très perfuadé qu'elle
rie feroit pas plus agréaole au fâint Père que
la première, trouva moyen d'intimider par * AntJ
<]v- nouvelles terreurs le * Curé , le f Vi- Frou-
caire , .?cle rj; Principal du Collège du Car- ment.^
dinal-le-M'oine , fur ce que Richer étoit t Louu
chez *cux admis a la participation des Sa- ^oche.
cremens de l'Eglife. •, Le Curé ôcleVicai- t 9^"^"
re , qu'il avcit abfolument gagnez par le S^'J^ç^^g
ir.tyen de i'roger , Curé de faint Nicolas ^ ^
du Chardounet, firent un crime au Princi-
pal de: ce qu'il entendoit le Grand Maître
du Collège en Confeliion , fans avoir fcru-
puie de lui donner l'abfolution ; & il feré-
riuidit un bruit dans la ville , que quand
Richer viendroit à mourir, il feroit privé
de la fepalture en Terre fàinte. C'ellainii
que ceux qui abufent du miniltere Eccle-
fialtique , auquel l'intérêt ou l'ambition les
ont fait alpirer, pour l'ordinaire, font fer-»
Tir la Religion & les Sucremens à leurs pafr
2f o La Vie
^ ■ fions, & fçavent profiter de la pente que
lôzo. les peuples ont au fcrupule , tantôt pour éta- '
blir leur domination , tantôt pour exercer
leur vengeance, & quelquefois pour fatif-
faire leur avarice.
L^efprit de Richer n'étoit pas de ce ca-
ra6lerç à s'épouvanter de pareilles forfan-
teries; aufli parfaitement inftruit qu'il e'toit .
du véritable efprit de la Religion dé Jefus-
Chrift , il mettoit en lui toute fa confiance :
néanmoins ralfemblant toutes les idées qu'il
s'étoit formées de la maiignité de fes en^
nemis , de la mifere générale des tems pre-
fens , du trifte état des affaires publiques
fous l'adminiftration du Duc de Luynes y
& de raflbupifTement de tous les Magi(^
trats , qui ne veilloient plus qu'à leurs in-
térêts particuliers ; il fc difpoia à fouffrir
toutes les perfecutions chrétiennement, &
il prit refolution dorénavant de fe pafiTer
de tous fecours humains contre la mau-
£n Juin, vaife volonté des hommes. Il fe renferma
plus étroitement qu'auparavant dans le
Cabinet , où il s'occupa , tant pour fa pro-
pre juftification , que pour l'inftruâion de
la poilerité , à drciîer des mémoires fidèles
pour lervir à l'Hirtoire de tout ce qui s'é-
toit paffé à fon fujet depuis le commencç-
pient de fon Syndicat.
Fff9 dt^ trotfiéme Ltvr^n
d'Edmond Ri cher, lyi
<7^. i6ii.
LA VIE
D'EDMOND RICHER,
DOCTEUR DE SORBONNE.
LIVRE ^ATRIEME,
Lorsque Richerfe croyoit paifiblcment HIftoire
enfeveli dans la retraite , & mis dans d'un faU
l'oubli des hommes , il fe fentit reveillé , ^^ur de J
& remis de nouveau fur le théâtre par un "nr^cles,
afTcz plaifant événement, dont voici Thif- dont on
toire. Au mois d'Aouft de Tan i6zi. un ^Tr-
Carme reformé du pays d'Arragon, nom- ^'^J'^gj^^
rnc Dominique de lainte Marie , qui paf- bmaflec*
foit pour un grand faifeurde miracles par- j^j^-her»
mi le petit peuple, voulut venir en Fran- "
ce , pour y répandre la réputation qu'il ayoit
acquile dans d'autres Pais , fous prétexte
d'y faire lesfonélions d'une Miffion Apof-
tolique. Il s'étoit trouvé le Crucifix à la
inain en Bohême , marchant à la tête de
l'Armée Impériale, le jour de la fameufe
bataille de Prague, où le Comte Frideric
Palatin, élu Roi de Bohême, avoit été dé-
fait. Et quoique fans le Comte de Bucquoi il
^ût penfé tout perdre par l'excès de fon lelej
2ft La Vie
" — -.— on ne lailToit pas de mettre le gain delà ba-
1611. taille au nombre de fes prétendus miracles.
Il traverfa TAllemagne, & paffa le Rhin,
iuivi des payfans qui Icmoient le bruit de
fes miracles fur la route. Il fut reçu en
Loraine comme un Saint envoyé de Dieu
pour guérir les malades , les boiteux , les pa-
ralytiques, les muets, lesfourds, les aveu-
gles, &c. On lui en prefenta de toutes ces
efpéces, qu'il ne fit point difficulté detotr-
cher. Mais fa vertu échoiia publiquement
fur une prétendue poifedéc de Rcmiremont,
dont il fut la dupe à Nanci, où l'on s'c-
toit alïemblé de toute la Province pour
voir les effets de fe exorcilmes. Ayant été
challé comme un fédudeur , & menacé de
la punition des impofteurs, par les Evêques
qui s'y étoicnt trouvex; il fe fauva en Cham-
pagne , où il tâcha de rétablir fa première
réputation par l'artifice de fes Confrères,
qui remirent affez heureufement la créan-
ce de fes miracles dans l'efprit du peuple.
H arriva à Paris le 23. Aourt: & fans voir
ni l'Evêque ni fes Grands Vicaires , ce qui
ctoit contre l'Ordonnance du Concile de
Trente; il fe mit à donner la benediélion
à tous ceux qui s'attroupoient autour de
lui , & à faire des miracles comme en Lo-
raine. Il entreprit de guérir tous les mala-
des, les boiteux, les paralytiques, les aveu-
gles & les autres qu'on lui prefenta; & ÎV
y réuffit comme à la polfedéc de Remire- .
mont. Ce merveilleux Thaumaturgue ne
lailloit pas de fouffrir qu'on lui coupât des
morceaux de fa robe , pour en faire des Re-
liquaires , & que les Pères de fon Couvent,
d'Edmond RicHER. 2f5
poTir mieux remplir leurs troncs, publiai- iGiX*
fent que cette robe ne diminuoit pas , <Sc
diftribualFent des Légendes de Tes préten-
dus miracles avec fon portrait.
Un des plus remarquables de ces mira-
cles étoit celui que débita TAvocat Gou-
tieres , qui avoit cié de moitié avec le Pè-
re Sirmond coniic Richer pour l'Ecrit du
fameux Fabricius , dont nous avons parlé.
Cet Avocat publia que Richer avoit été
voir le faint homme , comme les autres ;
que le Saint Tavoit remarqué de loin dans le
milieu de la prefle , & Tavoit appelle par
fon nom, quoi qu'il ne l'eût jamais vu ;
à. qu'il l'avoit averti devant tout le mon-
de du péril éminent où étoit fon falut à
' caiife du Livre ^ie la Puijjance ecclejïajli^
que l^ politique , qu'il avoit compofé. Il
en i'ema le bruit premièrement au Palais y
& de-là il le fit aifément pafler ;ufqu'aux
dévotes, qui fe chargèrent volontiers de le
répandrepar la Ville avec de nouvelles cir-
conltances de leur invention. Il vint enfin
par divers canaux jufqu'aux oreilles de Ri-
cher, qui n'avoit pas fçû jufques-là qu'il
y eût un Carme au monde appelle Domi-
nique de fainte Marie , & un faifeur de
miracles de ce nom à Paris. Richer, qui
n'étoit pas forti de fon cabinet , ne fit que
rire du fot conte que Goutîeres avoit fi
rediculement forgé , & il fe contenta de
dire que tous les miracles de ce nouveau
Thaumaturgue lui étoient fort fufpeéls ,
s'ils n'avoicnt pas d'autre fondement que
celui-là.
Le filence que les Grands Vicaires de
2f4 La Vie
■■ '■ ■> l'Evoque de Paris , & les Prélats qui fé
i6ii, trouvoicnt dans la Ville gardoient fur ce
fujet, tandis que le petit peuple, & la plu-
part des Religieux Mandians couroienten
foule après le Carme , excita la curiofité
de Richer,qui voulut faire quelque épreu-
ve de la vérité de fes miracles. Il alla
voir à l'Abbaye de faint Vider un Reli-
gieux aveugle , qui étoit de fa connoilfan-
ce , & que l'on avoit mené au nouveau
Thaumaturgue. Le bon homme lui racon-
ta comment ce finge de Jefus-Chrift lui
avoit mis de la falive fur les yeux pour
lui rendre la vue, fans y avoir pu réuffir.
Richer rechercha encore d'autres aveugles^'
ciej» boiteux , des paralytiques & d'autres
malades qu'on avoit prefentez au faifeur'
de miracles ; & pas un de ceux qu'il exa-
mina par lui-même ou par fes amis , ne fe'
trouva guéri: de forte qu'il renvoya lesfc-
meurs de miracles au traité que Gerfon a
compofé pour examiner les do6lrines, &
faire l'épreuve des efprits. Son exemple fer-
vit à reveiller beaucoup d'autres Do6leurs
& de fcavans Eccleliaftiques, & particulière-
ment les Curez de Paris , qui commencè-
rent à s'élever contre ces folles opinions
du vulgaire, & contre les friponneries in-
terellées de ceux qui faifoient déjà un tra-
fic coniiderable de cette impollure. Miais le^
Frère Dominique de fainte Marie fut plus
avifé qu'il n'avoit été à Nanci : car fur les
premiers indices qu'il eut des doutes &
des fonpçonsque l'on concevoit de fa Mif-
fion & de fa vertu , il forti promptemenc
de la Ville, jugeant qu'il étoit dangereux
D*E DMOND Riche R. 2f f
pour lui de féjourner dans un lieu plein de — -ii
clair-voyans & d'incrédules. 1611.
La confufion queTAvocat Goutieres & n.
les autres ennemis de Richer remportèrent impoftu-
de leur nouvelle invention, fit qu'ils le laif- re contro
ferent en repos pendant fîx ou fept mois ; Vi;or ôc
ce relâche dura jufqu'au milieu du Caré- Richet
me de Tanncc luivante qu'ils fuppoferent dccju,
des Lettres contre lui adreflées à la Fa- vertc^
culte de Théologie de Paris , fous le nom
du Cardinal de Sourdis, qui ctoit pour lors
à Rome. Par ces lettres on faifoit en-
tendre que le Pape Grégoire X V. ordon-
noit à la Faculté de choilir des Dodeurs
de fon Corps pour écrire contre le Livre
que Simon Vigor avoit publié touchant I4
Monarchie de l'Eglife , de même que U
Faculté avoit condamnée la dodrine de
Richer, & qu'il s'étoit trouvé des Doc-
teurs de fon Corps qui Tavoient refuté par
leurs Ecrits.
Le porteur de ces Lettres étoit un Moi-
ne Benedi6tin,nommé Valcntin Ourri,Doc-
tcur de la Faculté , qui afTuroit effrontément
qu'elles lui avoientété mifesen mains par
rEvéque de Millezais, frère du Cardinal
de Sourdis , pour les prefenter à la Facul-
té de Théologie. On indiqua pour cet ef-
fet une Aflemblée particulière extraordi-
naire enSorbonne,& on nomma des Dé-
putez pour examiner le contenu de ces
Lettres. Après qu'on en eut fait publi-
quement la ledure, on n'eut pas beaucoup
de peine à reconnoître leur fauffcté , & oa
découvrit bientôt toute l'impofture. Le
bruit courut que Duval avoit fait fuppo-
Zf6 L A V I B
» fer ces Lettres , pour donner du cours ^
1611* de la recommandation à un alfcz mauvais
Livre qu'on vcnoit d'imprimer contre Vi-*
gor à^Evreux fous le nom de Jean le Jean^
furnommé le Coq , Pénitencier de i'EgU-;
fe de cette Ville. Cet Ouvrage , qui avoit
pour titre: De l'auionicdu Juuverai» Fon" \
iife , contre les. Objeéiions /ipologeiiques de
Simon Vigor , n'étoit qu'une Extrait miat
tiûu de quelques endroits des Annales de
Baronius.
Vigor voyant que les ennemis de Ri-^
cher & les liens tâcnoient de faire valoir
cet Ouvrage de le Jean, mit une Préface àl'
la tête de la féconde édition de fon Livre!
François , De l'htat çs> Gouvernement dé,
VEgiije , où il promit une ample réfuta-*-
tion de cet Auteur , & marqua par avancqf
quelques fautes les plus gronieres. Cel%
fuffit pour décrediter entièrement l'Ouvra-
ge de le Jean , dont on entendit plus par-*
1er depuis , & difpenfa Vigor de lui taire"
une plus ample réponfe.
— — — Ce fut vers le même temps que Rol-^
1622. land Hébert, Pénitencier de l'Eglilc de Pa-
ris, reçut gratuitement les Bulles de Rome
pour l'Archevêché de Bourges, auquel i^
avoit été nommé. Duval , qui cherchoit à
profiter de tout pour parvenir à les fins j
tâcha de lui pcrfuader que le feul moyen
de reconnoître dignement une i\ grande
faveur, étoit de faire en forte , avant qu'il
allât refider à Bourges, que Richer donnât
la déclaration qu'on lui avoit demandée.
11 Taifura que le Nonce , les deux Car-
dinaux, & les Prélats n'exigoient plus au-
tre
i
d'Edmond Ri cher, zçj
Cre chofe, linon qu'il en ôtât la claufc qui —
faifoit mention de l'ancienne dodrine de 162a.
l'Ecole de Paris. Hébert, qui avoit toujours
approuve cette claule dans la déclaration
de Richer , mais qui ne la croyoit pas
efTentielle, ni abfolument neccliuircà fort
deffein , eftimoit qu'on pouvoit donner
cette fatistadion au Pape fans bleflcr fa
confciencc , & il en vint faire la propor-
tion à Richer , dans Tefpêrftnce qu'il tcioic
quelque chofe à fa conlideration.
Mais Richer, qui fçavoit 'rcli(ier à fes
amis lorfqu'il leur falloit préférer la vé-
rité , fit trouver bon à Hébert qu'il ne fe
relâchât pas fur ce point, parce qu'il pré-
voyoit les fâcheufes confequences de cet-
te coniplaifance. Il lui dit qu'il lui furti-
foit que la claufc fût véritable pour n'être
pas rayée de fa déclaration, ajoutant qu'el-
le fervoit même de fondement à l'Ouvra-
ge dont il étoit qucftion ; paifqu'il n'avoit
jamais eu d'autre dellein en compofmt fon
Livre ^c la Puijjance ecclejiajiique '(:^ pôltti-
que , que de montrer les principes de la
doctrine ancienne de l'Ecole de Sorbonne.
Il lui rit remarquer miéme que cette der-
nière tentative étoit une nouvelle intrigue
de Duval avec le Nonce pour donner plus
facilement atteintes fon Livre après qu'on
lui auroit arraché ce bouclier. Richer
Hebert,aprcs deux inllances, ne jugea point rend fa
à propos do revenir unetroiliéaie rois fol- déclarai-
liciter un ami fur un point eu il le con- tion
noiffoit inflexible. Mais Ricîier confîderant nutentî-
les difficultcx, que l'on faifoit de recevoir ipe de-
la déclaration tells aw'il l'avoît drcflecfe vaut des
R ' •
2fS L A V I E
— — refolut de la rendre autentîque , & de là
1622. faire pafler en Latin & en François devant
Notai- deux Notaires du Châtelet de Paris, ♦ c6
tes, &la qui fut exécute le trentième jour de Juin
publie. 1622. Après quoi il la fit imprimer en l'une
* Caron ^ l'autre langue , & la diitribua pour dé-
&S.LeLi. truire tous les faux bruits que fes ennemis
* rcpandoient à ce fujet , & pour prévenir
le Public fur les difpofitions dans lefquel-
les il prétendoit mourir.
On vit paroîrre alors le gros Ouvrage
Latin duDodeur Michel Mauclerc con-
tre le Livre de Richcr. Il étoit en deut
j- . volumes , & avoit pour titre , De la Mo*-
contre ^^^(^l^i^ Divine , Rcclejiajlique , ^ Séculier
Richer. ^^ Chrétienne. Il étoit d'un alfez grand
travail , mais de fort peu de jugement.
Richer le voyant, fe fouvint que c'étort
rOuvrage dont Duval l'avoit menacé deux
ans auparavant, fans lui en nommer l'Au-
teur , qu'il croyoit alors pouvoir être le fa- \
mcux Boucher fon ennemi , que les Ef-
pagnols avoient fait Théologal de Tour- \
nay. Mauclerc avoit travaille à cet Ouvra-
ge , après un voyage de dévotion qu'il avoit !
fait à Rome en 1614. pour reconnoître les
liberalitez du faint Père , qui lui avoit don-
né un bon Prieuré en Bretagne : mais il ,
ne put faire goûter fon Livre ni à Paris ,
ni à Rome même , quelques efforts que fit
Duval pour en faire concevoir une bonne
opinion , & l'empêcher de tomber.
III. Le repos & le filence auquel Richer
Nouvelle s'étoit réduit , pour obtenir la paix de-;
tempête fes ennemis , ctoicnt deux chofes bien cm-j
contre barrallantes pour des gens qui ne pou-^"
d'Edmo>td Ri cher, ifp
Toîent demeurer en repos , ni garder le li- — — -*
lence à fon égard , & qui faifoient leur i6ii.
poffible pour le remuer & le faire parler, RicherSc
afin d'avoir prife fur lui par quelque en- les Ri-
droit. Il en croit de leurs inquiétudes & de cheriftes
leurs animofitez , comme de ces maéadics touchant
annuelles qui fe renouvellent ordinaire- le pou-
ment tous, les ans au Printemps; & Du- voir & les
val avoit foin de rechercher toujours quel- P^'^'ileges
que incident nouveau capable de le réveil- ^^^, ^^'
1er. C'eft ce qu'il fit encore l'année fui- gu^i^^'s*
vante à l'occaiion de ce qui s'étoit palfé
en Sorbonne pendant toute l'année 162^. *— —
quoique Richer , qui depuis près de dix 162.3.
ans ne fe trouvoit plus aux AlTemblées ,
n'eût aucune part à ce qui s'y palfoit.
Pcs le commencement de cette année
un Doâeur de la P^aculté , Curé d'une
Paroille de Paris , s'étoit piaint en Sorbon-
ne de quelques Religieux, qui pour attirer
les peuples hors de leurs Faroifîes , les en-
gageoient à faire des promclfes par manière
de vœu, de ne point fe confelicr à d'autres
qu'aux Pères de leur Ordre, fans en excep-
ter la quinzaine de Pâques. Sa plainte avoit
donné fujetà d'autres Dodeurs d'ypropo-
fer aufli l'examen des Livres du Cordelier
Portugais nommé Manuel Rodrigue ; où il
ctoit traitéides privilèges des Réguliers, qui
y étoient mis au-deiius de la Puiffance ,
non feulement des Rois & des Magiltrats
politiques , mais auflî des Evéqties & du
Pape même , en ce que l'Auteur prétendoit
que le Paint Père n'y pouvoit déroger pour
quoi que ce fût. L'AlIemblée avoit nom-
mé quatre Dodeurs pour travailleur à l'exa-
Rii
i6o L A V I E
-— mcn Duvals'yoppofa, prétendant que c'é-
1623. toient tous Richeriftes quiavoient étcem-
ployc2 dans cette atFaire , & qu'elle avoit
été iecrctement conduite par Richer. Il atti-
ra dans Ion parti trois Doéteurs de fes amis ;
fça\^ir, Mauclcrc, le Clerc, & Itambert, qui
déclarèrent avec lui que tout cela ne fefai-
foit qu'au mépris du faint Siège, & pour
la haine que Richer & fes partifans portoient
au Pape. C'tft pourquoi prévoyant que par
la voye ordinaire, <î^ fuivant l'ufage de la
Faculté, ils ne pouroient empêcher que la
cenlure des Livres de Rodrigue ne tut con-
clue, Duval écrivit au Cardinal de Retz,
qui étoit auprès du Roi , devant le Siège
de Montpellier ,& le prioit d'obtenir de Sa
Majefté des lettres de cachet portant défen-
fc à la Faculté de cenfurer les Livres de
Rodrigue. Pour l'intereller davantage dans
cette affaire, il lui fit entendre que lesRi-
cherilles étoient les auteurs de tous ce mou-
vemens , & que la cabale étoit plus forte
que le parti de ceux qui avoient formé op-
polition. Cependant lacenfure fut refoluc
par lès avis de toute la Faculté. Il fut or-
donne que ni les Religieux , ni les Curez qui
étoient Dodeurs, ne pouroient y délibérer,
nimêmeyalfifter , parce que les uns & les
autres y étoient également interelfez. Duval
en fut pareillement exclu , comme étant
Supérieur des Carmélites.
Le cTardinal de Retz fit envoyer au Chan-
celier une lettre de cachet qu'il acrt)m-
pagna d'une recommendation particulière
<le fa main, pour faire réuflir la chofe au
gré de Duval. Le Chancelier ayant fait
d'Edmond Ri cher. i6i
Içavoir le commendemcnt du Roi& le de- — — -
iir du Cardinal à la Faculté par Pierre de 1623.
Beiië fon Syndic, il fut relbluque des Dé-
putez du Corps iroicnt faire entendre à ce
Magillratdequoi il s'agiiloit. Ils le firent,
& le Chancelier, tres-laiisiait de leurs rai-
funs, confentit que la lettre de cachet nVût
point d'eftet. Duval voyant ainfi tomber
tous fes efforts de ce côté-là , forma une
nouvelle oppoiîtion par écrit, & la ti: li-
gner par trois Doèleurs de fou parti, il lit
fçavoir en mçmetems au Cardinal de Retz
que les Richerilks avoient refufé d'obéir au
commandement du Roi , & il pcrfuada 1^
iriéme chofe au Cardinal de la Rocherou-
cault , qui n'étoit déjà que trop aniqjé con-
tre tout ce qui pouvoit avoir relation, avec
Richer ou fa dodrine.
On perfuada au Roi , qu'il y avoit en On f^lt
Sorbonne certains Dodeurs qui ne vou- peur au
loient fe foûmettre ni à Tavitorite de Sa Koi des
Majellé , ni à celle du Fape, 6ç qu'ils ne Richerif-
reconnoiilbient que celle de Richer, qu'ils ^c-'-
regâidoicnt comme leur Chef. Mais ^e Car-
dinal de Retz mourut au Siège de Mont-
pellier , avant que d'avoir fû vanger Du-
val des Richcriltes.
. Au retour du Roi le Cardinal de laRo-
çhefoucault prit occalion du compliment
qu'il avoit à faire à SaMajellé fur le bon-
heur avec lequel elle avoit dompté les hé-
rétiques , pour lui dire que les Richerilks
étotcat four le moins autant à craindre quo
les Huguenots , i^ que four le bien de V E-
glife ^ de Jon Royaume^ il falloit , ou les ex-
terminer , ou les châtier comme elle venoii
defatre les Huguenots, R iij
i6t La Vie
■ I — Le Roi fe fou vînt à Ton coucher de ce quç,
1623. ^"^* ^voit dit le Cardinal , & demanda à ccui
quife trouvoientprèsde lui dans fa Cham-
bre ûuelle furie de gens étaient les Richertjîes,
Le Sieur Heroiiard , fon premier Médecin^
lui répondit : Sire , ce font les meilleurs fu"
jets cf li-'i pl^s fidèles ferviteurs que l/otre
Majejîé ait dans fon Royaume. Ils ne foHf
maltraitez ^ perfecutez Que parce qu^ih
défendent courageufement les véritables U.
les anciennes maximes de VEglife Gallicane ^
l"* indépendance de votre Couronne ^ Vantori-^
té royale Çj' les droits de votre fouverai-^
neté.
Cependant le Cardinal de la Rochefou-
cault s^appercevant que le Roi n'ctoit parf-
aulTi ardent que lui , s'avifa d'un autre expe-*
dient pour taire que la Requête qu'il avoit
prefentée à Sa Majefté contre les Riche-
rides eût plus de poids. Il s'avifa de taire
faire la même demande au Roi fous le nom
de tout le Clergé de France. C'eft pour-
quoi il fit convoquer au mois de Février
1623. une Ailemblée des Prélats chez le
Cardinal de Sourdis , comme étant le plus
ancien des Cardinaux en France. Il y re-
montra que la Sorbonne étoit fcnifmati-
que , & qu'elle tendoit à l'herelie ; que Ri*
cher étoit la caufe de tout cernai, & qu'il
entraînoit beaucoup de gens dans fon par-
ti 11 propofa enfuite à la Compagnie deux!
articles qui lui avoient été fuggeret pai?
ÎDu val, qu'il avoit mené avec lui, &. dit qu'il
étoit necelTaire fur tout de les faire fignet»
aux Richcriftes. Le premier étoit, que le Pa^.
^e ^CommelFape , peut faire des loix qm obli^
d'Edmond Ri cher. 263
geKt en confcience tous les fidèles en gênerai , — *—
^ chacun en particulier. Le fécond étoit , 1623.
que le Pape peut donner privilège aux Re-
ligieux pour oiiir les Confcjfions par tous les
Dtocefes. Il porta même Ion 2elc jufqu'à
dire qu'après qu*on auroit obligé Richcr,
& tous ceux qui fuivoicnt fes -lentimens,
d'y. foufcrire , il en falloit mettre une dou-
zaine avec lui dans la Baltille. Et après
qu'il eut fini fa véhémente harangue, Du-
val prit la parole , & amplifia encore tout
ce qu'avoit avancé le Cardinal , afTurant
que le nombre des Richeriftes fe multi-
plioit tous les jours , & que tous les Cu-
rez du Diocefe de Paris en étoient , fans
fonger même à en excepter fon fidèle dif-
ciple Forger,Curé de fàint Nicolas du Char-
donnet. 11 défera encore beaucoup d'autres
Dodeurs à l'Allemblée , comme engagez
dans la même feâ:e,& nomma en particu-
lierjacques Hennequin,Proferreur enThco-
logie ; Jérôme Parent , Urbain Garriier,
Elie du Frefne, de Mince, le Sieur Ber-
nard, &c
Les principaux de ceux qui compofoient
cette Aliemblée, outre les Cardinaux de
Sourdis & delà Rochefoucault , étoient le
Cardinal Jean Armand du PlcffisdeRiche-
lieu,Evcque de Luçoii;François de Harlay,
Archevêque de Roven ; Jean François de
Gondi , premier Archevêque de Paris , frè-
re & fuccelïeur du Cardinal de Retz; An-
dré Fremiot , ancien Archevêque de Bour-
ges ;& l'Evêque de Beauvais , Auguftin Po-
tiers , frère & lùccelleur de René , dont
uous avons parle ailleurs.
R iiii
2(^4 ^ ^ Vie
^ Le Cardinal de Richelieu y déclara qu'^-
1623- tant Provifeur de Sorbonne , il ne pou-
voir pas demeurer indiffèrent à raccufation
qu'on mtentoit contre IcsDoâeurs de cet-
te Mailbn , & qu'on ne devoir rien rcfou-
dre contre les acculez, avant qu'ils eufTent
été oiiîs. Ilpria la Compagnie de lui per-
iTicttre de les rnander , afin de fçavoir leurs
fentimens lur ce dont on lesaccufoir.
L'Evêque de Beauvais parla enfuite, &
dit c[ue l'on ucdev(jit pas croire Duval lors
qu'il ver.oit ainli déférer fes Confrères ,
puifqu'il çtoit partie ; d'ailleurs que tout
le diftrrend dont il s'agi^loit ne venoitque
de la ceulure que la 1^ acuité avoit faite du
Livre de Rodr'gue; qu'il n'étoit que trop
vrai que les Religieux cherchoienrà fe ren-
dre iiidépendans des Ordinaires , & qu'ils
encrepre'ioiçnt çxcclnvement iiir l'autorité
des Evéques.
èur la remontrance de ce Prélat , l'A^
fenibléc fut d'avis que le Cardinal de Ri-
.çheiieu entendît ceux que Duval accufoit
nonimément : & pliilicurs le regardèrent
comme un délateur ai un licophante , qui ne
' cherchoit qu'à détruire les Frères. Le Car-
dinal de Richelieu envoya chercher Hen-
nequin , Furent , Garnier , de Mince & Ber-
nard, en Sorbonne. Il leur fit entendre qu'il
cherchoit Terieulémënt à les fervir, <Sc les
protéger , comme il b'y trouvoit éngaj^é
par la charge de Provileur de la Maifon.
Il leur témoigna beaucoup de dcplailir de
ce qu'on les avoit dénoncez au Roi com-
me fchifmatiquçs, & portez à rhcreiie, &
ii leur déclara que le moyen de laver cette
d'Edmond Ri cher. i6f
tache, icroit de ligner les deux articles pro- —
polez par le Cardiiial delà Rochetoucault. 1623.
Les Dodeurs , tort furpris de voir qu'on
les <'ût pris à partie, pour une cenfure qui
ctoit Touvrage de toute la Faculté, dirent
qu'on dcvoii N'udrelièr à tout le Corps pour
lui faire rendre compte de tout ce qui s'é-
toit pafTé. Le Cardinal de Richelieu y con-
fcntit, témoignant que tout lui étoitindir-
ferent, pourvu qu'il pût détendre toute la
Sorbonne , & enx en particulier , auprès du
Roi & du Hapc : & il refolut de le trou-
Ver à h première Allèmblée de Sorbonne
avec rAfchcvêque de Roiien , & lesEvê-
ques de Nantes & de ^Hartres, pour y fai-
re ligner les deux propolitions da Cardi-
nal de ia Rocheioucauli.
Le Dimanche fuivant , qui étoit le 26.
jour du mois de Février , le Cardinal de
Richelieu mundt Richer chez lui , pour
rcillurer qu'il avoit deileinde le décharger
de la haine que tes ennemis lui portoienc,
&: de i'accufation qu'ils avoientdrciiee con-
tre lui devant le Roi. H lui promit aulîl
tonte ù\ laveur & toute la proteétioii.; mais
il lui dit que pour la mériter , il étoit bc-
ibin qu'il expliquât ion Livre de la Puif-
fance Lcciciiajit.jue l^ Foittique.Pj\c\\cï [\l\
répondit que c'étoitcc qu'il avoit toujours
demandé avec empreliement , avec la per-
niillion du Roi , & l'agrément de fes Su-
périeurs ; qu'il avoit même palfé depuis
peu une déclaration fur ce fujet devant deux
Notaires, dont il le prioit de recevoir une
copie de fa main. Il lui rcprefenta enfuite
<4ue fa cauie n'avoicrien decoiimiun avec
i66 La Vie
— *— lesDodeurs, que Duval avuit injuftement
1623. accufez dans rAfTemblée des Prélats , 6ç
que depuis plulîcurs années iln'avoit plus
de part ni aux AfTemblées de Sorbonne ,
ni aux délibérations de la Faculté ; mais
qu'au refte il ne pouvoit s'empêcher de ren-
dre témoignage à la jultice de la caufe de
ces Dodeurs accufei , qui étoit celle de la
Faculté entière.
Plulieurs autres Do6leurs ayant appris la
refolution que le Cardinal de Richelieu
avoit faite d'aller en Sorbonne , & ce qu'il
avoit deilein de faire exécuter , tinrent quelr
ques conférences entre eux, & députèrent
à ce Cardinal pour lu^ faire remarquer les in-
conveniens de fon entreprife. Ils lui remon-
trèrent que ii on parloitde figner les deux
articles propofeT, par le Cardinal de laRo-
chefoucault , la diviiion & le defordre fe
mettroient dans la Faculté encore plus
qu'auparavant ; & que d'ailleurs il en fau-
droit faire parler au Roi, parce que l'affai-
re touchoit fon autorité fouvcraine. Carfi
on accordoit que le Pape pût faire une
loi qui obligeât tous les fidèles ,il s'enfui-
vroit qu'on fcroit obligé de lui obéir, en
cas qu'il ordonnât que le Roi fût dépofé.
Ils lui reprcfenterent aufîi que ces deux pro-
politions fcrviroicnt à couvrir & à confir-
mer même tous les abus de la Cour de
Rome, qui n'étoientpas en petit nombre:
de forte qu'on n'ofcroit plus dorénavant
s'y oppofer.Que pour laquelliondedroit,
fçavoir ^«^ le Pape ^ en cas de necej]ite\peut
faire des lotx ^ donner des privilèges aux
Jicligieux , perljonne û'ea doutoit en Soi;-»
d'Edmond Riche r. 267
bonne: mais on doutoit feulement ,7? hors -
la necejfité il touvoit le faire y charger l'K- iOi^^.
glife JCune infinité de Conftitutiuns , CÎT* n>)yr
Le monde d\ine mer de privilèges .^qu'il doïi'
7ie aux nouveaux Ordres Religieux.
Les raifons de ces Dodeur^ iirent ou-
vrir les yeux au Cardinal de Richelieu iur
les embarras où il s'alioit jetrcr. Il ciiangea
la refolution qu'il avoir pi ! Ce d'aller ep S.)r-
bonnc; & trouvant l'attaire beaucoup plus
épineufc ^u'ii ne fe l'étoir imaginé d'abord ,
il s'en déchargea iur le Cardinal de la Ro-
cheroucault, citant qu'il écoit jultc que ce-
lui qui avoir brouille le tuieau, tût ciiargé
du foin de Je déméier.
Cependant le Cardinal de la Rochefou- IV.
cault, qui ne voyoit que par les yeux de Du- Le Card.
val , & ne fe conduifoit dans toute cette ^'f ^-^l^^-
aflairc que par fcs avis , ciicrcha l'occalion ^^'^^j^"^"-
de pouvoir parler au Roi feulement en la "^^'^"^-.
prefcnce de deux ou trois perfonnes dont ï""'^^^^'
il fût allure, évitant fur- tout la prefence le^j^;^;^^^,
des Confeillers d'Etat, dont il içuvoirque ,.,|^,.^
plulieurs favorifoient la caufe ae Richer. , ,*
Jl choilit le Confeii des dépêches, uii jour * ■ '^^ '^^'"
qu'il ne s y trouva que le Koi , le ^han- i^^ CiAn-
CL'lier , de Lomenie Secrétaire d'Etat , ôc éelicr.
Tronçon Secrétaire du Cabinet. 11 y fit ^ ^
entendre à Sa Maiefté que les Prélats a- r, ^ ~°*
n , ^ • - • • Mais,
voient refolu de taire ngner certains arti-
cles à la Sorbonne, qui étoit divifée par
de grandes tadions : que cette divilion for-
moit un dangereux fchifme , dont Richer
étoit auteur : qu'avant de propofer ces ar-
ticles à ligner à la Sorbonne , il étoit ne-
çeiTaire de fçavoir le fcntiment qu'en avoit
_ 169 L A V I E
"' I — Richer : qu'il fupplioit Sa Majcfté d'en-
1623. voyer Tronçon dire à Richer de fa part,
qu'il eût à fe trouver le lendemain, qui
étoit le 21. de Mars, chez le Cardinal de
la Rochefoucault, pour lui déclarer ce qu'il
penfoit de ces deux articles.
Richer ayant vu Tordre du Roi, fc fit acr
compagner de Jean Richer, fon frère puif-
né , Avocat au Parlement , & fe rendit avec
Tronçon chez le Cardinal au temps qui
lui avoit été marqué. Le Cardinal fit une
harangue de trois heures , fans ordre & fans
fuite , pallànt incellàmment d'une matie^
re à l'autre. Richer voulut par intervalles
répondre à ce qu'il difoit , pour tâcher de
l'appliquer au fujet pour lequel on l'a-
voit fait venir : mais le Cardinal , au lieu
de l'écouter , continuoit toujours de parler,
prenant pour juge de fes raifons le Secre-,
taire Tronçon , qui n'avoit point d'étude ^
& qui applaudlifoit toujours. par avance ^
ce qu'il difoit La harangue ânic enfin , fans
que dans tout ce grand difcours le Cardir
nal eût touché un feul mot des deux ar-:
ticles qu'on devoit propofer à laSorbonne;
mais il conclut que puitque le Livre de Ri-
cher avoit été ccnfuré par le Pape , par l'Afi
fcmblée des Prélats de la Province de Sens,
tenue à Paris , & par celle des Prélats de
Provence tenue à Aix,il devoit étredefa-
voiié par fon Auteur, s'il ne vouloir être
noté d'herelie & fe voir condamne comme
un hérétique déclaré.
Il ne fçut que répliquer fur le champ à
ce que Richer lui allégua touchant la nul-
lité de ces.cenfures i mais, l'ayant fait jeve-.
d'Edmond Riche r. i6p
'HÎr le lendemain , il lui oppolaDuval, qu'il ■■- n*
avoit appelle à l'on fecours avec quelques ^^^^
autres de fes créatures,* qu'il avoit ordi- * p.
nairement à fa table. Se voyant efcorté de qx mi
ce nouveau renfort, il lui parla d'un au- chano*'"
tre ton qu'il n'avoit fait la veille, <Sc il lui ^e d'E^
déclara qu'il ne traitoit avec lui que corn- vrcux
me il fcroit avec un hérétique & unfchif Gautier
matique. ancien A-
Duval, pour appuyer ce que difoit le Car- vocat du
dinal , ajouta qu'en effet Richer paffoit à grand
prefent pour tel dans le monde , & que Confcil,
tout ce que meditoit le Clergé ne tendoit ^^'
qu'à le convertir ,& à le faire retourner à
rEglife Catholique.
Le Cardinal de laRochefoucauIt,quiaf-
fedoit de mêler de l'érudition dans fes in-
veélives contre Richer , alFura que c'étoit
une hcrclie de dire que le Pape foit Chef
miniltcriel de rEglife,&que l'autorité du
Concile l'emportât fur celle du Pape : &
Duval, pour expliquera penfée du Cardi-
nal, dit que le Pape étoit feulement Chef
minifteriel de Jefus-Chrilt, & non del'E- *
glife. Richer , après avoir protefté de fa ca-
tholicité contre les calomnies de Duval &
de fes autres ennemis , ne put s'empêcher
de relever l'impertinence de cette explica-
tion. Il dit au Cardinal qu'il étoit aulfi ri-
dicule de foûtenir que Jefus-Chrift avoit un
Chef miniiieriel , que de dire que le Gou-
verneur de Paris feroit le Chef minilieriel
du Roi à l'égard des Bourgeois de la Vil-
le. Il lui remontra que Jefus-Chrift ne pou-
voit avoir que des Diacres comme le Roi
n'avoit que des Lieutenans. Quoi , dit le
270 L A V I E
— ' ■ Cardinal de la Rochefoucault, le premier
JLÙ12' Prciîdentn'ell-ilpasle Chet'du Parlement?
Oui, répartit Richer,maisiln'eft pas Chef
muîiltericl du Parleivient; & on ne peut par-
ler de la forte , ians le rendre ridicule. Sî
c'tit herelie d'appeller le Pape Chef mini-
Ikriel de l'E^lile , il faut condamner les
Cardinaux Beilarmin, du Perron, de Ri-
chelieu, & une infinité d'autres Auteurs
non fufpeds à la Cour de Rome, qui ont
ufé de cette exprcflion.
Je fis hier entendre à M. le Cardinal ,
continua Richer devant rx'\iremblée, que
Duval avoir examiné & approuvé ma dé-
claration fur mon Livre avec de Gamaches
& le Pénitencier Hébert, hormis laclaufe
-où il fait mention de Tancienne doéirine de
l*Lcoit de Paris, lime fitpropoiër enfuite -
de rayer cette claufe pour faire agréer ma '
déclaration au Pape à. aux Prélats. J'avois :
îiiors des raifons fuffifantes pour n'y pas
confeiîtir, àf je retiitai même aux inftan-
ces que le Pénitencier m'en fit de fa part ;
mais pour le bien de la paix, à laquelle je
voudrois facrifier mon propre reposée tous *
mes intérêts , j'offre maintenant de rayer
cette claufci
Duval répondit qu'il étoît trop tard, que
le faint Père avoit récrit àfonNonce, que
cette claule , qu'il n'avoit pas voulu ôter
lorfqu'il en avoit étéfollicité, rendoitl'E-
coie de Paris coupable de toutes les erreurs
& les herelies contenues dans le Livre de
Richer. S'adrelfant enfuite à l'Auteur , il
l'avertit , qu'on vcnoit de donner à Rome,
un nouvel Indice des Livres défendus
d'Edmond Ri cher. 171
€Ù l'on avoit mis le Livre de Lcclefiajitca " '■*
i^ tolitica Potejlate^ fous le nom de Ri- lôz^.
cher , quoi qu'il tût anonyme , avec ce qu'il
avoit compoie, & ce qu'il pouroit compoier
ëans la fuite.
Richer repartit que les cenfures de Ro-
me, faites pour défendre fa Monarchie ablb-
luc , n'étoiet nullement à craindre , & qu'el-
les ne s'obfervoicnt pas en France ; que ce
n'étoit point la coutume que lesAuteurs qui »
avoient compofé un Livre cenfuré , fouf-
criviffent à la cenfure de leur ouvrage ;<Sc
que jamais la Cour de Rome n'avoit rien
exigé de pareil , depuis que Ton avoit éta-
bli le Tribunal de l'Inquifition; qu'il n'a-
voit point de changement à faire à fa décla-
ration ; qu'il oftroit à la vérité d'abandon-
ner la claufe où il étoit parlé de l'ancien-
ne dodrinedc Sorbonne; mais non pas de
defavoUer fon Livre , à moins qu'on ne lui
en cottât quelques propolitions, qu'il ne
pût expliquer en un fens bon & catholique.
Le lendemain Richer alla trouver le
Chancelier de France pour l'informer des
deuxtâcheufes conférences qu'il avoit eues
àlainte Geneviève chez le Cardinal de la
Rochetbucault : mais voyant que ce Magif-
trat lui répondoit aiTez froidement fur ce
qu'il lui reprefentoit touchant la conduite
& les difcours que le Cardinal lui avoit te-
nus ; il drelfa une requête au Roi dont il
donna des copies à pluiieurs Confeilîers
d'Etat. Lomenie,Secretaire d'Etat, fut celui
de tous ceux qui lui vouloientdu bien , qui
parla le plus hardiment au Chancelier. 11
lui rcprefenta que Richer n'étoitperfecu;é
zji La Vie
•— — — . que parce qu'il défendbit les droits de la
-1623. Couronne & Tautorité du Roi contre les
nouvelles doctrines; & qu'il ne le ralloit
pas lailler opprimer. Le Chancelier y fit re-
flexion, parla r'oitcnient au Cardinal de la
Rochefoucault ,défenûii qu'on n'inquiétât
davantage Richer au fujet du Livre de la
Fuijfance Lccle/ia/iiijue c^f Politique , & or-
donna qu'on le laillât en repos.
• Le Cardinal fut obligé de reconnojtre
aux paroles du Chancelier que fon zèle
l'avoir emporté trop loin. Il ne parla plus
de pourlliivre les Ricrieriltes , de lavorifer
les entreprifes desRtit;aii^rs,ni de faire fi-.
gner les deux articles cnSoroonne.Mais afin
de prendre des mei'ures mieux concertées
dans le deflein qu'il avoit toujours de per-
- Miron ^^^ Richer , il alfembla dans fon hôtel de
+ Cof- * Mainte Cienevieve les Evéques d'Angers , *
peau. de Nantes f & de Dardanic jj; avec Fhilip-
4: Coéf- pe de Gamaches , & Charles Loppé Grand
feteau. Maître du Collège de Navarre, pour exa-
miner ce qu'il contenoic , & Içavoir enfin
ce qu'il y auroit à faire pour parvenir plus
furementàfes fins. Gamaches, le plus ha-
bile de la Compagnie, étoit aduellement
travaillé d'une phtifie, & d'une difficulté
de refpirer depuis plus de fix mois : ce qui
n'empêcha pas le Carcinal de le retenir
malgré lui pendant les deux jours entiers
que dura l'examen du Livre. Il ne put
néanmoins arracher autre aveu de liii, li-
non que l'Ouvrage avoit éié mis en Iut
, miere hors de laifon,à caule de la mino-
rité du Roi; qu'il eontenoit quelques pro-
pûfitions un peu hardies , mais qu'elles
pou-
Jl
d'Edmonî) Rtcher. 27J
pouroieiit être approuvées & reçues de — —
tout le monde, en y ajoutant quelques mots 1623.
pour les expliquer. Ainfi l'examen finit fans
cenfure , & le Cardinal ordonna un pro-
fond lilenceiur le retultat de l'Airemblée.
LeDodeur Duval fâché d'avoir fait tant
d'éclat fans avoir pu reuflir dans fes der-
nières entreprifes , eut recours aux voyes ^^ ^^^'
de la diflimulation , qu'il avoit déjà em- \^^J^' P^"
ployées plus d'une fois. Pour feindre de \ "^^
vouloir fe reconcilier avec Richer; il lui jy ^?"'
envoya fon Mercure ordinaire , le Doc- '^î.^^„ • .
teur Forger. Cela arriva le quatrième de n^^. ^^çç
May , Ôt le fit prier d'oublier tout ce qui Richer,
s'étoit palfé entre eux chez le Cardinal de
la Rochefoucault. Il lui fit dire qu'il pou--
voit ôter de fa déclaration , fans qu'on en
parlât au Cardinal , la claule où il faifoit
mention de ladu6trine ancienne de l'Eco-
le de Paris. Il l'allura que s'il vouloit la
Jui mettre en mains, il la portcroit au Non-
ce pour être envoyée au Pape, quineman-
queroit pas d'en être fatistait, & de récri-
re en faveur de Richer , pour faire aflbu-
pir les troubles & les divilions que fon Li-
vre avoit excitées ; qu'au relie Duval te-
noit Richer pour un très home de bien ; qu'il
le reconnoillbit fort difcret & fort judicieux
en tout; qu'il avoiioit qu'en plufieurs cho-
fes il voyoit plus clair que beaucoup d'au-
tres, & qu'il le jugeoit fort necelfairc pour
rétablir le bon ordre, & maintenir ladifci-
pline dans la Faculté de Théologie , &
dans la Maifon particulière de Sorbonne ;
que par confequent il le croyoit refponfa-
ble à Dieu du talent qu'il en avoit reçu &
S
274 , L A V lE
^— — qu'il tenoît enfoui & caché , ens'abftenant
1623. de fe trouver aux Alfemblées de la Faculté
depuis tant de tems.
kicher lui répondit que le me me com-
plimentlui avoit étédcjafaitcn i6i8. delà
part de Duval par François de Montho-
lon, Intendant delà Maifon de Montpen-
fier ; que c'étoit l'ordinaire de Duval de
changer de batterie lorsqu'il voyoitque fes
intrigues & fes llratagêmes ne lui réuflif-
foicnt pas : mais qu'après avoir été (i fou-
vent trompé par fes difcours flatteurs & fes
promelles artilicieufes , il n'étoit plus en
état de fe fier à lui; que fa déclaration s'é-
tant répandue dans le monde par la multi-
plication des exemplaires qu'il en avoit fait
tirer , il n'étoit plus poffible de noter la
claufe , que les feules rodomontades de Du-
val l'avoient empêché de rayer fix femaines
auparavant chez le Cardinal de la Roche»
foucault, lorfqu'il en étoit encore tems ;
d'ailleurs que la claafe n'étant pas plus erro-
née que le relie du Livre, il auroit été fâciié,
qu'on l'eût pris au mot , voyant le mau-
vais ufage que fes ennemis vouloient faire
de cette condefcendance.
Duval re- Duval attribuant le mauvais fuccès de fa
tourne à negotiation au peu d'adrefle de Froger ,
fes pie- fj^ uiie ^utre tentative par lui-même le jour
mieres ^^ |.^ Pentecôte , qui étoit le 4. de May , ef-
mmgues. p^^^^^ qug \^ fainteté du jour contribueroit
à la fedudion de Richcr.EUe fut encore inu-
tile , comme tout ce qu'il fit le refte de
cette année , pour le faire tomber dans les
pièges qu'il lui tendoit. C'eft pourquoi U re-
prit fes premières iutrigues vers les f^ête$
d'Edmond Richer. vj^
de Noël, pour tourmenter Richer tout de >
nouveau par le miniftere du Pénitencier de 1623.
l'Eglife de Paris , Jaques Charton , natif
de Pontoife comme lui, qui étoit redeva-
ble de la fucceflîon de Hébert à farecom-
mendation.
Charton défendit aux Prêtres du Collè-
ge du Cardinal-le-Moine d'entendre Ri-
cher en cont'eflion , à moins qu'ils neuffent
nnepermiiïlon exprefledu Confeil decon-
fcience de TArchevêque. Ce Confeil , qui
étoit compofé de gens prévenus ou dé-
voilez à la palfion de fes ennemis , referva
le pouvoir de donner cette permiflion à
l'Archevêque feul , afin de la rendre plus
difficile. C'étoit fans doute fe vanger de
Richer par la peine la plus fenfîble qu'on
pût faire porter à un homme d'une con-
fcience aufli délicate qu'étoit la lienne, &
d'une exaélitude aufli exemplaire qu'étoit
celle avec laquelle il frequentoit lesSacre-
mens de l'Eglife, La difpofition de l' Ar-
chevêque à fon égard ne contribua point
à diminuer cette mortification : car au lieu
de fe fouvenir qu'il étoit le Père commun
de fes Diocefains , & qu'il devoit agir en
Juge équitable, il parut autorifcr une vio-
lence fi irreguliere , qui faifoit dégénérer
en une vraye tyrannie le miniftcre IpiritucI
des Chefs de l'Eglife. Aufll faifoit-il pro-
felTion de fuivre le chemin qu'avoir pris le
Cardinal de Retz fon frère , & fon pré-
décellèur , pour faire fa cour au Pa-
pe , de la perfecution de Richer , efti-
mant que ce feroit un moyen fort feur
& fort court pour obtenir promptement
Sij
zy6 L A V I E
— — le Chapeau de Cardinal , auquel il 'afpî-
Quoî que les ennemis de Richer fiiffent
obligez d'ailleurs de rendre témoignage à fa
pieté , & de reconnoître avec tout le monde
l'innocence de fa vie , & l'intégrité de fes
mœurs; ils nelaifTerent pas de prendre oc-
calion de l'injuftice qu'on lui faifoit à la
Fenitencerie, pour publier que la compo-
lition feule de fon petit Livre le rendoit cou-
pable des crimes les plus énormes , & qu'el-
le lui imprimoit un caraétere de reprouvé.
Comme ils cherchoient à profiter de tous
lesévenemens quipouvoient avoir quelque
rapport à lui , pour augmenter fes peines ;
ils fçurent faire valoir aufli contre lui la
mort de Jean de Vieuxpont, Evêque de
Mcaux, arivée quelques mois auparavant.
Ce Prélat avoit voulu conférer à Richer une
Prébende de fa Cathédrale, vacante par le
décès de Félix Vialard , Chanoine & Doyen
de fon Eglife, mort au mois de Juillet. Il
l'avoit choifi entre plufieurs autres Gra-
duez nommez qui étoient plus anciens que
lui , & avoit fait paroître un zèle tout ex-
traordinaire pour écarter tout ce qui pou-
voit faire oblhcle à fa bonne volonté. La
modefte répugnance de Richer n'avoitfer-
vi qu'à le rendre encore plus ardent à cet
égard. Il publioit hautement que c'étoit une
occalion que Dieu lui prcfentoit pour fai-
re fatisfacîion à Richer d'une injuftice à
laquelle il avoit eu part; qu'il étoit touché
d'un fenfible repentir, pour avoir foufcrit
à la cenfure du Livre de la Puilfance ec-
clefiaftique ^ politique , faite en l'année
t)*E DMOND Riche R. 277
161 2. par les Prélats de la Province de — •—
Sens, par pure complaifancepour le Car- 1623.
dinal du Perron leur Métropolitain ; qu'il
confelFoit avoir ligné comme les autres
cette cenfure , que ce Cardinal leur avoit
prefentée toute drcffée , fans qu'il eût ja-
mais vu ni lu le Livre qu'on leur faifoit
condamner ; qu'au relie il avoit toujours
fait une ellime toute particulière de Richer^
& qu'il n'avoit jamais ferieufement douté
de la vérité de la dodbine contenue dans
fon Livre,
Une déclaration fî peu attendue d'un
Prélat qui avoit de la réputation , devint
bientôt publique dan^ Paris ; 6c elle com-
mençoit à taire du bruit parmi le Clergé ,
lorfqu'il tomba malade , au commencement
du mois d'Aoult.Sa mort, qui fuivit quin-
ïe jours après, donna lieu aux ennemis de
Richer , au préjudice de la vérité , de ré-
pandre de nouvelles calomnies. Ils publiè-
rent que Dieu lui avoit abrégé fts jours
pour prévenir les conférences qu'il s'étoit;
promis de tenir avec Richer , au préjudi-
ce de l'autorité du Pape , & que par un
coup de la Providence , il étoit mort in^
continent après avoir conteré une Prében-
de à Richer. Si les Richerilks avoient eu
de fcrablables contemplatifs parmi eux,
il leur auroit été aifé de faire des refle-
xions encore plus favorables à leur parti,
iur la mort des Cardinaux du Perron &
de Retz , qui étoient beaucoup pluaj.eunes
que l'Evêque de Meaux. .«, ^
Il ne faflifoit pas aux ennemis de Ri-. 2(^24.
cher de publie; \eurs. caloinaies 4^ viv^i '"^■
S iii
MjS L A V I E
— — — vToix, ou dans des Ecrits faits direftcment
1624. contre lui; ils avoient foin de ks faire paf-
fer encore dans des Ouvrages, où ilfem-
bloit qu'on ne le faifoit entrer que par ac-
cident. C'eftce qui parut en 1624. dans les
Livres nouveaux de Charles Malingre, qui
de Corredeur d'Imprimerie , s'étoit cri;^é
en Hiiloriographe,fans rien fçavoir ; & da
fameux Ligueur Jean Boucher, Dodeur de
Sorbonne, retiré en Flandres, où il étoit
devenu de Théologal de Tournay , Archi-
diacre & Chanoine de la même Eglife ,
pour recompenfe de la haine implacable
qu'il portoit à la Famille Royale de France.
Malingre , voulant faire fa cour au Car-
dinal de la Rochefoucault , en qui il té-
moignoit avoir mis toutes les efperances
de fa fortune, parce qu'il ctoit grand Au-
mônier de France, ne manqua point d'at-
tribuer la décadance de l'Herelîe en Fran-»
ce à la cenfure du Livre de Richer. î\
ajouta que cet Auteur ctoit foûtenu des
politiques , mais que ie Parlement Tavoit
repris & blâmé publiquement: faulîeté que
cet ignorant , avtc toute fa mauvaife vo-
lonté ,n'auroit peut-être oie avancer, s'il
avoir eu foin de receuillir les mémoires &
les titres necelîaires à fon Hiftoire. Les
A6tes publics auroient fuffis feuls à un '
Ecrivain moins négligent , pour lui faire ;
çonnoître que la Cour du Parlement avoit
pris la protedion de Richer & de fon Li-
vre. Malingre faifant un tiifu des calom-
nies que Durand , Duval , & Pelletier
avoient avancées dans leurs Ecrits contre
Richer , devoit au moins , pour fuivre les
d'Emond Riche r. 279
loii de l'Hiftoire , faire aulTi mention de ■
ce que Vigor avoit écrit pour fa défeiife. 1624»
L'cclat que les Ouvrages de ce Magifîrat
avoient eu au-dcfTus de ceux de lés Adver-
faires , les rendaient auffi plus connus dans
le monde ; de Ibrte que cette omifiion Icr-
vir autant à faire découvrir la partialité de
Malingre que Toftentation qu'il faifoit
de ce qui avuit été publié par les ennemis
de Richer.
Pour ce qui regarde Boucher , dont le na-
turel impétueux ne pouvoit fouôrir que
Richer vécût en paix au milieu de Tes
perfecutions, il voulut l'attaquer du mê-
me (iyle dont il avoit tâché de deshonno-
rer les deux derniers Rois de glorieufe mé-
moire, en faifant les éloges de leurs par-
ricides. Il fit imprimer à Tournay fa Cou^
ronne myfiiquc ; Ouvrage divifé en cinq
livres , "^où il entreprenoit de traiter delà
Preé/ntnence du Sacerdoce Royal-Ecclefia--
Jiique , fur l"* Etaù ^ la Dignité Royale-
politique ; pour montrer que les Rois & les
Princes Chrétiens font obligez de faire la
guerre à l'Herelie , & que les Papes ont le
pouvoir de les y contraindre.
C'elt à Richer que s'adrede tout ce que
ce violent déclamatcur a mis dans cet Ou-
vrage contre la nouvelle Herelic des Ari- Chdp.jï^
itocratiques, qui divifent le François d'avec &: sa.
le Romain : mais n'ayant bâti fon fyllé-
me que fur des chimères mylkrieufes &
enveloppées dans des énigmes ridicules ,
l'Ouvrage fut bientôt foulé aux pieds , &
méprifé coiîune le fruit d'uoeimaginatioi^
troublée.
Siiiji •
z8o La Vie
»-- — La mort de Philippe de Gamaches^pTO"
1624. fefl'eur Royal en Sorbonne, Collègue de
V i i. Duval, arrivée au mois de Juillet de Pan-
Impcftu- née fuivante , priva les Richeriftes de
redcDu-i'un ^^^ pj^g folides appuis qu'eût leur
val & de parti, C'étoit un des plus fçavans hommes
M.iuderc ^^ -^^ Sorbonne, qui avoir heureufement
Gaina" allié les belles Lettres avec la 1 néologie \
L * " Scolaftique , & q ui avoit accompagné toutes
fes connoillances de beaucoup de pieté &
de vertu : de forte que s'il avoit eu la force
de rcfufer une Abbaye en Commande ,
ce qui palibit alors pour un abus , par rap-
port à l'ancienne diiciplinedc l'Eglife, Ri-
cher l'aurûit jugé comparable aux plus
grands hommes de l'Eglife Primitive , ne
trouvant que Gerfon parmi les Modernes
qu'on pût lui préférer.
Il y avoit trois ans que de Gamaches
' étoit travaillé d'une fufîulion de bile, d'u-
ne ptyiie & d'un althmc , qui ne lui avoient
pas donné de relâche. Jufques-là il avoit
gencreufemeiit m^iintenu les anciennes
maximes de l'Ecole do Paris, telles que
Richer les avoit enfeignées datis fou Li-
vre. Son exemple , fon autoroité , & fa
réputation y avoient retenu beaucoup de
gens , contre les efforts que les partifans de
la Cour de Rome avoient faits pour chan-
ger la Sorbonne. Duval & fes adhérans
l'avoient fouvcrit folllcité, mais toujours
çn vain ; tantôt de faire une déclaratioa
contre l'Ecrit de Richer , pour faire voir
qu'il n'étoit fauteur ni de fon fchifme ni
de fes herefies ; tantôt de vouloir approu-
ver les ouvrages que l'on faifqii;, contre
I
d'Edmond Riche r. tSt
lui. Lorfqu'il le vit malade, il crut avoir ■ -■■'■
trouvé le moyen d'abtttre enfin celui qu'il lô^S-
avoit toujours trouvé inébranlable en fan-
té. Il le fit obfeder continuellement par
Mauclerc, qui ne palfoit point de jour fans
intimider le malade par quelque nouvelle
menace, ou fans ufer des conjurations les
plus prenantes pour arracher de jui ce
qu'on ne pouvoir obtenir parles voyes or-
dinaires. La conftance de Gamaçhes dura
tant que fes maux lui lailierent la liberté
de Tefprit , après avoir ruiné les forces de
fon corps. Duval , qui avoit recommandé
à Mauclerc de ne point fe rebuter fur tou-
tes chofes, avoit drelîé une eipecc de co-
4icile tout prêt pour le faire ligner au ma-
lade au premier moment qui le préfente-
roit. Enfin, après lui avoir crié long-tems
aux oreilles que fa mémoire feroit en exé-
cration , & qu'il feroit déclaré fchifmati-
que fous le nom de Richerifte, s'il n'ac-
quiefçoit ; ils épièrent le temps auquel la
mère du malade 6r les domeliiques étoicnt
retirez , pour lui prendre la main , 6c lui
faire ligner cet Ecrit le 8. de Juillet, fans
aucun témoin. Il étoit conçu en forme dç
cenfure du Livre de Richer , & en termes
Latins, dont voici la tradu6iion.
J\zt toujours improHZ'é le Liurc de Maî-
tre Edmond Kîcher touchant la i^uijfance
Ecclejiajiique ^ Politique , long-temps mê-
me avant qu'ail fut mis en lumière , com-
me je l^improuve de nouveau , ^ je Vim-
prouverai de plus en plus , moyennant la
grâce de Dteu , tai7t que je viverai : car
je le juge très-pernicieux à l'Eglife de Dteu,
iSz L A V I E '
— — — ^ au peuple fidèle , farce qu'il eft rempli
63ifi de plujieun propofitions hérétiques , fchif- ,
matiques , fauffes , erronées , injurieufes ail ,
fouierain Pontife ^ ^ au faint Siège ylpQ" »
fiolique ^ ^ capables de choquer les oreil" \
les des perfonnes pieufes ^ catholiques. y*ai
déclaré plufieurs fois avec protejîation ma
penfée fur la condar/inatton que /V fais de
ce Livre y depuis environ feize mois ^ fur*
tout en prefence de M. le Cardinal de la
Rochefoucault , de quelques Evêques l^ \
Doéieurs de la Faculté , ajjemblez par com^
mandement de Sa Majefté , à l^occafion dp
ce petit Livre , dans la Maifon abbatiale
de faint e Geneviève, Fait à Paris ce dix-hui'» ;
tiéme jour de yuillet j6i^. Signé Phi*» .
LIPPE DE GaMAÇHES.
Cette pièce , qui étoit d'un Latin tout
entrecoupé & plein de parenthéfe, n'avoit
rien de la politeflc ordinaire du Itile de
Gamaches , & ce fut un des indices que Ton
eut de la furprife & de l'extorfion violen-
te qu'on lui avoit fait. On fçut bientôt à qui
l'adjuger , à la vûë du tour grofîier & barbare
des expreffions, qui fauta d'abord aux yeux
de ceux quiavoient lûlelivredeDuval ,ou
qui avoient pris fes leçons en Sorbonne.
Le témoignage duDoéteur Louis Mefîicr,
ConfcfTcur ordinaire de Gamaches , & ce-
lui de Claude HulTon, quiécrivoit fous lui
avec la dépofition de fes Domeftiques , fi-
rent encore aller plus loin dans la décou-
verte que l'on fit de lafuppolition ; defor-
te qu'à la fin il fe trouva que de Gama-
ches n'avoit pas même ligné le prétendu
codicilc, & que c'étoit une pure impoftu-
j
d'Edmond Ri cher. i8j
re qui avoit Duval pour auteur , & Mau- —
clerc pour miniltre. L'inquiétude de ce 1623.
dernier touchant la faulïeté de cet ade
parut incontinent après le décès deGama-
ches, arrivé le 21 . Juillet , lorlque cherchant
de toutes parts l'écriture du défunt, il tira
de Philipc Bon vot, grand Bedeau Ôa Gretfier
de la Faculté, le livre des Euphemies , où
chaque Doéleur écrit fon nom tous les ans y
pour reconnoître & juftifier lalignaturedc
Gamachcs. On trouva étrange qu'il gardât
le livre un an entier ; mais il falloit du
tems pour apprendre à bien imiter le fcing
d'un mort , 6c pour controller & réformer
un papier qu'il étoit queftion de rendre au-
thentique.
Le Curdmal de Richelieu, qui fçavoit par-
faitement quels avoient été les fentimens de
Gamaches , fut un de ceux qui rirent pa-
roître le plus d'horreur pour cette fourbe-
rie. La crainte qu'il eue que Richer n'en
tirât trop d'avantage contre fes ennemis ,
Jît qu'il ordonna la fupprclTinn de cette
fauUe déclaration, dès qu'il eut appris que
Mauclerc l'avuii publiée. Il chargea le Doc-
teur Mulot , fou Domeitique , de tirer
l'original des mains de Mauclerc, & de le
remettre entre les liennes; ce que Mnlot
n'eut pas plutôt fait , que le Cardinal le
rompit, <& défendit qu'on n'en parlât non
plus que d'une chofe qui ne feroit jamais
arrivée.
L'exemple de ce qui s'étoit pafTé à l'c- Richer
gard de Philippe de Gamaches lit con- fait une
noître à Richer qu'il ne pouvoit prendre nouvelle
trop de précaution contre la mauvaife foi piotefta-
h4
284 La Vie
"■ de fes ennemis. La crainte qu'il eut qn^r
lôzf. ne lui fiffent quelque furprife, ou qu'ils ne
tîon con- lui impofafTcnt quelque chofe de fembla-
tre toute ble, lorfqu'il ne feroit plus en état de dé-,
furprife , couvrir , ou de convaincre l 'impofture & 1^.
& contre calomnie , lui fit renouveller le 29. d' Aouft
la vie- le tcftament qu'il avoir fait 12. ans aupara-
lence vant pour alTurer la pofterité de fesverita-?
qu'on bies fentimens.il voulut l'accompagner d'u-
pouroit ne déclaration nouvelle , qui fuit,
m taire , Comme Us choses pajfées doivent nous
an"^ h^' ^^^^^^ f^S^^ T^^^'^ ï* avenir , ^ qu'il ne r<r-
jyj . ^ fte plus aucun fujet de douter que Duval
t;^(^2.^ i^ Mauclerc n''ayeni fuppufé un codicille en
tion forme de déclaration ou cenfure fous le ' nom
de Gamaches , j^our trouver un prétexte,
nouveau d'inquiéter Richer par te moyen
des Grands , ^ de la Cour de Rome , qui
fe trouvent fortifiez, principakment par la
venue de Monfeigneur le Cardinal Barbe-^
rin ^ neveu du Pape Urbain VII I.i^ Le^
gat dufaint Siège en France ; il eft à crain^
dre qu'on ne veuille Le contraindre à une,
retraâation , que fes ennemis ont fouvent
tâché d'extorquer par des violences çjf des
menaces capables d'ébranler même lesefprits
les plus forts l^ les plus conftans. C'efl pour-
quoi Rîcher fupplte infiammcnt tous ceux
qui entendront parler de lui , de fe tenir
avertis qu'après s'être humblement recom^
mandé à Dteu^ ^ avoir imploré l'ajfijîance
du S. Efprit , il a écrit en pleine fanté de.
corps Q^ d' efprit , ^ figné.dcfa propre main
la. déclaration qui fuit , comme tine ordon-
nance de fa dernière volonté *
Qjj^e fi par haz,ard il fs tronvoit^ rdd/iit à
d'Edjwond Richer. zSf
tle telles extriémitez^'qH*il fe ik rny,f^^,^i- -^
d'v.bjurer fon L'ivre DE LA PUISSANCE EC- lôif*
CLESIASTIQUE ET POLITIQUE , OU de chan-
ger , ou de figner (juelque chofe qui fût con-
traire à la déclaration qu* il avoitpujjée tar-^
devant deux Notaires le dernier jour de Juin
de l''an 1622. il defaz'ouc ^ improuve (sf re-
jette ce qu^tl pouroit avoir été contraint d'*/-
crire ^ de figner au préjudice de cette de^
claration , comme choje violemment extor-
quée de lui par menaces , ^ par cette juf-
te crainte qui peut tomber en un homme
confiant , ^ l'ébranler ; // déclare par avan--
ce faux yfuppofé , nul tout ce qu'ion pour oit
publier fous fon nom^ dans cette vue ; il fou-
haite qu^on n'y ajoute aucune foi , non plus
qu'*à une chofe qui n'efl jamais venue de lui ^
à moins~qu''on ne lut eût accordé aupara-
vant le pouvoir d'expliquer librement par
écrit les propofitions de fon Livre , comme
il Va plufieurs fois demandé , ^c. Fait à
Paris le dernier jour d^/loufl 1625*.
Après cette dernière proteftation Richer vill
rentra dans fa retraite , pour continuer Xrifte L
fes études en lilence, & pour n'être point tat de la
témoin des defordres que les partifans de Faculté
la Cour de Rome entreprenoient toujours fous le
en Sorbonne. Il reçut un nouveau fujetde Syndic
gémir & de plaindre le trifte état de la Fa- Froger,
culte , lorfqu'il apprit que la cabale de Du-
val & de Mauclerc avoit fait élire George
Froger, Curé de faint Nicolas du Chardon-
net , avec le fecours des Dodeurs Man-
dians. Par ce moyen la difcipline & la
dodrine ancienne de la Faculté reçurent
de grandes playes , & la porte fut ouverte
à plufieurs nouveaute7..
285 L A V I E
,.. II ne fe trouva prefque que Filefac &
l6iS' Parent , lefquels firent paroîtr^ aflez de vi-
gueur pour féconder la fermette du Doyea
Koguenant, & pour s'oppofcr au torrent
qui entraînoit les autres Docteurs. File-
fac, détrompé des vaines efperances qu'on
lui avoit données pour l'Evéché d'Autun ,
avoit été toucdé des injr^-ccs que cette
vue înterefTce lui avoit fait commettre con-
tre Richer pendant fon Syndicat , & il fem*
bloit qu'il cherchoit à le reparer par un
changement lincere de conduite , & par fa
fermette à foûtenir les fentimcns de l'an-
cienne Sorbonne , qui étoient ceux pour la
ruine defquels il avoit autrefois voulu fa-
crifier Richer leur défenfeur , à la Cour
de Rome. Il donna des preuves de cette
difpoiition au fujet du Livre d'Antoine
Santarel , Jefuite , lorfqu'il fut queflion d'en
faire lacenfure. Le Parlement de Paris ne
fè contentant pas de condamner par un de
fes Arrefts la pernicicufe dodrine du Li-
vre , où ce Jefuite avoit voulu donner au
Pape la puilfance de dépofer les Rois ,
avoit encore chargé la Sorbonne d'en por-
ter fon jugement,
Duval , avec ceux de fa cabale mit tou-
tes fes brigues en œuvre pour traverfer
l'examen du Livre , & pour en faire échoiiei?.
la cenfure ; mais Filefac , qui écoit le plus
ancien des Doéteurs relidens à Paris après
le Doyen, conduisit l'aftaire avec tant de
force & de prudence, qu'il la fit réufiir
malgré les foUicitations du Cardinal Spa-
da, Nonce du Pape, & les artifices de Du-
val, qui ne ccfla de le perfecuter depuis
ce temps-là.
d'Edmond Ri cher. 287
Mais depuis certe genereufe aiâion la Fa- ■ —
culte fentir diminuer de plus en plus fa îôis*
liberté ; & fa première réputation, par la
manière dont la Cour de France parut fe
dévoiler aux volontés de celle de Rome.
Richer vit fans s'ébranler les recom-
penfes de fes adverfaires , lorfque la Rei-
ne Mère fit donner les Sceaux à Michel
de Marillac , & le Chapeau de Cardinal
à Pierre de Berulle, Supérieur General de
rOratoire , tous deux collègues de Du-
val dans le Gouvernement des Carmeli^
tes, tous deux remarquables par les mau-
vais offices qu'ils lui avoieut rendus; mais
il ne put s'empêcher de plaindre TÉglife
& l'Etat.
Duval crut devoir profiter d'une con-
jonélure des temps, qui lui paroilfoit fi fa-
vorable pour rendre inutile la dernière en-
treprife de la Faculté de Paris. Il fçavoit
que Bellarmin , Suarés , Santarel , & les au-
tres auteurs qui établilfoient le pouvoir des
Papes fur le temporel des Rois , prenoient
pour fondement la Bulle de Boniface VIII.
U/iam fcwèiam , ^c. & foûtenoient qu'elle
na'voit jamais été révoquée par Clément
V. comme on le difoit en France ; ce qui
n'étoit pas entièrement faux , puis qu'à ne
point mentir , elle ne l'avoit été qu'en ap-
parence, en termes pleins d'équivoques &
d'illufions, fuivant les artifices ordinaires
de la Cour de Rome.
C'eft pourquoi Duval voulut dc-là pren-
dre fujetde dérogera la cenfure de la Fa-
culté contre la dodrine de Santarel ; &
pour y réulfir , il fit une puiffantc ligue
288 L A V I E
_^ avec Mauclerc , Froger, Do6leur$ de Ta
1627. Faculté, & lès Doéteurs Mandians. Ils
perfuadcrent à un Dominiquain du Con-
vint de Lyon , nommé Jeah Teftefort,
Bâche ier de la Faculté de Paris, de foûte-
nir dans fes Thefes du grand ordinaire:
Que la jainte Lcrïture eft contenue en pat",
t'te dans la Bible , en partie dans les De-
cretuks des Papes , en tant que ces Deere-
taies expliquent la fainte Ecriture. C'eft-
à-dire que ces Decretales font la fainte Ecri-
ture comme la Bible , félon que le mar-
quoient les termes latins de la propofition.
Le Syndic Froger ne fit point difficulté de
ligner ces Thefes , & de les approuver, après
en avoir conféré avec Duval. François
Hallier , qui fe fit connoître depuis par
la défenfe de la Hiérarchie contre les Je- '
fuites, & enfuite par fes négociations en
leur faveur , contre les défenfeurs dejan-
fenius , & qui mourut Evéque de Cavail-
\ Ion 5 étoit deftiné pour prélider à ces The^
fes. 11 les figna & approuva fans hefiter,
lorfqu'il eut vu la tignature & l'approbation
du Syndic : mais étant tombé malade avant
Tadion, on prit pour y prélider Ifaac Ha-
bert,qui fut depuis Théologal de l'Eglife
de Paris, & enfaite Evéque de Vabres,&
qui n'eut point de fcrupule de figner ces
Thefes après les deux autres Doéteurs.La
Faculté étoit bien refoluë de ccnfurer ces
Thefes ,& elle y étoit déjà engagée parla
pluralité des fufFrages : mais Duval & fa
cabale traverferent cette refolution par
leurs intrigues.
La mort de Nicolas Roguenant, Doyen
de la
d'Edmond Ric'her. 289
de la Faculté, qui avoit toujours conftam- -*«— -
ment défendu la difcipline & la doétrine 1611^
ancienne de la Sorbonne , délivra Duval
d'un fâcheux Richerifte, qu'il avoit toujours
trouve contraire à Tes defleins. Mais il crut
que fon parti n'auroit rien à gagner , s'il
n'empêchoit Filefac de prendre la place
qui lui étoit jiuc , comme au plus ancien
des Dodleurs qui reiidoient aduellement à
Paris.
Il fit venir pour le fupplanter Jean Pef-
chant , Limouiin , Théologal de Rennes ,
Ibus promefle de lui procurer deux mille
livres de penfion fur le Clergé , & fur les
finances de l'Etat. Pefchant vint âgé de 84.
ans , & il n'oublia rien de ce qu'on lui avoit
recommandé contre les Richeriftes , pour
mériter fa penfion. Ce fut à la faveur de
ce nouveau decanat que Duval , Mauclerc ^
Froger, & les autres partifans de la Cour
de Kome ordonnèrent que les Bachelier»
fcroient dorénavant mention des Decreta-
les des Papes , comme de l'Ecriture fain-
te ô: des' Conciles, dans les proteftations
qu'on exigeoit d'eux , avec ferment de ne
rien dire qui leur fût contraire. Cétoit
vouloir autorifer toutes les Bulles des Pa-
pes faites contre pluficurs de nos Rois ,
les droits de la Couronne , & la liberté de
nos Eglifes. Cependant peu de gens entre-
prirent de s'oppofer à cette nouveauté , par
la crainte de la cabale dominante : & ceux
qui oferent le faire , furent regardez comme
Richeriltes , & marquez pour être refufei
à la prefentation des Bénéfices , & des em-
plois de la prédication &q de U direi^ioa
lies confciences. T
ipo L A V I Ê
— — — • Le nouveau Cardinal de Bcrrullc ncfut.
162^.. pas long-tcms , après avoir pris la Pourpre^
Mortifî- ^^^5 donner encore d'autres marques de
cation du i'on averlion pour Richer , & pour ceux
Cardinal qu'on croyoit attache?, à fes fentimens. Ua
de Berul- Étudiant en Théologie , nommé Pierre Pô-
le, tel, ayant eu deflein de lui dédier faTh^-
fe de Tentative au mois deEfvrier de Tan
l6z8 , avoit fait compofer l'Êpître dédica-
toire par un Capucin de fes Parens. L'E-
pître n'étoit qu'un tifTu d'allufions tirées
de l'Ecriture fainte, & l'on prétend que le
Cardinal deBerullela trouva à fon goulh
Mais ayant demandé à Potel quel étoit
fon Prélident , & Içachant que c'étoit Ur-
bain Garnier , il lui dit que ce Dodeurnc:
foufFriroit jamais qu'on imprimât cette Epî-
tre avec la Thefe; que d'ailleurs c'étoit ua
Richerifte des plus devouei à Richer ; &
qu'ainli il ne pouroit aflifter à la Theie,
à moins qu'il ne changeât de Prélident. Po-
tel remercia Garnier , choifit Habert , i'uii>
des deux Dodeurs que le Cardinal lui
nomma pour préfider , & fit imprimer Ton
Epître à la tête de fa Thefe.
On en fit grand bruit en Faculté ; ceux
mêmes qui étoient le plus oppofex aux Ri-
cheriffces , & qui fe difoient ferviteurs du
Cardinal de BeruUe, en furent fcandalifez.
C'eft tout dire , que fans que Duval , ni le
Doyen Pefchant formaient aucune oppo-
fition ,1a Faculté donna un Décret contre
l'Epître, dans l'AfTemblée extraordinaire du
28. de Février, la condamna comme étant
remplie d'impietez & de blafphémes, & obli-
gea Potel à eu faire une réparation publi-
d'Edmond Richer. 2pr
que par écrit & de vive voix. C'eft ce qu'il fît — ^— -î-
le matin du même jour par un écrit authen- i6i8.
tique, qu'il prefenta à la Faculté en pleine
AlFcmblée ,& l'après-midi par une abjura-
tion de vive voix faite au milieu de fonaÔc
public dans la grande falle du Collège de
Navarre , comme on le lui avoir prefcrit.
Les ennemis de Richer, continuant tou-
jours de combattre ce qu'ils appelloient le
Richerifme, allèrent attaquer l'un de fes
meilleurs amis , la veille de fa mort , dans
l'efperance de Vaincre aifément celui que
la maladie avoit entièrement abattu. Ce- _ ^
toit le Doreur Jean Hollandre , Curé de ^^"^^^^
laiParoifTc de faint Sauveur, perfonnage jj^jf^^yj,
d'une pieté exemplaire, & d'une charité tou- Collan-
te extraordinaire envers les pauvres. Com-^jj-e. '
me il avoit puiïîamment agi dans la Fa-
culté de Théologie l'an 1626., lorfqu'on
cenfurale Livre dujefuite Santarel , Du-
rai qui avoit employé toutes fes forces ,
pour traverfer la cenfure , tâcha d'en jet-
rer des fçrupules dans fa confcience, lors-
qu'il le vit à l'article de la mort. Il v'nt
lui en faire un crime , efperant artacher
de lui une retradlationde la part qu'il avoit
eue à la cenfure, & de l'approbation qu'il
avoit toujours donnée à la doélrinè de Ri-
cher , comme il avoit tâché de faire au-
près deGamaches.'Ilprit à partie le Doc-
teur Jérôme du Chefne , qui avoit ad-
miniltré les Sacrcmens de Pénitence &
d'Eucharidie au malade , fans l'obliger à
fe retraéter , & les accufa tous deux d'un
tertible facrilege, ajourant que la cenfure de
Santareltenoit Hollandre dans un état cer-
tain de damnation» T ij
xpt La V I E
m > "^ Du Chefne donna avis au malade que Di-
1628 . val viendroit le voir , & qu'il devoit aupa-
ravant lui envoyer le Pénitencier Jacques
Charron , & le Sous-penitencicr Antoine
Martin , pour l'intimider, & le porter à fi-
gner un modèle de retraâation qu'ils lui ap-
porteroient. Hollandre répondit , qu'il le-
roit fort aife de voir Duval , & de le rendre
témoin de la perfeverance dans laquelle il al
loit mourir. Il reçut le Pénitencier, & le
Sous-penitencier avec autant de carefTes &
d'ouverture de cœur que l'état d'un homme
mourant en peut permettre; mais il leur foâ-
tint avec une prelence d'efprit furprenante^
& un ton de voix plus fort qu'à l'ordinaire ,-
qu'il n'avoit rien fait qui ne fût à faire Co.
Ion Dieu & la droite raifon , dans ce qui.
regardoit la cenfure de Santarel , & les fen-
timens de l'ancienne Sorbonne quedéfen-
doit Richer , & qu'il ne fentoit fa confcien-
ce chargée de rien fur cela. Duval étant
averti du mauvais fuccès de cette députa-
tion , & convaincu d'ailleurs de la vigueur
& de la confiance de Hollandre, fut obli-
gé de renoncer à fon entreprife , & de le
laifTer mourir en paix , comme il fit le
premier jour de May de l'an 1628.
Richer voyant croître de jour en jour,
la pafTion que Duval avoit d'anéantir la
cenfure de Santarel , & de détruire les
fentimcns de Tancienne Sorbonne, par le
crédit des Cardinaux de la Rochefoucaulc
& de Berulle,&par leminiflere du Doyen
& du Syndic de la Faculté, il ne put pas
refufer à fa Mère. ( C'eft ainfi qu'il ap-
çelloit rUniverfité de Paris ) les fecours
d'Edmond Riche r. 29J
^u'il étQit capable de lui rendre. II les lui •■
procura, don en retournant en Sorbonne, léiS.
mais en prenant la plume pour défendre la
vérité & la jullicedans l'obfcurité de fa re-
traite. Il compofa premièrement la déten-
fe de la cenfure de la Faculté contre lelivre
de Santerel , dont il fit deux parties , pour
expliquer la queftion de droit dans la pre-
mière y & celle du fait dans la féconde.
Il écrivit enfuite Thiftoire de tout ce qui
s^étoit pafTc dans la Faculté , du côté des
deux partis , touchant cette fameufe cenfu-
re, & il la mit en Tune & en Tautre lan-
gue. Il fit aufll l'examen du Livre du Car-
dinal de la Rochefoucault contre l'Ecrit
de TEvêque de Chartres , qui fembloit re-
garder des matières toutes femblables, Ôc
dont il eft bon de donner ici quelque é-
clairciffement.
L'an 1625'. on avoit imprimé en Italie
un Libelle intitulé G. G. R. Theologi ad
Ludovic um XIII . GalliiC Regem admomtioy
i^c. où Ton prétendoit montrer qu'au fu-
jet de la guerre de la Valteline, la Fran-
ce avoit fait une alliance honteufe & impie
avec les Proteftans,& entrepris contre les
Catholiques une guerre injulte, qu'elle ne
pouvoit continuer fans détruire la Religion.
On fit accroire que ce n'étoit que la ver-
fion Latine d'un original François : &pour
empêcher qu'on ne découvrît fon véritable
auteur , & le lieu de fon imprefîion , oq
le traduifit en Walon pour le faire courir
d^abord en Fandres,& on l'attribua au fa-
meux Ligueur Boucher , Docteur de Sor-
bonne & Archidiacre de Tournay, qui avoi^
Tiij
2$4 L A y I ip
-■ ' -^ tant écrit de Libelles contre la France &
J^638. nos deux derniers Rois. Bouc3her s'étapt
juftifié publiquepient de cette calomnie ,
on chercha Fauteur de VÂdmonition avec
tant d'emprellement , qu'on découvrit en-
iin que c'étoit un Jefuite, nommé André
Éudemon-Jean , élevé à Rome & en Ita-
lie dès fon enfance, quoiqu^i Grec de Na-
tion. Il avoit déjà beaucoup écrit contre lip
jloi d'Angleterre pour ^ellarmin , le Père
fCotton , & l'intérêt commun de la Com-
pagnie , & étoit venu en France avec le Le-
fat, incontinent' après avoir compofé fon
Jvre.,
On avoit prétendu que ce pernicieux
Écrit avoit été médité de <roncert avec \^
Cour de Rome & les Jefuites , contre
l'honneur du Roi & le repos de la Fran-
ce : & dans la penfée que c'étoit moins
l'ouvrage d'un Ecrivain particulier , que ce-
lui d'une cabale également puiflante &ar-
tificieufe , il avoit été publiquement flétri *
par une fentence du Châtelet de Paris, &
brûlé le 30. Odobre lôzs- avec un autre
Libelle aufïï méchant , qu'un Jefuite Al-
lemand, nommé Jacques Keller, étoit ac-
çufé d'avoir compofé contre la France ,
fous le titre de Myfteria Polttica. La fen-
tence du Lieutenant Civil avoit été fuivie
d'une cenfure de la Sorbonne, donnée le
, premier jour de Décembre fuivant, contre;
celui de V Admonition de G. G. R. pré-
tendu Théologien.
. L'Affemblée Générale du Clergé de
France, qui fe tenoit alors à Paris, ne crut
' pas devoir demeuiei: daus l'iadifferençe fur
cette affaire.
d'Edmond Riche r. içf
Leonord'Etampes,Evéquede Chartres, — — —
l'un des Députez , dreiFa par les ordres, & 1618.
fous le nom de toute l'AiTemblée , une am-
ple déclaration en forme de cenfure, con-
tre V Admonition , & les Myfieres politi-
^ues ^ s*appliquant fur tout à découvrir le
venin & la malignité de V Admonition ,
<\\x\ fut en même temps refutée par un au-
tre livre que Duferner publia fous le titre
de Catholique d'Etat , ou Difconrs politique
des Ailiances dft J^oi , ^^. Cette déclara-
tion ou cenfure 4u Clergé , lue & approu-
vée de toute TAlTemblée des Prélats dès
le 13. de Décembre, fut imprimée en La-
tin & en François par leur autorité, à Pa-
ris , chez Antoine Etienne , & parut au
commencement de l'année fuivantc fous
le titre de Jugement des Cardinaux , Ar-
chevêques , J:Lvçques , k^ autres qui fe font
trouvez en r Ajjemblée Ecclefiaflique de tou-
tes les Provinces du Royaume fur des Li'
belles diffamatoires , klfc.
La cabale du Dodteur Duval, quin'a-
voit pu s'oppofer à la cenfure de Sorbon-
ne,fut allarmée de cette démarche que vc-
noit de faire le Clergé du Iloyaumc Elle
joignit fes brigues à celles des Jefuites,
& des autres partifans de la Cour d^ Ro-
me, pour la traverfcr , & en prévenir les fui-
tes ; & le Cardinal de la Rochefoucault fe
vit le Chef de cette nouvelle intrigue. Le
Parlement croyant pouvoir arrêter le cours
d'une confpiration , qu'il regardoit comme
tramée contre les intérêts de la Couron-
ne, & le repos de la France , donna di-
vers Arreûs, toutes les Chambres aflem-
T iiU
zç6 La V i z
— ^— blées pour autorifer le Clergé. Après quoi
1628. il en prononça un en particulier le 17.de
Mars contre les Jefuites , pour les obliger
à foufcrire à la cenfure de Sorbonne , con-
tre le Libelle de VAdmqnition^^ leur fai-
re donner un defaveu public du Livre de
Santarel leur Confrère , avec une explica-
\iox\ nette des fentimens de leur Compa-
gnie ( par les trois Maifons de Paris ) di-
redement contraires aux maximes perni-
cieufes de ces deux Ouvrages.
Depuis la Declaratiali qqe le Clergé
^voit donnée le 13. de Dçce;mbre contre
les Libelles de V Admonition Ôt dt?s Myjié^
res politiques ,]e Cardinal de la Rochcfou-
cault n'avoit cefTé de foUiciter les Prélats
pour leur en faire donner une révocation.
Après en avoir furpris plufieurs , il voulut
tenter la chofe dans rÂliemblçe du 17.
Janvier aux Auguftins , & la fit propofer
par Seballien Zamet,Evêque de Langres,
auquel Simon le Gras , Evéque de Soif-
fons , s'qppofa fortement pour le maintien
de la Déclaration. Lç Parlement averti
que la fadion du Cardinal avoit prévalu,
nt défenfe par un Arrefl; du 21. Janvier
de s'alîèipbler , d'écrire ou de publier une
autre Déclaration que celle de rAlfem-
blée du Clergé du ;3. Décembre.
Le Cardinal fe flattant du grand crédit
qu'il avoit à la Cour, n'eut égard à cet Ar-
rêt, au prejudicç duquel il retint les Prér
lats après la dillblution de leur AiTemblée,
quoi qu'ils eulTent remercié le Roi, & re-
çu leur congé. Il continua de les faire afi-
il'mbkr , & les poçu par le redoubiemeuf
i
D'El>I*fOND RjCHER, Z97
de fes brigues à délibérer fur ce qu'il fou
haitoit d'eux avec tant d'empreflement. Le ï6l^.
parlement ne pouvant fouirir qu'on mépri-
sât il ouvertement fon autorité , donna un
nouvel Arrêt le 18. de Février, par lequel
il calfa les ades de délibérations du Cler-
fé, faits au préjudice de TArrét du 21.de
anvier. Le Cardinal, fans fe rebuter, retint
ce qu'il put des Prçlatsde rAilembiée qui
s'étoif tenue aux Augulh'ns, & il les af-
fembla dans fon Abbaye de fainte Gene-
viève , avec ceux qui étoient à la fuite de
la Cour , le 26. & le 27. de Février. Gç
fut là qu'il fit dreifer une forme de defa-
veu de la cenfure que le Clergé avoit por-
tée contre les deux Libelles le 13. de Dé-
cembre de l'année précédente. Il furvint
un autre Arrêt du Parlement le 3. de Mars,
qui déclara cette afTembîée illicite , atten-
tée contre l'autorité fouveraine des loix du
Royaume, & delà mî\jené du Prince. Les
Prélats répondirent à la lignification de
l'Arrct par la bouche de l'Archevêque
d'Aufch , 6c de Charles Miron Evêque
d'Angers , que le Parlement de Paris n'a-
voit aucune autorité fur le Clergé de Fran-
ce, fur- tout lorfqu'ilétoit queltion des af-
faires fpirituelles de i'Eglife <$ç de la Reli-
gion. Cette réponfc attira un quatrième
Arrêt du Parlement, qui ordonnoit qu'elle
feroir lacérée & brûlée par l'exécuteur de
lajudice; éç que Léonard Delkappes Ar-
chevêque d'Aufch, & Charles Miron Evê-
que d'Angers feroient ajournez perfonnel-
lemcnt. C'elt ce qui obligea les Prélats de
r^licRiblée , avec les Gard. 4e la Rochç*
2p8 La V ie
!■ foucault & de la Vaflette de recourir à la
1628. proteâion du Roî , qui évoqua Taffaire à
lui par un Arrêt de fon Confeii du 26. Mars,
portant dçfenfe d'ailleurs de rien publier
contre la cenfure drcflee par !'£> ê. de Char-
tres pour la condamnation des Liblles.
Deux jours après le Parlement ne laifla
pas de donner un cinquième Arrêt contre
rArchevêqued'Aufch, & l'Evêque d'x\n-
gers, ordonnant à tous Archevêques , Evêr
ques & Prélats de fe retirer en leurs Dio-
cefes dans Pâques prochain ^ à peine défai-
re de leur temporel.
Le Cardinal de la ^ochefoucault voyant
que fa conduitte avoit befoin de juftifica-
tion , fit compofer un Livre qu'il publia
fous fon nom ,& fous le titre de Raifons
four U defaveu fait par les Evêques du
Royaume d'un livre intitulé : JUGEMENT
DES Cardinaux, Archevêques, Eve-
qUES, &C. CONTRE LES ShiSMATIQUES DU
TEMS. Ces Shifmatiques , aux foUicitations
defquels il attribuoit les ceufures faites
par l'Alfemblée du Clergé & de la Sor-
bonne , pour condamner deux mcchans Li-
belles , n'etoient autres que les Richerif-
tes fe'on lui. C'eft ce qui porta Richer,
qui étoit perfonnellement attaqué dans ce
Livre du Cardinal , à examiner l'Ouvrage
& à prendre en même-tems la défencede
l'Evêque de Chartres, & des autres Pré-
lats de rAffemblée du Clergé , qui avoient
cenfuré les Libelles du 13. de Décembre
de l'année précédente. Quoi que Richer eût
fait réfolution de tenir fon Livre fuppri^
Clé jufqu'à ce que Dieu fît naître uue oc-
d'Edmond Ri'cher. ipp
cafion favorable de le publier ; il ne laifla — —
pas d'en communiquer la copie à un de 1628.
fes amis , qui fut moin| ftrupuleux que lui,
& qui fans violer entièrement la foi qui
étoit due à l'auteur, qu'il cacha fous le nom
déguifé de Thimothée François Catholi-
que , fit imprimer en 1628. à Paris la
plus grande partie de ces reflexions in oc-
tavo , fous le titre de Confiderations fur un
Livre intitule :RAlSO}iS rouR LE DESA-
VEU FAir PAR LES EvEqUES T^C.^ mis
en lumière fous le nom de Mejfire François
<de h Rochefoucault. ^'
Les attaques fréquentes de la douleur ^^"^^
que Richer fouffroit de la pierre , que l'o- ^'^'^^^
piniâtreté de fes longues études lui avoit
procurées, & les autres infirmitezaufquel-
îes fon âge commençoit à Talfujetir , le
portèrent à avancer tous ks autres Ouvra-
ges , & à mettre la dernière main à ceux
qu'il jugeoitles plus preflcz , par la crain-
te d'être furpris de la mort, & d'être obli-
gé de les lailfer imparfaits. Il acheva en
peu de temps l'Hirtoire des Conciles Gé-
néraux, & les Détenfes de jadodrine des
anciens Dov9:eurs de la Faculté de Paris.
Il revit auffi le gros Traite qu'il avoit fait
en François des Appellations comme d'a-
-bus au fujet des mouvemensque s'étoient
donnez Charles Miron Evêque d'Angers,
êa les autres Prélats contre ces fortes
d'Appellations , incontinent aorès la mort
de Henri IV.
Les autres Ouvrages de facompofition,
qu'il tâcha de mettre en état de voir le jour
\orfque le temps le pouroic permette ,
jod La Vie
<»■ *■■■■ étoîcnt I ^. un Traité important de la puîf-
i6i8. fance du Pape fur les chofcs temporelles,
& fur les Princes 4^ la terre , en plufieurs
livres. 2 ° . une Apologie pour l'autorité
fouveraine de l'Eglife & du Concile Ge-
neral , & pour rindépendance de la Puif-
fanee royale ou feculiere , de toute autre
Souverain que de Dieu feul. 2 ° . un Trai-
té de la malignité ou des dangers des der-
niers temps , pour fervir de préferva-
tif contre les abus du liecle , contre les
tentations , ou les mauvaifes fuggeftions
des flatteurs , ou des ennemis de la veri*
té. 4^ . l'Hiftoire de l'Univerfité de Paris,
en plufieurs tomes , fans y comprendre ce
qu'il méditoit de faire en particulier pour
la Faculté de Théologie , contre les Or-
dres Mendians , & pour les Univerfitex
contre les Jefuites 5° .la Défenfe defoo
petit Livre de la Puijfance ecclejiafiique ^
politique , qu'il avoit divifé en plufieurs
livres , pour traiter cette importante matiè-
re à fonds , & avec méthode , & qu'il refu-
fa toujours de faire paroître de fon vivant;,
pour ne pas déplaire à la Cour , ou irriter
davantage les Cardinaux. 6 ° . la Démon-
ilration de tous les articles du même Li-
vre contre l'Ouvrage queDuval avoit pu-
blié fous le titre d^Elenchm, pour le réfu-
ter de point en point. 7 ° . l'Hidoire de ce
qui s'étoit palTé pendant fon Syndicat, mi»
fe de François en Latin , & continuée
jufqu'au temps qu'il écrivoit.
Maladie Plufieurs de ces travaux furent interrom-
pe Ri- pyg pgj. la maladie qui lui furvint Iç 10.
Ç«en ^ç J^|^J ^ JQ^j. ^g 1^ Trinité, l'an 161,^-'
«près avoir dit la MefTe. Les douleurs de
la pierre qui fe renouvellerent alors de- 1629.
vinrent fi aiguës, que le Mardi fuivant il Scscnne-
envoya prier le Dodeur Jérôme Parent mis tâ-
de venir le confefler ^enl'abfence duCu- chent cî«
lé de fon Collège, pour pouvoir recevoir lui ôtcr
la Communion le jour du faint Sacrement, l'ufagc
Duval le fçut , & il crut Toccafion favo- des Sa-
rable pour exécuter ce qu'il avoir entre- crcmcns.
pris avec le Cliré de faint Nicolas du
Chardonnet , dix ansiauparavant , de le pri-
ver des Sacremens , ou de lui faire retrac-
ter fon Livre de la Puijfance Ecchfia/iique
^ Politique. Richer jugeant par les inter-
valles de fes douleurs que fa maladie de-
voir tirer en longueur , eut le loifir d'en-
voyer quelques jours après prier le Cure de
fon Collège , nommé Fourment , qui étoic
aulfi Vicaire de faint Laurent, à trois grands
quarts de licuë de-là,de lui adminiftrer les
Sacremens , ou d'en donner la pcrmiiTion
à quelqu'un de fes Collègues deSorbon-
ne , félon le privilège des Dodeurs , à cau-
fe de la diftance de la ParoifFe de faint
Laurent , où il dcmeuroit aduellement ,
au Collège du Cardinal-le-Moine,dontii
étoit Cure'. Fourment inftruit par Duval
&Froger, qui l'avoient déjà gagné dès l'an
1619. ,vint trouver le malade , & lui dit
que comme Curé du Collège il étoit fon
Supérieur, & obligé en confcience de l'a*
vcrtir qu'il eût à faire celTer le fcandale
que caufoit fon Livre de la PuiJ/a»ce Ec*
clefiajiique ^ Politique , & à foufcrire hum-
blement à la cenfure faite par le Cardinal
du Perron, & les autres Evéqucs de l0
Province de Sens,
5or La Vit,
ji ■ Rîchcr, après lui avoir fuffifammcnt ré-
16x9. pondu, au lieu d'accepter des conditions lî
*Tho- inju (tes, fit venir deux Notaires* du Cha-
înas Vaf- telet le Jeudi 28. de Juin, pour renouvel-
fets , 5c 1er la déclaration qu'il avoit faite fept ans
riacre auparavant , & pour protéger de nouveau
Jutet. qu'il perliftoit jufqu'à la mort dans les fen-
timens qu'il avoit enfeîgnez dans fon Li-
vre. Les Bourfiers de {on, Collège , quî
étoient prefque tous Prêtres , & qui l'a-
voient continuellement tourmenté depuis
qu'il avoit entrepris de les réduire au ter-
me de leur ancienne difcipline , commen-
çoient déjà d'infulter à fes maux ; & le
regardant par avance comme un excom-
munié , ils fe flattoient de trouver leur
vengeance dans la privation des honneurs
de la fepulture ecclefiaftique , dont ils le
menaçoient. Mais Fourment leur Curé
ayant fait reflexion fur fa conduite, revint
quelques jours après , pouffé des remords
de fa confcicnce , faire des excufes au ma-
lade, & lui dire qu'étant mieux confeillé
que la première fois , il lui permcttoit de
prendre Parent, ou tel autre Dodeur qu'il
lui plairoit , pour lui adminiftrer les Sa-
cremens auffi fouvent qu'il le fouhaiteroit.
Richerfc Richer fentant fes douleurs augmenter
fait tail- ^^ ^^^^^ ^^^^^ y ^^'^^ ^^^ pouvoit plus du-
1er. r^r 9^^ ^^"^ ^^ ^if ^^ ^^^^ ^^ ^^'" î f^ r^*
folut d'acquiefcer aux avis de ceux qui lui
confeilloient de fe faire tailler. L'opéra-
tion ne réulfit qu'à demi , & la diminu-
tion de fes douleurs ne lui fut pas fort
fenfible : de forte que ne fongeant plus
qo'à partir , quand il plaitoit à Dieu de
b^Edmonî) Richeh. joj
rappcUcr , ri endura fes maux avec une n^
patience & une confiance auffi merveil- 164.9,
îeufe que celle avec laquelle il avoit fouf-,
fert les perfecutions de fes ennemis.
Pendant que Richer étoit retenu au lit X" r.
par les douleurs de la pierre , il fe répan- Hiftoire
dit un bruit qu'il ctoit venu un nouveau ^«^^^Icfiaf-
rcnfort au Richerifme, par la publication "^Fc <ie
d'une Hiftoire Ecclefiaftique y qui avoit ^''^"Çois
pour auteur François de Harlay , Arche- , ^ ¥^^
véque de Rouen. Richer en fut furpris S ^'T^®
1 .- -y- n • y lelOn IcS
comme les autres , taitant reflexion foc fç^j-^
tout ce que ce Prélat avoit fait contre lui, ^^^^ ^^
lorfqu'il n'étoit encore qu*Abbé de faint Richer
Vidor , en faveur de la Cour de Rome par rcf-
&des Jefuites. Mais comme il connoiflbit fenti-
le caraclere de fon génie depuis plus de ment
vingt ans, & qu'il en avoit fait Tépreuve contre U
Tan 1609", lorfqu'en qualité de Syndic il Gourde
avoit été oblige d'examiner fa capacité ; Rome,
il n'eut pas bonne opinion du fuccès de ?°" ft>-
cette dernière entteprife , perfuadé que (î J^^ion^
cet Archevêque avoit eu alTez de hardief-
fe pour avancer ces veritez contre la Cour
de Rome , il n'auroit pas alfcz de force
pour les défendre & les maintenir contre
elle.
Richer ne fut pas long-temps (ans ap-
prendre les fuites tacheufes de fes prédic-
tions ; & le Public s'apperçut bientôt que
Dieu n'avoit pas béni un Ouvrage qui n'a-
voit été entrepris que par les mouvement
d'une balîe & injufte jaloufie contre la
perfonne du Cardinal de Berulle , & par
une atfedation vifible d'un orgueilleux mé-
pris pour le Cardinalat , & la grandeur d»
J04 L A V I E
■■ - « ■• la Cour Romaine , & qui fut cnfuîteaban-
1629. donné par une lâche & honteufe palinch
die.
Le dépit qu'il avoiteu devoîrun fimple
Prêtre revêtu de la Pourpre Rojnaine , au
préjudice de lui-mémé,& de plufieurs autres
Prélats du Royaume , qu'il prétcndoit avoir
beaucoup plus de mérite & de naiflance que
Berulle , lui avoit fait dire fouvent qu'il
inettroit bientôt la dignité de Cardinal au
rabais ; qu'il la rendroit aflez méprifabic
pour empêcher qu'on ne la briguai plus,
pour la fouler aux pieds, & pour la faire
refufer par ceux-mêmes à qui on la pré-
.,..; fenteroit fans l'avoir demandée. Il s'cfoit
. : vanté en même temps qu'il feroit voir ce
:, «que c'eft que Rome , & qu'il rabattroit
dans peu de jours fon fafteôc fon orgueil.
. Le moyen qu'il avoit pris pour l'exécu-
• ■■ tion d'un fi grand deflein, fut de publier
- ' ' une Hiftoire Ecclefiaftique, dans laquelle
•-■'- il avoit folemnellement promis au Clergé
de France, qu'il feroit voir la vérité tou-
te nue , & qu'il la mettroit en état de ne
pas rougir de fa nudité. L'Ouvrage ne fut
pas plutôt forti de la preffe, qu'il en en-
voya des exemplaires aux Dodeurs Du-
val & Ifambert,qui mirent toute leur ap-
plication a le lire. Ils y firent même des
Remarques , qu'ils portèrent auffi-tôt au
Cardinal de la Rochefoucault, lequel de fon
côté l'avoit déjà donné à examiner au
Père Phelyppeaux , Jefuite, qui étoit fon
homme de Lettres , &. qui compofoit la
plupart des Ouvrages dont ce Cardinal fc
tkiflbit paiTer pour Auteur.
Li
b'EoMOND Ri CHER. ^Of
Le Gardilial de la Rochefoucaulf afTem- ■—
fola le y. Juillet dans la Maifon Abbatiale 1629.
de fainte Geneviève les Prélats qui fe trou-
voient à Paris , pour fe plaindre de TÀr-
ciievéque de Roiien ^ & de fon Livre, &
pour délibérer des moyens de lui faire fai-
re une rétractation publique. Ondrelîa une
forme de cenfure contre lui , & les Eve-
ques de Nantes ( Philippe de CoèTpeau )
& deBazas(Jean de Barraut) furent char-
gez de voir TArchevêque , & de fçavoîr
ics intentions. Chamvallon fon Père , &
Breval fon Frère , voyant que c'étoit tout
de bon que Ton vouloir procéder contre
lui , & qu'il y alloit de la perte de fes Bé-
néfices , dont ils tiroient le principal de
leur fublîftance, s'il ne prévenoit le coup
par une abjuration volontaire , coururent
promptement tout effrayez pour le preffer
de faire incefrarriment ce que le Cardinal
& les Evéques fouhafteroient de lui. Il y
donna les mains fur le champ ; & l'Evê-
que d'Orléans (Gabriel de l'Aubefpine) qui
en fçavoitplus que lui, qui avoit toujours
pris plaiiîr à fe divertir de fa vanité & de
fes chagrins , & qui pour fe moquer de lui,
l'avoit fouvent pouflc par des éloges pleins
de malice à prendre la plume pour venger
l'Epifcopat de la Papauté & du Cardina- .
lat , fe fit commettre pour compofer le
Formulaire de la retraétation , & de l'ab-
juration que l'Archevêque de Roiien de-
yoit figner. IldrelTa ce Formulaire dans les
termes les plus durs & les plus bumilians
qu'il pût trouver , afin que l'Archevêque
fU étant rebuté , prît quelque genereuf»
^o6 La V I ft
F- — ~- refolutîon de foûtenir fon Livre <?Oîtniie
162.9- Richer avoit fait le fien , ou du moins qu*ii
demandât une compofuion favorable defet
Cenfeurs : mais il y fut trompé. Les Evê-
ques de Nantes & de Baias ne lui eurent
pas plutôt prefenté ce Formulaire à figner,
qu'il prit la plume & leur dit : Oui dà ,
mejfieurs^ trej-volontiers .J^ai marqué ce que
jepenfoîs de l^autoriié des Evêques dans mot%
Livre \ mais fui f que vous ne le trouvez, -pas
a votre goût , je ne veux -que ce que vous
* Le i'' '^^^^^^' Auffi-tôt ilfigna, *au grand éton*
dejuiller. ^^i^^nt des Evêques , qui s'attendoient
à recevoir quelque vigoureufe refiftançej
ou à lui accorder quelque honnête capitu-
lation.
L'Evêque d*Orleans en eut tant d'indi*
gnation , qu'il s'emporta de paroles contre
la légèreté du perîbnnage. L'Evêque de
Nantes en fit de grandes exclamations à
fon retour , & dit tout haut devant fes Con-
frères , qu'il falloit lui mettre le bonnet
•verd fur la tète ^ avec des fonnettes. Cepen^
dant il prit foin de faire Supprimer tous le$
exemplaires du Livre , & de payer le Librai-
re des deniers du Clergé. On envoya en*
fuite la retraâation de l'Archevêque au Pa-
pe , avec l'original d« la foufcription ; ôt ,
pour empêcher qu'on n'altérât aucune des
circonftances de cette affaire dans le mon-
de , le Cardinal de la Rochefoucault en
écrivit lui-même tout le récit en forme de
Certificat & de cenfure, le ly. dc^Septem*-'
bre.
Après toute la cérémonie d'une fi fo-
lemnelle rctra6tation , il ne reftoit plus à
d'Edmond Ri CHER. ^07
l'Archevêque deRoiien que d'aller renare — -*--
iîfitc au Cardinal & aux Prélats : mais com- 1029.
me il n'ofoit le faire leul , lui qui s'étoit
vanté défaire trembler le Vatican, le Pro-
cureur General du Parlement , Edouart
Moié , l'y mena dans fon caroffe , en quoi
on trouva fort à redire qu'un Magiftrat,
dont le devoir étoit de maintenir les Ca-
nons , l'ancienne difcipline , la police ec-
clefiaftiquc , & d'empêcher que les Prélats
ne tiffent leur Aflcmbléc contre l'Arche-
vêque de Rouen , fans la pcrmiffion ex-
prelïè du Roi , parût ainii autorifer une
retradation fi honte\ue.
L'Archevêque de Rolien , dans fes vîfî-
tes, fe laiflà perfuader d'écrire une lettre
de foûmiffion au Pape, pour être envoyée
à Rome avec fa rétractation. Il la remplit
des termes les plus lamentables que le re-
gret d'un cœur contrit pulient fuggerer à
un véritable pénitent : mais pour montrer
au faînt Père qu'il n'étoit pas entièrement
indigne du pardon qu'il demandoit à Sa
Sainteté ; il finit par un dénombrement des
grands fervices qu'il prétendoit avoir ren-
dus au fiînt Siège <â au Pape , dont les
principaux étoient d'avoir éteint le fchif-
me de Richer,& d'avoir défendu le Con-
cile de Trente, li déclara en même temps
qu'il fe condamnoit au (îlence perpétuel ,
jufqu'à ce qu'il plût au Pape de lui ouvrir
la bouche . termes qui marquoient qu'il
ofoit afpirer au Cardinalat, qu'il avoit af«»
fc6té'de méprifer d'un air trop fanfaron,
& d'une fierté trop dédaigneufe.
£a fanfaron ade ne paroi iloit pas moins,
V ij
'308^ La Vie
r ■ — en ce qu'il fe vantoit d'avoir autrefois dé-
1629. truit le fchîfme de Richer, penfant s'en
faire un mérite auprès du Pape; puifque
quand il l'auroit cffedivement éteint, ce
qui ctoit faux , il l'avoit rallumé par la
publication de fon Livre, où il faifoit re-
vivre tout ce que les partifans de la Cour
de Rome appelloient Richerifme. Mais
comme il s'imaginoit que la retraâation
qu'il faifoit de fon Hiftoire Ecclelîaftique,
a l'abjuration de tout ce qu'il avoit avan-
cé touchant l'autorité de l'Eglifc & du Pa-
pe , pour faire un avantageux parallèle de
fa foûmifîion , avec l'obftination de ce Doc-
teur , qu'on n'avoit jamais pu réduire à re-
trader fon petit Livre de la t^uijjance eccle^
fiafitque l£ politique , & qui triomphoit im-
punément de la cenfure du Cardinal du
Perron , félon les termes dont le Cardinal
de la Rochefoucault s'en eft plaint dans
un de fes livres.
XII. L'Archevêque de Roiien voyant que
L'Arche- tout Paris retentifîbit du bruit que faifoit
vcque de fa retraélation , ne douta pas que Richer
Kouen j^'en entendît parler , & qu'il ne s'y inte-
V R-"^" ^^^^^^- ^'^^ pourquoi il refolut de le fon-
cer Ri- ^^j. ^ ^ ji j^i envoya fur la fin du mois
^ ^^' d'Aoull un Prêtre Normand , nommé de
la Porte, du Diocefe d'Evreux,pour fça-
voir adroitement ce qu'il pcnfoit de fon
Livre & de fa retradation. A la première
vilite que la Porte rendit à Richer, il lui
dit qu'il n'y avoit que fa réputation qui
l'eût amené, & la nouvelle du rétablilfemenc
de la lanté,à laquelle il prenoit part; qu'il
l'avoit toujours regardé comme le dcfen-
d'Edmond Ri cher. 309
feur de la vérité , quoiqu'en puflent dire
ceux qui le décrioienc comme Auteur d'un 1629.
fchifme ; qu'il avoir eu jUiques-ià d'alfez
grandes relations avec l'Archevêque de
Kouen,& qu'il avoit fait même aiîèz long-
temps l'office de Prédicateur dans fa Vaille;
mais qu'ayant eu horreur de fon intâme
palinodie, il l'avoit abandonné pour venir
auprès de Richer ; qu'il étoit tres-verfé
dans la fcience des Canons de l'Eglife;
qu'ayant pris la liberté de dire lui-mê-
me à l'Archevêque qu'on l'accufoit dans
le monde d'avoir confeifé dans fa retrac-
tation , & ligné qii*il avy'tt cent dans
fon Livre des chofes indignes d^un Eve que
Catholique- , ce Prélat lui avoit répondu ,
qu'on ne devait pas lui demander ce qu^tl
avoit fait , qu^tl ne fçavoit pas ce qu'il
avoit figné , ^ qu\n ne lui en avoit pas
laijfé de copie.
Richer ne fçachant que penfer d*un hom-
me qui lui faifoit mille proteftations de
lîncerité , fe contenta de lui dire que c'é^
toit volontairement chercher à perdre fa
fortune, que de vouloir lui rendre viiitc ;
qu'il étoit inutile qu'on vînt à lui pour
fçavoir les vrais fenrimens de la Sorbon-
ne & de l'Eglife Gallicane , puifqu'ii jes.
avoit rendus publics dans fon Livre de la
Fuiffance Ecclefiajlique csT Politique , qui
étoit entre ks mains de tout le monde ;
que l'Abbé de S.Vidor , maintenant Ar-
chevêque de Roiien , avoit autirefois em-
ployé tous fes foins , & les biens de fon
père Chamval Ion pour perdre Richer , dans.
i'cfpetance d'avancer fa fortune à la Coup
y iij
^lo La Vie
' de Rome ; & l'un & l'autre avoient fouf-
J629. fert même que leurs domeftiques prifTent
des relblutions meurtrières contre la vie,
pour le facritier aux rellentimens du Pape
& des Prélats ; mais que Dieu venoit de
venger l'Innocence de Richer par le def-
honneur & l'infamie dont il avoit couvert
aux yeux de toute la terre l'Archevêque j
que le mépris & la raillerie que tout le mon-
de faifojt de lui depuis fa retradation ,
étoit une jufte punition de cet orgueil avec
lequel' il aVoit tâché de ravaller le Cardi-
nal de Berulle , & de cette baffe annimo-
iité qui lui avoit fait écrire l'hiftoire des
Donatiftes , pour faire de la peine à tous^
les Cardinaux à. aux partifans de la Cour
de Rome.
De la Porte fut fi touché de la gravité
des difcours de Richer , & de cet air ma-.
jeftueux & intrépide qui paroilloit fur fon.
vifage , tout défait d'ailleurs par une ma-
ladie de trois mois , qu'il le pria de fouf-
frir qu il lui rendît de fréquentes vifites ,
& de le regarder plutôt comme un de fes
difciples & de fes amis , que comme un
efpion & un émiliaire de l'Archevêque de
Roiicn. Richer le crut enfin, & le trouva
i^dele : car ce fut de lui qu'il apprit la ré-
solution que le Cardinal de la Rochefou-
cault , & les autres Prélats avoient prife
çi'aller' enfemble trouver le Roi à fon re-
tour de la guerre , pour obtenir un ordre
de Sa Majeilé , bu de le faire retraâer ,
ou de le taire arrêter comme un ennem?
de la Monarchie divine & humaine, qui vour
«âroit introduire le gouvcrnemeût arillO'i
d'Edmond Ri cher. 311
Cratique dans rEglifeôc dans le Royaume. " ' -m
Il Içut aulîîparlbn moyen que l'Arche- 1629.
vêque de Rouen,au defefpoir d'entendre
faire dans le monde des comparaifons
odieufes de fa lâcheté avec la conftance
de Richcr\ avoit renouvelle fes anciennes
briques contre lui ,foit pour avoir un com-
pagnon de fa honte, en le faifantauiïi obli-
ger à la retra<Slation de fon Livre; foit pour
Oter de devant les yeux des Prélats l'objet
du chagrin qu'ils avoient de voir échouer
^eur cenfure <Sr leur crédit contre la fer^
meté d'un feul homme , qui ne leur op-
pofoit que la juftice «Se la vérité deftituées
des fecours humains.
Il n'étoit pas jufte que la vérité fouffrît Injudice
de la témérité qu'avoiteuë l'iVrchevêque de delacexv
RoUcn de l'expofer au jour fans la mettre furc por-
à couvert de l'infulte, &de l'abandonner tée con-
enfuite à fes ennemis par une (i lâche tra- ^^"^ 1'-^''-
hifon. Richer fe crut obligé de prendre fa ^^^^^'- ^^
défenfe, & contre le traître, & contre les ^o^^^^
ennemis à qui elle avoit été livrée. Dès
quefafanté put le lui permettre, il exami-
na le Livre de cet Archevêque ,1a cenfure
qu'en avoient fait le Cardinal delà Roche-
foucault & les autres Prélats, & la retrac-
tation de l'Auteur. Il démêla d'abord la
vérité des embarras, où l'Archevêque l'a-
voit jettée par les obfcuritez ordinaires de
fon liile,& la dureté de fes expreffions. H
fit voir enfuite que la cenfure étoit inju-
(te pour le fonds des chofes , & qu'il n'y
avoit au plus que les motifs, & les ma-
nières de l'Auteur à reprendre ; qu'on avoit
eu tort d'exigor de Ui la condamnation
V iiij
^ït L A V I E
;— . — de dix ou onze points qu'il avoit avance^,'
1629. & qui faifoient tout le fujet de la cen-
fure.
Harlay, Ces points étoient l ° . que le Pape Met-
mg. 3 8. chiadt ne s'eto'tt point voulu fervir du ti-
tre profane de fouverain Pontife , que por-
îoient les Empereurs payens , mais qu'ail j'/-
toit contenté de celui de Prélat Romain ou
d'^Ez'éque Apofiolique du premier Siège ; ce
qu'il n'y avoit pas lieu de cenfurer : puis
Can. 26. que le troifiéme Concile de Càrthage ne
dift. 99. Veut pas que l'Evêque du premier Siège,
c'eft-à-dire le Pape, foit appelle Princeps
Sacerdotum ou fummus Sacerdos , étant cer-
tain que Pontifex maximus avoit quelque
chofe de plus fâftueux & de plus feculier.
ÎHarhy, 2, ° . Que fatnt Cyprien n* avoit refifté fi
çag. 63. hardiment ^ Ji opiniâtrement au Pape ,
que parce qu'il ne voyoit pas que PEvêque
du Siège Apojiolique fût irrepréhenfiblé.
Pag. 64. 3 ® . Qu'il efl à fouhaiter que l'*Eglife foit
gouvernée paf les Canons , ^ non par un&
puijjance abfoluë ^ arbitraire*
jPag.65. 40. Qu'il y a des Evêques qui ne fin*
gent qu'*à jouir des honneurs & des com^
'moditez de leur Siège ^fans veiller fur leurs
troupeaux , ^ fans fe foucier de faire oh"
ferver les Canons.
^ag.6S. 5^°. Qu^il y avoit des gens venus depuis
trois jours , ( on prétendoit qu'il en vou-
loit aux Jeluites , ) qui méprtfoient les An-
ciens , appuyoient le relâchement de Ik dif-
cipline , ^ qui n'ayant que les apparences
de la pieté Qsf de la fcience , tâchoient d'ac-
commoder la confcience avec le vice , é^U
préjudice de la loi de D^eu.
d'Edmond Riche r. 31J
6 ^ . Qu'on ne doit point témérairement^
Oins de {
Vf fans de fortes raifons appeîler du Juge 1.629.'
Ecclefiafiique au Magtfirat feculier. Pa^r. 62.
7. ° . y«'/7 avoit taxé d"* ignorance les Sc 63.
DoSieursutival ^ Ifamhert fous les noms -p^^
de PUGILES ^ MetaphySICI , parce qu'ils ^
avaient trouvé à redire à ce qu'ail avoit
avancé de la dijcipline ancienne^ ^ de la
reformation des mœurs dans ks ABes de
fin Eglife qu'il avoit publiez durant le Ca-
terne.
8 ° . Qti'il avoit dit que le gouvernement ?• 101^
de r Eglife étoit une direéîion ^ non une do-
mination , ^ qu'Hun ne doit pas faire un
Roi d'^un Pafteur.
9 ^ . Qu'en foîfant P éloge des Canons , il P. iotf«
fembloit les relever au-de^us de toute forte
de puijjance ^ de domination , mêm& du
Pape.
10°. Que Marin d'Arles avoit préftdé "P. lij,'
au Concile de fa Ville contre les Donatif-
tes , quoique les Légats du faint Siège y fuf-
fent prefens ; ^ qu'autrefois les metropo*
litains des lieux en faifoient toujours de
même.
11°. Que le titre d"* Eve que univerfel V. uyl
n* appartenait pas autrefois au Pape , 05* f «^
S. Grégoire le Grand Pavoit rejette ; mais
que dans la fuite des temps il lui étoit de-
venu particulier par la condefcendance , on
la volonté des autres Evêques.
Voila ce que le Cardinal de la Roche-
foucault & les Prélats afîemblez chex lui
oferent bien condamner dans un de leurs
Confrères , & ce que Tx^rchevéque de
Rouen eut là foibleiTe de retra(5ter. Richoii
514 La V I E
^.i.i plaignant les malheurs d'un fiecle , où la
1629. vérité étoit ainfi deshonnorée& trahi e,n©
fçavoit qui on devoir blâmer le plus da
Cardinal , qui prétendoit , avec les autres
Prélats auteurs de la cenfure , que ces
points étaient contraires à la doéirine ^ à
la foi catholique ; ou de l'Archevêque , qui
niwiî avoué contre fa confcience dans fa rc"
traéiation que ces chofes ne dévoient jamais
être écrites par un Evéque Catholique , ^
qu''elles détruifoient Vunité de VEglife. Cç
' qui nous apprend qu'on ne doit jamais avan-
/ cer la veriré , fi on n'a la force de la foû-
tenir , ou de la défendre contre les attaque^
de fes ennemis ; qu'il ne fufïit pas de la
connoître pour Texpofer ; ôc que pour fe.
mettre en état de prendre fa défenfe , il faut
avoir l'efprit & la vigueur des Prophètes ,
des Apôtres & des Evêques de l'Eglifepri-
- -^mitive , ou fe voir dégagé de' tout intérêt
humain , des mouvemens de l'ambition ôç
d'avarice; libre des palïions de la crainte ,
de l'efperance ^ de la haine , & de tout au-
tre amour que celui de la vérité même.
XIIL Richer croyoit prefque s'être mis dans
Le Gard, un dégagement & une liberté femblablç
deRiche- par la pureté de fa vie & le bon ufage qu'il
lieu en- avoit fait des talens qu'il polfedoit , & des
treprend perfecutions que lui avoient fufcitées fes
de paci- ennemis ; & il fembloic ne demander plus
«er la ^ £)jg^ ^^^ j^ grâce d'y perfeverer jufqu'à
&^H ^^ ^" ^^ ^^ ^^^ ' ^^^ ^^ devoir plus durer
^là i ^ beaucoup , autant qu'il en pouvoit juger
ÎUcher ^^^ la qualité de fes maladies continuelle^;
mais il vécut encore affez pour fubir la plus
rude épreuve qu'il eût eue de fa vie ^ & y nç
d'Edmond Riche r. jif
vécut que trop pourlailler des marques de ■*. -^.i
la foiblefle humaine. Il avoit rendu inutile 1629.
toute la poi- tique de quatre ou cinq Non-
ces Apoftoliques ; il avoit triomphé des ef-
forts des Cardinaux du Perron , de Bonzi ,
de Ret2, de la RochetQucault & dcBerul-
k; mais il lui refroit encore à foûienir ceux
du Cardinal de Richelieu , le plus formi-
dable de fes ennemis.
Depuis qu'on avoit obligé ^Archevêque
de Roiieii à donner la retrudation de fon
Hiltuire EcclelialHque , les Prélats ne cef»
fèrent de travailler aux moyens d'en faire
faire autant à Richer , dont la refiftance p^-
roilibit honteufe pour eux , après la foû-
milfion de leur Confrère. Ils follicitoicni
fortement le Nonce de Bagni de s'em-
ployer pour ce fujet au nom du Pape fou
Maître auprès du Cardinal de Richelieu ,
qui fous le nom de Miniltre gouvernoit
abfolument le Roi & le Royaume de Fran^
ce. Le Nonce, qui avoit reçu d'ailleurs une
femblable commiffion de la Cour de Ro-
me , n'oublia rien pour échautfer le Car-
dinal Miniltre , & l'alilira que fa Sainteté
chercheroit tous les moyens de reconnoître
ce fervice important dans la perfonne de
fon Frère , & des autres perfonnes qui au-r
roicnt fa recommandation.
L'affaire de Richer en ctoit réduite à ce
point, lorfque le 18. Novembre , qui étoit
un Dimanche, Filefac Senieurde Sorbon-
ae , accompagné de dix ou douze Doc-
teurs , ûu nombre defquels étoient Mau-^
clerc, Duval &lfambert, alla prefenterau
Cardinal dç Richelieu un Ecrit qu'il avoit
^i6 L A V I E
i>in ■■ compofé en aélions de grâces , pour le re-
1629. mercier d'avoir rétabli la Maiibn de Sor-
bonne , & d'avoir fait un fuperbe Palais
des mafures d'un méchant Collège. Le
Cardinal, fenfibie à la gloire comme il étoit,
reçut agréablement l'encens dès Dodeurs ,
& leur dit, que toute fa palTion étoit de ren-
dre la Sorbonne plus floriflante qu'elle n'a-
voit jamais été; que le Roi ayant entière-
ment réduit les Huguenots, & rendu la
paix à fon Royaume par le fuccès de fes
armes, il ne reftoit plus pour la félicité pu-
blique, que de voir la Faculté de Théolo-
gie entièrement réunie , & la difcorde en-
tièrement difîlpée ; que pour exécuter un
deflein fi falutaire , il falloit que les partis
revinfTent de leurs extrémitez , & que cha-
cun relâchât quelque chofe de fon côté.
Il s'adrelFa enfuite à Duval , & lui dit »
qu'il connoifToit des gens dont le zèle étoic-
trop chaud, & qu'il falloit le tempérer par
le flegme ou le fang froid de ceux qui
leur étoicnt contraires ; qu'il étoit perfua-
dé que les differens qui s'etoient élevez en
Sorbonne , n'avoient pas rompu les liens
delà charité, qui devoit tenir lesDoéleurs
unis dans une concorde fraternelle ; & qu'il
n'avoit jamais approuvé les termes de fchif-
me & de fedte , que certains brouillons
avoient inventez , pour entretenir la divi-
fion. Filefac pria le Cardinal de vouloir
nommer quelques perfonnes graves & ju-
dicieufès pour entendre les deux partis, &
faire une reconciliation i\ falutaire , & li
defirée. Le Cardinal répondit qu'il en vou-
loir prendre le foin lui-même , & que lat.
d'Edmond Richer. 317
Po\Sl:eurs , comme perfonnes fages & ha- »■
biles de part & d'autre , n'auroient qu'à fc 161^
rendre à la raifon.
Richer apprit enfuite toutes ces circonf^
tances de la bouche de deux Dodcurs de
fes amis , Pierre de Hardivillîers , & Jérô-
me Bachelier , qui avoient accompagné Fi-
îefac chez le Cardinal ; mais quoiqu'ils pnf-
fenc lui dire de la contufion qu'il avoir faite
à Duval , & de la difpofition où il fcmbloit
être de nefe pas laifîer prévenir contre ceux
qu'on appelloitRicheriftes;il ne put s'ima-
giner que ce Cardinal voulût jamais rien
taire qui fût capable de déplaire à la Cour
de Rome. C'eft pourquoi il crut devoir fc
préparer à foûtenir de nouveaux combats,
& il tâcha de fortifier fon efprit contre la
foiblelfe de fon grand âge, & les atteintes
de fes maladies continuelles, par les grands
exemples de ceux qui avoient autrefois dé-
fendu la vérité au dépens de leur vie.
On reçut en même temps la nouvelle
que le Pape Urbain VIII. avoit dérogé à
la Bulle que Sixte V. avoit faite en 15-86.
pour empêcher qu'on ne pût élever deux
frères au Cardinalat. On publia auffi-tôt
que cette difpenfe fe faifoit en faveur du
Cardinal de Richelieu , & on apprit que le
faint Pore avoit donné le Chapeau à fon
frère Alphonfe du-Pleflis , qui de Chartreux
avoit été fait Archevêque d'Aix, puis de
Lyon. Les conditions que le Pape mit à
une faveur li extraordinaire , furent que le
Cardinal de Richelieu obligerait Richer à
la retra6tation de fon Livre de la PuiJ]'an^
69 gcdejiajiiqui ^ ^oliti^Ht , & qu'il reû-
p% Là Vie
droit uniforme dans la Sotbonne la fdr*
$63>'^i nie de proteftation que les Bacheliers faî-^
foient au commencement de leurs Ades^
touchant les Décretales des Papes.
Le 26. de Novembre Charles Talon, Cu-
té de b. Gervais , eut ordre du Gard, de Ri-
chelieu de venir trouver Richer de fapart^
pour lui dire qu'il fouhaitoit , non pas une
letradation de fon Livre , pour remettre
la paix en Sorbonne,mais une limple dé-
claration , par laquelle il marqueroit feu-
lement ^»'// ne i^avoit pas publié dans Pin-
tentton ae diminuer i^ autorité fpiritue lie dn
Fape ^ du Siège Apojiulique , qui eji ne^
eeffaire au gouvernement équitable de l''E^
glife. Qu'il demandoit à Richer le fecret/
^ le filence fur toute cette aftaire , & que
ce n'étoit pas une refolution qu'il fallût
communiquer à fes amis. Talon ajouta
qu'il avoit été fort furpris que le Cardinal
l'eût voulu choilir pour une pareille com-
iïiiflion, & qu'il n'en connoiiïbit pas le
motif , fi ce n'étoit peut-être parce qu'il '
avoit appris que les Talons & les Choarts
avoient eu toujours beaucoup d'eftime pour
Richer , & que fon père Omer avoit été
Ion ami particulier , & que fes deux frères, ^
dont l'aîné étoit Avocat General du Par- J
lement, continuoient aulii-bicn que lui dans
les mêmes difpofitions.
Richer répondit qu'il avoit déjà long-
temps qu'il avoit fait ce que le Cardinal
de Richelieu fouhaitoit de lui, & qu'en
1623.il avoit eu l'honneur deluîprefenter
l'original delà déclaration qu'il avoit faite
, l'an^nce précedeme , fignce de detu No-
b'ËDMÔND Rl'CHER. ^t^
tftîrès. Il en donna un autre exemplaire ■■ ■■
îniptrimé à Talon , pour le porter au Car- lé%^,
dinal,afin qu'il vÎÉ fi cette déclaration lui
â^féoit , ou s'il demandoit encore autre
ithùfè.
Il alla voir enfuîte l'Avocat General j
Jacques Talon , qui lui dit la même cho-
ie que le Curé de faint Gervais , fon fre-^
re, touchant le motif de fa cômmifTion,
& Teftime de leur famille pour Richer.
Mais l'événement luj fit connoître que tous
ces difcours n'étoient que des méchant
complimens. Ces deux frères s'étoient â-
veuglément voliez au fervicc du Cardinî^l
Miniftre, l'un pour être Evcque, l'autre
pour être Préfident à Mortiers ; en quoi
ils furent trompez tous deux. L'on fçut
depuis que le Cardinal de Richelieu n'a*
voit employé le Curé de faint Gervais dans
cette négociation, que pour empêcher Ri-
cher d'avoir recours aux gens du Roi , &
au Parlement.
En effet , fi on excepte le Préfident de
Thou,le Procureur General deBellievre,
& l'Avocat General Servin , c'étoit une
chofe alTez indigne de voir que Richer eûc-
prefque toujours été abandonné par ceux
qui étoient obligez de le défendre & de le
maintenir par le devoir de leurs Charges*
Le premier Préfident Nicolas de Verdun
avoir reçu une grofle penfion de la Cour,
pour empêcher que T Appel comme d'abus
que Richer avoit interjette contre la cen-
fure de fon Livre , ne fût décidé au Par-
lement. Le Doyen de la grande Cham-
bre CQurtin avoit ctc fait Cçnfeiikt d'E^
it-^
i629.
XIV.
3Le Card.
de Riche-
lieu pro-
pofe une
nouvelle
déclara-
tion à Ri-
cher.
^20 La V lE
tat avec une penfion de deux mille livres,
pour avoir porté à la Reine Mère la Requê-
te que Richer avoit prefentée au Parlement*
On fçaitdc quelle efperance le Procureur
General Mole étoit animé pour rendrç
fervice aux ennemis de Richer , & il eft
inutile de rappeller ici ces deux mille écus
d'or que le GhancelierBrûlart prit du Clergé
pour figner la démiflîon de Ion Syndicat.
Le Mardi, quatrième jour de Décembre,
Charles Talon, Curé de faint GerYais,re*
vint chez Richer , & lui dit que le C;ar-
dinal de Richelieu ayant reçu tout de nou-
veau fa déclaration & fon Livre , trou-
voit qu'il feioit dangereux cyii'il en expli-
quât toutes les propolitions en unbonfens
catholique , comme il ofFroit de le faire
dans cette déclaration ; que ce feroit au-
gmenter les troubles de Sorbonne, qu'on
vouloit appaifer ; & que jamais on ne re-
cevroit une pareille explication , & qu'il
valoit mieux donner une nouvelle décla-
tion , comme étoit celle dont il lui envoyoit
le Formulaire tout drelîe. Cette dernière
déclaration avoit été dreffée par le Cardi^
nal même , avec l'affiftance de Duval , qui
étoit l'auteur de ce qu'on y avoit ajouté
de nouveau, qui n'étoit pas dans celle de
l'année 1622. Elle étoit conçue en termes
Latins , dont voici une fidelle traduction.
'Je Edmond Richer ^ Prêtre du Piocéfe
de Langres , D odeur de la facrée Faculté
de Théologie de Paris , ^ Grand Maître
du Collège du Caràtnal-le-Moine , foujJigné\
ayant confideré que quelques propojîtions dtù
fettt Livre que fat écrit Pan 161 1.. DB
d'Edmond Riche r. jii
tA Puissance ecclésiastique et po- -*-
tiTiQUE, ont été ^r'tfes en mauvaise part \ 1629.
je protejh ^ declafe que fai toujours vou-
tu , ^ que je veux encore prefentement mé
foumettrc avec ie Livre fujdit ^ fes propoji-
fions , ieur interprétation , ^ toute ma doc-
trine au jugement de l'EgliJ'e Catholique l^
Romaine , ^ du J'aint Siège /Ipojîoltque ,
que je reconnais pour la Al ère ^ la Mai-
trejj'e de toutes tes Eglifès , ^ pour juge
ir^atlUble de la vérité. Je prùtefle que j^at
une très -grande douleur de voir que quel-
ques-unes des propofitions de ce petit Livré
ayent été exprimées d'aune Y/ianiére qui £L
donné du fcandale , comme fi feujje voulfc
diminuer ou oter quelque çhofe à la jufls
^ légitime puiffance du fouverain Ponti-
fe ,^ de MeJJieurs les Prélats de l'Egltfe^
quoique ce n'*ait jamais été mon intention,
Je defapprouve fort ^ condamné ces pro-
pofitions , en tant qu'elles font contraires
(^ comme elles Jhnnent , c'*eji-à-dire fuivant
Vcxprejfion des mots qui frappent extérieur
rement Poreille ) au jugement de rEglife
Catholique , ApojioUque ^ Romaine. 'Je
reconnots que je donne cette déclaration li-
brement ^P volontairement , afin que tout^
le monde voye mon ohéijjance envers le S,
Siège Àpofiolique ; ^ fai cru la devoir con-
figner entre les mains de Monfeigneur le
Cardinal de Richelieu., Provijeur de Sor^
houne .fpour le refpeét^ i^ la déférence que
j^ai pour lui. En foi de quoi j'ai écrit CJ'
figné de ma main la prefente déclaration ^
proteftation , ^r.
Richer n'eut pas plutôt lu ce modèle de
X
511 L A V I E
— déclaration qu'il s'apperçut del'artificequo.
1629. Duval y avoit fait glifTer , en y mettant les
mêmes chofes qu'il avoit tâché de lui fai-
re figner en 1620. dans un autre Formulai-
re de déclaration qu'il avoit drefle chez le
Cardinal de Retz : c'eft pourquoi il dit à
Talon qu'il falloit premièrement lui en
laifTer une copie , & enfuite lui accorder
c la liberté de parler à M. le Cardinal de Ri-
chelieu ,parce que ce n'étoit pbint une affai-
re à terminer par internonce , ou perfonne
tierce, & qu'il devoir être necellàirement
appelle & entendu. Talon , qui ne s'étoit
point attendu à une telle repartie , parut
d'autant plus furpris qu'il s'etoit flatté de
rapporter au Cardinal la déclaration toute
lignée,(5cdefefaireun mérite auprès de lui
de la conclulion d'une affaire , où tant d'au-
tres avoient échouez. Il lai (Ta néanmoins à
Richerla copie qu'il avoit demandée , mais
à condition qu'il ne la communiqucroit à
aucun de fes amis. C'eft ce que Richer lui
' rcfufa nettement; &dès le lendemain il en
alTembla les principaux chez lui , leur racon-
ta toute fon hiftoire , leur fit voir la déclara-
tion, & voulut délibérer avec eux fur deux
claufes qui pouvoient fouffrir di#culté.
Il leur découvrit l'artifice avec lequel on
àffedoit de mettre l'EgUfe Catholique de-
vant \ç. Siège Apojiolique ; afin de faire tom-
ber aulfi-bien fur le Pape que fuf l'Egli-
fe , ce qu'on y difoit enfuite du Juge in-
faillible de la vérité : ce qui étoit contrai-
re à l'exprelîion de fa déclaration de l'an
1622. , où il avoit mis à deffein le faint Siè-
ge avant PEgliff Catholique ^ UniverfeU
D'Edmond Ri cher. 12 j
/f , pour faire entendre qu'il y avoit appel »-:
de lui à elle; qu'il pouvoit néanmoins fans 1^20.
donner atteinte à la dotbine de fon Li-
vre foufcrire à la première claufe du nou-
veau Formulaire qu'on lui prefentoit , &
où on lui faifoit dire qtî'il fe foûmcttoit an.
jugement de VEgltfe Catholique t^ Romai-
ne y^ du faÏNt ^tege ApofloUque , qu'il re-
connnoïjjott pour la Mère ^ la i\îaitr€[J'e de
toutes les Eglifes , l^ pour le jttge infaillible
de la vérité : parce que cela n'ctoit pas
faux , étant pris conjoinctement , quoi
qu'on y afteflât de l'équivoque , en con-
fondant ce qui apartient à l'Eglife univer-
felle , avec ce qui appartient au S. Siège.
D'ailleurs , que comme on ctoit accoutu-
mé à prendre l'Eglife Romaine & le faint
Siège pour une même chofe ; il ne taifoit
nulle difficulté d'appeller, avec les anciens
Pères , l'Eglife Romaine la Mère & la Maî-
trefle de toutes les autres Eglifes, pourvu
qu'on n'attribuât riiiiaillibilité qu'à i'Egli-
iè univerfelle, qui a toujours le Pape à fa
telle, même dans les Conciles Généraux,
& qu'on a raifon d'appel 1er Catholique ,
Apoftolique & Romaine.
Mais Richer n'eut pas la même facilite
pour l'autre claufe de la déclaration ; on
lui faifoit dire en termes iimpies & abfolus ,
^«'// defapprouvoit ^ condamnait Ui pro-
pofitions de fon Livre , qtii avaient do?iné
oecajion de fcandale , en tant qu'elles étaient
contraires au jugement de l^lLglije Catholi-
que , Apofiolique ^ Ror/mine. C'étoit un
tour que Duval avoit trouvé , pour tâcher
de faire avouer à Richer que fon Livre
X ij
3-4 -^A V I Ë
•— avoit été cenfuré avec juftîce ; maïs îl
1629. étoit d'autant plus éloigné d'en rien fai-
re , qu'on fçavqit que la cenfure étoit con-
ditionelle;que le Cardinal du Perron, qui
en étoit l'Auteur , n'avoit condamné les
propolîtions que comme elles fonnoicnt
aux oreilles , ut fonant ^ c'eft-à-dire félon
leurs exprelFions feulement ; & que d'ail-
Itturs il en avoit excepté ce qui regardoit'
les droits du Roi & du Royaume , avec
les libertez de l'Eglife Gallicane , après
quoi on pouroit dire qu'il ne reftoit plus
rien dans fon Livre.
Il n'auroit point été en peine de trouver
des moyens efficaces pour rejettep ces con-
ditions , fi l'état des affaires publiques , &
des iiennes en particulier , n'étoit pas dé-
chu depuis qu'il avoit appelle comme d'a-
bus de la cèhfure , & même depuis qu'il
avoit donné fa première déclaration. Mais
il confidera que cette dernière ^ qu'on pré-
tendoit arracher de lui, étoit le fruit d'une
force majeure & tyrannique, pendant que
les loix du Royaume étoient dans l'op-
preflion ; que le Roi étoit fi facile ^ qu'il
fe laiiToit entièrement gouverner par fes.
Miniltres , qui lui donnoient telles impref-
iions qu'ils vouloient; que le Cardinal de
la Rochefoucault exerçoit une véritable
Inquifitionen France, & avoit déclaré une
guerre mortelle à Richer , & à ceux qui
étoient dans fes fentimens ; que les enne-
mis de Richer le voyant accablé de la
longueur de fes maladies , recommen-
çoient leurs brigues pour lui faire interdi-
re l'ufagc des Sacremens jufqu'à ce qu'il
d'Edmpnd Ri cher. 325*
eût fait fa retradation ; qu'il n'avoit plus — — —
ni fecours ni protcdion à efperer du Par- 1629.
lement,qui s'étoit rendu l'efclave du Mi-
niftre de la Cour; que toutes les forces du
Royaume , les finances , les fceaux , les ar-
mées du Roi étoient en la difpofition entière
du Gard, de Richelieu, qui s'était alTujetti
depuis, les plus grands ,jufqu*aux moindres
fujetsdu Royaume; quitenoit en bride les
Princes & la Reine Mère, & qui s'étoit mê-
me rendu redoutable au Roi ; que c'étoit ce
même Minirtre qui lui commandoit de li-
gner cette déclaration, du mçme ton dont
il fe faifoit obéir de toute la France , & qu'il
alleguoit le fpecieux prétexte de rétablir la
paixenSorbonne;que li Richer refufoitde
ligner la paix de Sorbonne , car c'elt ainlî
qu'on appelloit cette nouvelle déclaration,
il alloit devenir l'horreur & l'exécration du
genre humain ; mais qu'il étoit néanmoins
refolu de f^fortifier contre tant de dan-
gers , & d'aller déclarer fes fentimens au
Cardinal Miniftre avant que de périr.
Quoi que fes amis entraflent auflî avant
que lui dans toutes les fâcheufes coniide-
rations qu'il venoit de leur expofer ,ils ne
lailTerent pas d'appuyer fortement fes ge-
nereufes refolutions ;& lui dirent qu'il ne
falloir pas toujours defefperer des plus
mauvaises apparences. Il lui donnèrent
avis de faire obferver les démïirches d'un
certain Capucin , nommç le Père Jofeph
de Paris, homme fameux par la part qu'il
prenoit aux affaires du fiecle , qui avoic
t)eaucoup plus l'air d'un guerrier , que d'un
Mendiant, qui avoit quitté la demeure de
X iij
31(5 La V i,E
fon Convent , & fuivoit le Cardinal de
1629. Richelieu à la Cour, à rarmce,&par tout
ailleurs; ils lui dirent qu'on avoit remar-
qué que ce Père depuis quelques jours
rendoit de trequentes vilites aux Dodeurs
Filelac & Duval en Sorbonne ; & qu'on
croyoic qu'il étoit le miniftre & l'entre-
metteur de ce que le Cardinal meditoit
avec les principaux Doâ:eurs, tant fur l'af-
faire de Richer , que fur le ferment des
Bacheliers concernant les Décrets des Pa-
pes : ce que Duyal découvrit lui-même à
XV. Richer quelques jours après, lorfqu'il vint
Entretien encore une lois le réconcilier avec lui.
deRicher Le fepticme de Décembre Talon , Curé
avec le ^q f^^^t Gervais , vint prendre Richer dans
Cardinal, ^^ caroiîe pour le mener au Cardinal de
J"' ç Richelieu , chez qui le Père Jofeph avoit
"'^ ^" ordre de fe trouver en même temps. Le
gner a (;^ardinal fit d'abord un grand dilcours fur
déclara- ^^ bonheur avec lequel le Roi avoit réduit
tion. 1^5 Huguenots , & mis la paix par tout le
'•■ ' Royaume: il déclara enfuite qu'il avoit re-
çu ordre de Sa Majefté pour rétablir la
concorde & Tunion dans la Sorbonne, &
pour ranger avec la verge de fer ceux qui
lui relifteroient, comme il avoit traité les
rebelles ; mais ne pouvant oublier qu'il étoit
Provifeur de Sorbonne, il avoir mieux ai-
mé prendre le parti de la bienveillance & de
la douceur , pour ramener les, efprits qui s'é-
toient çcartez dans la divifion des fentiuiens.
Richer ayant eu permiffion déparier, fit
au Cardinal un détail de tout ce qui lui
étoit arrivé depuis dix-huit ans, pour avoir
çntreoris de défendre l'autorité du Conci-
d'E d m o n d R I c h e r. 3 17
le General au-dellus du Pape , & Tindé -.
pendance de la PuifTance royale dans le 162;;.
temporel , contre une dodrine perniciçu-
fe, qui étoit contraire à la fureté de la vie
& de la Couronne de nos Rois , & qui dé-
truifoit les libertez & les maximes de VE-
glife Gallicane. Et que depuis qu'à la
Ibllicitation du premier Prélident de Ver-
dun , il avoit donné fon petit Livre de la
Puijjance Ecclefiaftique ^ Politique , qui
n'eiï qu'un fidèle abrège de l'ancienne &
véritable do6lrine de là Sorbonne, il n'a-
voit oppofé que la patience, la fimplicité
de cœur,& le filence à tout ce qu'on avoit
écrit & fait contre lui ; qu'encore que les
deux queflions de l'autorité du Concile ou
de l'Eglife, & de l'indépendance des Rois
pour le temporel , qui faifoient tout le fujet
de fon Livre, paflafTent pour probléma-
tiques dans l'efprit des Ultramontains <5c
de du Per-fon même fon Cenfeur, on n'a-
voit pas laifTé de l'accufer de fchifme &
d'herelie pour cette feule raifon.
Le Cardinal de Richelieu, qui paroifToit
l'avoir écouté avec plailir , lui répartit ,
que puifque ces queftions ctoient douteu-
fes, & qu'on pouvoit les foûtenir égale-
ment , il ne falloit point s'entêter d'une
opinion plutôt que de l'autre , lorfqu'il
en naiifoit des conteftations capables de
troubler la paix, & de rompre la charité;
& qu'il étoit Ibuvent à propos de laiffcr
• croître &meurir l'yvraye jufqu'au tems de
la moiiron,pour ne pas nuire au bon grain.
Richer répartit qu'étant toujours demeu-
ré-en- repos, le trouble n'étoit venu que du
X iiij
^1$ L A V I E
côté de ceux qui s'étoient 4eclareï fes ad-
yerfaires , & qui avoient relevé par leurs
brigues & leurs fadions un petit Ecrit,
qu'il n'avoit compofé que pour expofer fim-
plement Topinionde l'Ecole de Paris &dc
l'Eglife de France , fans prétendre en fai-
re une difpute ; qu'au refte il feroit aifé à.
M. le Cardinal de remettre là paix en
Sorbonne, s'il vouloir arrêter le cours des
rnédifances & des calomnies de Duval , qui
avoir caufé tous ces defordres.
Le Cardinal dit qu'il falloir le pardon-
ner au grand zèle de Duval ,& qu'il avoit
imaginé un moyen plus court , qui étoit de
faire donner à Richer une nouvelle décla-
ration fur fon Livre , telle qu'étoit celle
dont le Curé de faint Gervais lui avoit pre-
fenté le modèle de fa part : parce que cel-
le qu'il avoit donnée en 1622. n'avoit pas
été fuffifante pour appaifer le trouble &
la diffention des Dodeurs ; & que la dif-
ficulté des temps prefens ne permettoit pas
que Richer expliquât fon Livre, comme il
s'y étoit offert dans, cette déclaration.
A cette ouverture, Richer prit la liberté
de propofer au Cardinal les difficultés qu'il
avoit trouvées avec fes amis fur les deux
claufes de cette nouvelle declaratioju; par-
ce qu'il fembloit que le faint Siège y étoit
appelle , féparement d'avec l'Eglife Romai-
ne, la Mère ^ la lyiattreffe de toutes les
Eglifes,(5ç que c'çtoit une man^re dépar-
ier ambiguë & inconnue aux aftciens Pè-
res , qui s'étoient toujours contentez de
dire que l'Eglife Romaine étoit laMerc&
ïa Maîtrefïe' des E^lifcs , parce qu'cU.ç ava^it
d'Edmond Riche R. jip
été fondée par les ^Apôtres faint Pierre & ■ »
fâint Paul : qu'on ne voyoit nulle part t^ij^»
cette «xpreffion attachée au feul Siège Apo-
ftolfque;& qu'il feroit fâcheux pour la mé-
moire du Cardinal , que la poftcrité fçût
qu'il eût approuvé cette nouveauté , con-
tre TufagL^ de toute l'Antiquité.
Cette reflexion ne déplut pas au Car*
dinal , & il dit que pour ôter Tambigui-
té, il falloit changer l'article dans la dé-
claration , mettre d'abord le Siège Apo-
ftolique, & enfuite l'Egliie Romaine, afin
que les termes de Mère & de Maîtrcilè
de toutes les Eglifes , qui fuivroient, ne
pulTent fe rapporter qu'au dernier. Gcft
ce que Richer Ibuhaitoit , ayant déjà ob-
fervé cet ordre dans ia déclaration deTaa
1622. Mais lePereJofeph,in(lruitparDa-
val , de tout ce qu'il avoit à'faire en faveur
du Pape , s'y oppofa d'un ton qui nt con-
noître à Richer mieux que tout ce qu'on
lui avoir dit , fon crédit , & l'afcendant
qu'il avoit pris fur l'efprit du Cardinal, à
qui il perfuada qu'il ne falloit rien chan-
ger : parce que Richer n'attribuoit dans fon
Livre le jugement infaillible de la vérité
qu'à la feule Eglifc Catholique, fans faire
aucune mention du Siège Aportolique. Le
Cardinal relut l'article de la ckclaration ,
& dit qu'il pouvoir fublilkr tel qu'il étoit,
parce qu'en etfet ce qu'il contenoit de-
voit être entendu, conjointement du Siè-
ge Apollolique, 5c de l'Eglife Catholique
èc Romaine , & non féparement du Siège
Apollolique : ce qui fut appuyé du furi'ra-
ge du Do<5teur Talon , qui pour enchérir ,
330 La Vie
— lur ce qu'avoit dit le Cardinal , tâcha de
lôig. montrer qu'il n'y avoit pas d'inconvé-
nient à craindre de l'^biguitc qu'oa y laif-
foit.
Richer n'infifta pas davantage fur cet
article ; mais il palFa à l'autre , où l'on
prétendoit lui faire dire, qu'il defapprou-
voit& condamnoit les propofitions defon
Livre, en tant qu'elles étoient contraires au
jugement de l'Êglife Catholique, Apofto-
lique & Romaine. Il pria le Cardinal de
faire changer les termes e» tant qu\lU'i
étaient contraires , ^c. parce que les pro-
poiitions de fon Livre n'avoient été con-
damnées par le Cardinal du Perron , que
d'une manière conditionelle , avec le ter-
me , ut fonant , & ainlî la cenfure avoit
été ians effet : à caufe que les propofitions
ayant befoin d'être expliquées , parce que ce
n'étoient que des Thefes fort courtes, il
u'avoît été ni oui, ni appelle pour le fai-
re. Il lui demanda tout de nouveau, qu'il
lui fût permis de donner cette explication
qu'il avoit offerte tant de fois. Le Cardi-
nal de Richelieu répondit que c'étoit le
moyen d'augmenter encore l'embrafement
qu'on vouloit éteindre, & que d'ailleurs il
n'étoit pas d'avis que l'on changeât rien dans
le fécond article de la nouvelle déclaration,
non plus que dans le premier ; mais que pour
lui accorder quelque chofe, il confentoic
que l'on y inférât le terme , ut fonant ,
comme avoit fait le Cardinal du Perron
dans fa cenfure, afin de lui laiflèr un paf-
fage libre pour pouvoir toujours revenL
à les Prétentions. •
d*Edmond Ri cher. 331
Richer voyoit diminuer de plus en plus -
la liberté qu'il fembloit que le Cardinal 1629,
avoit bien voulu lui accorder dès le com-
mencement de la conférence ; il s*apper-
cevoit que les honnêtetez dont il Tavoic
flatté d'abord , fe tournoient infenliblement
en un air impérieux, qui le lui taifoit re-
garder , non plus comme un Frovifeur de
Sorbonne , mais comme qn Maître qui avoit
en main toutes les forces du Royaume
pour fe faire obéir. D'ailleurs, il ne lui
étoit point permis de s'adrelTer au Roi:
outre que Sa Majefté ne s'étant prefque
refervé que le nom de Roi , avoit laifié ia
difpofition du refte à ce Miniftrc. Ainli il
dit au Cardinal, que malgié la répugnance,
il fe refoadroit à faire ce qu'on exigeoit
de lui , puifqu'on l'alTuroic qu'il n'y avoit
pas d'autre moyen pour procurer la paix
de Sorbonne.
Le Cardinal répartit que ce n'étoit point
^llez de la langue & de la main , mais qu'il
fallûit encore le cœur; qu'il nevouloitpas
que Richer pût dire que le Cardinal de Ri-
chelieu l'eût contraint de donner cette dé-
claration : que Richer devoit rendre témoi-
gnage de la liberté entière qu'on lui laif-
ibit, & porter auln tous fes amis & fes
fedateurs à parler & penfer comme lui,
s'il' écoit vrai qu'il eût l'amour de la paix
dans le cœur.
Richer protefta qu'il n'a^oit jamais été
double ; que fon cœur avoit toûjous été
4'accord avec fa langue ; qu'il n'avoit ja-
* mais rien appelle que par fon nom ; qu'il
n'avoit jamais jefpiré que la paix & lâcha-
^Z La V I E
■I -w rite ; qu'il répondoit de lui-même , mais
1629. que n'étant pas le maître de fes amis, il
ne pouvoit promettre que de leur don-
ner , comme il avoit toujours fait , des
confeils de paix & de foûmiflion , & de
les prier de ne pas refifter au torrent qui
entraînoit tout le monde dans le malheur
des temps où l'on étoit obligé de vivre.
Après tous ces difcours , le Cardinal
de Richelieu dit au Père Jofeph de con-
duire Richer dans fa chambre , pour lui
faire décrire de fa main la déclaration.
Lorfque Riçher croyoit avoir fait , le Pè-
re Cupucin , en prefence du Curé de S.
Gcrvais , lui diàa mot à mot cette ad-
dition , pour y fervir de conclufion : Je
reconnais que je donne cette déclaration It"
hrement ^ volontairement , afin que tout
le monde voye mon ébétjfance envers le S.
Siège Apojlolique ; que fai crû devoir coxt
figner entre les mains de Monfeigneur h
Cardinal de Richelieu., Provifeur de Sor^
bonne , à caufe de ce que je lui dois , ^
du refpeéi que j"* ai four lui.
f. La déclaration fignéede Richer, de Ta-
lon , & du P. Jofeph , fut portée auflî-tôt
au Cardinal de Richelieu, qui fit de nou-
velles honnétetez à Richer, &lui dit qu*il
ctoit perfuadé avec lui , qu'elle ne por-
toit aucun préjudice au fonds de la doctri-
ne de fon Livre : mais il ajouta qu'il fal-
loit la faire pafTer pardevant deux Notai-
res du Chatekt, Contartôc Jutel, afin que
perfonne ne pût douter qu'il ne Teût écri-
te de fa main , & fignée volontairement. •
Ç*e(l ce que fit Richer dès le même jourj
d'Edmond Rocher. 95}
aiprès-midi ', à l'ilTuë des premières Vel- ■ »
près de la Conception de la fainte Vier- 1629.
ge, chez les Notaires mêmes qui avoient
reçu <5c renouv^ellé fon ancienne déclara-
tion du 28. Juin de la même année.
Le Cardinal Baeny^ Nonce du Pape en
France , qui attendoit avec impatience des
nouvelles de Tcntreticn que Richer avoic
eu avec le Cardinal de Richelieu, alla auf-
fi-tôt remercier ce Miniftre de l'heureux
fuccès qu'il avoit donné à une affaire que
l'on régardoit comme Tune des plus lon-
gues, des plus difficiles &des plus fâcheu-
fes que la Cour de Rome eût eues depuis
long-temps. LePereJofeph reçut le Non-
ce pour le Cardinal de Richelieu , qui ne
pouvoit l'entetrenir à caufe de fes occupa-
tions; il lui mit en main la déclaration de
Richer lignée des Notaires, ajoutant qu'il
avoit reçu ordre du Cardinal de Richelieu
de lui déclarer en fon nom que Richer é-
toit un homme de bien , qui avoit toujours
eu beaucoup d'inclination pour la paix : qui
s'étoit toujours montré fort éloigné de
toute fadionôc de toute cabale, & qui par
confequent n'avoit jamais fongé à faire un
fchifme dans TEglife : que cet A6le qu'il
venoit de figner n'étoitniuneretradation,
ni une palinodie , mais une fimple décla-
ration, xvî:
Duval , que le Nonce avoit mené avec Keconci-'
lui , ayant entendu des chofes fî obligean- i'ation
tes pour Richer, & voyant que les Cardi- ^^^ T^oc^
paux de Richelieu & de Ba,^ny étoient fa- ^^"''*
tisfaits de lui, alla quelques jours après le ^ï^^ ^
féliciter de fa réunion ; il le pria d'oublier ^ *^*
3^4 L A V I TE
.._'-. -— le pafTé , l^aflurant que tout ce qu'il avoît
i62>9' f^ï contre lui , n'étoit que pour l'engager
de donner ce qu'il venoit d'accorder au
Cardinal de Richelieu. Il ajouta qu'il étoit
tres-fenliblement lâché de lui avoir caufé
du déplaifir,remDraira tendrement, lui de-
manda part dans les prières , l'aÛurant de
ne jamais l'oublier dans les fiennes ; il le
conjura même , quoiqu'en vain , de retour-
ner aux AfTemblées de Sorbonne ,& de re-
prendre le manimcnt des âfiàires de la Fa*
culte. Il lui dit aufli que tous les DodeurS
qui lui avoient été contraires fouhaitoient
de fe reconcilier avec lui , 6c lui demanda
la permiffion de les lui amener : que le
ISIoncc Apoftolique , & le Cardinal de la
Rochtfoucault , qui faifoient une eftime
partîculi«re de fon mérite, fouhaitoient de
le voir, & de lui témoigner la joye qu'ils
avoient de fa déclaration.
Maucler vint le lendemain lui faire les
mêmes compi mens , & quelques autres
Dodeurs enluitc. Richer les reçut tous
avec une aft'c6tion tres-fincére , & leur fit
prcfque à tous la même réponfe : qu'il
n'éioit pas bcfoin de reconciliation, parce
qu'il n'uvoit jamais violé les loix de l'a-
mitié, qu'il leur portoit au milieu des tem-
pêtes qu'on lui avoit fait efluyer. Mais il
leur déclara qu'ayant toujours aimé la re-
traite , & ne s'étant pas accoutumé de vi-
liter les Grands , il ne pouvoit fe refoudre
à aller voir le Nonce & les Cardinaux, s'ils
ne le demandofent. ^
Après la déclaration de Richer , la Fa-
culté de Théologie confirma la refolutioii
d'Edmond RîCHfeR^ ^^f
qu'elle avoit prife dans rAiïemblée du pre-
mier jour de Décembre , pour faire jurer 1619,
les Bacheliers fur les Décrets des Papes.
Il ne s'étoit rien vu de plus honteux pour
la Sorbonne que cette conclufion depuis
l'infâmcDecret qu'elle avoit donne' contre
le Roi Henri III. LcsDodeurs qu'on ap-
pelloit Richerilles , à la tête defquels Fi-
lefac s'ctoit mis pour cette fois , s'y étoient
courageufemcnt oppofeï : mais ilsavoient
été accable'i de la pluralité des fuffrages,
ménagez par les brigues de Duval deFro-
gcr Syndic de la Faculté , du Doâeur Clau-
de Morel, Tun des Vicaires ou Subftituts
du Cardinal de Richelieu ; à quoi les in-
trigues du P. Jofeph , Capucin , & de quel-
ques autres créatures du Nonce avoient
aufîi beaucoup contribué.
Pour mettre l'indignité de cette refolu-
tion dans une plus grande évidence, ils pu-
blièrent un recueil de toutes les Decreta-
Ics , ceft-à-dire des Bulles & des Décrets
par lefquels les Papes s'attribuoient un pou-
voir abfolu fur la vie , & le temporel des
Rois , fous le titre Latin : Pars Decretorum^
in qua jurahuntftudiofi in Theoîogia ^fiflaret
Propojitio coficepta in Sorbonnaab aliquibus
prima die Decembris an. 1629. Cet expé-
dient leur fut inutile , aufli-bien que l'ex-
trait qu'ils avoient fait faire des Regiftres
de la Cour de Parlement , de la Prévôté
de Paris , & de la Faculté de Théologie,
pour produire un Areft du mois de Juin
de l'an 15-08 , une Ordonnance du grand
Prévôt deTouteville , du mois de Juillet
de la même année , & le« Ufages de la
■■ 5orborine. La Requête que Filefac prc-
1629. • fenta au Parlement n'eut pas plus d'effet ;
parce que ce Corps étoit tout dévoilé aux
volontez du Cardinal Minillre, outre que le
Garde des Sceaux Marillac, qui travailloit
de toutes fcs forces pour fervir la Cour de
Rome , avoit dit à Duval ^ qu'il n'y avoit
rien à craindre du côté du Parlement, par-
ce qu'il ne leroit pas juge de cette affaire.
Les difficultez qui le prefentcrent , lorf-
qu'il fut queftion de la conclure , ne laif-
foient pas d'embarraflèr le Nonce Apofto-
lique Bagni , qui avoit reçu le Chapeau
en même tems que le Cardinal de Lyon,
frère du Miniftre ^ & que cette nouvelle
dignité rappelloit à" Rome, mais qui étoit
engagé à n'y pas retourner que cette aitai-
re ne fût terminée à l'avantage & au gré
du Pape. C'cft pourquoi le Cardinal de Ri-
chelieu , voulant encore faire valoir cette
nouvelle occalion de gratifier le faint Père,
fit alfcmbler dans fon hôtel le 24. de Dé-
cembre , veille de Noél , le Doyen de la
Faculté , avec dix des principaux Dodeurs ^
cinq de chaque partie , outre le Père Jo*
feph , & le Dodeur Mulot fon Domef-
tique. li voulut que Richer en fut ^ maisFi-
lelàc qui avoit été mandé refufa de s'y trou-
ver.
Le Cardinalleur tint un grand difcours,
où après leur avoir marqué la paflion qu'il
avoit de travailler à l'édiiice fpiritucl delà
Sorbonne , comme il avoit tait au maté-
riel ; il leur dit qu'il vouloit abfolument
couper la fourceaux.diflèntions, y affurer
une paix (table & parfaite , par l'union des
cœurs
d'Edmond Richer. 537
'CCBMTS & des efprits ; qu'il avoit trouvé dans -
la perfonne de Richer un homme d'unef- 1629;
prit fi fenfé , & d'un cœur (î droit , un
homme fi fincerement porté à la paix , que
depuis qu'il avoit eu un entretien avec lui ,
il faifoit gloire de fe déclarer Richerifte ;
qu'il fouhaitoît que tout le monde eût les
intentions aufîî pures que lui , & qu'il ne
falloir pas fe divifer par fadions pour quel-
que légères diverfitez defentimens fur des
opinions dont là créance n'étoit pas eflen-
tielle à la foi.
Auflî-tôt Duvàî prit la parole , & dit au
Cardinal, qu'il avoit toujours reconnu dans
Richer le même mérite , auquel il venoit
de rendre un fi glorieux témoignage , & que
c'étoit de tout fon cœur qu'il s'ctoit re-
concilié avec lui.
Richer parla enfuîte , & dit devant tou-
te l'AfTemblée , que par la grâce de Dieu
51 n'avoit eu aucun befoin de fe reconci-
lier avec perfonne , & qu'il n'avoit point
cté en peine de renouer , avec tous ceux
qui l'étoient venus trouver, une amitié qu'il
n'avoit jamais rompue de fon côté.
Le Cardinal voyant tous les Doâeurs en
humeur de dire tout le bien qu'ils fçavoient
de Richer l les interompit pour fe plaindre
de la précipitation avec laquelle on avoit
traité l'affaire de laproteftation du ferment
des Bacheliers fur les Décrets des Papes ^
dans l'AiTemblée du premier jour de Dé-
cembre ; il blâma fur - tout la témérité de
Froger Syndic de la Faculté , qui s'y étoit
pris à contre-tems , & tort mal à propos ,
êi qui devoit au moins avoir confuUé le
Y
5j8 Là Vi K
^^^ — — . Provifeur de Sorboiine , avant que d'enfaî*
1629. re la démarche. Pour redifier la chofe, W
dit qu'il avoitdrcfle lui-même une formu-
le de conclufion , qu'il jugeoit propre à
remédier au mal qu'on en appréhendoit , &
il en fit la Le6ture publiquement, afin que
"Richer & les autres pufTent voir ce qu'il y a-
voit à reformer, & qu'on rétablît enfinj'uni^
formité dans laproteftationdes Bacheliers.
Après laleâure, tous les Dodeurs jette-
rent les yeux fur Richer pour juger de foa
fentiment par fa contenance. Le Cardinal
voyant qu'il ne difoit mot , demanda à Du-
val, s'il croyoit qu'il fallût comprendre dans
la proteftation les Décrets où les Papes s'at-
tribuoient une puiiTance fur le temporel. Du-
val fut fort embarrafle , parce qu'il voyoit
bien le danger qu'il y avoit à dire qu'oiii :
de forte qu'il fe contenta de fuivre l'avis
du Doyen Pefchamp, qui dit qu'on nejur
reroit que fur les Décrets des Papes qui
regardoient les chofes fpirituelles^ & pure*
ment eccleiîaftiques. Le Cardinal arrêta
donc qu^on n*y comprendroit pas ceux qui
regardoient les chofes temporelles , &
qu'on cenfureroit dorernavant en Sorbon-
ne tous les Livres où Ton étendroit la puif*-
fance du Pape fur le temporel. Il convia
enfuite les Dodeurs de dire librement leurs
avis fur la formule des proteftations.
Richer dit qu'autrefois ce n'étoit pas la
coutume d'agir par proteftation & par fer-
ment ; qu'on fe contentoit de déclarer qu'on
ne diroit , & qu'on n'écriroit jamais rien
de contraire à l'Ecriture fainte, aux Con-
ciles Oecuméniques , aux Décrets de la Fa^
n^EOMOND RiCHER. JJJ
fcultë de Paris ,fans faire aucune mentioa ~— .
des Décrets des Papes r.mais ayant ajoû- 1629^
té , que lorfqu'on obfervoit en France la
Pragmatique San6lioii de Charles VII. il
s'était fait un Ade au nom de la Faculté
de Paris touchant la forme de protefter pour
les Bacheliers. Le Dofteur Ifambert , qui
s'étoit trouve à rAfTemblée fans y être ap-
pelle , rinterompit , & nia que ce fût vé-
ritablement un Acte. Richer voyant s'éle-
ver contre lui un homme quimettoit tou-
te fa force dans les fubtiiitezfcholaftiques,
& qui n'étoit pas mal venu du Cardinal ,
fe tut pour éviter fes fophifmes , & pour
n'avoir plus de part à ce qui fe pafToit. ..
Mais le Doâeur Dapuy , l'un des prin-
cipaux Richeriftes de l'Aflèmblée , prit fa
place , & dit au Cardinal qu'il falloit ex-
cepter de la formule les Décrets des Pa-
pes qui dérogeoient aux Décrets des Con-
ciles Oecuméniques. Le Cardinal répon-
dit que cela étoit ainfi par la fubordination
dans laquelle il avoit placé les Décrets des
Papes après ceux des Conciles. Dupuy ré-
pliqua qu'il faudroit au moins faire quel-
que exception en faveur des libertés de ■
l'Eglife Gallicane. Le Cardinal dit qu'el-
les étoient comprifes dans les droits & leg
immunitez du Royaume , qu'il prétendoit
y avoir nommément exceptez fous le nom
des Décrets de la Faculté , par lefquels il
cft défendu de rien dire,& enfeigncr con-
tre les droits & immunitez du Royaume.
Ayant enfuite demandé ii perfonne ne
trouvoit plus rien à ôter ou à ajouter dans
latormule de conciufi©u,&tous lesD©t-
Yi)
540^ L A V r E
,smmi'i* teurs ayant répondu qu'ils .l'approuvôient
1^20. comme elle étoit , H les pria de faîre cii
forte qu'elle fût reçue , confirmée & ap-
jJrouvée dans l'Aûèmblée de Janv. 1630.
Richer témoigna qu'elle pouroit paiïèr^
pourvu qu'après avoir excepté ceux dei
becrets des Papes qui dérogcoient aux dé-
cilions du Concile Oecuménique , & qui
donnoient atteinte aux droits de nosRois^
' & aux libertés de TEglife Gallicane , on
ne donnât point aux autres Décrets le rang^
ou l'infaillibilité des Décrets des Conciles
Oecuméniques. Il ajouta même qu'encore
que depuis feixe ans il fe fût abfenté des
AfTemblées de la Faculté ^ il fe trouyeroit
volontiers à celle-là: ce qu'il dit afin qu'on
ne lui fît pas un crime de fon filence ,
lorfque tous les autres faifoient fonner lî
haut leur approbation ^ & pour empêcher
que la formule ne fût altérée & corrom-
pue , en pafTant des mains du Cardinal en
celles dé Duval ou du Syndic Froger.
, Le bruit de ce qui s'étoit paiTé chez le
Cardinal, fe répandit aulfi-tôt par toute U
Ville; beaucoup de gens fe mirent à crier
que tout étoit perdu , & que c'étoit fait de
la Sorbonne, puifque le Cardinal de Riche-
lieu s'étoit déclaré publiquement Richeri-
Ûe devant les Dodeurs , & néanmoins qu'il
ayoit fait recevoir & approuver à la Facul-
té la formule de jurer fur les Décrets des
Papes : c'eft pourquoi dès le foir même,
& durant les Matines de minuit, on affi-
cha aux Eglifes , aux Collèges & dans tous
les carrefours de l'Univerfité deux difti-
ques , dont l'un avoit pour infcription :
d'Edmond Ri cher. 341
La Sûrbonne prétendue reformç'e, ■
& portoit ces deux Vers : ^^39'
Inflaurata ruet jam jam Sorbona ; cadftca
Dumfuît^ tnconcujfa ftetit , renovataperibit.
L'autre étoit :
JLitîerula una facit RicheJiJlas ex Riche"
riftis :
Anteà qui aopctyteç , hi modh funt ^^
ÀUTtiÇ'
Ceci étoit pour marquer que fi Riche-
lieu s'étoit fait Richerifte, ceux qui com-
me des corbeaux avoient croafTé contre Ri-
cher , (5c paru affamé de fon cadavre, étoient
devenus Richeliftes , ou flatteurs de Ri-
chelieu.
On fit auffi une fanglante épigramme lati-
ne contre la Sorbonne , touchant la formule
de jurer fur les Décrets des Papes , où Ton
prétendoit montrer que ce n'étoit que par
les Décrets de la Faculté que le Duc d'Or-
léans avoit été aflaffmé ; que Charles VII.
avoit été chaffé , que la Pucelle d'Orléans
avoit été brûlée , & que Henri III. & Henri
IV. avoient été maffacreï. Pour marquer
toutes ces funeftes expéditions , l'infcription
portoit auffi en même langue ces titres at-
tribuez à la Sorbonne : Bourguignone , An-
gloife ^ Guifarde.y Ejpag»olle\ Italienne ^
R'tcheliftc. Ce ne fut pas fans beaucoup de
difficulté que la conclufion paffa en Sorbon-
ne le 2. de Janvier 1630. Il n'y eut pourtant
de tous les Richeriftes que Jérôme Parent,
Urbain Garnier , & Jacques Durand qui y
fôrmaffent oppofition.
Y iij .
34^ L A V I E
=i— — — Mais rien ne parut fi étrange à ceux dit
1629. parti de Richelieu & de la Cour de Rome,
que la conduite de Filefac dans le temps
qu'ils fçavoient bon gré à Richer de fon fi-
tence, & qu'ils ne trouvoient pas mauvais
qu'il ne voulût point approuver la conclu-
ifion, pourvu qu'il ne s*yoppo^t point for-
înellement. Filefac avoit été le premier au-
.leur de cçtte iiiriovation, lorsque pour dé-
truire Richer & fa'dù6trine , il avoit propo-
fé pendant fon Syndicat cf obliger à jurer
fur les Décrets des Papes, difant par-tout
■qu'il étoit Papiflre, <5çnon Jefuite. Le cha-
grin lui avoit fait enfuite abandonner^ le par-
ti de Duval , & fon inconllance l'y avoft
fait retourner. L'-affaire de Santarel l'avoît
fait rentrer dans les featimens de l'anciert-
ne Sorbonne , & il s'étoit oppofé forte-
ment à ce qu'il avoit autrefois propofé lui-
même touchant les Décrets des Papes. De-
puis il s'étoit réuni à Duval pour fe dé-
voiler aux volontéz du Cardinal de Riche-
lieu, & il s'étoit mis à la tête de ceux qui
l'avoient remercié publiquement au norii
du Corps desDodeurs pour la réparation
de l'édifice de Sorbonne , & avoit même
publié la pièce qu'il avoit compofée en ac-
tions de grâces , fous le titre de la Sorbon-
ne rétablie-^ mais par une révolution d'ef-
prit , qui lui étoit fouvent arrivée , il avoit
changé de difpofition fix femaincs après,
& avoit refufé de fe trouver aux délibéra-
tions du 24. du mois de Décembre chez le
•Cardinal de Richelieu, pour faire recevoir
en Sorbonne la formule de la protefia-
don & du ferment fur les Décrets des Fa-
d'Edmond Ri cher. 54^
pes. Lorfqu'il vit l'affaire en état d'être -^—
conclue, il s'emporta de paroles, foit par lô^îo*
un remords deconfcience, foit pour empê-
cher qu'on ne reconnût fes artifices, foit en-
^n pour fe mettre à couvert des reproches
que lui faifoient les Richerilîes, d'avoir eu la
première part à la playe que l'on faifoit à
la Faculté de Théologie. Il dit hardiment
qu'il éto'tt refoÎH , malgré toute la colère d''un
fuijfant Minijire ^ de défendre la Do^rine
qu'il avoit refuè des Anciens jufquW la der-
Tiiere goûte de fon fang , h^ qu'ail vouloir
mourir bon François , quoiqu*tl en pût arriver.
il ajouta qu'il vouloit fortir de la Mailbn
de Sorbonne , comme d'une Babylone,&
d'une retraite de la proftituée ; puis affcdlant
de méprifer la fuperbe ftruelure de la nou-
velle Sorbonne, pour laquelle il avoit au-
paravant encenfé le Cardinal , il protefta
d'-un air fier & dédaigneux, qu'il nerecon-
noîtroit la Faculté pour fa Mère, que lors
qu'elle quitteroit ce nouveau fade , & qu'el-
le reprendroit fes haillons avec les fen^
timens des anciens Pères , qui avoient lo-
gé fous les mafures de l'ancienne Sor-
bonne. ^ \ XVll
Peu de temps après on ntparoître une re-
lation en Latin de ce qui s'étoit palfé chez Nouvelle
le Cardinal de Richelieu aufujetde lader- Fo^^^*^'
riiere déclaration de Richer , & en Sorbon- l!°", ^
ne touchanii la formule du ferment furies ^^' ^^*'
Décrets des Papes. Elle avoit été drcfTée
par le Père Jofeph , fous les ordres du Car-
dinal ; & le Garde des Sceaux de Aîarillac
sétoit chargé de la faire diftribuer à la Cour
<5c dans la Ville. Richer y étoit traité en
Y iiij
544 L A V I E
-i— — termes aflez favorables , & toute la diyK
1630. fion furvenuë au fujet de fon Livre & de
fes fentimens , n'y étoit regardée que com-»
me une diverfité d'opinions qui avoit dif-
paru dès que le Cardinal lui avoit donné
lieu d'expliquer librement fa penfée.
Mais voyant que quelques-uns ne laîf-
foient pas de parler de cette réunion de la
Faculté, comme deTextindion d'unfchif-;
metres-dangereuxVquerori comptoit déjà"
parmi les travaux de l'Hercule Gaulois, &
que ceux qui lui avoient été contraires , tâ-
choient de faire pafTer la déclaration que Ri^
cher avoit donnée, pour une véritable retrac^
tation ; Richer fe crut obligé de faire impri-
mer une proteftation nouvelle , pareille à
celle qu'il avoit déjà donnée en iS^S- Il
voulut l'inférer dans le teftament qu'il avoit
revu la veille du Noçl , avant que d'aller
chez le Cardinal de Richelieu , pour fe mu-
nir contre les furprifes ou les violences. •
. Il commença cette dernière protellation,
par une longue j unification detoutelacon-f'
duite qu'il avoit gardée depuis que le Roi
& le Parlement l'avoient fait Cenfeur de
l'Univerlîté. Il déclara que comme il n'a-
voit rien fait ni écrit; par paiTion , & qu'il
n'avoit été animé que par un amour iin-^
cere & delinterelfé de la juftice & de la vé-
rité , non feulement iloublioit tous les maux
qu'il avoit foufferts pour cela , & pardon-
noit toutes les injuftices qu'on avoit com-
mifes à fon égard , mais qu'il continuoit
toujours dans les fentimens pour lefquels
on i'avoit fi long-temps perfccuté. 11 pro-
tçlla çQwtre tout ce qu'on pouroit publier
d'Edmond Ri cher, ^^f
4e contraire à la déclaration quMl en fai- —-r-r^
foit , & même contre tout <:e qui lui pou- 1630^
voit arriver dans le peu de temps qui lui re-
floit à vivre, qui n'y feroit pas conforme.
Il defavoùa par avancé ce que les infirmi-
tci de fon grand âge , & 4e fa mauvaife Tan-
te, la furprife , la violence , les menaces ,
la vue des tourmeps & de la mort pouroient
lui faire faire contre ladodrine de fon Li-
vre de la PuiJfaKcc ecclefiafiique ^ politi^
tique '^ & il pria la pofterité d'en juger par
les divers Ouvrages qu'il deyoit .lui laiifer
manufcrits en mourant.
Cette proteftation fe répandit fort à pro-
pos pour diffiper les bruits qu'on commen-
çoit à faire courir d'une prétendue retraéla-
tion de Richer. Elle alla jufqu'à Rome, où
çUe defabufa les efprits de cette agréable
erreur , dont on s'étoit entretenu depuis que
fa déclaration y avoir été envoyée par le
Cardinal de Bagny , Nonce Apoilolique en
France. Le Pape ne put diffimuler le cha--
grin qu'il en conçut , ôç les Romains foup-
çonnerent le Cardinal de Richelieu d'a-
voir voulu ufer de collufion avec Rome.
On l'accufa d'avoir voulu tromper le faint
Pere,& de ne s'être plus foucié de tenir U
parole qu'il avoit donnée de faire retracer
nettement ce Dodleur , depuis qu'il avoit re-
çu le Chapeau de Cardinal .pour l'iVrche-
véque de Lyon fon frère.
Le Cardinal de Richelieu fe montra Violence
feniible à la nouvelle qu'il en eut; & il ne '^".S^^p-'
Voulut pas qu'on pût dire qu'il avoit mé- ,"'^ 't^^"
contenté le Pape pour avoir voulu mena- p " t ^
ger l'efprit d'un iimple Douleur deSorbon- ^^^'^ ^°"
1^^6 La Vie
.*- ne ; il refplut d'en arracher par la forcç
, ce qu'il fçavoît bien qu'il ne pouroit avoir
par la raifoh : & pour faire connoître au
Pape qu'il neprétendoit pas lui en impofer,
il le fit prier d'envoyer un exprés de Ro-
me pour être le témoin de ce qu'il avoit
envie de faire. Le Pape envoya un No-
taire Apoftolique à Paris , qui fut reçu &
logé chez le Père Jofeph , à qui le Cardi-
nal de Richelieu avoit donné une maifon
en Ville, pour être plus prés de lui, & plus
libre que dans fon Couvent.
Quelques jours après que ce Notaire fut
arrivé , le Dodcur Duvàl fut député vers
Richer , pour le prier à dîner chez le Pe-:
re Jofeph , avec deux ou trois amis com-
muns. Le prétexte étoit de vouloir confé-
rer avec lui après le repas fur quelques points
împortans de controverfe , fur lefquels on
feignoit que le Cardinal de Richelieu étoit
en peine de fçavoir fon fcntiment. Richer
s'en cxcufa d'kbord fur fes indifpoiitions &
fur l'habitude qu'il avoit de ne point man-
ïier hors de chez lui , ajoutant qu'il ne laif-
ièroit point de fe trouver chez le Père Jo-
feph, à telle heure de l'après-midi qu'il
fouhaitèroit. Duval lui dit qu'il avoit ordre
de ne point s'en retourner fans lui, & il lui
fit tant d'inftances que Richer fe làifTa con-
duire enfin , pour ne point paroître incivil,
ou infenlible à la confiance & à l'amitié du
Cardinal de Richelieu , dont on prenoit le
nom & l'autorité.
Après qu'on fut levé de table, le P. Jo-
feph fit entrer Richer dans une chambre
àvcc Diival & le Notaire Apoftolique , &
P'E D M O N D R I C H E R. 547
dit qu'il n'avoit pas d'autre queftioiî de con- — - —
troverfe à lui propofer que celle de l'auto- lé^Q'
f\té du fouverain Poiitite. Richer, qui ne ,
fçavoit pas que l'inconnu en prefence du-
quel il parloit,étoît un Italien, & un No-
taire Apoftolique, expliqua la matière pro-
pofée à fon ordinaire ; & il lui paroiflbit que
}a compagnie Técoutoit le plus tranquille-
ment du monde, & qu'elle étoit fatisfaite
•de fa modération , lorfque leP. Jofephtira
-iin papier où étoit une retradation toute
drefïee. Il interrompit Richer en la lui mon-
trant, & d'un ton de voix qu'il éleva extraor-
dinairement , pour fervir de fignal à des gens
apoftcï , qu'il tenoix prêts a" exécuter fon
deflein , il lui dit : CVy? aujourd'hui qii'il
^faut mourir ou retraBer votre Livre. Aces
•paroles on vitfortirderanti-chambredeux
aflalTms qui fejetterent fur Richer, & qui
le faififfant chacun par un bras , lui prefen-
terent le poignard , l'Un par-devant , l'autre
•par-derriere , tandis que le P. Jofeph lui mit
îe papier fous la main , 6c lui fit ligner ce
qu'il voulut, fans lui donner le temps ni de
fe reconnoître, ni de lire le papier.
La terreur fubite où le jetta la prefence
de la mort dont les aflaflins le menaçoient,
lui troubla la vue (Scl'efprit de telle forte,
que .fans fçavoir ce qu'il avoit fait, il crut
véritablement avoir ligné fa retraàation.
'La douleur qu'il en eut l'obligea de fe re-
tirer fur l'heure , & de fe faire promprement
reporter chez lui. Il fb jetta fur le lit, ac-
cablé des horreurs de fon crime, (c'eilain-
-ii qu'il appelloit l'adion involontaire qu'on
venoit de lui taire commettre.) Là s'aban-
^48 hA VjE
li— — te donnant aux pleurs & au^ gemîflcmens , ôc
^630. criant qu'il étoit indigne de vivre , il prii
Dieu , que puifqu'il avoit permis que la con-
fiance le quittât dans cette perilleufe extré-
mité , il lui pl^t d'acceprer le facrifice qu'il
lui offroit de fa vie en expiation de fa fau-
te. Il crut effe6î;ivement que Dieu ralloit
exaucer , parce qu'il fentit aulfi-tôt un frif-
ibn , qui fut fuivi de l'accès d'une grplfe
fièvre. La crainte qu'il eut que fes cnne-
inis ne changealfent les circqnftances de fop
adion , fit qu'avant que la maladie lui ea|
ôtât les moyens , il en dida lui-même tou-
te l'hiftoire ,& s'en fit lire exaâemcnt les
copies , qu'il figna , poijr être envoyées à
fes amis.
Mais ces précautions n'étoient plus nc-
çeffaires , après les proteftations folemnelles
qu'il avoit faites dans les formes les plus
autentiques , contre les voyes illicites dont
fl avoit prévu qu'on devoit fe fervir pour
arracher de lui une retraélation de fon livre.
Ses amis tâchèrent de le confoler , en lui
faifant cfpcrer de la mifericorde de Dieu,
qu'une adion ou fa volonté avoit eu d peu
de part , ne lui feroit pas imputée, ils re-
mirent le calme dans fon efprît,lorfqu'ils
l'afTurerent que les auteurs de la violence
qu'on lui avoit faite étoient blâmeï de tout
le monde ; que le Cardinal de Richelieu n'a-
voit ofé tirer avantage de cette foufcrip-
tîon forcée , & que la prétendue retradation
qui faifoit le fujet de fon afflidion , étoit
tellement fupprimée , que ceux qui la lui
àvoicnt extorquée , étoient les premiers à
la nier , ou à la dire nulle.
d'EdmOnb Ricîïer. 545^
Kicher voyant que fa maladie tiroit en • • - ■
longueur , jugea que Dieu vouloit fe fer- i6|ot
vir de la durée de fes maux pour lui faire
iÉïpier fes fautes, pour éprouver fa fidélité
& achever de lé purifier par des fouffran-
ces. Il tâcha de bien ufer de cette grâce
par tous les exercices de la pénitence & de là
pieté clirétiehne , qu'il fçavoit être les plus
propres pour fe préparer à une bonne mort.
II mit ordre à tous les Ecrits qu'il devoit
laîfTer après lui , & il pourvut k mieux qu'il
put à la do6lrine qu'il avoit toujours en-
feignée, contré la calomnie de ceux qui
pouroient l'accufer dans la fuite des temps
d*avoîr changé de fentiment.
Il y avoit fept mois qu'il fouifroît , lorf-
que fa maladie fut jugée mortelle par les
Médecins. Ce fut alors que les Bourfîers
de fon Collège , qui s'étoient prefque tou-
jours révoltez contre les reglemens de fat
difcipline ^ & qui Tâvoient long-temps fa-
tigué par demauvaîfes procédures , vinrent
fe reconcilier avec lui. L'un des plus jeu-
nes d'entre eux , étoit le fieur Martin Gran-
din , qui venoit d'être élu Prieur de leur
Communauté. Il avoit été élevé, comme
les autres , dans le préjugé que la paffion
des anciens Bourfiers du dernier fiecle a-
voient formé contre les grands Maîtres dU
Collège ^ & plus particulièrement contre la
perfonne de Richer , qui avoit entrepris de
les reformer. Outre cette mauvaife difpo-
fition , il étoit encore l'un des plus leleï
d'entre les difciples de Duval , & aveuglé-
ment attaché à toutes les opinions de fon
parti ; de forte que dans toute la fuite deâ
j^o L A * Vie
1^.1-.—— vie , qui fut longue , il n'oublia rîen pùvit
T^ao. décrier la doctrine de Richer , qui étoit cel-f
le de l'Eglife Gallicane , & de l'ancienne
Sorbonne. Cinquante ans après , lorfque
Dieu permit que fous l'autorité de Louis
le Grand j les Prélats du Royaume reprif-
fent publiquement la défenfede cette doc-
trine , contre les entreprifes & les préten-
tions de la Cour de Rome, Grandin,qui
s'étoit acquis beaucoup de, crédit dans la
nouvelle Sorbonne par la profeffion de
l'exercice des principales Charges de la Fa-
culté de Théologie , ofa avancer que Ri-
cher avoit retraéié cette doélr.ine; il. le ré-
péta encore dans l'Aflcmblée du 17. de
Mars 1683 , lorfqu'il fut obligé de dire fon
avis fur une propofition que le Parlement:
avoit envoyée à la Faculté de Théologie
pour être examinée. Il ajouta même quel-
ques autres fauffetcz touchant les remords
imaginaires qu'il prétendoit que Riclier
avoit eus dans fa dernière maladie , au fujet
de la dodrine de fon Livre ^ .& qu'il tâ-
choit malicieufementde faire prendre pour
les vrais regrets que ce Do6l:eur avoit eus
d'avoir cédé à la violence qui lui avoit, été
faite chez le Perejofeph Capucin : mais il
fut défavoiié par plufieurs Dodeurs qui
fçavoient la vérité de tout ce qui s'etoit paf-
fé en ces occafions , & contredit enfuitc
dans une Lettre imprimée ; dattéc du 23.
May 1683. P^^ la perfonne qui avoit affiité
Richer à la mort , & qui ne l'ayoit point
abandonné dans tout le cours de fa mala-
die. Grandin acheva de fe décrediter par
une inégalité de conduite bien contraire a©:
b'EoMOND RiCher. jj-i
^fîntereiTenient , à la confiance , & à Tu.
aiformité de Richer. Car après avoir tenu
tranquillement pendant toute fa vieTinfail-
Jï'biHtéduPape, fon autorité fuperîeure au
Concile General, & fon pouvoir même fur
Je temporel des Rois ; il eut la foiblefTe de
foufcrire, contre fa propre perfuafion, la Re-
quête prefentée au Parlement, par la feu-
le crainte de perdre 400. livres qu'il rece-
voit tous les ans des Religieufes de fainta
Catherine, dans la rue S. Denis , dont il
avoit l'économat , quoi qu'il n'eût encore
été menacé de rien : & il ne laifla pas de
continuer toujours depuis dans fes premiers
fentimens , fans témoigner ni fcrupules ni
regrets pour fa fignature.
Richer, après avoir exhorté les Bourfîers
& le Principal , François Devaux , & les Re-
gens du Collège à bien vivre avec fon fuc-
cefleur j & à demeurer toujours unis en-
tre eux dans la pratique de leurs devoirs,
fentit approcher fa fin , & demanda les Sa-,
cremens de l'Eglife. Il les reçut en leur ,
prefence , avec un recueillement & une dé-
votion dont ils furent tous vivement tou-
chez. Et le Sieur Charles Ternois, l'un des
Bourfiers , qui les lui adminiftra , rendit tou-
jours depuis témoignage à la foliditédefa
vertu , & à l'innocence de fa vie.
Après s'ctre muni du celefte Viatique,
il ne voulut plus entendre parler que de
Dieu & du falut de fon ame. ill fe fit lire
continuellement des prières qu'il avoit
compofées des endroits les plus tou-
chans de l'Ecriture fainte , demeurant tou-
jours attentif, jufqu'à ce (ju'ayant dfmaa*
±fi L A V t E
^ . - ~ tif à fori Ledleur qu'il le tournât fur lecô^
i63oi té, il expira fi doucement que perfonne ne
s'àpperçutde fon palTage.
C'eft'ainfi que mourut le Codeur Ri-
cher le 28. de Novembre 16:50. entre 7. & 8.
heures du matin , après avoir vécu foî-
xante-onze ans & deux mois. 11 fut inhu-
mé le lendemain dans la Chapelle de Sor-
bonne , au côté droit du grand Autel , fans
cierges blancs , fans pompeux appareil, &
fans avoir le vîfage découvert comme les
autres Ecclefiaftiques de foh temps. En quoi
on fe crut obligé de fuivre poniàuellement
les ordres qu'il en avoit laifïèi par fon tef-
tamènt: i . . .
Mort de II avoît reçu de la iiature Un corps pro-
ilicher. portionné à la grandeuc & aux autres ex-
cellentes qualitez de fon efprit. Il avoit la
taille fort haute , mais libre , dégagée & bien
remplie ; le temperamment égal & robuf-
te ; la voix forte , les organes de l'oiiie & de
la vue excellens ; le front large & fans ride :
ce qui parut extraordinaire à ceux qui con-
noiÔbient fa feverité ; fa complexion étoit lî
ferme, qu'il avoit confervé heureufement
fa famé dans tous les âges de fa vie : en-
forte qu'il y avoit tout lieu d'efperer qu'il
aiiroit vécu beaucoup plus long-temps fans
les attaques de la pierre , caufée par fes lon-
gues études , & peut-être même fans le mau-
vais effet de l'opération qu'on lui fit pout
l'en guérir.
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